UNE SÉRIE DE MORTS INEXPLIQUÉES

UNE ÉPIDÉMIE EN VENDÉE

An de grâce 1778

Le bon roi Louis le seizième régnait depuis 4 ans sur ses sujets en son château de Versailles.

Pierre Ferré paysan vendéen, roi de son champs s’échinait qu’en à lui à retourner une pièce de terre dans un terrement de taillis en bordure du ruisseau de la Berthomelière. Il préférait réserver ses terres de labours à la culture du froment et planter des haricots dans cette terre gagnée aux friches.

La partie n’était pas gagnée d’avance, le rendement en serait sûrement très mauvais et en attendant un éventuel gain il fallait trimer encore et encore, nous étions au mois de mai et la chaleur était déjà suffocante, l’année s’annonçait comme très chaude aux dires des anciens. Le ruisseau qui coulait en cette partie de la commune de Poiroux était déjà presque tarie ce qui au mois de mai était annonciateur d’une sécheresse importante. Il posa sa houe un moment et alla rejoindre son fils aîné Jacques qui se désaltérait à même l’eau du ruisseau. L’eau était fraîche, bien qu’un peu trouble, un troupeau de vaches s’y baignait à quelques encablures.

Son fils âgé de 28 ans était un solide gaillard, né d’une première union, il n’avait pas une différence d’age énorme avec son père.

Marié à 14 ans pour régulariser une séduction juvénile, il devenait père à l’age de 15 ans. Veuf 16 ans plus tard à l’age ou d’autres prennent femme il se retrouvait seul responsable de 4 enfants.

La vie n’avait pas été facile pour lui, mais l’était elle pour les autres ?

Trois ans après son veuvage il s’était remarié avec une jeune femme de Poiroux nommée Marie Fouillaud, il avait quitté son village de Saint Avaugourd les Landes et avait élu domicile au hameau de la Berthomelière.

Il y possédait maintenant quelques ares et quelques têtes de bétail. Le hameau dépendant de la paroisse de Poiroux n’avait que quelques maisons, tout le monde se connaissait, les hommes s’entre aidaient, les femmes effectuaient leurs taches ensemble et les enfants, innombrables marmailles s’élevaient seuls au milieu des troupeaux qui paissaient sur les pâtures communes.

A vrai dire, chacun possédait très peu de terre et tous devaient se louer en plus pour subvenir aux besoins, même médiocre de leur nombreuse famille.

Ils vivaient tous ensemble en autarcie, n’allant au bourg que pour aller à l’église et aux fêtes paroissiales.

Il est vrai que ces dernières étaient nombreuses et il fallait évidement y rajouter les offices des morts , des baptêmes et des mariages.

Pierre vivait avec sa femme et la progéniture qu’elle lui avait donnée, à savoir 2 garçons et 3 filles.

Jacques 28 ans vivait également sous le même toit que son père et aidait à faire vivre le ménage.

La seconde fille de Pierre, Marie vivait avec son mari Jacques Genusson et ses deux enfants à proximité immédiate. Oncle et neveu usant leur fond de culotte ensemble.

Marie la femme de Pierre n’avait que 8 ans de plus que son fils aîné, elle l’aimait bien mais sa présence troublait souvent son intimité et elle avait hâte qu’il convole lui aussi .

La journée tirait maintenant à sa fin , plus de 14 heures de labeur Pierre était fourbu, accompagné de son fils, son gendre et de ses deux voisins Pierre Poiraudeau et René Brianceau il regagna sa demeure. Solide maison en granit, une petite extension pour les bêtes qu’il avait construite lui même avec son fils et la communauté villageoise du hameau de la Berthomelière. Un puits, un tas de fumier, quelques poules qui picorent, un chat qui se prélasse vision idyllique du monde paysan. Mais la maison n’ était en fait qu’une rude mansarde, aux rares ouvertures, glaciale et ruisselante d’humidité l’hiver. A l’intérieur une table en chêne,des bancs, un grand coffre et une maie. Un lit pour le couple, une paillasse pour Louise 2 ans et Marie 4 ans , une autre pour les deux garçons Pierre 8 ans et Louis 6 ans. La petite dernière Thérèse dormant encore dans un petit berceau confectionné en osier. Jacques quand à lui, avait élu domicile dans la grange avec les animaux, il s’y sentait plus tranquille et pouvait y trouver un peu d’intimité.

Marie attendait Pierre sur le pas de la porte, son visage reflétait l’inquiétude, ses yeux étaient creusés et quelques nouvelles mèches blanches dansaient dans la lumière tombante.

Pierre n’eut pas à poser de questions Marie lui montra le berceau de la petite, il se précipita, sa fille ne bougeait plus, ne pleurait plus, son visage apaisé rayonnait, le petit ange était parti.

Depuis deux jours, elle alternait les périodes d’apathie et les périodes de pleurs, elle refusait de se nourrir et vomissait, la diarrhée ne la quittait pas, Marie et les voisines additionnant leurs maigres connaissances n’avaient rien pu faire.

Pierre envoya son fils Jacques prévenir le curé, il revint à la nuit tombante avec ce dernier.

Après quelques paroles apaisantes ils convinrent d’inhumer la petite dès le lendemain, pour le curé et ces rudes paysans la mort d’un enfant de 11 mois n’était pas une affaire d’état.

Mais le curé, se renseigna sur les symptômes, une conclusion s’imposa après que Marie lui eut expliqué qu’elle avait sevré la petite car son lait s’était tari. Le passage entre le lait maternel et le lait de vache coupé d’eau avait été fatal au bébé.

