LA MORT DU MENDIANT QUI N’EN ÉTAIT PEUT ÊTRE PAS UN

Village de Cebazat d’où était originaire notre mendiant

En ce dimanche 7 décembre 1760, l’homme qui cheminait lentement sous la pluie se disait qu’il ferait bien de trouver un gîte pour la nuit. La nuit tombait rapidement en cette maudite saison. Il était trempé et couvert de boue.

Il venait de Paris et se rendait à Orléans, arrivé au bourg de Loury il était maintenant presque arrivé à son but. Comme la raison lui commandait de ne pas traverser la forêt d’Orléans en pleine nuit il s’était arrêté dans un cabaret du village pour y boire une chopine. Seulement voilà notre Barthélémy ne savait guère s’arrêter et le petit vin de Loire lui avait fait perdre la notion du raisonnable.

A sa question de savoir ou il pourrait dormir, le cabaretier lui donna conseil de se rendre à la ferme de la Houssay sur la route d’Orléans. Le fermier, un brave homme nommé Louis Paty se faisait gloire d’héberger les mendiants et les pèlerins de passage.

Loury et la ferme de la Housset

Il n’était pas à son avantage quand il pénétra dans la cour de la ferme, trempé, éméché et couvert de la boue sale des chemins royaux.

Il demanda le gîte et le couvert et Louis Paty le fit entrer dans l’écurie. Notre ivrogne se mit en devoir de nettoyer ses nippes, mais perdit l’équilibre et se retrouva par terre.

Louis toujours compatissant le conduisit alors dans la grange et lui indiqua l’endroit où il devait dormir.

Il lui prodigua les recommandations d’usage, pas de feu, ni de pipe et se retira pour continuer son labeur.

Le fils du fermier le petit Louis âgé de 5 ans se glissa alors dans la grange pour observer le curieux bonhomme. Assis dans l’avoine vêtu d’un vieil habit de soldat, d’une mauvaise veste grisâtre, d’un gilet et d’une mauvaise culotte.

Ses mollets étaient entourés de vieilles guêtres et sur sa tête un bonnet de laine couvert par un vieux chapeau. Il était effrayant mais l’enfant était attiré inexorablement par ce voyageur peu commun. Quel âge avait ce personnage ? Accoutré comme cela et couvert de crasse il était difficile de se prononcer.

Barthélémy grommela, il avait froid et la couche d’avoine ne lui semblait pas faire un si bon matelas.

A l’étage supérieur le lit serait sûrement de meilleur qualité car la couche d’avoine plus épaisse.

Il se leva et grimpa à l’échelle, arrivé presque en haut à environ 12 pieds, le petit Louis le vit basculer dans le vide et s’écraser au pied de l’échelle. Le gosse hurla et sortant de sa cachette se dirigea vers le mendiant. Celui ci ne bougeait pas et du sang lui sortait abondamment de la bouche.

Louis sortit en catastrophe et s’en alla prévenir son père.

Le fermier lâcha son labeur et fit diligence  pour constater que le voyageur ne bougeait plus et qu’il saignait de la bouche, il envoya quérir le curé pour que les sacrements lui soit administré. Il n’était pas médecin mais il se doutait que le pauvre diable était passé dans l’autre monde.

Au bout d’un long moment le prêtre arriva mais constata évidement qu’il ne servait plus à rien.

Les autorités arrivèrent rapidement  et vers 7 heures du soir le procureur fiscal et Louis Boys le bailli de haute , moyenne et basse justice accompagnés du greffier Petit  constataient le décès.

Mais qui était donc ce bonhomme sans âge couvert de ses oripeaux, comme le chemin royal de Paris 0rléans en fournissait quotidiennement ?

Mendiant, marchand, pèlerins, journalier, compagnon, une fouille s’imposait, le Bailli retourna les poches du mort et découvrit avec dégout une paire de mitaine usagée et un mauvais mouchoir.

Le bougre possédait également 10 liards, un couteau et une tabatière de fer blanc. Toujours rien sur son identité, restait le sac qui fut prestement vidé. On y trouva une vieille chemise, 2 mouchoirs, une boucle de fer et enfin un portefeuille où se trouvait un peigne d’ivoire.

Dans un autre portefeuille, le bailli trouva la solution, un certificat du curé de Cebazat dans le diocèse de Clermont Ferrand affirmait que le nommé Barthélémy Reddon était un honnête homme et un bon chrétien. Ce viatique était  daté du 3 novembre 1755. On trouvait aussi une lettre adressée à Paris au sieur Barthélémy Reddon par son épouse Marie Bannière du village de Cebazat.

Notre mendiant avait donc un domicile à Paris, était bon chrétien, donc inséré dans la communauté et de plus à une épouse qui visiblement en date du 29 octobre 1759 était encore en contact avec lui.

Nous n’étions  déjà plus sur le vagabond solitaire et sans attache. En outre en poursuivant on découvrit 4 quittances signées par un nommé Frary en paiement d’un loyer d’une maison.

Le mendiant n’était donc pas entièrement sans ressource, que faisait il sur cette route c’est un mystère qu’il emportât le 9 décembre 1760 dans sa tombe du cimetière du petit village de Loury.

J’ai continué un peu l’enquête dans son village de Cebazat et j’ai retrouvé la trace de son épouse Marie Bannière qui s’avère être décédée avant lui le 23 avril 1760.

Le 5 mai 1761 un fils de Barthélémy et de Marie s’est marié dans ce village d’Auvergne, il se nommait Michel Reddon et avait obtenu l’accord de son père qui demeurait à Paris pour cette union.

Le fils avait il obtenu l’accord paternel juste avant que ce dernier ne prenne la route qui lui sera fatale.

Autre petite observation le rapport établit que Barthélémy semblait avoir une quarantaine d’années, c’est peu probable car sa femme Marie est décédée à l’âge de 60 ans.

Barthélémy Reddon n’était certainement pas un mendiant comme nous l’entendons aujourd’hui mais sûrement un itinérant qui voyageait pour gagner son pain.

A l’époque en question tout étranger était facilement prénommé mendiant, et trouvait quand même de quoi se loger.

Essayer donc maintenant !!!!!

** Louis Paty le fermier qui hébergeait les vagabonds dans sa ferme est né en  1728 et est mort en  1784, il était marié à Marie Elisabeth Houdas.

L’enfant qui assista à la scène se nommait Louis comme son père et est né en  1755.

L’histoire de Barthélémy est relatée dans le registre paroissial du village de Loury.

 

 

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Un commentaire pour LA MORT DU MENDIANT QUI N’EN ÉTAIT PEUT ÊTRE PAS UN

  1. perline dit :

    j’aime beaucoup vos récits !!! Il me transporte dans un autre temps…

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