LA NUIT DE NOCES

Charles et Anne s’éclipsent  dans la nuit, main dans la main ils s’éloignent des flonflons du bal.

Ils décident de prendre des chemins détournés pour perdre d’éventuels poursuivants, c’est un jeu mais la tranquillité de leur nuit de noces en dépend .

Seul le propriétaire de la maison où ils se rendent connaît leur destination, il n’est pas question de passer la première nuit en commun dans leur futur domicile.

Ils arrivent enfin à destination, jetant un dernier regard dehors, ils s’engouffrent dans la maison vide qui leurs a été prêtée, ils sont anxieux, c’est une première pour eux.

Le secret a t ‘il été bien gardé, des noceurs sont certainement à leur recherche.

Charles peut maintenant enlacer sa femme, elle lui appartient et peut en disposer.

Le terme disposer est certes fort, mais j’entends par cette expression que la femme qui était sous la tutelle juridique de son père est maintenant sous celle de son mari. Je n émets pas l’hypothèse que les femmes étaient systématiquement soumises à l’homme sexuellement.

La recherche des mariés par les convives est une tradition qui perdure encore

Cette nuit de noces ils en ont rêvé,Charles a 27 ans et cette abstinence lui pèse, elle a 22 ans et ses sens sont en alerte.

Charles vérifie le lit, il n’y a pas de poil à gratter, ni de grelots attachés au lit, personne n’a donc percé le lieu de leurs futures étreintes.

Nos  paysans sont un peu empruntés, vierges tous les deux, il leur faut se découvrir.

Tout habillés ils se couchent et s’enlacent, leurs lèvres se rejoignent et leur langue dans un duel sans merci s’affrontent en un combat délicieux.

Charles le paysan aux mains calleuses caresse doucement les jambes de son épouse, sa main s’aventure sous la robe et remonte vers le saint lieu.

Il est temps maintenant de se dévêtir, Charles emprunté, délace le tablier et la robe de sa femme, elle est maintenant en chemise, offerte et se glisse dans le lit.

La chandelle éclaire de sa faible lueur son homme qui se déshabille, ce n’est pas le premier homme qu’elle voit se dévêtir, mais ce n’est pas son père ni son frère qu’elle observait à la dérobée mais l’homme qui va bientôt la posséder.

Charles la rejoint dans le lit et reprend ses caresses. Il trousse maintenant sa belle et atteint rapidement l’humide toison. Anne se fait chatte et miaule de plaisir.

Il est temps que les amoureux se rejoignent.

 

L’âge tardif des mariages était dû simplement aux problèmes matériels que posaient une union, réunion d’une dote suffisante, possibilité de logement, morcellement des terres.

De plus les unions tardives retardaient d’autant les naissances, c’étaient en quelques sortes un moyen contraceptif.

Les paysans de l’époque se mettaient rarement nus, même pour l’amour et la toilette. Il faut bien s’imaginer que chaque maison était peuplée au maximum de ses possibilités,  plusieurs générations et le plus souvent dans des maisons à pièce unique. Les gens ne se baladaient donc pas tous nus chez eux et ne faisaient l’amour que sous couvert de leur alcôve.

Les paysans avaient une connaissance sexuelle très limitée dans l’aspect physiologique , ils savaient comment faire car les animaux leurs servaient d’exemple. La jouissance féminine n’était pas connue et les curés répétaient tout au long de leurs sermons que les rapprochements entre hommes et femmes ne servaient qu’à la reproduction. Mais ne doutons pas que certains couples devaient y prendre plaisir .

De plus certaines positions étaient, disons déconseillées par l’église ou simplement par la coutume. La position more canino ( levrette ) rappelait celle des animaux et la position d’andromaque était réputée pour empêcher la procréation ( la femme chevauche l’homme ).

Je ne sais évidement pas si les paysans suivaient ces préceptes, l’interdit comme maintenant donnait certainement une pimentation aux rapports

Charles aux combles de l’excitation,  déflore sa belle.

L’étreinte est rapide tant le désir est fort.

Au vrai ils attendaient ce moment depuis fort longtemps, car Anne était promise à Charles depuis presque 2 ans, ils avaient tous les deux résistés à la tentation, ayant simplement échangés des baisers langoureux et de fortes caresses.

Nos ancêtres arrivaient- ils vierges au mariage, l’examen des registres paroissiaux indique que cela n’était pas toujours le cas et que bon nombre de naissances arrivaient rapidement après l’union.

Mais le poids de l’église et des traditions faisaient qu’il n’était guère recommandé de passer à l’acte avant le mariage.

La virginité imposée à la femme jusqu’au mariage est le fait des sociétés patriarcales et de la dépendance ou elles sont tombées. Dans les sociétés matriarcales les femmes choisissaient librement leur partenaire.

Selon Saint Augustin, une femme violée ne perdait pas sa virginité, car pour la perdre le consentement devait être mutuel entre la femme et l’homme. On voit donc que la perte de l’hymen aux yeux des maitres de la pensée chrétienne passait au rang secondaire.

Comment faisaient ils pour résister à la tentation.

Chez les hommes qui ne couraient guère de risque, le recours à la prostitution était possible, mais  il était plus facile de rencontrer une prostituée en ville qu à la campagne et de toutes manières il fallait pouvoir la payer ce qui en ces temps de non circulation monétaire n’était pas facile.

Restait bien sur l’onanisme qui était gratuit mais aussi interdit par l’église.

Petit rappel l’onanisme est la masturbation et vient d’Onan fils de Juda qui ne voulait pas ensemencer la veuve de son frère Er comme la tradition les obligeait, il préféra donc jeter sa semence à terre ( ancien testament ).

Rappelons que l’église considérait comme masturbation toute éjaculation en dehors du vagin donc  » le coit interruptus  ».

La masturbation féminine entrait pour le moins dans l’interdit total.

Mais ne doutons guère que les jeux de séduction de nos ancêtres amenaient ce genre de pratique et que solitaire ou en couple à la faveur de l’obscurité ou dans l’isolement d’une grange nos grands parents succombaient à ces jeux sans risque.

