LE MANOUVRIER DE THIERCELIEUX EPISODE 4

 

 

Degraimberg passe maintenant à la couche, c’est l’élément en majesté de la pièce, grand, surmonté de quatre colonnes en bois mêlé, le travers ( matelas ) est en plume, deux draps en toile de ménage et une couverture blanche.

François a un pincement au cœur, il se souvient des étreintes avec sa belle des acrobaties qu’il fallait réaliser pour se déshabiller avec un minimum d’intimité alors que les enfants dormaient à coté. Bien sur les pans de rideau qui entouraient le lit assuraient, de leur serge verte, une protection visuelle. Mais le bruit, les soupirs de l’amour, les amant attendaient d’être sur que tout le monde dorme, mais va pour des petits, pas pour des adolescents qui initiés aux mystères de la vie par les animaux de la ferme ne pouvaient ignorer ce qui se passait derrière les rideaux opaques.

Oh bien entendu François retrouvait de temps à autres Marie Jeanne dans l’étable pour une étreinte brève dans la paille ou debout, jupons troussés le long du râtelier des vaches. Mais là aussi l’intimité pouvait n’être que relative. Les enfants baguenaudaient partout, les voisins des fermes pouvaient surgir à tout moment, la vie était communautaire, heureusement la pudibonderie n’était point de mise et personne ne s’offusquait d’une paire de fesses entre aperçue ou d’une femme satisfaisant à ses besoins naturels debout dans une cour de ferme.

Cette pièce maîtresse de l’ameublement de François est estimé à 82 livres, d’ailleurs ce n’est plus son lit mais celui de sa fille et de son gendre. Les rôles sont inversés c’est lui qui maintenant entend les râle de plaisir de sa fille et de son gendre. Il en est un peu gêné, mais le plus souvent abruti de fatigue il s’endort en ronflant .

Marie Jeanne est morte depuis ce maudit 4 octobre 1785, il n’a jamais repris femme malgré son age, se satisfaisant d’un commerce épisodique avec une veuve du hameau de Chalendon.

Les quelques hardes qu’il possède, sont dans un vieux coffre que l’expert estime 5 livres.

Voila maintenant le lit où dormaient ses filles et qui abrite maintenant les songes de ses nuits, 1 travers ( matelas ) de plume et deux draps de toile de ménage faisant 48 livres.

Pour son fils qui vient maintenant occasionnellement, une simple couche à 4 colonnes de  » chesne  »avec 2 pans de rideau de serge. Ce n’est pas en bon état et ne vaut que 8 livres.

Comme les pièces servent à tout on trouve à coté du lit 5 mannes d’osier pour le transport du pain, 2 pelles à fours ( les paysans faisaient leur pain ) et 2 paniers d’osier, l’ensemble d’une valeur de 3 livres.

Il fallait en finir, chacun s’impatientait. Une pièce que l’on nommait laiterie, mais qui servait aussi de sellier abritait 2 tonneaux d’une valeur de 4 livres, un petit baril, 1 tinette ( baquet de bois dont le fond est plus large que le haut servant pour le transport du beurre ) et une auge le tout pour 4 livres 10 sols c’est précis mais les comptes font les bons amis.

Le notaire examine 3 toiles et 3 pots de terre valeur 6 livres.

Puis une cage à poules qui servait souvent à Marie Jeanne quand elle allait vendre ou échanger quelques volailles dans les environs.

Un  » passoir d’ozier  » que Marie Jeanne utilisait avec dextérité lorsqu’elle tamisait les graines. François aimait la regarder, muscles saillants, poitrine opulente semblant vouloir sortir du corsage.

Un troisième objet appelé mâchoire ( étau ) complète ce lot estimé à 6 livres.

Enfin un objet cher à la tendre disparue, le cuvier ou elle mettait sa lessive, quel travail de forçat heureusement on ne change pas d’habits tous les jours. Cela ne vaut guère et le notaire l’accouple avec une chèvre à bois ( chevalet à 3 pieds ) pour une estimation de 6 livres.

Marie Jeanne qui mettait la main à tout, coupait le bois et n’hésitait pas à le fendre.

On en a maintenant fini avec l’intérieur de la maison, la troupe ressort et comptabilise 7 paires de volailles à 24 sols la paire donc 8 livres 8 sols.

Les volailles sont l’affaire des femmes et des enfants, François ne s’en occupe point.

La cour est vraiment boueuse et rappelle au notaire les rues merdeuses de Paris décidément il va abîmer ses bottes.

Il comptabilise maintenant une corde de bois blanc pour une valeur de 16 livres, gros budget pour les ménages. En cette région de la brie une corde vaut un peu moins de 4 stères précisément 3 stère 839. François, son bois il l’achète près de Montmirail chez une veuve avec qui il est en affaire.

Terminant son inventaire le notaire note encore 3 treillis ( 6 livres ), 3 auges à cochons ( 20 sols ) et 3 boisseaux de graine de lin. ( 7 livres 6 sols ).

François avait vraiment hâte que tout cela se termine, chaque recoin de la maison, chaque objet lui rappelait le souvenir de son défunt amour. Pour arrangé qu’il fut, ce mariage de sans le sous fut une union sans orage. Maintenant le fantôme de Marie Jeanne hante la petite maison de Thiercelieux .

Au matin François croyait l’entendre se lever pour raviver les braises et tirer la première traite. Mais il se ravisait ,ce n’était que sa fille qui reprenait les gestes ancestraux de ces lignées de femmes Briardes .

La succession était partagée en trois et François en avait entièrement le libre usage.

On rentra maintenant se mettre au chaud, Rosalie remit une bûche et au tour de la table de chêne on continua à parler gros sous.

Le total de l’estimation de l’ensemble des meubles et effets se portait à 1179 livres, pas une fortune mais pas non plus la misère. Le couple de journalier avait accumulé au grès des successions et de son travail un ensemble de produits manufacturés qui lui apportait un certain degré de confort.

 

Voici les liens pour les  3 premiers épisodes

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/13/le-metayer-de-thiercelieux/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/16/le-manouvrier-de-thiercelieux-episode-2/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/23/le-metayer-de-thiercelieux-episode-3/

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LE MANOUVRIER DE THIERCELIEUX ÉPISODE 3

 

Le groupe pénètre dans la maison, et François offre le coup, la piquette briarde n’est pas de qualité mais hospitalité oblige. Puis la conversation s’engage sur la nouvelle qui est arrivée depuis quelques jours à Montolivet et qui se repend dans les campagnes.

