LA NUIT DE NOCES

Charles et Anne s’éclipsent  dans la nuit, main dans la main ils s’éloignent des flonflons du bal.

Ils décident de prendre des chemins détournés pour perdre d’éventuels poursuivants, c’est un jeu mais la tranquillité de leur nuit de noces en dépend .

Seul le propriétaire de la maison où ils se rendent connaît leur destination, il n’est pas question de passer la première nuit en commun dans leur futur domicile.

Ils arrivent enfin à destination, jetant un dernier regard dehors, ils s’engouffrent dans la maison vide qui leurs a été prêtée, ils sont anxieux, c’est une première pour eux.

Le secret a t ‘il été bien gardé, des noceurs sont certainement à leur recherche.

Charles peut maintenant enlacer sa femme, elle lui appartient et peut en disposer.

Le terme disposer est certes fort, mais j’entends par cette expression que la femme qui était sous la tutelle juridique de son père est maintenant sous celle de son mari. Je n émets pas l’hypothèse que les femmes étaient systématiquement soumises à l’homme sexuellement.

La recherche des mariés par les convives est une tradition qui perdure encore

Cette nuit de noces ils en ont rêvé,Charles a 27 ans et cette abstinence lui pèse, elle a 22 ans et ses sens sont en alerte.

Charles vérifie le lit, il n’y a pas de poil à gratter, ni de grelots attachés au lit, personne n’a donc percé le lieu de leurs futures étreintes.

Nos  paysans sont un peu empruntés, vierges tous les deux, il leur faut se découvrir.

Tout habillés ils se couchent et s’enlacent, leurs lèvres se rejoignent et leur langue dans un duel sans merci s’affrontent en un combat délicieux.

Charles le paysan aux mains calleuses caresse doucement les jambes de son épouse, sa main s’aventure sous la robe et remonte vers le saint lieu.

Il est temps maintenant de se dévêtir, Charles emprunté, délace le tablier et la robe de sa femme, elle est maintenant en chemise, offerte et se glisse dans le lit.

La chandelle éclaire de sa faible lueur son homme qui se déshabille, ce n’est pas le premier homme qu’elle voit se dévêtir, mais ce n’est pas son père ni son frère qu’elle observait à la dérobée mais l’homme qui va bientôt la posséder.

Charles la rejoint dans le lit et reprend ses caresses. Il trousse maintenant sa belle et atteint rapidement l’humide toison. Anne se fait chatte et miaule de plaisir.

Il est temps que les amoureux se rejoignent.

 

L’âge tardif des mariages était dû simplement aux problèmes matériels que posaient une union, réunion d’une dote suffisante, possibilité de logement, morcellement des terres.

De plus les unions tardives retardaient d’autant les naissances, c’étaient en quelques sortes un moyen contraceptif.

Les paysans de l’époque se mettaient rarement nus, même pour l’amour et la toilette. Il faut bien s’imaginer que chaque maison était peuplée au maximum de ses possibilités,  plusieurs générations et le plus souvent dans des maisons à pièce unique. Les gens ne se baladaient donc pas tous nus chez eux et ne faisaient l’amour que sous couvert de leur alcôve.

Les paysans avaient une connaissance sexuelle très limitée dans l’aspect physiologique , ils savaient comment faire car les animaux leurs servaient d’exemple. La jouissance féminine n’était pas connue et les curés répétaient tout au long de leurs sermons que les rapprochements entre hommes et femmes ne servaient qu’à la reproduction. Mais ne doutons pas que certains couples devaient y prendre plaisir .

De plus certaines positions étaient, disons déconseillées par l’église ou simplement par la coutume. La position more canino ( levrette ) rappelait celle des animaux et la position d’andromaque était réputée pour empêcher la procréation ( la femme chevauche l’homme ).

Je ne sais évidement pas si les paysans suivaient ces préceptes, l’interdit comme maintenant donnait certainement une pimentation aux rapports

Charles aux combles de l’excitation,  déflore sa belle.

L’étreinte est rapide tant le désir est fort.

Au vrai ils attendaient ce moment depuis fort longtemps, car Anne était promise à Charles depuis presque 2 ans, ils avaient tous les deux résistés à la tentation, ayant simplement échangés des baisers langoureux et de fortes caresses.

Nos ancêtres arrivaient- ils vierges au mariage, l’examen des registres paroissiaux indique que cela n’était pas toujours le cas et que bon nombre de naissances arrivaient rapidement après l’union.

Mais le poids de l’église et des traditions faisaient qu’il n’était guère recommandé de passer à l’acte avant le mariage.

La virginité imposée à la femme jusqu’au mariage est le fait des sociétés patriarcales et de la dépendance ou elles sont tombées. Dans les sociétés matriarcales les femmes choisissaient librement leur partenaire.