Voir en Vendée le Maraichinage

Charles brisa l’hymen d’Anne et quelques gouttes de sang parsemèrent les draps immaculés, la réputation d’Anne Cordier serait intacte et la virilité de Charles Beaumont vérifiée. Il n’avait pas l’aiguillette nouée et aucun sort ne lui avait été jeté. Notre malin vigneron avait mis le pied sur la robe d’Anne pendant la lecture de l’évangile empêchant ainsi le malin de monter.

Ne pas pouvoir honorer sa femme était considéré comme un déshonneur et pouvait conduire à une annulation et à un charivari. Une femme non vierge pouvait également être répudiée.

Malheureusement la rupture de l’hymen ne prouve pas forcement la perte de la virginité et la rupture de celui ci ne conduit pas obligatoirement à des saignements, des embarras devaient donc se produire qu’en la preuve indubitable des saignements n’était pas fournie.

Charles et Anne heureux s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, ils savaient qu’une partie de la noce les cherchait et que le repos serait de courte durée.

En effet les premières lueurs de l’aube ne s’étaient pas encore levées qu’un joyeux tintamarre se produisit et qu’un groupe de noceurs, fort avinés ,pénétra dans la chambre nuptiale.

L’un d’eux tient un pot de chambre ou flotte une mixture nauséeuse. Les mariés en chemise se lèvent et sous les encouragements du groupe boivent le breuvage. Anne commence et Charles poursuit ainsi que l’ensemble des convives présents. Maintenant l’un des drôles soulève le drap sous les rires et les applaudissements pour vérifier l’accomplissement du devoir conjugal. Anne rougit et en est humiliée mais la tradition a ses lois. Le drap ne sera pas exposé à la fenêtre.

La tradition du pot de chambre viendrait de la région aveyronnaise et a comme symbolique le passage de l’enfance à l’age adulte et de la condition de célibataire à celui de personnes mariées.

Le couple est en ces époques le pivot de la société paysanne.

La recette du contenu du pot de chambre varie d’une région à une autre et a perduré jusqu’à nos jours. Tombée en désuétude cette tradition à tendance à revenir en force.

Dans la Brie la recette était faite de vin chaud et de pain trempé et s’appelait la  »rôtie  »

L’exposition du drap pour prouver la virginité et la consommation du mariage existe encore dans certaines sociétés. Elle n’était semble t ‘il que très peu pratiquée dans la Brie.

Après avoir fait ingurgiter la rôtie aux mariés, les noceurs allaient chez les différents convives boire le  » lait boullu  » puis allaient se reposer un peu avant de reprendre les agapes du 2ème jour.

Charles Beaumont et Anne Cordier eurent 9 enfants et je descends en droite ligne de ce couple de vignerons Briard.

Anne mourut épuisée par ses nombreuse grossesses et par la rude vie paysanne à l’age de 46 ans, mais Charles tel un vieux cep de vigne vécut jusqu’à l’age fort respectable pour l’époque de 85 ans.

Il porta même dans ses bras ses arrières petits enfants, chose assez rare au siècle des lumières.

Source : la Brie d’autrefois de jules Grenier

Pour se donner une idée des jeux de l’amour avant le mariage  lire mon précédent article :

https://pascaltramaux.wordpress.com/2016/11/18/le-maraichinage-de-la-coutume-ancestrale-a-la-liberte-sexuelle/

 

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UN MARIAGE D’AUTREFOIS

Église saint Sulpice dominant le village

Le jour n’était pas encore levé que déjà le cortège se mettait en branle. Pas une âme qui vive dans l’aube froide de ce matin d’hiver, le village est morne et silencieux.

Plus pour très longtemps, Charles donne le signale, aspirant au mariage , il se doit d’aller inviter les derniers convives de sa noce.

Le violoneux et le joueur de fifre ouvrent le chemin et font entendre leurs notes joyeuses au bourg de Saint-Loup-De-Naud. Ils remontent de Courton le bas jusqu’aux premières maisons blotties aux pieds de la vénérable église. Le groupe est conduit par le futur, d’une famille de vignerons implantée depuis des temps immémoriaux sur les collines du village , il a 27 ans et se nomme Charles Beaumont.

Sa promise se nomme Anne Cordier, elle a 22 ans et est issue d’une famille vigneronne. Tous deux de la paroisse, ils se connaissent depuis toujours.

Les mariages en cette époque relevaient le plus souvent d’un accord entre deux parties. Un contrat passé devant notaire tenait lieu de mariage civil et était aussi important que le mariage religieux.

Le mariage entre Charles Beaumont et Anne Cordier était doublement endogame. Endogamie régionale car de la même paroisse et endogamie professionnelle car les deux familles étaient vigneronnes.

Les vignerons Briards possédaient leurs propres parcelles, mais leur taille très réduite ne permettait pas le partage. Pour préserver le patrimoine familial et l’arrondir éventuellement il fallait donc que les jeunes se marient aux grès des intérêts de l’ensemble des fratries.

Dans un joyeux tintamarre, ils arrivent à leur première destination, les musiciens entament une aubade de circonstance et Charles pénètre à l’intérieur de la maison.

Le propriétaire des lieux n’est nullement surpris d’une telle intrusion matinale, il en est fort content et offre le coup à toute la troupe de joyeux drilles.

Il a été convié par Charles au déjeuner d’avant noces qui a lieu à 8 heures et à la noce elle même qui se déroulera à 11 heures.

En sortant Charles trace maladroitement sur la porte que l’aubade y a été donné. Le cortège continue sa route et frappe à la porte de nombreuses connaissances.

A ce rythme, chacun est fort énervé du vin briard.

Toute la noce n’était évidemment pas invitée de cette manière, la plupart étaient prévenus à l’avance.

Mais il ne fallait pas froisser les sensibilités et n’oublier personne, car le ressentiment en était très fort.

Au vin depuis l’aube les garçons arrivèrent fort échauffés à la maison, le barbier qui officiait depuis un bon moment déjà, les attendait dans un coin de la grange. Les femmes étaient déjà prêtes à servir le déjeuner.