Louis Goutte l’aubergiste est au courant de tout.

  • Savez vous qu’on a coupé le col à l’autrichienne.
  • Pas vrai enfin….
  • Oui la catin royale a perdu de sa fierté
  • La tête de  » l’autre chienne  » a roulé dans le son.

Chacun renchérit sur les épithètes ignominieux mais tout de même attenter à la majesté royale n’est pas sacrilège. Le notaire fait cesser la discussion.

  • On va quand même pas danser la carmagnole à Thiercelieux.
  • Poursuivons cet inventaire et finissons au plus vite je suis attendu à Chalendon pour un testament.

Degraimberg commença par l’élément central de tous les intérieurs paysans et se dirigea vers la cheminée.

François y revit sa femme assise près de l’âtre se tuant les yeux à la lueur d’une faible chandelle pour raccommoder un pantalon antédiluvien et usé jusqu’à la trame.

Elle savait y faire Marie Jeanne pour redonner vie à des objets moribonds, quel bonheur que cette rencontre il y a bientôt 25 ans dans une noce au village du Vézier ( Marne ) d’où elle était originaire.

Une crémaillée, une pelle à feu, une paire de pincette, un chenet, une grille, une brochette, un rable ( tisonnier ), le tout en fer et ayant une valeur approximative de 12 livres.

Marie Jeanne penchée devant la cheminée et tisonnant les braises, quelle vision hiératique lorsqu’il rentrait épuisé de son labeur. Lorsqu’ils étaient arrivés dans cette maison elle était, étant née en 1742 au zénith de sa beauté. Les souvenirs défilent, chaque objet rappelle celle qui n’est plus.

Le notaire prend en main l’étouffoir à four le soupèse et l’estime à 6 livres. ( Petit appareil en forme de cloche, destiné à couvrir les braises restant dans le fourneau pour en arrêter la combustion ).

Marie Jeanne Martinez la défunte femme de François aimait cuisiner, oh bien sur c’était une cuisine de pauvres, soupe, ragoût, pain, lait fromage de brie, un peu de cochon le dimanche, quelques fois du mouton. La maîtresse de maison utilisait pour cela des ustensiles en cuivre jaune.

Un petit chaudron toujours dans l’âtre, un poêlon, une passoire, une bassinoire, une tasse et une timbale. Ces objets emprunts de nostalgie sont évalués à 14 livres.

François avait ramené le poêlon d’une foire à Coulommiers, le reste venait de succession, objets dérisoires que les générations se transmettaient le plus souvent de mère en fille. Constitution de dot, héritage, le tout formait le bagage de tous les ménages.

Certes il n’y avait pas que du cuivre , la chaudière , la marmite et son couvercle et la poêle était en fer, cela ne valait guère que 6 livres.

Sur l’évier est posé un ensemble de vaisselle en étain, matière de pauvres, le notaire l’estime au poids. Il y en a pour 16 livres et la vaisselle d’étain est estimée 20 sols la livre, en voilà donc pour une somme de 16 livres.

La pièce est encombrée, un seau et un baquet en fer sont posés dans un coin. Le seau sert évidement à puiser de l’eau au puits, quelle corvée pour les femmes où les enfants, alors on faisait attention, point de gaspillage sinon les taloches volaient.

Le baquet avait de multiples usages, la toilette d’abord, au point trop souvent, les mains qui étaient couvertes de terre, un peu le visage, un débarbouillage tout au plus, pour le reste dans ses pièces où souvent plusieurs générations se côtoyaient et où l’ exiguïté était flagrante se montrer nu pour se laver était impensable.

Marie Jeanne le faisait parfois, elle envoyait ses enfants au labeur en extérieur et ne tolérait pas même son mari qui pourtant était preneur d’un tel spectacle intime.

Le seau et le baquet malgré le peu de valeur 1 livres 10 sols furent consignés.

Le long du mur , un couperet, une serpe, deux cognées, une scie, une palette à boulanger et un pique pour une valeur de 10 livres. Objets domestiques indispensables pour des paysans.

Sur un meuble une lampe de cuivre et sa crémaillée de fer ainsi qu’un chandelier de fer, valeur 2 livres 15 sols. Au vrai on faisait attention à l’éclairage cela coûtait alors on vivait avec le soleil.

Mais les longues soirées d’hiver où les travaux agraires sont ralentis, laissent tout de même place à des activités sociales, les voisins venaient pour causer, travailler à leurs ouvrages, écaler les noix, les châtaignes, confectionner des plateaux de fromages, tisser, se raconter les potins et se faire peur avec des histoires sorties de la nuit des temps.

Le notaire soupèse maintenant la table et examine le fil du bois, comme le banc c’est du chêne, fabrication artisanale avec du bois de la forêt de Montolivet. Là aussi cela vaut une misère 4 livres, mais que de souvenirs.

Marie Jeanne assise en bout de table lapant sa soupe à sa gauche l’aînée des fille Marie Anne née en 1770 à Montmirail puis la petite née dans la maison en 1773 et enfin à coté du père le seul garçon né en 1778 et que l’on a nommé François Joseph.

Le couple aurait dû avoir une troisième fille mais elle n’avait vécu que 12 jours, c’était ainsi,ils avaient payé leur tribut à la lourde mortalité infantile. François croisait les doigts pour ne point voir disparaître un autre de ses enfants . Quatre enfants en 17 ans de mariage n’était pas une grosse performance, mais faire des gosses c’est facile mais les nourrir c’est une autre chose.

On faisait donc attention, Marie Jeanne laissait les enfants à la mamelle le plus longtemps possible respectait les périodes d’abstinences préconisées par Monsieur le curé et François quand il le pouvait sautait de la charrette en marche.

L’ objet qu’affectionne particulièrement François c’est la huche, symbole de la vie le pain y est a l’abri dans ce réceptacle de noyer que le notaire estime à 12 livres, soit trois fois plus que la table et le banc.

En face une commode en forme d’armoire, avec deux tiroirs c’est un meuble briard d’environ 1 m 50 de haut de couleur sombre il est en érable. On l’ouvre et on y trouve les habits et le linge du couple Blanchet, donc hors succession.

La maison si petite soit elle ne manque pas de meubles, une grande armoire avec 2 battants d’une valeur de 60 livres, avec à l’intérieur le trésor de Marie Jeanne et en général de toutes les femmes.

