NAISSANCES D’AUTREFOIS


VÉNUS DE WILLENDORF

Donner naissance est un événement aussi banal qu’extraordinaire. Banalité car chaque femme est à même de donner naissance ainsi que toutes les femelles du règne animal . Mais acte magique tout à la fois, car faire naître une nouvelle vie est d’une beauté fascinante et d’une complexité teintée de mystère.

Quelques soient les termes, accoucher, mettre bas, vêler, la magie de l’arrivée d’un nouvel être est fascinante.

Il en est ainsi de nos jours et il en était ainsi autrefois, même si l’enfant naissant n’avait pas tout à fait la même place qu’aujourd’hui.

Au 17ème siècle la conception était entourée d’un voile opaque, aucune connaissance médicale, aucune connaissance obstétricale et bien sur une méconnaissance totale des mécanismes génétiques amenant la conception.

Bien sur n’en doutons pas, la coutume, les informations transmises de mère à fille, l’expérience, la proximité animale et humaine faisaient que chaque femme acquérait une somme de connaissances.

Sans connaître les mystères de la vie,  nos ancêtres savaient pertinemment  que les enfants ne naissaient pas dans les choux, amenés par des cigognes.

                                               statuaire romaine

Claudine Landonneau en ce 28 septembre 1687 est sur le point de partir nourrir ses bêtes lorsqu’elle ressent les premières douleurs de l’enfantement.

Sans savoir qu’elle arrive à terme, l’expérience de cette 6ème grossesse l’avertit que le moment arrive.

Elle charge son fils Pierre Trémeau d’aller prévenir le père et sa fille, d’aller quérir la matrone au village tout proche.

En effet à cette époque on ignore qu’une grossesse dure 9 mois et une femme est enceinte lorsqu’elle ressent ce qu’on appelait l’animation, à savoir les premiers mouvements ressentis de l’enfant.

Pour rappel tout ce qui amenait à perdre l’enfant avant cette animation n’était pas considéré comme un avortement mais comme de la contraception.

Dans le petit hameau de Montjoumé du village de Bazoches sur

les contreforts du Morvan c’est l’effervescence, Pierre Trémeau l’aîné vient d’être prévenu par son fils, les mains pleines d’argile, il interrompt son travail de façonnage de tuiles et se rend immédiatement au chevet de sa femme.

Toute la petite communauté des tuiliers de Montjoumé est sur le qui vive, tant les liens entre tous sont forts.

Lorsqu’il arrive, la maison est déjà envahie par une cohorte de femmes, voisines , cousines, sœurs.

Petite maison semblable aux autre, une pièce unique, une cheminée, un coffre, quelques ustensiles de cuisine en terre cuite, un grand lit pour les parents et des paillasses le long des murs pour la ribambelle de gamins. L’étable séparée de l’habitation par une demi cloison de bois participe au chauffage de l’ensemble.

Claudine est allongée sur le lit, Pierre la rassure et se voit éconduire hors de la maison par une voisine.

En cette époque la présence des hommes n’était pas souhaitée, sauf exception où l’expérience du vêlage pouvait être utile où en cas de problème grave nécessitant la présence d’un chirurgien.

Le chirurgien qui ne s’y connaissait pas plus que la matrone , mais avait cependant des instruments qu’il était le seul autorisé à posséder . Ils étaient toutefois forts rares en campagne et le Morvan n’en comptait guère.

Instruments obstétricaux 1580

La présence des enfants était proscrite de même que celle des jeunes filles qui n’avaient jamais enfanté

La matrone arrive enfin et prend la direction des opérations, elle donne à chacun ses directives, faire chauffer de l’eau, confectionner un bouillon et calfeutrer la maison.

Sur le lit Claudine allongée se voit retrousser sa robe pour que la sage femme examine l’avancement de l’accouchement et évalue de façon empirique l’ouverture du col.

La matrone appelée aussi femme qui aide, mère mitaine, bonne mère, ventrière ou bien sage femme était de préférence une femme âgée, disponible, ayant eut une nombreuse progéniture.

