ROBERT PIERRE

Dans la nébuleuse céleste,dans le flou intemporel du rien s’élèvent des flammes, immense brasier rougeoyant au milieu du néant.

La chaleur est intense, les bras du feu montent, s’abattent, vivent et meurent sans cesse renouvelés par un combustible invisible.

Âtre sans foyer, chaleur perdue, feu sans joie, crématorium sans fleur, brûlot sans bois, écobuage sans taillis nous sommes au purgatoire des âmes.

Sans cesse alimenté par les péchés humains, par nos vilenies, nos mauvaises pensées, nos traîtrises, meurtres,viols, concupiscence, gourmandises, convoitises, bassesses, mensonges cet immense incendie brûlent d’une éternelle incandescence.

Ce carburant immatériel brûle à merveille, il est inépuisable. A l’instant même, l’âme d’un paysan fanatisé par un iman fanatique et qui vient de se faire sauter sur un marché se consume en même temps que celle de quelques unes de ses victimes, un marchand qui a dénoncé un confrère pour avoir sa place, une femme au corps brûlant qui s’est donnée à un de ses amants, homme fruste qui a violé un enfant, un élu qui a détourné l’argent public, le choix est large l’arrivage incessant.

Noria purificatrice, chaque âme noire est lavée de toutes impuretés et renvoyée sur terre.

Cycle ressemblant à celui de l’eau, les mânes sont identiques depuis leur funeste création. Le créateur renvoie indistinctement l’âme des êtres purifiés. Mais le retour est aléatoire et d’humain l’on devient animaux et d’animaux l’on devient humain.

Mais certains n’expient jamais et auprès du créateur restent à demeure.

Maximilien déambulait nerveusement autour du brasier depuis un long moment, sentant qu’on l’observait, il se retourna vivement. Joseph Djougachvili dit Staline le regardait goguenard.

  •  » Salut maximilien tu vas bien
  • Je vous ai déjà dit de ne pas me tutoyer , nous n’avons pas élevé les cochons ensemble, nous n’avons aucun point commun et rien ne vous autorise à cette familiarité.
  • Mais bien sur que si l’incorruptible que nous avons des points communs et le principal est que nous soyons tous deux autour d’un feu à expier les mêmes sortes de fautes.
  • Et puis cesse de marcher en long et en large, nous ne sommes pas au comité.

Maximilien Robespierre réajusta sa cravate, expiation ou pas ,l’élégance chez lui devait rester de mise. Joseph dont la mise était moins raffiné se mit à rire.

  •  » Ta cicatrice thermidorienne te démange ou bien est -ce le coup habile du gendarme Merda ?.

Malgré son ancienne profession d’avocat, Maximilien n’avait guère de talent oratoire, il ne sut que répondre au fiel du père du peuple.

Joseph enfonça le clou et lui demanda si le froid de l’acier tombant sur sa nuque le gênait encore.

L’arrivée de son ami lui fit l’économie d’une réponse bafouillée, il ne faisait aucun doute que dans une joute oratoire, le georgien ne terrasse le précieux Arrassien .

Il n’en était pas de même de Saint Just, l’archange de la terreur au jeu des mots était redoutable et Staline ne le taquinait jamais car voulant garder le dessus, les réparties cinglantes du jeune apôtre l’en dissuadaient.

  • Viens avec moi Maximilien laissons cet assassin.

Joseph n’aimait pas qu’on le traite ainsi, plusieurs années de despotisme l’avaient habitué à une certaine veulerie de la part de ses semblables.

Il considérait de toute façon que la mort des quelques 40 millions d’êtres humains dont il était responsable était un mal nécessaire à l’élaboration d’un communisme international.

Il se dirigea en maugréant vers une autre partie du cercle. Un petit gros en redingote, assit sur un rocher regardait par delà les flammes , l’arrivée des nouveaux repentants

  • Toujours sur ton rocher Naboulione, toi aussi tu estimes que ta place n’est pas autour du feu

La réputation de polémiste de Joseph dissuada l’empereur déchu de toute réponse, il resta dans ses pensées refaisant le monde à son image. Cette fois ci le siège de Saint Jean d’Acre s’était déroulé à merveille et cet imbécile de Phillipeau avait trouvé la mort rapidement et rien n’arrêterai désormais sa marche triomphale dans les pas d’Alexandre.

Le tyran rouge ne trouvait personne avec qui se chamailler, le couple Ceaucescu qui pleurait sur leurs beaux manteaux troués par les balles vengeresses du peuple, menu fretin, dictateur de bas étage, sous produit de son empire à lui ne valait pas la peine de dépenser de la salive.

Plus loin Adolf et Benito réajustaient leurs uniformes.

  • Tu te prépares pour Nuremberg, je te rappelle qu’ici tu n’as pas de public, fini les défilés aux milliers de torches, les parades militaires grandioses, les bras tendus et les chemises grises.
  • Ta Riesenthale n’est plus là avec sa caméra.
  • Et toi Benito, ta Clara Petaci a t’ elle aimé le sort que lui ont fait subir les partisans.
  • Comme public vous n’avez plus que des tyrans, des assassins, des des fourbes, des lâches et des traîtres.