François n’en avait que foutre mais ces 6 draps de grosses toiles, ces 6 nappes de même matière, ces 2 essuie- mains et ces 2 serviettes ainsi que 25 livres de fils écru représentaient le comble de l’aisance pour sa femme. Le notaire estime l’ensemble à 80 livres.

Le notaire s’octroie une courte pause et sort sa blague à tabac.

Voir les deux épisodes précédents :

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/16/le-manouvrier-de-thiercelieux-episode-2/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/13/le-metayer-de-thiercelieux/

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LE MANOUVRIER DE THIERCELIEUX, ÉPISODE 2

 

Les voilà donc réunis les membres de la famille Regnault, mais pour quoi faire en ce milieu de semaine, il y a tant à faire.

  • Je crois que v’la le notaire.
  • Oui c’est sa carriole , va chercher le Louis et le Nicolas.
  • D’accord père.

Le notaire arrête son attelage devant la maison et descend, jeune encore, Charles Degraimberg en impose par sa tenue soignée qui détonne sur celle rugueuse des paysans. Botté de cuir avec un habit noir, recouvert d’un long manteau, portant chapeau, il salut l’assemblée d’un simple coup de tête.

Il est notaire public à Villeneuve sur Bellot, certes le bourg est petit mais en ces temps on acte à tout va et le travail ne manque pas.

C’est un notable assez influent, mais en ce moment il se fait plus discret car son nom avec ce  »de  » ne fait pas très roturier et en cette époque trouble on a vite fait de passer sous le  » rasoir national  ».

Le notaire est avec le curé et le seigneur du coin , un pilier de la société paysanne, il est instruit et de plus connaît tous les secrets de ses clients.

Charles Degraimberg est politiquement modéré, il pencherait facilement pour les girondins mais comme celà va mal pour eux il préfère avec prudence ne pas faire état de ses opinions.

  • Bien père François vous êtes prêt pour faire l’inventaire de vos biens.
  • Vous autres aussi ?

-Oui Monsieur le notaire, répétèrent ‘ils en chœur.

Pour pénétrer dans la maison, la plus grande difficulté est de traverser la cour, nous sommes en octobre et elle s’est transformée en un immense cloaque, le tas de fumier mélange ses boues avec l’eau de pluie et avec les déjections humaines. Les volailles s’y ébattent, un chien y patauge et un chat y cherche désespérément un coin ensoleillé.

Le notaire cherche maladroitement à ne pas crotter ses bottes, alors que les occupants du lieux ne s’en préoccupent guère.

Tout le monde semble être là, lorsque François s’avise qu’il manque celui sans qui l’inventaire ne pourrait avoir lieu à savoir le tuteur de Joseph, désigné conjointement avec François au moment de la mort de sa mère.

Jean Javari dit le jeune est un vigneron de Villeneuve sur Bellot ami de la famille, c’est un rude personnage, travailleur acquis aux idées nouvelles et fricotant avec les gens des comités de la Ferté Gaucher. Jamais à l’heure il arrive à présent, ne s’en excuse pas et prend place parmi la famille Regnault.

La maison est constituée d’une grande pièce principale, d’une autre plus petite et d’un cellier. Les bêtes sont placées dans une étable avec le matériel et les réserves de grain.

Un seul étage, de la terre battue et un toit de chaume, cette maison vient de la famille de la femme de François, ils sont donc propriétaires de leur maison et possèdent également quelques arpents en propre. Ils ne font pas partis de cette cohorte de miséreux, sans être pour celà à l’abri de toute misère en ces temps troubles où la cherté du bled raréfie le pain.

François Regnault est originaire de Montmirail, ce n’est plus dans le même département mais pour les gens du coin c’est du pareil au même , il habite dans cette maison depuis les années 1770 et seule sa fille aînée n’y est point née. Depuis la mort de sa femme il y vit avec ses enfants.

Maintenant la maison, il doit la partager avec le couple que forme Marie Anne et Christophe Blanchet, il n’est seulement plus chef chez lui, sa fille veut tout régenter et son couillon de mari se laisse mener par le bout de nez où par un autre bout comme l’on voudra.

Rosalie et son mari habitent en face, ils ont leur sabots en permanence à la maison et s’incrustent à la tablée. Quand au fils il revient dans la maison familiale dès que son maître lui laisse un peu de temps.

Le notaire décide de commencer par l’étable. Elle est petite , il y règne une douce chaleur animale et l’ odeur acre des animaux. Degraimberg de sa main gantée se bouche le nez, les autres habitués à cette puanteur familière sourient de cette coquetterie. Décidément ces écrivaillons sont faits d’un autre sang.

Accrochée à une corde, une belle vache au poil blanc les regarde. Le notaire ni connaît rien en bestiaux et a mandaté deux spécialistes.

Nicolas Lapleige 44 ans, enfant du pays est marchand de bestiaux dans le hameau, grand, buriné par le grand air, une allure fringante et une verve intarissable. Il est redoutable en affaire et détecte la moindre anomalie chez une bête .

Son acolyte en expertise pour ce jour se nomme Louis Goutte, il est aubergiste à Thiercelieux , il a 38 ans sait de quoi il parle car pour être aubergiste il n’en est pas moins paysan, cultivant aussi quelques arpents.

Les deux compères font le tour de la bête, tâtent les pis, ouvrent la gueule de la bête pour voir les dents et estiment qu’elle a 9 ans, ce que confirme François en opinant du chef.

A coté une génisse au poil rouge que les experts estime au prix de 135 livres, alors que la belle blonde ne valait que 105 livres.

Deux porcs évalués à 72 livres et un porcelet valant 20 livres complètent le cheptel modeste de la famille Regnault .

François a comme un pincement au cœur car il revoit sa femme assise entrain de traire, qu’elle était jolie et désirable. Il la serrait souvent de très près en ces lieux où l’odeur des animaux et de la paille excitaient les sens. Sa deuxième fille la Rosalie née en avril  1773 à probablement été conçue en ces lieux.

Mais il n’ait  point le temps de baguenauder, le notaire s’impatiente. Au fond de la grange un tas d’or jaune à savoir un tas de bleds non battu.

A l’œil nos paysans et le tabellion l’évalue à 28 douzaines qui produisent 2 boisseaux 1 huitième soit 60 boisseaux.