Les noces paysannes se déroulaient sur 3 ou 4 jours. Le mariage avait lieu traditionnellement en Janvier ou Février ou après les travaux d’été. Il n’était jamais pratiqué en décembre pendant l’avent, ni en mars,  ni avril pendant carême.

Faire maigre pendant une noce et ne pouvoir goûter au fruit tant attendu ne pouvaient se concevoir.

Pendant l’été, les travaux des champs n’autorisaient guère de faire la noce pendant 4 jours.

Le choix du jour était aussi important, pas le vendredi, ni le samedi à cause de la passion du Christ.

Le dimanche était jour du seigneur. Il restait si l’on voulait faire une belle noce le lundi ou le mardi.

Les Beaumont et les Cordier se sont accordés pour le Mardi 27 janvier 1717, comme cela la fête se prolongera jusqu’au jeudi et les préparatifs se feront le lundi.

Toute la noce est maintenant arrivée , le déjeuner prélude au festivité a été préparé depuis la veille par les femmes de la maison et particulièrement par les sœurs des futurs, Marie Mauretour et Magdeleine Bodot, les mères respectives étant décédées.

Cette mise en bouche festive est composée d’abattis, c’est à dire de tous les restes des volailles qui seront servies lors des prochains repas. Les têtes, les cous, les ailes, gésiers, crêtes de poulet et testicules de poulet ( rognon blanc ), préparés en ragoût, mettent l’ensemble des convives dans le ravissement le plus complet.

Anne dans sa belle robe rouge se voit offrir par les jeunes filles du village des fleurs qui viennent agrémenter son joli bonnet, Charles qui est du village se voit offrir des fleurs rouges ornées de rubans multicolores.

Au 19ème siècle apparaîtront les fleurs d’oranger signe de la pureté virginale, au 18ème siècle les fleurs de ce type n’existaient pas dans la campagne Briarde. Les fleurs offertes représentaient plus la joie et l’honneur que la pureté.

Il faut signaler que le bouquet n’est offert à l’homme que si il est du village. Même si il ne vient pas de très loin, il est quand même un étranger qui vient ravir une épouse potentielle.

Il faut maintenant partir à l’église, le cortège se forme, il n y a pas long de Courton le Bas à la magnifique église de Saint Loup. Chacun a revêtu ses plus beaux atours et la musique en tête, la noce s’ébranle. Les habitants du village sont tous dehors et félicitent chaleureusement Charles et Anne. Bons nombres viendront ce soir danser avec les convives, un mariage en cette époque est affaire de tous.

Le curé Pouget les attend sous le porche à étages, ouvert sur trois faces par une grande arcature.

Devant les six statues qui encadrent la porte, le père invite la noce à pénétrer dans le sanctuaire.

Mariage de paysans dans une église de roi, l’endroit est magnifique, planté fièrement sur la colline depuis le 12ème siècle ce chef d’œuvre de l’art roman dédié à l’évêque de Sens Saint Loup forme un écrin idyllique à cette future union.

Les jeunes filles de la noce et la fille d’honneur offrent le bâton de la vierge à la mariée, tous de concert se portent jusqu’au chœur.

Le curé bénit l’union de Charles et d’Anne, le bâton lui est ensuite enlevé et le mari lui passe l’anneau nuptial.

Le sacrifice est consommé les deux époux s’agenouillent sous un drap tendu par les garçons de la noce.

Le prêtre bénit les des jeunes épousés sous cet abri.

Image un peu plus tardive mais qui donne une idée exacte d’un mariage sous le drap

Le bâton de la vierge est une bannière représentant la vierge, qui se portait aussi pendant les processions

L’usage de se faire bénir sous un drap s’appelait faire une cérémonie sous le poêle ( de pallium, pièce de tissu rectangulaire )

Pour les chrétiens il symbolise la nuée lumineuse, c’est-à-dire la manifestation de la protection glorieuse de Dieu et montre l’attachement entre les 2 mariés et leur appartenance réciproque.

Dans les débuts de la chrétienté  le mariage se faisait au domicile avec les parents, puis les 2 époux étaient conduits sous un voile devant un prêtre qui effectuait la bénédiction nuptiale.

Cette cérémonie a perduré jusqu’au 20ème siècle dans certaines régions et dans divers pays.

La cérémonie est maintenant terminée, Charles et Anne sortent de l’église, sous le porche la foule se presse, une grande partie du village se trouve réuni, les Beaumont et les Cordier sont apparentés à grand nombre de famille.

Sous les cris une cousine d’Anne s’approche avec une bassine remplit de bouillon épicé, Marie lui tend une cuillère crénelée et l’invite à boire le breuvage, le marié en fait bientôt autant et à la suite l’ensemble de la noce. L’atmosphère est joyeuse et chacun se réjouit de la journée festive qui s’annonce.

Ce breuvage s’appelle le bouillon de la mariée, but avec une cuillère délibérément coupante il symbolise les difficultés de la vie que la mariée déjouera avec adresse et sagacité.

La journée continue par les réjouissances mais un petit cérémonial est encore prévu, le cortège s’ébranle au son du violon et du fifre, Charles prend Anne par le bras.

La destination est la demeure paternelle de l’épouse. Arrivée sur place Anne se détache et frappe à la porte close.

  • Père ouvrez moi.
  • Non vous n’êtes plus de cette maison.
  • Je suis votre fille, laissez moi entrer.
  • Si vous voulez entrer, il vous faut alors chanter.

Anne s’exécute alors.

Je suis mariée,

vous le savez bien.

Si je suis trompée,

vous n’en saurez rien.

Ouvrez moi la porte,

je dînerai bien.

Ouvrez moi la porte,

Je vous aimerai bien

etc

La porte s’ouvre enfin et chacun y pénètre, pour se faire servir à boire.

Nicolas Cordier vigneron met en perce pour la circonstance un tonneau de sa production et devant la maison dans le pré les premiers pas de danses s’esquissent en attendant le dîner.

