LES RÉHABILITATIONS DE MARIAGE


lizines

 

 

En parcourant les registres paroissiaux d’une petite commune de Seine et Marne je suis tombé sur une cérémonie que je n’avais pas eu loisir de rencontrer en toutes mes années de recherches. Le 20 mai 1776, en effet le prêtre de la paroisse et plus précisément son vicaire pratiqua 4 réhabilitations de mariage.

Je m’empressais alors de connaître la signification exact de ces réhabilitations. Après avoir lancé un moteur de recherches j’apprenais que cette procédure revalidait un mariage annulé pour cause de non possession d’une dispense de consanguinité. Le premier mariage ayant eu lieu dans l’ignorance d’un lien de parenté, donc en toute bonne foi.

Le mariage sans la dispense de consanguinité rendait donc nul cette union et les enfants nés de ces couples devenaient illégitimes.

Rappelons pour bien comprendre quand ces temps reculés nos ancêtres ne pouvaient se marier qu’à condition de ne pas être membres de la même famille et ce jusqu’au 4ème degré.

Pour faire simple les petits enfants de cousins germains ne pouvaient théoriquement pas convoler, je dis bien en théorie car si le système avait été trop rigide, nos pauvres ancêtres auraient été bien en peine de se marier. La population était faible, les voies de communication très difficiles, les dialectes différents d’une région à une autre ou même d’un village à un autre. En bref les opportunités de trouver chaussures à son pied en dehors de son environnement immédiat étaient quasi nulles.

L’église mit donc en place un système de dispense, et qui autorisait à transgresser en quelques sortes sa propre doctrine.

L’évêque avait la main mise sur les dispenses du 4ème et 3ème degré et le pape celle du 2ème degré ( cousin germain ). Comme on peut s’en douter rien n’était gratuit et la dispense papale était évidemment plus cher que  la dispense de  l’évêque.

Ayant bien compris le sujet et constaté que le bon curé avait réparé ces ignominieuses inconvenances, je me suis penché sur ses 4 couples pour tenter de comprendre le pourquoi du comment.

Le petit village en question se nomme Lizines-Sognolles et se trouve en Seine et Marne à proximité de Donnemarie-Dontilly et de Provins. Nous sommes dans la Brie Montoise.

La principale activité est la culture de la vigne et la presque totalité de la population est vigneronne.

Dans la plus totale des naïvetés, je me suis mis en quête de trouver leurs ancêtres communs. Je me suis vite retrouvé confronté à un imbroglio impénétrable. En effet la plupart des familles portaient le même nom, ce qui ajouté à l’indigence des prénoms formaient une toile d’araignée impénétrable.

Tous les habitants étaient  liés entre eux à un degré ou à un autre et les dispenses de consanguinités étaient légion.

Qui furent donc ces couples qui firent la une du village en 1776 .

Jean MAROT et Marie JARRY

François JARRY et Marie FRANCOIS

Nicolas FLEURY et Geneviève JARRY

Jean FLEURY et Geneviève FRANCOIS.

Le mariage de Jean Marot et Marie Jarry eut lieu le 25 février 1772, en présence de la famille en sans empêchement canonique. Tout le monde est de la paroisse, tout le monde est vigneron, les bans ont été publiés et les fiançailles célébrées la vieille. Le curé de Lizines se nomme Cattet et son vicaire Cuissot.

La réhabilitation eut lieu le 20 mai 1776 plus de 4 ans après.

« L’an mil sept cent soixante et seize, le lundy ving may, nous soussigné avons réhabilité le mariage de Jean Marot et Marie Jarry qui avait été célébré en face de l’église avec les cérémonies accoutumées ayant découvert depuis qu’ils étaient parents au 4ème degré de consanguinité, degré prohibitif pour contracter mariage sans dispense. En ayant eu depuis connaissance nous sommes pourvus à Sens pour obtenir la dite dispense ».

Voila tout est dit dans l’acte, de plus l’enfant du couple Marie Marot a pu être légitimé, le vicaire qui réhabilite le couple est le même que pour le mariage.

La dispense a été demandée au diocèse de Sens d’où dépendait Lizines.

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Le mariage de François Jarry et Marie François était encore plus lointain car il avait eut lieu le 15 janvier 1771, même configuration que le mariage précédent.

La réhabilitation est aussi en tout point identique avec la précédente.

A noter que François Jarry et le frère de Marie Jarry.

Les parents de François et Marie avaient déjà  demandé une dispense de consanguinité pour leur mariage en 1744.

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Étudions maintenant le troisième cas , le mariage de Nicolas Fleury et Geneviève Jarry a eu lieu le 23 novembre 1773, là aussi le schéma se répète, famille de vignerons, cérémonie classique sans empêchement, la réhabilitation est la même que pour les autres couples et la légitimation de leur fille également

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Pour terminer le 4ème couple formé de Jean Fleury et Geneviève François qui s’était marié le 09 février 1773 aura exactement la même cérémonie que les précédents.

Les 2 enfants du couple, Jean Baptiste et Geneviève ont été légitimés

Geneviève François et Marie François sont sœurs.

Quelle mouche piqua notre bon curé en ce printemps  1776, quelles furent ses motivations pour invalider quatre mariages dont le plus vieux remontait à 5 ans ?

Pourquoi troubler la quiétude de ce village paisible qui dut se sentir un peu menacé tant le tissu familial était dense.

Comment les familles, Bridou, Aveline, Chomé, Cornette,Gautier, Coffe, Marot, François, Jarry, Fleury réagirent  à cette ingérence du vicaire?

Mais ces mariés étaient ils de bonne foi, ont ils voulu économiser le prix de la dispense ?

Moi personnellement à l’étude des registres, je pencherais plutôt pour l’ignorance de leurs liens familiaux ou pour le moins ils se doutaient peut être d’un lointain cousinage sans en connaitre le degré exact.

Par contre je me pose la question de savoir comment le curé a fait pour savoir ce que les mariés ignoraient.

Beaucoup de questions sans réponse, mais c’est cela aussi la généalogie.

Pour mieux comprendre il faudrait réaliser la généalogie de l’ensemble du village, ce qui nous apporterait un éclairage sur cette endogamie familiale. Lizines n’était pas un village si petit et si éloigné que cela. Personnellement je pense que cette endogamie familiale était due à la nécessité de préserver des parcelles de vignes suffisantes pour pour en vivre décemment.

Car n’oublions pas que territoire de Lizines était recouvert de vignes comme une grande partie de la Brie et de la région Parisienne. Ce vignoble était l’un des plus importants de France. Ce nectar était un bien mauvais petit vin blanc qui devait se boire rapidement.

Il était très prisé des parisiens, proche par les transports et d’un prix attrayant.

Le chemin de fer qui rapprocha les vignobles du bordelais et le phylloxera tuèrent cette culture. C’est d’ailleurs et pour conclure peut être beaucoup mieux pour nos papilles.

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