Tous sont habitués à ces calculs bizarres et personne n’applique les nouvelles mesures que nos savants révolutionnaires mettent en place.

Si la quantité ne prête pas à discussion son évaluation financière est plus délicate car le cour du bled fluctue énormément.

Le notaire tranche pour l’estimation moyenne de 55 sols le boisseau ce qui donne pour l’ensemble 165 livres.

Évidement l’évaluation se fait en livre assignat qui a cour forcé sur l’ensemble du pays.

A proximité un tas de fourrage venant des dit bleds ( non battus ) et ceux déjà battus, il faut être précis il y en a pour 200 boisseaux au prix de 80 sols.

Dans un autre coin traînent les pailles des dit bleds mais cela ne faut rien, à peine 3 livres. Il faut poursuivre, il y a tant de chose. Un tas de trémois ( mélange de plusieurs céréales cultivées pour l’alimentation des animaux ), d’environ 40 boisseaux, il faut bien nourrir les bêtes , ce qui est évalué 35 sols donc 70 livres.

Puis comme rien ne se jette , des fourrages venant des trémois pour une valeur de 25 livres ainsi qu’un demi quarteron de  »foare  ».

François est un peu énervé par cette litanie de grains et de foins, mais pour qu’il y ait aucun litige chacun se plie à cette corvée. Dans l’étable un peu encombrée un tas d’avoine de 16 boisseaux.

Là encore on discute sur le cours de l’avoine mais le cours qui vient de chuter est de 30 sols le boisseaux

La paille des trémois et de l’avoine ne vaut comme celle des bleds pas grand chose.

L’inspection de l’étable est presque terminée, reste un tas de foin de trèfle et de luzerne d’environ 1 quarteron et demi et valant 20 livres.

Les produits de la récolte, et les bêtes montent l’avoir de la famille à 721 livres.

L’étable est séparée de la maison chacun ressort, le temps ne s’est pas arrangé et le notaire peste pour son retour sur Villeneuve sur Bellot.

Lien du premier épisode :

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/13/le-metayer-de-thiercelieux/

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LE MANOUVRIER DE THIERCELIEUX

Appuyé le long du mur de sa demeure , François Regnault est songeur, le froid déjà vif de ce 23 octobre 1793 pénètre ses vêtements, un peu transit, il attend.

Âgé de 53 ans il n’est plus de la première jeunesse mais garde une vivacité au travail qui le fait respecter de ses pairs.

Petit, noueux, maigre dans ses habits du dimanche sa silhouette fait penser à un spectre. Des cheveux mi long de couleur neige encadrent un visage sculpté par des rides profondes. Des yeux gris d’acier lui donne un air de dureté qu’ atténue une belle bouche où émanent de fréquents sourires.

Les années passées le laissent édenté mais de son visage émacié surgit toujours des lueurs de bonheur.

Ses vêtements qui ne sont point neufs mais emprunts d’une antique robustesse lui donnent malgré leur modicité un certain air d’élégance. Cet usager de sabots est un peu empoté avec ses souliers qu’il ne sort qu’aux grandes occasions.

Ce qui frappe au physique ce sont ses mains, rugueuses, musculeuses, veinées, usées par un labeur de chaque instant, des outils de travailleur prématurément vieilli. Mais qu’on ne s’y trompe pas cet instrument de travail même rabougri, tordu, arthritique ne cessera d’être utilisé, une charge pour les enfants, non jamais plutôt finir dans le grand Morin.

Le vent qui souffle de l’est sur le hameau est vraiment très frais pour la saison et de lourds nuages chargés de pluie menace maintenant Thiercelieux il est vraiment temps que le personnage qu’attend François arrive.

Ce hameau qui abrite la demeure paysanne de Regnault si il n’est pas une commune est déjà plus qu’un regroupement de quelques maisons, il est le siège d’une véritable communauté presque autonome de sa paroisse nommée Montolivet.

Bien que son ancien château possède une chapelle, aucune église ne fut construite pour lui donner le statut de paroisse et ne reste qu’un endroit plus peuplé que le village dont il dépend.

La population de ce village est d’ailleurs répartie dans de nombreux hameaux aux noms chantant tel que Chalendon, Aulnette et Corbas.

A Thiercelieux on trouve presque tous les corps de métier du moins ceux de la terre, il y a même une auberge où l’on peut se rincer le gosier de la piquette locale.

François connaît tous les habitants car bien qu’il ne soit pas natif de Montolivet, il s’échine depuis longtemps sur ces terres grasses, arrosant de sa sueur et de sa peine les sillons qu’il creusent pour le bénéfice des autres.

Il ne possède rien ou très peu comme ses parents n’ont rien possédé, sa seule valeur est le travail qu’il peut fournir à la journée. Il est manœuvrier ou journalier comme l’on voudra, il sait tout faire, il est né de la terre et retournera à la terre. Planté en la terre de Brie, abruti par un labeur de chaque instant, il aime paradoxalement cette terre de malheur. Elle le nourrit et le fait mourir aussi, c’est comme cela depuis la nuit des temps et François Regnault de Thiercelieux de Montalivet manouvrier noble homme de la plèbe ne se pose guère de questions.

Depuis qu’il est né en 1741 à Montmirail son horizon se borne à cet univers, il n’a jamais été à la capitale et son expérience des grandes villes se borne à la bourgade de Coulommiers et à celle encore plus petite de la Ferté Gaucher où il amène des grains et se fournit en marchandise .

Mais qu’irait il faire à la ville, sa vie est ici, sa famille est ici.

En parlant de cette dernière voilà justement sa fille qui arrive. C’est la deuxième de la fratrie et se nomme Rosalie, elle à 20 ans et toute l’insolence de la jeunesse. De petite taille comme son père, les cheveux noirs de jais et darde de ses yeux de braise un regard sur son père . Son jupon serré enserre une taille de guêpe et une paire de fesses joliment rebondies. De sa fière et opulente poitrine jaillit un » bonjour père ».

Elle n’est point seule Pierre Lefevre son mari la précède, ils se sont mariés il y a un peu plus d’une semaine, une belle fête, la famille, les amis, une noce de trois jours.

Pierre est manouvrier et travaille souvent côte à côte avec François, il est travailleur, appliqué et ferra de bons gamins à sa Rosalie. Bien sur il n’est pas riche et trimera à son tour en espérant cumuler un petit pécule pour pouvoir acheter ces fameux bien nationaux que le gouvernement a récupérés.