Petit intermède, qui vient rappeler que la jeune fille n’est plus sous la tutelle du père mais sous celle du mari.

Vers 2 heures de l’après midi, on passe à table, les mariés président entourés de la famille la plus proche.

Le repas est gai, mais les jeunes préfèrent la danse, pendant que les plus anciens échauffés par le vin entonnent des chansons paillardes.

Dans le pré, sous l’œil attentif mais compréhensif des aînés des premiers rapprochements se forment augurant de prochains mariages.

Certains plus délurés échappent aux regards et vont se bécoter dans la paille. Combien de petits vignerons Seine et Marnais seront issus de ces tendres enlacements ?

L’heure du souper arrive bientôt, l’appétit aiguisé par les airs endiablés du violon, la noce se met à table de bon cœur. A vrai dire certains ne l’ont pas quittée et sommeillent déjà sur leur chaise dans les bras de l’ivresse.

Charles revêt un tablier et se met à servir, c’est une obligation d’hospitalité, bien sur le service sera effectué par des jeunes garçons du village.

On donnait à ses serveurs le titre de Calvin, c’était une allusion blessante au grand réformateur. Le service dans une noce était considéré comme un ouvrage de chien et l’on attribuait volontiers au protestant l’épithète de  » chien de Huguenot  ». On appelait donc les jeunes qui effectuaient ce service de chien des Calvin.

Bien sur cette tradition n’existe plus et de toutes les noces ou j’ai participé en Seine et Marne jamais je n’ai entendu ce vocable.

Charles et ses Calvin font le service, les plats s’égrainent et le petit vin briard fait son effet.

Les couplets coquins s’enchaînent et tout le monde est fort joyeux.

Au milieu de la nuit un vacarme se fait entendre et une voix psalmodie

  • Ah ben l’bonsoir, la sainte hotée

  • Ah ben l’bonsoir, la sainte hotée

puis un chœur reprend

  • Que l’guillonneau nous soit donné dans vot’e maison

s’ensuit une chanson ou le chœur, puis les mariés reprennent des couplets, puis Charles laisse entrer la troupe chantante. Jeunes filles et garçons du village  ,ils ont revêtu les pires oripeaux et se sont fardés de farine et de suie.

L’un d’eux porte une hotte de vigneron et entame le tour de la table, les convives versent dans le panier les restes alimentaires du repas, agrémentés de bouteilles de vin cela va s’en dire.

Une fois chargée la troupe s’en va partager le repas ainsi constitué, Charles comme de coutume les invite à poursuivre le bal avec la noce.

Aucun paysan n’aurait refusé l’accès au Guillonneau, cette tradition bien ancrée faisait aussi référence à l’hospitalité.

Guillonneau est l’action de guillonner et dérive du mot guinauder qui veut dire mendier.

Puis vint le moment tant attendu de la vente de la mariée, tout le monde est surexcité, un garçon du village qui par ailleurs se serait bien marié avec Anne prend la tête des opérations. Une première enchère arrive, chacun maintenant se dispute la possession de la mariée, les anciens, les femmes et les jeunes garçons se livrent une bataille acharnée. Les commentaires grivois fusent et Anne est rouge de confusion. Charles n’est guère satisfait de la tournure prise, quelle tradition idiote, on se croirait à la foire aux bestiaux ou au marché aux esclaves.

La fin de la vente approche, il n’y a plus d’enchérisseur, un grand benêt de Colombe le village d’à coté, un peu cousin par la mère de la mariée obtient la femme convoitée.

Anne est maintenant prisonnière et Charles doit verser une rançon pour la délivrer, le groupe de turbulents fait monter la somme. Le marié commence à s’énerver et chacun comprend.

La somme demandée est récupérée puis donnée aux demoiselles d’honneur pour l’acquisition de dragées.

Charles a enfin récupéré sa femme et l’invite à danser.

La tradition de la vente de la mariée s’est perpétuée dans la vente de la jarretière. C’est un peu le même principe, des enchères orchestrées par un convive et une robe qui monte ou qui descend en fonction du sexe de l’enchérisseur. La jarretière est un élastique qui autrefois retenait les bas. Elle est placée très haut sur la cuisse et bien sur l’intérêt est que celle ci se dévoile. Si l’enchère finale est remportée par une femme la jarretière reste en place, si un homme gagne il doit enlever le galant élastique lui même.

Bien sur suivant le degré éthylique les propos deviennent un peu osés, cette tradition qui pour être gênante pour la mariée avait l’avantage de garnir la corbeille des mariés de quelques billets.

Bientôt tombée en désuétude et sous le coût des féministes qui trouvent avilissant cette remontée de robe et le dévoilement d’un carré de soie blanche.

Charles et Anne réussirent à s’éclipser, mais échappèrent -ils à l’œil vigilant des noceurs qui guettaient leur sortie.

La noce se poursuit généralement le lendemain, voir le surlendemain, toujours sous le même schéma, danses et ripailles. La noce se déplace également chez les invités des villages voisins où ces derniers sont tenus d’ offrir une tournée de vin Briard. Les convives s’en allaient traditionnellement au bourg pour offrir quelques ustensiles ou babioles. Les moyens financiers de chacun étaient fort réduits voir inexistants, mais c’était symbolique et tout le monde s’y prêtait.

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LES RELEVAILLES D’AUTREFOIS

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LES RELEVAILLES D’AUTREFOIS


Marie Bouriou n’avait pas eu le droit de se rendre au baptême de son fils, la tradition était bien ancrée c’était son 4ème enfant et jamais elle n’aurait imaginer transgresser cet interdit.

Notre bonne mère Marie n’avait elle pas été interdite de temple ( Jérusalem ) jusqu’au 40ème jour.

A vrai dire elle ne se posait pas la question, la coutume le voulait alors elle s y  plierait

Mais pourquoi les mères n’assistaient elles pas au baptême de leurs enfants ?

La réponse est à chercher dans l’antiquité Hébraïque et plus particulièrement dans le lévitique, en cette douce époque la femme qui venait d’accoucher ou d’avoir ses menstruations était entachée d’impureté . Cette dernière qui n’avait pas la signification de souillure empêchait toutes les femmes de se rendre sur un lieu de culte, de ne participer à aucune cérémonie et même de se rendre au lavoir.

