UN CONSCRIT DE CHARENTE INFÉRIEURE EN 1813 A LA BATAILLE DE LUTZEN ( ÉPISODE 3 )

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Nous étions maintenant en avril 1813, Antoine Delavaud avec son corps se trouvait  échelonné entre Fulda et Eisenach, rejoint par la Garde impériale.

Le commandement de ce groupe fut provisoirement attribué au  Maréchal Bessières duc D’Istrie. Non pas que le duc d’Istrie dépassa en compétence le Maréchal Marmont, la différence se trouvant simplement dans les dates de  nomination au maréchalat. Le premier fut englobé en  1804 dans la première vague de nomination et le second le fut en 1809 en récompense de son action pendant la campagne d’Autriche.

Le scénario final se décidait, seul le maestro manquait, il attendait le dernier moment pour arriver afin de créer la surprise. Sa présence valait bien un corps d’armée entier.

L’armée du Main allait se regrouper en Saxe avec l’armée de l’Elbe du prince Eugène et l’ensemble devait fondre sur la ville de Dresde pour couper la ligne des alliés. Les russes et les prussiens imprudemment avancés offraient une cible parfaite à la stratégie guerrière de Napoléon.

Ce nouveau coup de génie du dieu de la guerre allait il réussir ?

Sur le papier la troupe était belle, Ney le  »brave des braves » commandait le IIIème corps, le général Bertand qui commandait pour la première fois un corps d’armée avait le 4ème, Marmont nommé  »monsieur du cul fier » dirigeait le 6ème, Bessieres avait en charge la Garde Impériale, MacDonald était à la tête du 11ème corps et Lauriston du 5ème et Oudinot prendrait le  12ème.  Mais  cette armée de gamins encadrés par les survivants des précédentes campagnes, cette cavalerie famélique montée par des paysans qui parfois avaint du mal à se maintenir en selle, pourra t elle faire face à des armées au nationalisme exacerbé par la rancune et l’occupation Française. La cavalerie faible et peu nombreuse inquiétait particulièrement Napoléon, comment terminer une campagne sans poursuivre des ennemis défaits ?

Il comptait sur sa forte artillerie pour faire la différence sur le champ de bataille, mais cette dernière ne pourrait faire ni  prisonniers ni  poursuivre des troupes en fuite.

Au niveau de l’encadrement, Ney était toujours aussi téméraire mais toujours aussi peu réfléchi, Bertrand et Lauriston débutaient en tant que chef de corps et Marmont n’avait jamais fait preuve d’un grand art dans la stratégie. Oudinot le maréchal aux  trente blessures n’était qu’un exécutant.

A vrai dire les stratèges manquaient cruellement, Davout commandait la  32ème division militaire avec maestria et fermeté mais manquera à Napoléon  quand l’heure des revers sonnera. Le Maréchal Suchet était en Espagne et Masséna avait prit sa retraite.

Le patron arriva donc le 17 avril à Mayence, sa  »bonne femme » comme il la nommait devint régente sous la surveillance de la  »girouette » Cambaceres.

Antoine continuait l’entraînement avec ses camarades mais se rapprochait aussi des lignes ennemies.

Il cantonnait maintenant près de Gotha et les tours de garde pour verrouiller les passages sur la Saale se succédaient.

Son bataillon n’avait pas encore tiré un seul coup de feu mais la division du général Bonet un peu plus en pointe avait déjà échangé quelques boulets de canon.

Maintenant tout le monde est prêt, la farine pour le pain a été collectée, la solde est à jour et les empanachés sont présents avec leur état major dans les châteaux environnants .

En avant ran tan plan on va leur percer le flan. Les sauvages russes et les prussiens pleins de morgue, comme si Iéna et Auesterded n’avaient jamais existé, allaient voir de quoi étaient capables les jeunes Marie Louise galvanisés par le petit tondu.

Tout était prêt maintenant pour la grande confrontation, la division d’Antoine se trouvait maintenant entre Erfurt et Weimar.

Le 28 avril, la division au complet fut rangée dès potron- minet en grande tenue , le froid était vif, Antoine et ses copains étaient frigorifiés, certains s’écroulèrent. Le temps paraissait long quand soudain une clameur accompagna l’arrivée d’un groupe de cavaliers. Enfin Antoine allait voir le dieu de la guerre, descendu de cheval ce dernier parcourut les rangs. Allait- il se fixer devant lui ou bien même lui adresser la parole, il n’eut pas cette chance, mais put à loisirs embrasser du regard le maître de l’Europe. Napoléon fut content et félicita les cadres, chacun hurla un fier vive l’empereur , tous étaient prêts à mourir pour lui.

Le 2 mai Antoine allait recevoir son baptême du feu, les disposition pour lui étaient les suivantes, le 3ème bataillon était commandé par le chef de bataillon Aubry et le régiment par le major Plazanet.