Mais François comme son gendre ne se font guère d’ illusion, les lots sont trop gros et seul quelques laboureurs pourront acquérir ces biens. Les bourgeois des villes seront à n’en pas douter les acheteurs privilégiés.

D’ailleurs le château de Thiercelieux est à vendre son seigneur a pris le large pour ne pas se faire raccourcir. Il est temps que les terres trouvent acquéreur, car elles donnent beaucoup de travail aux manouvriers du coin.

  • Père le notaire va t’ il donc arriver ?
  • Oui il est pas en avance, je vais avoir du labeur à rattraper.
  • Tu as vu ta sœur?
  • Oui elle nourrit ses bêtes et arrive bientôt.
  • Son benêt de bonhomme vient aussi je suppose.
  • Oui évidement .

Le benêt en question est Christophe Blanchet le mari de sa première fille, c’est viscéral il ne l’aime pas. Allez savoir pourquoi d’ailleurs, il lui a bien accordé la main de sa fille et le reste d’ailleurs car Marie Anne a eu un bébé voilà bientôt 7 mois. Il est content d’avoir un petit fils, il n’aurait plus manqué que d’avoir une pisseuse. Le couple est récent car l’union a eu lieu voilà à peine un an.

Bigre, quand François a emmené sa fille à l’autel, la diablesse était grosse de 5 mois. Cela commençait à se voir. François considérait son gendre comme un bon à rien de n’avoir pu  » se retirer de la table au moment du dessert.  »

Quoi qu’il en soit le Christophe est aussi un manouvrier, fils de Thiercelieux, dur au labeur et assez agile de ses mains.

Le couple qui habitait à Thierceleux ne tarda guère à arriver, Marie Anne était l’anti thèse physique de sa sœur, aussi blonde que l’autre était brune aussi forte que l’autre était fluette. La forte poitrine gorgée de lait semblait jaillir du corsage et un ventre redondant post maternité faisaient qu’elle semblait avoir pleuré pour avoir sa robe.

Pour compléter le tableau familial il ne manquait plus que le dernier rejeton de la lignée, François 15 ans, dépenaillé, hirsute, le portrait en plus jeune de son père. Toujours par monts et par vaux, il commençait à occuper malgré son jeune âge une place dans la communauté paysanne. Pour l’instant il était domestique de ferme à Chalendon.

Il ne gagnait rien, ramassait des taloches, trimait comme un esclave, dormait au cul des vaches, mais à part cela libre comme l’air, toujours à renifler les bonnes occasions. Commençant précocement à mignarder les filles, volant au passage quelques baisers. Il s’efforçait de lorgner sa belle et jeune patronne lorsqu’elle relevait jupon dans la cour de ferme, en avance sur tout et sur tous, il n’était jamais là où on l’attendait mais toujours là où personne ne l’attendait.

                       Généalogie simplifiée de la famille Regnault

Les ancêtres :

Claude Regnault  ( 1702-1768 ) épouse  Suzanne Letaillier (  1702 1767 )

Jean Martinet  ( 1718 1748 ) épouse Marie Jeanne Hermand ( 1715 1767 )

——————————

François Regnault  (1741-1817 ) se marie avec Marie Jeanne Martinet (1742-1785 ) dans la localité de Saint Barthélémy ( 77 ) le  14 novembre  1768.

Trois enfant sont issus de leur union :

Rosalie 1773-1843 épouse Pierre Nicolas Lefevre

Marie Jeanne 1770-1838 épouse Christophe Blanchet

François 1778-1850 épouse Adélaïde Victoire Noël

 

Nota : l’orthographe variant d’un acte à un autre je conserve l’écriture    Regnault

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LA MORT DE LA PETITE PAYSANNE, ( Le fléau de la variole )

 

 

Il est 5 heures du matin en ce samedi 8 mai 1779,  Anne s’éveille pour effectuer la première traite, elle secoue sa sœur Françoise. Cette dernière pourtant prompte à se lever d’habitude traîne à ouvrir les yeux. Elle a mal dormi . Agitée, fiévreuse elle a fait un cauchemars qui l’a amené dans un puits sans fond. Lorsque sa sœur la réveille elle émerge d’ une eau glaciale dans un ciel noir sans étoile. Elle  ouvre les yeux difficilement, sa chemise est trempée, sa sœur la blague en lui disant qu’elle a pensé à un coquin. Françoise n’a pas le cœur à rire mais fini malgré tout par se lever.

Dans la cour le froid est encore vif et elle frissonne, comme chaque matin les deux sœurs s’accroupissent dans un coin reculé, elles rigolent toutes deux de leur posture, le chaud liquide forme mare et nuage de vapeur, elles  se pressent pour ne pas être surprises par le domestique de ferme qui se lève aussi à cette heure.

Dans l’étable, chacune s’assoit au cul d’une vache et commence la traite . Françoise se plaint d’avoir des courbatures, elle a maintenant très chaud malgré la froidure. La sueur colle son foulard et un filet de sueur lui dégouline entre les seins. Ses mains sont moites, elle est maladroite et la bête d’un beuglement, s’en plaint.

Toute la journée elle va se traîner, elle a chaud et pourtant elle frissonne, un mal de tête lancinant lui fait naitre la nausée. Pourtant le labeur ne manque pas, Anne l’ houspille sans arrêt et sa tante la bouscule pour qu’elle se réveille un peu.

Les tâches pour une femme sont assez multiples dans une ferme, Anne et Françoise en bonnes paysannes sont donc très occupées dans cette exploitation du hameau de la Merlandière. Jean Foucault en est le métayer.

Françoise et Anne sont orphelines depuis longtemps et oncle Jean est un peu comme leur père. Âgées respectivement de 8 et 6 ans quand elles arrivent à la Merlandière sur la commune de Saint Martin de Connée, le frère de leur mère les recueille  et les élève comme ses filles.

Au repas de midi, l’état de Françoise ne s’améliore pas et elle ne touche guère à sa pitance, elle  se lève même de table précipitamment  pour aller vomir dans la cour.

Son oncle s’inquiète et d’un ton bourru demande à Anne.

  • j’espère qu’elle ne s’est pas fait remplir.
  • Non mon oncle elle vient d’avoir ses menstrues.
  • Je crois qu’elle a pris froid, cela va aller mieux.

En fin de journée Françoise est exténuée et demande à gagner son lit sans souper.