Cette impureté liée au sang était même étendue au rapport sexuel, formellement interdit pendent les règles et après un accouchement.

La vierge Marie qui était juive ne fit donc pas exception. Ainsi donc la mère du Christ fut entachée d’impureté, un comble pour une vierge.

La religion chrétienne reprit à son compte cette idée d’impureté en rajouta un peu.

La femme qui paradoxalement faisait un don à la vie était impure pendant 40 jours dans le cas d’un garçon et de 80 jours pour une fille . Elle ne devait en théorie pas sortir de chez elle.

On le voit cette histoire mêle l’impureté du sang placentaire, le sang des menstrues et le tabou de la sexualité féminine.

L’homme n’était évidement entaché d’aucune impureté, c’est Eve et non Adam le responsable.

La date de la présentation de Jésus correspond à la chandeleur. Cette fois ci les chrétiens reprennent à leur compte un mythe païen de la fertilité . Encore un mélange, car la chandeleur arrive 40 jours après Noël. Fertilité, impureté, présentation à dieu, on s’arrange de tout.

Marie Bouriou cette impure n’avait donc pu se rendre à l’église, elle s’y rendra dans quelques jours pour une cérémonie que l’on appelle les relevailles.

Les canons de l’église précisaient 40 jours et 80 jours, parce que le fœtus conçu dans l’impureté, est réputé être resté sans forme pendant 40 jours pour les garçons et 80 pour les filles.

Évidemment chacun c’est vite rendu compte qu’une paysanne et mère de famille ne pouvait rester autant de temps sans sortir de chez elle. Actrice économique essentielle, un accommodement fut trouvé et de 40 jours on passa à un certain temps. Les femmes de la noblesse et de la bourgeoisie, moins bousculées par le travail respectèrent un peu plus les prescriptions de l’église.

Marie prépara sa réintroduction dans le cercle des fidèles de Dieu après une semaine. Ce délai lui avait d’ailleurs été nécessaire pour se remettre de ses couches.

Le jour des relevailles, Marie est accompagnée de la sage femme, de la marraine et de quelques voisines.

La matrone porte l’enfant sur son bras droit et la mère se tient du coté de la tête de son enfant, la marraine est de l’autre coté.

Dans cet ordre ce cortège exclusivement féminin arrive après 30 minutes de marche à l’église Saint Hilaire de Bazoches, le bébé connaît le chemin, car c’est le même qu’au baptême.

Marie s’agenouille à l’entrée de l’église, le prêtre lui amène un cierge ( celui de la chandeleur ). Elle le tiendra pendant la cérémonie. Le prêtre Javelot revêtu de son surplis récite une première prière puis pose un bout de son étole blanche sur le bras de Marie la relève et l’accompagne jusqu’à l’autel. Le prêtre continue son office, nouvelle prière, bénédiction et communion.

Marie a fini sa corvée, elle est de nouveau pure et va pouvoir réintégrer la communauté chrétienne et sa propre communauté paysanne.

Bien sur avant de rentrer chez elle pour servir un repas à ses proches, elle doit donner rétribution au curé. Une piécette et une partie du gâteau qui avait été béni pour la circonstance est donné en contre partie de la consumation du cierge ( en cire d’abeille, donc cher ).

On ne badinait pas avec cette cérémonie, car si la femme venait à mourir en couche , des relevailles post mortem avaient lieu. La sage femme ( encore elle ) prenait la place de la morte et se rendait à l’église avec le même cérémonial. Nos ancêtres étaient superstitieux et le non respect de cette coutume portait malheur.

Marie en sortant de chez elle pour la cérémonie a croisé son voisin, elle sut donc que son prochain enfant serait un garçon.

Les prédictions ne sont pas toujours bonnes, Marie Bouriou n’eut pas d’autre enfant et s’éteignit 6 ans plus tard à l’age peu respectable de 51 ans.

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BAPTÊME D’AUTREFOIS


Baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain

 

En cette journée du 17 janvier 1745, il fait très froid, une bise venue du nord balaye les collines morvandiautes.

Marie Bouriou, la femme au François Trémeau que les méchantes langues appellent la vieille vient d’accoucher d’un petit garçon. Surnommée ainsi, non pour ses 40 printemps mais pour sa différence d’âge avec son mari François qui lui est un jeunot de 24 ans.

Le couple et les 3 enfants de Marie habitent au village de Bazoches et plus précisément au hameau de Champignol le haut. De leur bâtisse, ils aperçoivent le château Vauban, propriété de la famille du célèbre Maréchal. Ils sont laboureurs, elle est veuve, lui vient du hameau de Montjoumé où se trouve le château de Bazoches et une communauté de tuiliers dont fait  partie l’ensemble de la famille de François.

Il est décidé juste après la naissance de se rendre à l’église Saint Hilaire de Bazoches pour y faire baptiser le bébé.

Le baptême en cette lointaine époque était le passage obligé du tout à chacun, il marquait l’entrée dans la communauté chrétienne.

Le mot baptême dérivé du mot grec baptizein signifie plonger. En effet les premiers baptêmes se faisaient dans l’eau et l’immersion était complète.

Jésus christ fut, on le rappelle baptisé dans les eaux du Jourdain par Jean ( que l’on nommera Jean Baptiste ). Cette scène décrite dans l’évangile de Saint Mathieu voit descendre sur Jésus à sa sortie de l’eau l’esprit de dieu.

A la vérité ce baptême procède de la purification par l’eau et, est commun avec beaucoup de religions

Bien que le baptême chrétien ne soit pas issu de la religion juive au sens propre du terme , ces derniers pratiquaient des ablutions fréquentes et des bains afin de se purifier ( acte sexuel, touché de cadavre ).

Les hindous pratiquent dans le Gange des bains purificateurs.