Placé au sein de la 2ème brigade du général Coéhorn. Le commandement suprême de la division était aux mains du baron Friederich.

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En cette fin de matinée du 2 mai les forces sont en présence, le IIIème corps de Ney avec la division Souham en pointe au village de Grobgorschen va subir le premier assaut.

Le général  »Vorwarts  » se jette sur les Français mais surpris par l’importance du dispositif qu’il a devant lui ne peut obtenir le résultat escompté.

Antoine au son des tambours approche du village de Starsiedel. Il entend la canonnade et les tirs nourris des prussiens sur la pauvre division Souham. Comme des automates mus par un remontoir, chacun prend position. Marmont le bras en écharpe, majestueux sur son cheval place son corps en carré de bataillon. La division d’Antoine est un peu en retrait derrière le village, la division Girard du corps de Ney décale sur sa gauche, formant maintenant une ligne avec le reste du IIIème corps .

Ils sont maintenant en place nos héros, et Marmont donne l’ordre de s’avancer en direction de Pegau

Ayant avec bonheur gardé la formation en carré il reçoit de plein fouet les attaques de cavalerie prussienne.

Le maréchal manque d’être pris, la lutte est impitoyable, Antoine est terrifié, des boulets de canon fauchent des rangs entiers, il faut serrer les files.

Éclaboussé de sang et de cervelles il s’applique à reproduire les gestes appris par les anciens. Les bruits lugubres des tambours galvanisent les âmes défaillantes, partout de la fumée. Les blessés s’écroulent et leur forces s’épuisent en un dernier râle. Les morts les yeux grands ouverts semblent appeler les survivants à les rejoindre.

Antoine est maintenant baptisé, sa baïonnette ensanglantée témoigne de la fureur de son engagement.

Un immense cuirassier au cheval baie est venu s’empaler sur la barrière infranchissable des gamins de l’empire. Il est là maintenant aux pieds d’Antoine face contre terre.

Le gros de la bataille s’est déplacé vers le centre, Ney est prêt à craquer.

Mais la bataille continue aussi du coté d’Antoine pendant 4 heures trente, ils subissent l’assaut de 7 charges de cavalerie. Chaque fois repoussées ses charges laissent néanmoins de grands vides dans les rangs.

Aucun moment de répits car les boulets continuent de tomber. Antoine est épuisé, prêt à s’écrouler, mais chaque fois d’un mot les officiers  font relever la tête aux défaillants.

La batterie du 6ème corps et celle du 3ème font également pleuvoir leurs averses meurtrières.

Ivre de bruit et de mort, Antoine entend une rumeur qui monte sur le front, l’empereur arrive, vive Napoléon . Tous se redressent , il est là, les prussiens et les russes ne passeront pas, Wittgenstein et Blucher ont perdu l’occasion de vaincre. Maintenant qu’il est présent avec les vieux bonnets de la garde rien de mal peut arriver, de 15 heures à 18 heures c’est encore les troupes de Ney et de Marmont qui soutiennent le gros de l’effort mais fanatisés par la présence impériale ils font front avec courage et abnégation.

Vers 18 heures le 4ème corps de Bertrand et le 11ème de Macdonald arrivent sur le champs de bataille, les russes et les prussiens privés de leur stratège Scharnhorst tentent inutilement des ultimes manœuvres. Le corps d’Antoine subit une dernière attaque, encore des morts, le bataillon s’amenuise

les camarades de cantonnement ne l’entourent plus, la fatigue, le froid et aussi la faim commencent à le tenailler. Il entend maintenant un vacarme insensé, tel des milliers d’orages printaniers la grande batterie de la garde dirigée par le général Drouot fait vomir un déluge de fer et de feu sur les troupes déjà défaillantes de la coalition.

La nuit arrive, Napoléon le grand ordonne l’estocade, un cri s’élance  » La garde au feu  ». Suivant les immortels, toute la ligne française s’ébranle, la fatigue et la peur évacuées , on va leur percer le flan tire lire.

Avance irrésistible qui sera seulement arrêtée par la nuit, les Français vainqueurs bivouaquent sur le champs de bataille, les alliés se positionnent derrière la rivière Flossgraben.

Le vieux Blucher tentera un dernier Hourra en pleine nuit mais les soldats sur leur garde le repoussèrent rageusement.

La nuit fut lugubre, Antoine comme ses copains s’effondra à même le sol, au milieu de milliers de cadavres et de blessés agonisants. Vaste cloaque de boue, de sang et de chairs humaine, ce cantonnement hantera la mémoire d’Antoine jusqu’à la fin de sa vie.

L’empereur louera la vaillance des nouvelles recrues, mais ne pourra faute de cavalerie exploiter cette belle victoire obtenue au détriment du sang de la jeunesse Française.

Les Français perdirent environ 18000 hommes soit blessés ou morts et les alliés environ 15000 .

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Maréchal Marmont

          1774 – 1852

           Duc de Raguse

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