La fratrie s’inquiète un peu pour la gamine et Françoise Foucault sa tante qui vit aussi à la Merlandière avec son mari André Guerin se rend à son chevet.

  • quoi que tu as ma belle?
  • Rien ma tante, du froid de la chaleur, mal dans le dos et les bras.
  • T’es sur tu veux rien manger
  • Non non je va dormir.

Lorsque sa sœur se love à ses cotés elle est brûlante.

Le lendemain c’est le jour du seigneur, mais il faut quand même faire la traite et nourrir les bêtes, le repos vient après.

Françoise est debout avant sa sœur qui étonnée la moque pour sa flemme de la veille.

  • Tu vas mieux on dirait
  • Oui ç’a va

Mais à la lumière des premiers rayons de soleil , Anne regarde pétrifiée sa sœur, elle est couverte de boutons.

L’inquiétude grandit, mais il faut poursuivre la journée

Après le travail à l’étable il faut se préparer à la messe et revêtir ses plus beaux atours. Les femmes se retrouvent à la maison, de l’eau chauffe dans l’âtre pour la toilette. Évidemment Françoise est éplumichée sous toutes les coutures car ses boutons inquiètent un peu.

Le visage en est couvert, ainsi que les mains et les pieds, la tante avec rudesse la fait mettre toute nue, il faut bien se rendre à l’évidence même en ses endroits les plus intimes elle en est couverte.

La suspicion s’installe mais chacun continue ses occupations dominicales.

A la messe, au vrai on la regarde un peu de travers et les places sur le banc s’éclaircissent à coté de l’infortunée boutonneuse.

 

  • Qu’est qu’elle a  la fille Le Vacher?
  • Le fils au Jean Ragot avant de passer a eu des boutons comme cela.
  • Tu crois?
  • Eh puis la petite Françoise Hubert du hameau de la Chaussée.
  • Penses tu,  eux ils étaient couverts de pustules.
  • Ouai mais y sont crevés tous deux.

Françoise est contente car malgré de fortes démangeaisons elle va un peu mieux et accepte avec sa sœur d’être raccompagnée par des gars du village. En vérité c’est plutôt Anne que l’on raccompagne et cette dernière se laisse même peloter un peu. Lorsqu’elles arrivent à la ferme Anne est  toute émoustillée  et Françoise un peu jalouse de ne pas avoir été approchée.

Il faut bien dire qu’elle n’est guère joliette avec ses boutons.

Le soir arrive et la maisonnée se couche, Anne et Françoise se serrent l’une contre l’autre comme elles en ont l’habitude depuis qu’elles sont petites.

Elles discutent en chuchotant et rient encore de bon cœur lorsqu’ils entendent les soupirs de tante Françoise et oncle André dans le lit clos de serge verte.

Malgré une forte démangeaison, la journée a été globalement bonne, pas de fièvre , ni de nausée.

Le lendemain au lever c’est la catastrophe,  le visage de Françoise s’est couvert de pustules d’une couleur rouge pâle. En moins de deux, la ferme puis le hameau est au courant.

Cette fois ce ne sont plus de simples boutons, la panique gagne la ferme, car tous connaissent les conséquences de ces irruptions.

Depuis le début de l’année de nombreux enfants ont été emportés.

Jean Foucault prend la situation en main et envoie quérir la matrone qui saura bien faire quelques choses. Comme chacun se doute qu’il y a danger à traîner dans les parages , personne ne se presse au chevet de Françoise. Il y a déjà eu de nombreux morts dans la régions et tous avaient eu des pustules comme celles de Françoise.

On décide de l’isoler  dans sa chambre et seule Anne pourra l’approcher. Quand la matrone arrive les pustules se sont multipliées surtout aux extrémités des membres. Le diagnostique est vite posé c’est la petite vérole.

  • Alors la mère c’est quoi ?
  • Ben c’est la vérole .
  • Et puis
  • Soit elle guérit, soit elle crève.
  • Y a rien à faire.
  • Si? il faut l’isoler si vous voulez pas tous y passer.

Le soir la situation s’aggrave, les pustules couvrent l’ensemble du corps et se remplissent de pus. La fièvre est revenue, la pauvrette ne tient plus debout et se couche pour ne plus se relever.

La nuit est dantesque, Françoise vomit et salit sa chemise, Anne la déshabille avec précaution, la douleur est vive, son corps n’est plus qu’une plaie vive, des pustules éclatent et souillent sa jeune peau.

Une chemise propre, elle s’apaise quelques heures.

Les heures défilent, Françoise se gratte, une odeur nauséeuse se dégage d’elle, la fièvre qui augmente toujours la fait délirer.

Le délire s’accompagne de râles, elle respire difficilement. Ces yeux embués cherchent du réconfort, elle serre très fort la main de sa grande sœur.

Au matin Anne s’est assoupie, Françoise a chier sous elle, l’odeur est à vomir, il faut pourtant la changer. Elle va chercher de l’aide, mais ses tantes refusent. Alors Anne se débrouille, lave sa sœur avec un peu d’eau. L’odeur de merde mélangé à celle du pus fait soulever le cœur d’Anne, des larmes lui viennent . Elle réussit à lui  changer sa chemise,  mais ôter les draps est une épreuve autrement redoutable  et après bien des efforts elle arrive à enlever les draps souillés et à en remettre des propres.

Françoise a de plus en plus de fièvre et n’est plus consciente, elle a des hallucinations, appelle sa mère, puis son père. La toux fait son apparition et sa respiration est saccadée.

Le lit semble bouger, des mains viennent la prendre, elle hurle s’arrache des lambeaux de peau, le pus et le sang s’écoule, la douleur dans les poumons est intolérable, Françoise ne crie plus mais râle. Le corps de la jeune femme se défend, la fièvre lui amène de terribles visions. Puis une étrange rémission arrive, Françoise s’apaise un peu, son visage n’est qu’une plaie mais elle sourit à sa sœur. Les sons ne sortent plus de cette poitrine exsangue, les yeux sont maintenant clos elle s’endort.

Anne est épuisée et tente de garder les yeux ouverts pour veiller sa petite sœur, mais rien y fait elle finit par tomber dans les bras de Morphée.

Lorsqu’elle se réveille en sursaut Françoise la regarde, un sourire se dessine sur ses lèvres, ses yeux bleus reflètent la lueur de la chandelle, apaisée , tranquille, heureuse dans les plis des draps froissés.