Les 2 ténors de la haine baissèrent la voix et regardèrent méchamment l’intrus.

  • Passes ton chemin, traître, vil inférieur, suppo de race impure.
  • Peut être qu’un jour nous aurons de nouveau du public
  • Vas tourmenter d’autres âmes.

Staline perplexe poursuivit son chemin, il n’aimait guère cet Autrichien qui lui rappelait sa propre vilenie face au peuple Polonais et sa complète responsabilité dans les meurtres de Katyn. Joseph était perplexe ou ces 2 fous avaient il bien pu prendre l’idée qu’un jour d’autres malheureux défileraient sous leur tribune.

Sa main valide derrière son dos il poursuivit sa patrouille haineuse. Un peu en retrait se tenait le grand timonier.

Les 2 hommes ne conversaient jamais ensemble, pourtant ces 2 déclencheurs de famines avaient de multiples points communs, le communisme, les purges sanglantes, les déplacements de population, l’industrialisation forcée, les millions de morts et un mépris commun pour l’âme d’autrui.

Mais rien ni faisait, Staline qui avait aidé Mao a créer son empire démoniaque ne supportait pas que le sien se soit écroulé et que celui du chinois perdure encore.

  • Alors TSÉ TOUNG tu viens de terminer ta longue marche .,,,

Mao qui ne parlait que son dialecte natal et qui de toute sa vie n’avait fait aucun effort pour apprendre une autre langue regarda le petit père du peuple sans rien comprendre.

Staline continua son chemin en ricanant et croisa POL POT qui regardait fixement les flammes.

Décidément en forme, Joseph lui lança.

  • Tu as reconnu quelqu’un mon pote.

Ce dernier jeu de mot ne s’entendait pas en Cambodgien mais seulement en Français, il ricana tout seul.

Son français ,notre bon Georgien le tenait d’un autre petit Adolphe, le nain au toupet ordonnateur du massacre des communards, politicien rusé, défenseur des bourgeois et pourfendeur des ouvriers révoltés qui était lui aussi passé par le doux foyer des âmes perdues.

Pol Pot nouvellement arrivé ,n’avait encore pas pris l’habitude des tournées pleines de fiel de Staline. Il ne fit donc que sourire et salua d’un mouvement de buste son ancien maître.

Un peu plus loin, une conversation animée l’attira, PHILIPPE II polémiquait avec un évêque en se demandant si les indiens avaient une âme et si la controverse de Valladoid fut une bonne chose.

Chacun y allait de ses théories, Joseph dont la seule idée maîtresse était l’asservissement des peuples à son profit ne comprenait guère cette idiotie. De toute manière, les esclaves amérindiens avaient été remplacés par des esclaves africains et pour lui c’était la moindre des choses.

Staline pensait que dans le pays des âmes il était le seul à être sensé. Il ne doutait de rien notre tyran.

Comme tous les jours il se dirigea vers le juge suprême pour lui faire son rapport sur les cancans du foyer et voir si le maître en récompense ne pouvait abréger sa rédemption.

  • Comment notre maître à tous se porte t ‘il ?
  • Bien bien Joseph, ta tournée s’est bien passée ?
  • Tu as tourmenté tout le monde je présume.
  • Non non juste se pédant d’avocat Français.
  • Tu es vraiment injuste avec lui, quelques parts tu lui dois un peu non.
  • Robespierre n’était pas communiste.
  • Oui je sais il était pour le respect de la propriété individuelle, mais la révolution française a ouvert la porte à d’autres révolutions y compris celle de Vladimir Ilicht.Le fait que le maître ne mentionne que Lénine et non lui comme fondateur de l’empire bolchevique le fit grincer des dents.
  • Aucun lien mon bon maître, entre la révolution populaire des soviets et la révolution bourgeoise des avocaillons du siècle des lumières.

Voyant qu’il ne pourrait convaincre Staline il changea le corps de la conversation.

  • Alors que racontes tu sur des compagnons de purgatoire.
  • Rien d’intéressant.
  • Mais si, mais si…
  • Adolf et Bénito répètent leur sketch.
  • Oui je sais le même depuis 60 ans
  • Bonaparte rêve
  • Mao rit jaune
  • Très mauvais, continue
  • L’espagnol radote des insanités sur les indiens
  • Encore, il faudra que je lui en parle sinon je vais le garder pendant des millénaires
  • Mais le plus intéressant ce sont les messes basses de Saint Just et de Robespierrre, ils complotent.
  • Que veux tu qu’ils mijotent, ils parlent de leur passé.
  • A propos de mon passé mon juge, il faudrait peut être penser à une révision de mon procès, je vous sers admirablement.
  • Quarante années et quelques ragots ne peuvent racheter 20 millions de morts, va et laisse moi.

Staline s’en fut en laissant le juge suprême s’interroger sur les discussions en catimini des 2 guillotinés de thermidor.

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