Elle devait être agrée par le curé car elle pouvait administrer les serments du baptême en cas de danger de mort de l’enfant, elle devait être aussi agrée par la communauté paysanne.

Présente à tous les stades de la vie, elle pratiquait souvent la toilette des morts.

Aucune connaissance particulière n’était exigée, elle avait simplement la réputation d’avoir réussi quelques accouchements sans problème.

La prise de conscience des massacres commis par l’inexpérience et le manque d’hygiène ne viendra que peu à peu sous l’impulsion de femmes comme madame Du Coudray.

Claudine est maintenant en plein travail, elle a chaud, la petite maison en cette fin septembre est surchauffée par le feu dans la cheminée et la présence de tout un groupe de femmes.

A demi allongée entièrement vêtue elle souffre.

Un accouchement était un événement presque publique, beaucoup de monde  dans un espace complètement clos, pour que les mauvais esprits ne pénètrent pas.

Les femmes accouchaient devant tout le monde, mais entièrement habillée, la nudité n’existait pas en cette époque. L’enfant était donc sorti des jupes de sa mère ou de dessous les draps.

Poupées anatomiques  17ème siècle

Tout était en place maintenant, le cierge de la chandeleur brûlait sur le manteau de la cheminée et une ceinture de la vierge amenée par une parente était accrochée à une paterne.

La religion rejoignait la superstition.

Le cierge de la chandeleur était ramené de l’église tout allumé, cette fête liturgique en date du 2 février ( 40 jours après Noël ) consacrait la purification de la Sainte vierge.

Bizarrerie à mon sens de purifier une sainte, mais disons le , plus simplement ,cette cérémonie remplaçait les solennités païennes des lupercales et amburbales.

 » La grotte des lupercales aurait accueilli la fameuse louve  Romulus et Rémus. Les amburbales étaient une procession solennelle aux flambeaux où l’on promenait la future victime expiatoire ( hommes ou animaux ).

Quoi qu’il en soit, ce cierge consacré brûlait dans toutes les grandes occasions et apportait chance.

La parturiente donne enfin le jour à un petit être, la ventrière a lieu d’être contente, c’est un garçon, Claudine est heureuse.

Avec un ciseau, la bonne mère coupe le cordon ombilical, comme c’est un garçon elle le coupe de la longueur du sexe, si le bébé avait été une fille, le cordon eut été coupé  à ras.

La délivre est récupérée dans un pot, le petit n’est pas né coiffé quel dommage…..

La délivre est la placenta, il était enterré par le père au pied d’un arbre fruitier pour attirer la prospérité.

Être né coiffé ne signifiait pas avoir des cheveux mais avoir une partie de la membrane fœtale collée au sommet du crane. C’était censé porter chance .

La matrone décide devant le beau visage du bébé de ne pas le remodeler, le petit Pierre, car c’est le nom original qui lui est donné ( prénom du père et d’un des frères ) a sa première chance de survivre.

Les matrones prenaient souvent la liberté de remodeler le crane de l’enfant ( en fonction des régions ).

Elles pratiquaient aussi l’allongement des tétons si c’était une petite fille en vue d’une meilleure production de lait maternel.

Le petit Pierre est ensuite lavé avec un mélange de beurre fondu, d’eau chaude et d’eau de vie, puis massé avec du vin ou du vinaigre.

Il est ensuite emmailloté et ne recevra plus de soins corporels avant longtemps.

Pierre le père repart au labeur et chacun regagne son ouvrage, la sage femme est payée en nature ( lapins, volaille, œufs ).

Claudine reprit rapidement son activité et mit au monde 7 autres enfants. Elle résista à toutes ses maternités et à la matrone. Elle était sûrement d’une vitalité exceptionnelle et mourut à 70 ans. Des 13 enfants, 7 au moins firent souches, 3 moururent à la prime enfance et le destin des 3 autres reste ignoré.

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