Elle est morte, petite fille , au corps de femme qui n’a point connu l’amour, elle a 18 ans et n’est plus.

Anne hurle, tous comprennent  et se précipitent. On arrache l’éperdue de la dépouille éminemment contagieuse. Elle crie, se débat et va hurler son malheur dans l’étable.

Le curé est prévenu, il faut faire vite. Françoise se décompose rapidement, la matrone refuse les soins mortuaires et Anne se dévoue encore pour apporter un peu de décence à sa petite sœur.

Dans un suaire de drap blanc Françoise est enveloppée.

Le convoi brinquebale jusqu’au cimetière, on salue de loin, la crainte de la contagion est plus forte que la charité chrétienne. Quelques voisins accompagnent la pauvre enfant. Les oncles et tantes qui ne l’ont pas assistée  pendant son agonie sont présents.

Le fossoyeur a creusé une fosse à la hâte, on y jette la dépouille mortelle, les prières sont dites, l’âme pure de Françoise Levacher monte au ciel.

Anne est folle de douleur.

Quelques pelletées de terre font disparaitre à jamais la forme blanche qui git au fond du trou, tous s’éloignent, adieu.

A la Merlandière on prend quelques précautions, les vêtement de Françoise sont brûlés, sa couche aussi. Anne est mise en quarantaine, puis reprendra le cours de sa vie.

Elle réchappera à la redoutable faux se mariera et ferra souche. Mais jamais elle n’oubliera sa petite sœur, ni d’ailleurs le rejet que lui ont témoigné ses proches lors de la courte agonie de la gamine

L’épidémie continuera sa course et de nombreux enfants mourront dans la contrée.

Le nommé Edouard Jenner inventera la vaccination contre la variole et peu à peu le fléau reculera mais il faudra attendre 1977 pour que la variole soit éradiquée au niveau mondial

La variole ou petite vérole est une maladie infectieuse d’origine virale, très contagieuse et épidémique, due à un poxvirus. Le mot variole vient du latin varus, i (qui signifie « pustule ») et de varius, a, um (qui signifie « moucheté »).

Françoise Le vacher est née le  21 avril 1761 à Saint Pierre sur Orthe de François et d’Anne Foucault.

La merlandière est un hameau du village de Saint Martin de Connée dans la Mayenne.

Le curé qui se nomme De Souvré a eu la bonne idée de noter la cause des décès dans le registre paroissial.

 

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LE BAIL DE MÉTAYAGE DE LA FERME DES COMBES ( 3ème épisode )

Maison Laymond, ferme de la Combes Saint Étienne de Cuines

Monsieur Laymond de 1830 à 1845 signa 7 métayages, ce qui fait beaucoup car normalement le bail est de 9 ans renouvelable tous les 3 ans. D’ où venait cette instabilité chronique ?

On peut imaginer que les métayers, ayant charge de famille n’avaient aucun intérêt à perdre leur travail et à engager des frais dans une affaire instable. Je pense donc que les clauses imposées par le procureur Laymond étaient bien trop dures et certainement non réalisables par les paysans. Des litiges innombrables amenaient alors à la résiliation.

Mr Laymond n’en avait cure car à chaque fois il trouvait un nouveau bailleur tant la main d’œuvre était abondante.

Beaucoup de travailleurs, peu de travail, voilà un bon moyen de pressurisation ouvrière de la part d’une bourgeoisie triomphante.

Étudions maintenant en détail ce qui est demandé aux métayers.

Tout d’abord ce que l’on appelait les bleds

Le seigle qui est la principale matière à fournir, 100 quartes pour le métayage de 1830 est une plante qui pousse dans les sols froids et pauvres . On le sème en général vers le mois de septembre.

Cette plante était fort intéressante pour le volume de paille qu’elle produisait car elle était fort haute.

Les grains servaient à l’alimentation du bétail.

Le froment qui n’est autre que le blé tendre était également demandé à hauteur de 50 quartes . La variété utilisée était le froment de la Chapelle ou de Mont vernier

Les châtaignes abondantes dans le pays étaient récoltées et le métayer en fournissait donc 8 quartes.

Monsieur Laymond porte aussi une attention particulière aux poires récoltées dans ses vergers, il en distingue deux sortes, la poire d’hiver dite tous temps et les poires beurrées jaunes.

Les légumes plantés et cultivés dans le jardin, sans doute par les femmes étaient réservés aux métayers, sauf pendant les vacances des maîtres qui pouvaient alors se servir.

Une chèvre et un cochon élevés à la ferme étaient fournis annuellement.

Passons à ce qui semble être une préoccupation majeure du propriétaire à savoir ses vignes.

Toujours planté de vigne le  » Champet  », comme en  1830

Elles étaient plantées au  » Champet  » presque en face de la ferme et d’autres plants au Colombier Carrey un peu à droite de l’exploitation sur les flancs de la montagne. Des vignes se trouvaient également au  » Mollard  » sur la gauche des Combes. Le tout formait un vignoble d’un seul tenant

Les plants étaient en cette époque dans la région de Saint Jean de Maurienne du  » Persan »‘qui donnaient un vin fort réputé. Il en était également tiré des eaux de vie.

Laymond préconise de cultiver sa vigne à la mode française. Il précise également que ses vignes soient abondamment fournies en engrais.

Mr Laymond préconise aussi d’utiliser la méthode dite de provignage pour multiplier ses plants à savoir un provin par fossoirée en vigne haute du  » Champet  » et 6 provins par fossoirée en vigne basse.

Le provignage consistait à prendre un rejeton de cep de le tailler et de le coucher en terre pour qu’il prenne racine. Le rejeton ainsi produit s’appelait un provin.

Une fossoirée était une tranchée.

Le bailleur demandait également un quintail de paille de mais, la production agricole était donc déjà fort variée, bleds, maïs, cochons, chèvres, brebis, verger, poulaillers, maraîchage, viticulture, récolte de la châtaigne.

Les charroies devaient également être fort délicats pour les livraisons à Saint Jean de Maurienne .

Les métayer devaient donc être très polyvalents et surtout se tuer au travail.