En tous lieux et depuis des temps immémoriaux, l’eau a été un élément purificateur et a tout naturellement été introduite dans certaines religions modernes

La matrone ou bounne mé emmaillote le petit Jean Louis dans la  »tavaiole » ( pièce de lingerie fine) et en compagnie du parrain et de la marraine, sort malgré les conditions climatiques.

Le baptême doit se faire le jour même.

Il n’en fut pas toujours ainsi de cette cérémonie précoce, les premiers chrétiens se faisaient baptiser à la fin de leur vie , pour effacer le maximum de pêchés. Dès le IV les chrétiens devaient suivre un catéchuménat ( temps d’instruction religieuse ).

Baptême de Clovis, élément fondateur du royaume Français

Ce n’est qu’au 12ème siècle, devant la forte mortalité infantile que l’on se résoudra à baptiser les enfants. Puis un siècle plus tard le baptême du nourrisson sera généralisé. Si les nourrissons non baptisés  venaient à mourir, ils se voyaient condamnés à errer perpétuellement dans les limbes .

Le limbe pour résumer est une sorte d’endroit ou d’état intermédiaire, les enfants n’ayant pas commis de graves péchés ne pouvaient aller en enfer, mais ils ne pouvaient à contrario se rendre au paradis car ils étaient entachés par le péché originel.

Invention tardive dans la scolastique chrétienne qui date du XIIIème siècle et qui n’est remise en question qu’en 2007.

Mais prévoyante, l’église a donné le droit aux  sages femmes d’ondoyer l’enfant si il est en  péril de mort et des sanctuaires à répit s’élevèrent sur l’ensemble du royaume. Ces chapelles se voyaient déposer les enfants morts dans l’attente d’un signe de vie. Le moindre mouvement organique était considéré comme tel et le baptême avait lieu.

Disons le crûment, on baptisait des enfants morts.

Au bout de 30 minutes de marche dans le froid ils arrivent à l’église de Bazoches où par chance se trouve le curé Javelot qui prépare la fête patronale.

Petit édifice datant du 16ème et 17ème siècle, elle comprend un porche surmonté d’un clocher aux fenêtres géminées à arcatures. La nef est à 2 travées de style gothique. Sur la gauche une chapelle où se trouve le baptistère.

C’est en cet endroit que se déroule la cérémonie, tout est en latin personne ni comprend rien, cela n’a aucune importance, ils connaissent tous le rituel .

Le curé fait le signe de croix sur le front de Jean Louis , puis l’asperge à 3 reprises. Il termine par l’onction avec le saint chrême

Le cierge Pascal brûle de sa forte flamme et assure la présence réconfortante du Christ

La famille est maintenant tranquille, l’enfant quoi qu’il arrive ne sera pas damné.

Le curé prend son registre et transcrit l’acte de baptême, le petit se nomme Jean Louis. Son parrain Jean Louis Renaudot procureur et fermier à Saint Martin du Puy lui a donné ce prénom peu usité dans la famille. Personnage important pour le petit laboureur qu’est François, ce parrainage fait la fierté de la famille. Parrain de fait, mais non présent il est représenté par Léonard Chesne laboureur au moulin d’Empury et oncle par alliance de la femme de François. La marraine est damoiselle Marguerite Renaudot.

La cérémonie est terminée et le petit cortège retourne à Champignol avec le bébé. François reviendra payer le curé avec quelques présents en nature. Il remercie vivement le parrain et la marraine et tous maintenant autour de la table se régalent du  » broûto  » ( banquet ). Les parrains et marraines doivent se soumettre au cérémonial de l’embrassade pour que leur filleul ne bave pas.

Marie alitée revoit avec satisfaction son fils et son mari revenir. Pourvu que le petit n’est pas pris froid et survive à cette deuxième épreuve ( après celle de la naissance ).

Jean Louis est maintenant aux mains des femmes et passera ses premiers mois emmailloté, croupissant dans sa merde et son urine. Il ne sera pas lavé car il est bien connu que la crasse protège et ses croûtes de lait ne seront pas retirées. Quand aux poux quel bienfait, alors pourquoi ne pas les laisser !!.

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NAISSANCES D’AUTREFOIS


VÉNUS DE WILLENDORF

Donner naissance est un événement aussi banal qu’extraordinaire. Banalité car chaque femme est à même de donner naissance ainsi que toutes les femelles du règne animal . Mais acte magique tout à la fois, car faire naître une nouvelle vie est d’une beauté fascinante et d’une complexité teintée de mystère.

Quelques soient les termes, accoucher, mettre bas, vêler, la magie de l’arrivée d’un nouvel être est fascinante.

Il en est ainsi de nos jours et il en était ainsi autrefois, même si l’enfant naissant n’avait pas tout à fait la même place qu’aujourd’hui.

Au 17ème siècle la conception était entourée d’un voile opaque, aucune connaissance médicale, aucune connaissance obstétricale et bien sur une méconnaissance totale des mécanismes génétiques amenant la conception.

Bien sur n’en doutons pas, la coutume, les informations transmises de mère à fille, l’expérience, la proximité animale et humaine faisaient que chaque femme acquérait une somme de connaissances.

Sans connaître les mystères de la vie,  nos ancêtres savaient pertinemment  que les enfants ne naissaient pas dans les choux, amenés par des cigognes.

                                               statuaire romaine

Claudine Landonneau en ce 28 septembre 1687 est sur le point de partir nourrir ses bêtes lorsqu’elle ressent les premières douleurs de l’enfantement.

Sans savoir qu’elle arrive à terme, l’expérience de cette 6ème grossesse l’avertit que le moment arrive.

Elle charge son fils Pierre Trémeau d’aller prévenir le père et sa fille, d’aller quérir la matrone au village tout proche.

En effet à cette époque on ignore qu’une grossesse dure 9 mois et une femme est enceinte lorsqu’elle ressent ce qu’on appelait l’animation, à savoir les premiers mouvements ressentis de l’enfant.

Pour rappel tout ce qui amenait à perdre l’enfant avant cette animation n’était pas considéré comme un avortement mais comme de la contraception.

