LA MORT D’UN SITE ET LA NAISSANCE D’UN AUTRE

Le marais  » perdu  » entre tradition et  »modernité  » au loin les fumées sont celles de la décharge d’ordure de la Rochelle (  70 ans de dépôt )

 

La Rochelle la Belle, la Rochelle la Blanche ceint de ses murailles séculaires, autour un havre où vient commercer une grouillante population.

A l’extérieur des murs au delà des fossés une autre couronne protectrice cerne la ville, une étendue d’eau morte telle un chaud vêtement protège la Belle Aunisienne.

Recouverts sporadiquement par les flots, travaillés par une nuée de pauvres hères aux pieds nus qui en extraient l’or blanc, ces damiers qui s’étendent sur le pourtour de la baie procurent subsistances.

Après ces marécages, on récolte le sang du Christ, le vin comme le sel est abondant.

Puis un jour la fière ville s’insurge contre son roi, Louis le juste et son cardinal cuirassé terrassent la rebelle huguenote, l’enceinte médiévale est détruite sauf nos majestueuses tours de la Chaîne, de la Lanterne, et Saint Nicolas.

La ville maintenant ouverte mais décimée par le terrible siège resta dans ses limites et nos marais continuèrent de fournir sel et complément d’alimentation.

Une autre muraille fut construite, nécessité militaire oblige par l’ingénieur Ferry, elle enfermera dans son carcan notre ville jusqu’au début du 20ème siècle. Notre marais  » perdu  » n’avait toujours rien à craindre de l’homme.

Quoi que ……

Une première digue qui partait de la tour Saint Nicolas fut construite dans les années 1780 s’avançant dans la mer et servant de chemin de halage aux bateaux qui sortaient de plus en plus difficilement du port du fait de l’envasement. Elle prit le nom de jetée du bout blanc qu’elle porte encore ( du nom du musoir peint en blanc qui se trouvait à son extrémité ).

Bien que n’ayant rien contre le marais la digue du bout blanc fut le premier attentat à notre zone humide

Le marais  » perdu  » était maintenant séparé de la mer sur sa face nord.

A l’arrière plan des tours, la digue du bout blanc, la digue qui mène au port des Minimes, le quartier de la  » Ville en Bois  » et en arrière plan le Marais perdu qui résiste encore

Le combat contre la nature reprit ses droits en 1840 par la construction d’une autre digue partant du bout blanc et se terminant au petit port de pêche des Minimes cette fois le marais était cerné et plus du tout en communication avec la mer .

L’arrivée du chemin de fer en 1857 puis la construction du bassin extérieur en 1862 (celui qui jouxte le célèbre aquarium ) entama le grignotage.

Un nouveau quartier Rochelais sortit de terre, construit sur les remblais extrait du creusement du bassin. Le quartier devint vite industrieux, des conserveries de sardines, des chantiers navals,une usine de briquette de charbon et une multitude d’activités annexes . La population se fixa sur place.

Le marais diminuait sous la pression humaine, les ordures de la ville y furent bientôt déversées ainsi que toutes les vases extraites du chenal. Les militaires remblayèrent une partie pour y construire une bute de tir. Le marais perdu entrait en une longue agonie

La population coincée entre la mer, le marais, la voie de chemin de fer et les usines de charbon vivait dans des conditions assez précaires, peu de points d’eau, la poussière de charbon, et les odeurs de la décharge. A vrai dire chacun tirait profit de son élément, le dépotoir servait de terrain de jeux aux gamins, et comme dans nos modernes bidonvilles tout et n’importe quoi étaient récupérés, vendus ou réutilisés.

Le marais servait aussi de garde manger annexe et les anguilles y pullulaient. La chasse et la pêche y étaient pratiquées par tous.

Ce vaste terrain de jeux était aussi le lieu d’affrontement entre les bandes rivales de gamins du village de Tasdon, des minimes et de la ville en bois, cette guerre des boutons impitoyable se terminait parfois par des blessures assez conséquentes.

Mais le marais déjà moribond passa l’arme à gauche lors de la décision de construire un port de plaisance au Minimes. On le combla complètement ou presque et les terrains furent vendus.

Fin d’un monde, les touristes remplacèrent les anguilles, les étudiants succédèrent aux aigrettes, les cinéphiles chassèrent les hérons et les barcasses des pécheurs furent remplacées par des voitures.

Bien sur me direz vous les résidences de luxe sont plus jolies qu’un dépôt d’ordures et que des eaux stagnantes mais la disparition des zones humides crées par la nature sera un problème écologique récurant dans les prochaines années.

Pour finir en guise de sourire il est symptomatique de notre société qu’un des endroits immobiliers les plus chers de La Rochelle soit construit sur un dépôt d’ordures et de merde. Comme quoi l’argent n’a effectivement pas d’odeur.

Bien évidement les habitants du quartier expulsés dans le début des années 1970 ne profitèrent pas des nouvelles constructions mais furent parqués dans la réserve de Saint Éloi,normale me direz vous pour des gens que l’on nommait » les peaux rouges » .

Amis d’ailleurs, ce quartier que vous connaissez ou que vous foulerez un jour n’est autre que celui du quartier de l’aquarium, de la médiathèque, du cinéma CGR, et des résidences qui les entourent.

Les anciens Rochelais se souviendront certainement de ce marais que l’on disait  » perdu  » et qui effectivement porte maintenant bien son nom.

 

Autre vue du beau marais, pêche et carcasses de voitures.

Petit clin d’oeil au papy de mes enfants qui dans les années d’après guerre roulant sans permis  » eh oui  déjà  » fut contraint par sa jeune épouse horrifiée par cette entorse au règlement d’aller jeter sa voiture dans le marais.

 

Les photos sont empruntées à la revue  » Paroles de Rochelais  », cette revue pour les amoureux de la ville de La Rochelle est à lire absolument.

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