La ferme existe encore, avec son bâtiment bourgeois à coté ( un panneau indique ferme Laymond la Combe ) et une vigne demeure séculaire au lieu dit le  » Champet  » ( évidement ce ne sont certainement pas les pieds des années 1830 car la région comme partout en France a été touché par le phylloxéra ) mais je trouve fort extraordinaire qu’elle s’y trouve encore. Claude Genin, Isidore Mareschal, Valentin Meunier, Cyrille Covarel, Pierre Crosaz et Etienne Villiot pourraient y retrouver leurs habitudes.

Le procureur Laurent Victor Laymond est mort à Saint Jean de Maurienne le  26 décembre  1856, son épouse Françoise Antoinette  née Lambris est morte dans la maison Laymond à Saint Etienne de Cuines le 04 janvier  1856.

 

Si toutefois vous êtes descendants de mes métayers ou du bailleur Mr Laymond, je me ferais un plaisir de dialoguer avec vous

 

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LE BAIL DE MÉTAYAGE DE LA FERME DES COMBES ( 2ème épisode )

Mr Laymond se mit en quête d’un nouveau métayer, il le trouva en la personne d’Étienne Villiot dit Roccaz. Laboureur de Saint Étienne de Cuines il est âgé de 66 ans et est l’époux de Claire Roccaz.

 

Les Villiot sont nombreux dans la vallée de la Maurienne, pour les différencier on leur donne des surnoms à savoir dans ce cas du nom de sa femme.

Il est déjà assez âgé pour prendre une métairie mais en tant que laboureur il possède des bœufs et une charrue.

On va le voir en ce 9 février 1833 le procureur Laymond est nettement plus gourmand que dans le bail précédent.

La durée est toujours de 9 ans avec faculté de résiliation au bout de 3 ans ou de 3 récoltes.

Pour l’année 1833, le cens ne portera que sur les prés et vergers, Villiot donnera donc 92 livres et 8 quartes de châtaignes.

Pour le reste le cens commencera à la Saint André ( 30 novembre ), mais l’augmentation est notable.

200 quartes de bled dont 125 de seigles et 75 de froment donc 50 quartes de plus que Genin.

132 livres en numéraire soit 52 livres en plus

10 paires de poulets

25 livres de chanvre taillé

1 quintail de paille de mais

12 douzaines d’œufs

12 quartes de châtaignes

2 sacs de pomme de terre

4 litres d’huile

la moitié des fruits sauf ceux du verger de devant la maison qui appartiennent en propre au métayer

Le tout est à livrer à la Saint André au domicile du propriétaire sauf les poulet et les œufs qui seront fournis pendant les vacances de la famille Laymond sur ses terres de Saint Étienne de Cuines.

Laymond se garde pour les vacances (les beaux jours ) la maison principale qu’il occupe avec sa famille.

De plus Villiot achètera à la Saint Martin pour le compte de Mr Laymond un cochon qu’il engraissera jusqu’à la Saint André ( à ses frais ).

Il devra encore 10 livres de beurre et 2 quintaux de foin.

Il devra encore élever une chèvre et deux brebis pour le compte du bailleur.

Il est précisé qu’il devra écheniller les arbres, les protéger avec des tuteurs épineux, labourer, ensemencer, réparer et entretenir les haies et enfin ramener de la terre dans les vignes (ce que l’on nomme enrayer) .

Laurent Laymond devenait exigeant, mais passe encore.

Par contre Barthélémy notre vieux laboureur, regimba devant les 10 journées de travail exigées cela devenait une vraie corvée seigneuriale . Claude Genin n’avait travaillé que 2 jours pour son propriétaire.

Là encore Barthélémy céda et apposa 3 petits traits en guise de signature sur le beau papier de vélin

Mais la collaboration entre les parties ne durera guère car 2 années plus tard le bail fut résilier

En effet le 2 mars 1835, le bailleur solda les compte en demandant 60 francs à Villiot, qui accepta et obtint de laisser ses bestiaux consommer les fourrages existants dans les granges jusqu’à la Saint Claude.

Par contre il dut fournir les bœufs et le bouvier pour les travaux de printemps y compris le transport d’engrais pour l’ensemencement et ce sous la direction de son successeur.

Quelles furent les causes de cette rupture prématurée, je l’ignore mais Laymond trouva derechef deux paysans qui acceptèrent les conditions draconiennes du métayage

Ceux ci habitants de la commune d’Avrillard se nommaient Isidore Mareschal âgé de 40 ans et marié à Jeanne Damps et Claude Damps père de la précédente, âgé d’environ 76 ans.

Les conditions furent strictement identiques au contrat passé avec Villiot, mais là encore Laymond en homme d’affaire augmenta le cens en numéraire très légèrement ( 5 livres ), celui de bled de 10 quartes et doubla sa demande de chanvre.

Le contrat fut signé le 13 mars 1835

Mais la valse des Métayers continua, le 15 janvier Laymond passa un bail avec Pierre Crosaz Blanc de la commune d’Hermillon, là encore rien de bien extraordinaire le cens est globalement identique aux précédents, mais sans doute pour occuper les temps libres de Crosaz il l’autorise à exercer le métier de teinturier à l’intérieur de la ferme.

 

Au bout de 3 ans, le 26 février 1841 le procureur reprit comme métayer le nommé Isidore Mareschal. Avec entrée en possession au mois de mai ou plutôt si Pierre Crosaz déguerpit avant cette époque ( dans le texte ).

On voit comment un propriétaire traitait ses métayers par ses quelques mots dédaigneux.

Isidore se fit rajouter un peu de travail car il s’engagea à niveler le terrain du verger et à creuser des mares pour en extraire de la marne afin de s’en servir comme engrais

Visiblement les parties ne s’entendirent guère car le 1 septembre 1843 Laymond résilia le bail.

Lui succéda le nommé Valentin Meunier qui se vit bailler la ferme à essai, cela ne dura guère car au mois de mars 1845,  il était dehors et devait de l’argent à Mr Laymond. Meunier signa une reconnaissance de dette en avril 1845, en octobre Valentin restait encore débiteur de 43 livres et d’une mine de vin*.

Une mine contient normalement  78 litres, mais en matière sèche.

 

Mais la main d’œuvre ne manquait pas et Cyrille Covarel de la commune de Saint Étienne de Cuines prit les affaires en main des le 15 mai 1845.

Cyrille se maria le  25 novembre  1845 à Saint Étienne de Cuines avec Blandine Jamen et s’éteignit le  1er février 1890 dans cette même localité.

Lire le premier épisode

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/03/23/le-bail-de-metayage-de-la-ferme-des-combes-1er-episode/

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