Dans le petit hameau de Montjoumé du village de Bazoches sur

les contreforts du Morvan c’est l’effervescence, Pierre Trémeau l’aîné vient d’être prévenu par son fils, les mains pleines d’argile, il interrompt son travail de façonnage de tuiles et se rend immédiatement au chevet de sa femme.

Toute la petite communauté des tuiliers de Montjoumé est sur le qui vive, tant les liens entre tous sont forts.

Lorsqu’il arrive, la maison est déjà envahie par une cohorte de femmes, voisines , cousines, sœurs.

Petite maison semblable aux autre, une pièce unique, une cheminée, un coffre, quelques ustensiles de cuisine en terre cuite, un grand lit pour les parents et des paillasses le long des murs pour la ribambelle de gamins. L’étable séparée de l’habitation par une demi cloison de bois participe au chauffage de l’ensemble.

Claudine est allongée sur le lit, Pierre la rassure et se voit éconduire hors de la maison par une voisine.

En cette époque la présence des hommes n’était pas souhaitée, sauf exception où l’expérience du vêlage pouvait être utile où en cas de problème grave nécessitant la présence d’un chirurgien.

Le chirurgien qui ne s’y connaissait pas plus que la matrone , mais avait cependant des instruments qu’il était le seul autorisé à posséder . Ils étaient toutefois forts rares en campagne et le Morvan n’en comptait guère.

Instruments obstétricaux 1580

La présence des enfants était proscrite de même que celle des jeunes filles qui n’avaient jamais enfanté

La matrone arrive enfin et prend la direction des opérations, elle donne à chacun ses directives, faire chauffer de l’eau, confectionner un bouillon et calfeutrer la maison.

Sur le lit Claudine allongée se voit retrousser sa robe pour que la sage femme examine l’avancement de l’accouchement et évalue de façon empirique l’ouverture du col.

La matrone appelée aussi femme qui aide, mère mitaine, bonne mère, ventrière ou bien sage femme était de préférence une femme âgée, disponible, ayant eut une nombreuse progéniture.

Elle devait être agrée par le curé car elle pouvait administrer les serments du baptême en cas de danger de mort de l’enfant, elle devait être aussi agrée par la communauté paysanne.

Présente à tous les stades de la vie, elle pratiquait souvent la toilette des morts.

Aucune connaissance particulière n’était exigée, elle avait simplement la réputation d’avoir réussi quelques accouchements sans problème.

La prise de conscience des massacres commis par l’inexpérience et le manque d’hygiène ne viendra que peu à peu sous l’impulsion de femmes comme madame Du Coudray.

Claudine est maintenant en plein travail, elle a chaud, la petite maison en cette fin septembre est surchauffée par le feu dans la cheminée et la présence de tout un groupe de femmes.

A demi allongée entièrement vêtue elle souffre.

Un accouchement était un événement presque publique, beaucoup de monde  dans un espace complètement clos, pour que les mauvais esprits ne pénètrent pas.

Les femmes accouchaient devant tout le monde, mais entièrement habillée, la nudité n’existait pas en cette époque. L’enfant était donc sorti des jupes de sa mère ou de dessous les draps.

Poupées anatomiques  17ème siècle

Tout était en place maintenant, le cierge de la chandeleur brûlait sur le manteau de la cheminée et une ceinture de la vierge amenée par une parente était accrochée à une paterne.

La religion rejoignait la superstition.

Le cierge de la chandeleur était ramené de l’église tout allumé, cette fête liturgique en date du 2 février ( 40 jours après Noël ) consacrait la purification de la Sainte vierge.

Bizarrerie à mon sens de purifier une sainte, mais disons le , plus simplement ,cette cérémonie remplaçait les solennités païennes des lupercales et amburbales.

 » La grotte des lupercales aurait accueilli la fameuse louve  Romulus et Rémus. Les amburbales étaient une procession solennelle aux flambeaux où l’on promenait la future victime expiatoire ( hommes ou animaux ).

Quoi qu’il en soit, ce cierge consacré brûlait dans toutes les grandes occasions et apportait chance.

La parturiente donne enfin le jour à un petit être, la ventrière a lieu d’être contente, c’est un garçon, Claudine est heureuse.

Avec un ciseau, la bonne mère coupe le cordon ombilical, comme c’est un garçon elle le coupe de la longueur du sexe, si le bébé avait été une fille, le cordon eut été coupé  à ras.

La délivre est récupérée dans un pot, le petit n’est pas né coiffé quel dommage…..

La délivre est la placenta, il était enterré par le père au pied d’un arbre fruitier pour attirer la prospérité.

Être né coiffé ne signifiait pas avoir des cheveux mais avoir une partie de la membrane fœtale collée au sommet du crane. C’était censé porter chance .

La matrone décide devant le beau visage du bébé de ne pas le remodeler, le petit Pierre, car c’est le nom original qui lui est donné ( prénom du père et d’un des frères ) a sa première chance de survivre.

Les matrones prenaient souvent la liberté de remodeler le crane de l’enfant ( en fonction des régions ).

Elles pratiquaient aussi l’allongement des tétons si c’était une petite fille en vue d’une meilleure production de lait maternel.

Le petit Pierre est ensuite lavé avec un mélange de beurre fondu, d’eau chaude et d’eau de vie, puis massé avec du vin ou du vinaigre.

Il est ensuite emmailloté et ne recevra plus de soins corporels avant longtemps.

Pierre le père repart au labeur et chacun regagne son ouvrage, la sage femme est payée en nature ( lapins, volaille, œufs ).

Claudine reprit rapidement son activité et mit au monde 7 autres enfants. Elle résista à toutes ses maternités et à la matrone. Elle était sûrement d’une vitalité exceptionnelle et mourut à 70 ans. Des 13 enfants, 7 au moins firent souches, 3 moururent à la prime enfance et le destin des 3 autres reste ignoré.

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UN CONSCRIT DE CHARENTE INFÉRIEURE EN 1813, LA BATAILLE DE DRESDE ( ÉPISODE 5)

Concernant papa François, Napoléon se leurrait encore et pensait que son armée de l’Adige aux mains d’Eugène et son armée de Mayence en cours d’organisation sous Augereau allaient changer quelques choses en impressionnant les Autrichiens.