Selon Saint Augustin, une femme violée ne perdait pas sa virginité, car pour la perdre le consentement devait être mutuel entre la femme et l’homme. On voit donc que la perte de l’hymen aux yeux des maitres de la pensée chrétienne passait au rang secondaire.

Comment faisaient ils pour résister à la tentation.

Chez les hommes qui ne couraient guère de risque, le recours à la prostitution était possible, mais  il était plus facile de rencontrer une prostituée en ville qu à la campagne et de toutes manières il fallait pouvoir la payer ce qui en ces temps de non circulation monétaire n’était pas facile.

Restait bien sur l’onanisme qui était gratuit mais aussi interdit par l’église.

Petit rappel l’onanisme est la masturbation et vient d’Onan fils de Juda qui ne voulait pas ensemencer la veuve de son frère Er comme la tradition les obligeait, il préféra donc jeter sa semence à terre ( ancien testament ).

Rappelons que l’église considérait comme masturbation toute éjaculation en dehors du vagin donc  » le coit interruptus  ».

La masturbation féminine entrait pour le moins dans l’interdit total.

Mais ne doutons guère que les jeux de séduction de nos ancêtres amenaient ce genre de pratique et que solitaire ou en couple à la faveur de l’obscurité ou dans l’isolement d’une grange nos grands parents succombaient à ces jeux sans risque.

Voir en Vendée le Maraichinage

Charles brisa l’hymen d’Anne et quelques gouttes de sang parsemèrent les draps immaculés, la réputation d’Anne Cordier serait intacte et la virilité de Charles Beaumont vérifiée. Il n’avait pas l’aiguillette nouée et aucun sort ne lui avait été jeté. Notre malin vigneron avait mis le pied sur la robe d’Anne pendant la lecture de l’évangile empêchant ainsi le malin de monter.

Ne pas pouvoir honorer sa femme était considéré comme un déshonneur et pouvait conduire à une annulation et à un charivari. Une femme non vierge pouvait également être répudiée.

Malheureusement la rupture de l’hymen ne prouve pas forcement la perte de la virginité et la rupture de celui ci ne conduit pas obligatoirement à des saignements, des embarras devaient donc se produire qu’en la preuve indubitable des saignements n’était pas fournie.

Charles et Anne heureux s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, ils savaient qu’une partie de la noce les cherchait et que le repos serait de courte durée.

En effet les premières lueurs de l’aube ne s’étaient pas encore levées qu’un joyeux tintamarre se produisit et qu’un groupe de noceurs, fort avinés ,pénétra dans la chambre nuptiale.

L’un d’eux tient un pot de chambre ou flotte une mixture nauséeuse. Les mariés en chemise se lèvent et sous les encouragements du groupe boivent le breuvage. Anne commence et Charles poursuit ainsi que l’ensemble des convives présents. Maintenant l’un des drôles soulève le drap sous les rires et les applaudissements pour vérifier l’accomplissement du devoir conjugal. Anne rougit et en est humiliée mais la tradition a ses lois. Le drap ne sera pas exposé à la fenêtre.

La tradition du pot de chambre viendrait de la région aveyronnaise et a comme symbolique le passage de l’enfance à l’age adulte et de la condition de célibataire à celui de personnes mariées.

Le couple est en ces époques le pivot de la société paysanne.

La recette du contenu du pot de chambre varie d’une région à une autre et a perduré jusqu’à nos jours. Tombée en désuétude cette tradition à tendance à revenir en force.

Dans la Brie la recette était faite de vin chaud et de pain trempé et s’appelait la  »rôtie  »

L’exposition du drap pour prouver la virginité et la consommation du mariage existe encore dans certaines sociétés. Elle n’était semble t ‘il que très peu pratiquée dans la Brie.

Après avoir fait ingurgiter la rôtie aux mariés, les noceurs allaient chez les différents convives boire le  » lait boullu  » puis allaient se reposer un peu avant de reprendre les agapes du 2ème jour.

Charles Beaumont et Anne Cordier eurent 9 enfants et je descends en droite ligne de ce couple de vignerons Briard.

Anne mourut épuisée par ses nombreuse grossesses et par la rude vie paysanne à l’age de 46 ans, mais Charles tel un vieux cep de vigne vécut jusqu’à l’age fort respectable pour l’époque de 85 ans.

Il porta même dans ses bras ses arrières petits enfants, chose assez rare au siècle des lumières.

Source : la Brie d’autrefois de jules Grenier

Pour se donner une idée des jeux de l’amour avant le mariage  lire mon précédent article :

https://pascaltramaux.wordpress.com/2016/11/18/le-maraichinage-de-la-coutume-ancestrale-a-la-liberte-sexuelle/

 

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