La soirée fut lugubre, les familles avoisinantes se relayèrent mais il fallut néanmoins aller se coucher, les petits allèrent rejoindre leur grand frère dans la grange. Les deux parents se retrouvèrent finalement seuls avec leur petite. Malgré la dureté des temps et la rudesse des âmes Pierre et Marie avaient le cœur sombre.

Le jour à peine levé Pierre se rendit au cimetière avec son ami Phillipeau, journalier à la Berthomelière, ils creusèrent une petite fosse. Quand la chose fut faite, il retourna chez lui, sa femme et les voisines avaient préparé le petit corps, un simple petit drap fit affaire de linceul. Pierre prit l’enfant dans ses bras et sans un mot suivit par l’ensemble de la famille il descendit au cimetière, les cloches sonnèrent le glas, la cérémonie fut rapide. Chacun dans l’après midi avait retrouvé ses activités.

Thérese Ferré, 11 mois fut donc abandonnée à Dieu le 16 mai 1778.

Les travaux agricoles se poursuivirent, nous étions en mai et personne ne devait chômer. La chaleur restait anormalement haute, l’eau du puits baissait dangereusement et la couleur de l’eau  était peu  engageante mais en fin il fallait bien boire.

Le 18 mai la petite Louise, poupée gaie et enjouée vint se blottir le long de sa mère qui la repoussa car le labeur ne manquait pas, la petite s’éloigna mais Marie prit d’un mauvais pressentiment quitta son travail et alla s’occuper de sa fille. Fiévreuse, l’enfant fut prit des mêmes symptômes que sa petite sœur. Les prières redoublèrent, mais rien n’y fit, le 19 mai l’âme de la petite partait dans les limbes, le 20 mai sa dépouille charnelle vint reposer au cimetière à coté de sa sœur.

Il n’était plus question de transition entre les différentes alimentations, Louise mangeait comme tout à chacun. Les paysans commençaient à s’inquiéter et le bruit courait que les curés ne manquaient pas de travail dans les villages d’à coté.

Nous étions très proche des moissons qui s’annonçaient prometteuses lorsque Jacques Genusson le gendre et compagnon de labeur de Pierre se plaignit de mot de ventre et dut courir plus d’une fois derrière la haie. Ses compagnons se moquèrent de lui dans un premier temps puis s’inquiétèrent. Ils avaient raison, le 13 juin il se coucha pour ne plus se relever, le 14 juin le curé lui administra les derniers sacrements et entouré de son beau frère Jacques Ferré, de Pierre Poiraudeau et Louis Poitier il quitta le monde terrestre, Marie sa femme fut inconsolable et devenait veuve avec deux enfants, heureusement son père et son grand frère l’assisteraient pour les élever.

Cette fois ci aucun doute une épidémie commençait, de nombreuses morts survenaient avec des symptômes similaires dans toute la région. La cause en était ignorée, tout le monde priait mais la fatalité prenait le dessus.

La faucheuse n’était pas encore rassasiée et chaque foyer avait sa peine, Pierre et Marie n’avaient visiblement pas assez contribuer au terrible fléau le 25 septembre puis le 29 du même mois le malheur recommença. En 2 jours Louis solide gaillard de 6 ans fut emporté sa petite sœur Marie âgée de 4 ans ne tint pas plus de temps.

Les parents durs au mal furent pourtant touchés au plus profond de leurs âmes, la maison se vidait et il semblait que la mort n’en avait pas fini avec le hameau de la Berthomelière.

Le glas ne cessait de retentir dans le village, musique funèbre qui accompagnait de son chant triste le tracé des sillons.

La lugubre litanie ne fut pas interrompue par l’automne et l’hiver, les enfants du village disparaissaient à tour de rôle, leurs rires remplacés par les pleurs de leurs mères.

Le hameau de la Berthomelière fut particulièrement touché, pas un seul des voisins Ferré ne fut épargnés.

La fête de Noël fut morne, le curé lors des prêches s’évertuait à expliquer l’inexplicable, les gens continuaient à mourir sans qu’aucune intervention divine ne vienne modifier quoi que ce soit.

Le 10 Janvier 1779, Marie Fouillaud lors de la veillée se plaignit de nausée et de vertige, on la coucha, les symptômes étaient les mêmes que pour les autres trépassés. Pierre était résigné, le lendemain les saints sacrements lui furent administrés. Son dernier petit garçon lui tint la main pendant sa courte agonie. En soirée à l’ heure ou le jour cède au crépuscule, Marie alla rejoindre ses 4 enfants. Le lendemain Pierre accompagné de Louis Fouillaud, frère de Marie, Charles Briancean, Pierre Poitier ses voisins, de son fils aîné Jacques de sa fille Marie et du petit dernier Pierre inhuma sa femme au cimetière de Poiroux.

Pierre n’ était plus le même homme, prématurément vieilli, courbé il voyait défiler les jours avec résignation, attendant lui même la mort, hélas le sommeil du tombeau ne tomba pas sur lui mais sur le dernier fils de son union avec Marie. Le 22 juillet 1779 Pierre âgé de 9 ans attrapa le mal maudit et décéda le lendemain. Il fut inhumé le jour suivant .

Pierre Ferré avait donc perdu 5 enfants, sa femme et un gendre en 14 mois, lourd tribu à cette maladie que fut sans doute la dysenterie provoquée par l’altération des eaux dut aux fortes chaleurs de l’année 1778.

Pascal TRAMAUX

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