Mais le maestro de la diplomatie Metternich savait au fond de lui même que l’empire français allait s’écrouler et ce n’est pas la colère mémorable de Napoléon qui le fit changer d’avis

Les Français prirent leur ligne sur l’Oder, et le 6ème corps s’installa dans la région de Buzlau.

Il en avait de bonnes le Napo, cantonner dans un pays hostile n’avait rien d’un amusement, il fallait en permanence se garder et surtout ne pas s’isoler car nos alliés les Saxons ne nous portaient guère dans leur cœur. La montée d’un nationalisme allemand n’était pas perçue par l’aigle corse mais sur le terrain l’histoire ne se contait pas de la même façon.

Quoi qu’il en soit il aurait dû se douter notre génie ,que la présence française en Allemagne, en Hollande en Belgique, en Pologne, en Espagne et en Italie ne pourrait satisfaire les peuples et leurs gouvernants.

Antoine ne moissonna pas les champs familiaux, mais travailla aux terres de Saxe, cela lui rappela le labeur d’en-tant et lui fit oublier un peu les longues marches en colonne.

La satisfaction du ventre accomplit, les soldats pouvaient rêver à une promise. Il n’était pas question de toucher aux paysannes saxonnes, les coups de fourches et de fusils calmaient les téméraires. Heureusement une cohorte de femmes, avenantes bien qu’un peu vénales, suivait les armées au plus près des lignes.

Antoine avait cédé à la tentation et avait perdu sa virginité avec une forte italienne qui avait fait toutes les campagnes du Buonaparte. Ces femelles redoutables faisaient plus de dégâts que l’ensemble des canons prussiens et nombres de soldats se trouvaient plombés. Périodiquement les officiers les chassaient, mais telle une nuée de sauterelles, revenaient à la satisfaction de tous.

Cette paix de Pleiswitz fut le tournant de l’empire, au congrès de Prague qui suivit rien ne sortit de bon et l’Autriche rejoignit la coalition. Les choses s’aggravaient pour les Français, une lutte disproportionnée allait s’engager entre l’Europe et Napoléon.

L’empereur fit de Dresde une immense place de guerre et consolida les débouchés de Bohême.

Trois immenses armées allaient s’abattre sur les Français, celle du Nord commandée par le traître et forte de 110000 hommes, celle de Silésie de 1400000 sous Blucher et enfin celle Austro-russe de Bohême forte de 250000 hommes.

Napoléon dispose de 300000 hommes plus l’armée de Davout occupant Hambourg.

Antoine est toujours aux ordres des mêmes généraux, seul le chef du 15ème a changé en la personne du colonel Rougé son régiment est de 1407 soldats, les visages connus se raréfient.

Les débuts de la campagne s’effectuent sous des pluies diluviennes, Napoléon comptait prendre Berlin mais Oudinot fut battu à Gross beeren par Blucher , l’idée d’avancer en colonne distincte à l’opposé de la tactique impériale ne fut pas une bonne idée.

Les alliés quand à eux, conseillés par le grand général Moreau et par le transfuge Jomini décidèrent de porter leurs troupes sur Dresde.

Cette ville défendue par Gouvion Saint Cyr devait être secourue rapidement.

Les alliés ne profitèrent pas de la faiblesse de la défense de la ville et laissèrent Napoléon la secourir.

Le 26 août 1813 les coalisés attaquèrent enfin, mais le grand Napoléon fit merveille et repoussa toutes les attaques.

Pendant ce temps Antoine avalait les kilomètres et volait au secours de son empereur.

Bon, relativisons, il ne savait pas ou il allait, était épuisé, trempé et ses pieds couverts d’ampoules.

Le 6ème corps arriva dans la nuit du 26 et prit position au faubourg de Dippoldiswalde. Tous s’effondrèrent sur place pour dormir quelques heures le ventre vide .

Cherchant un abri sommaire pour se protéger de la pluie Antoine trouva un sommeil tourmenté qui ne dura que très peu de temps. A l’aube chacun était en place Marmont était au centre avec Ney et la garde, Napoléon fit attaquer par les ailes où le grand Murat de retour fit merveille avec la cavalerie. Ce fut aussi bientôt le tour de la brigade d’Antoine de combattre. La pluie froide et dense rendait chaque mouvement difficile, les hommes serrés avançaient au son du tambour. L’objectif était un village nommé Plauen. Pour Antoine ce n’était que quelques masures noyées sous la pluie et desservies par des chemins boueux. Il n’en vit d’ailleurs pas plus ayant tiraillé toute la journée il apprit en fin de journée que les Français avaient remporté une grande victoire, les coalisés se sauvaient de toutes parts.

Ce fut l’une des dernières fulgurances de génie de Napoléon, cette belle victoire ne fut pas suivie par une belle poursuite.

La première préoccupation d’Antoine comme des autres fut de se nourrir et de se sécher. Tout était trempé, le pain , la farine n’étaient qu’inconsistance. Le plus dur fut d’allumer des feux avec le bois trempé. Le parquet et les meubles brisés d’une demeure saxonne firent un excellent combustible et chacun repu d’une infâme bouillie faite de farine et de viande s’effondra le fusil à proximité pour une nouvelle nuit à la belle étoile.

Puis tout se délita, les généraux de Napoléon perdirent leur bataille, la Katzbach, Kulm, Dennewitz portèrent de rudes coups à la belle armée française.

Les marches et les contre marches firent le reste pour anéantir l’armée de Napoléon, la pluie, la faim, la misère s’acharnèrent sur les Marie Louise. Chaque jour des soldats mouraient d’épuisement ou achevés par les cosaques et les paysans. Mais un nouvel ennemi terrible se dressa, le redoutable typhus fit son apparition, des milliers de jeunes affaiblis par la misère en moururent.

Napoléon au regard de tous ces événements sut qu’une confrontation générale se dessinait et qu’elle déciderait du sort de l’Europe et de son empire.

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