LA PREMIÈRE APPARENCE N’EST PAS TOUJOURS LA BONNE

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En ce vendredi 14 mars de l’an de grâce 1732, Marie Anne et son mari Claude avançaient péniblement sur le chemin qui menait à Paris.

Vallonnée en cette partie, la Brie offrait une succession de coteaux difficiles à la marche.

Ils étaient pourtant tous deux rompus à ce genre d’exercice, mais en cette fin d’hiver Marie Anne attendait un heureux événement. A vrai dire pour ces deux itinérants, l’arrivée d’un bébé n’était guère souhaitable. Ne pouvant faire passer l’enfant ils avaient fait contre mauvaise fortune bon cœur et continuaient leurs déplacements à la recherche d’un ouvrage.

Claude était originaire de Paris, il avait grandi rue Saint Denis aux pieds de l’église Saint Laurent * en cours d’achèvement.

Son père était ouvrier, il le devint également.

Marie Anne était née en champagne dans la commune de Vienne le Château *, rien ne pouvait laisser à penser qu’ils pourraient se rencontrer et s’aimer un jour.

Le hasard fit un jour passer Claude dans le village où demeurait Marie Anne avec sa mère, le coup de foudre fut immédiat et la soif d’aventure amena la belle à suivre son amoureux sur la route.

Marguerite ARTILLIER, sa mère veuve depuis bien longtemps laissa partir sa fille hors de toute convenance.

Anne à l’entrée d’un village,se nommant Citry ,* sentit ses premières contractions,où aller?

De passage , ils ne connaissaient personne.

Claude fit asseoir sa compagne et se mit à la recherche d’un toit où d’une étable pour faire naître son petit, après avoir essuyé de multiples refus, une famille compatissante accepta d’héberger la parturiente.

Il était vraiment temps, Marie Anne avait perdu les eaux et s’était souillée , en proie à de terribles douleurs Claude DEREDDE lui prêta sa couche.

Une petite fille naquit rapidement, ils la nommèrent Marie Anne. Jean DERREDE et Claude DERREDE acceptèrent  d’être parrain et marraine.

A l’église le curé fut suspicieux et flairant l’union illégitime exigea une preuve d’un mariage chrétien.

Ces « pauvres mendiants » comme il les nomma dans l’acte avaient- ils commis péché véniel, rien d’ étonnant pour cette catégorie de crève misère.

Le bon père se méfiait de tous étrangers à la paroisse, venus de nul part, ne sachant où aller, vivant de rapines et de mendicité, ils inspiraient terreur et dégoût à la population paysanne.

Cette peur de l’autre, l’inconnu, l’étranger, était vivace en cette époque où les déplacements étaient bien moindre qu’aujourd’hui.

Mais ce 18ème siècle naissant n’était il pas comme notre 21ème siècle lumineux bourré de préjugés et de faux semblants ?

En lisant la suite il faudra bien convenir que le curé fit une erreur d’appréciation.

Peut être que la mise de notre jeune couple était un peu défaite par une longue errance mais de mendicité il ne pouvait en être question.

Claude était un ouvrier, et plus précisément un compagnon passementier.

Ayant derrière lui un long apprentissage, Claude se déplaçait aux grès des embauches, c’était un ouvrier spécialisé et nullement un mendiant.

Il put d’ailleurs rassurer le bon curé, l’enfant était légitime, un acte de mariage en attestait la preuve, Claude le gardait comme un saint viatique.

Ils avaient été unis dans les liens sacrés du mariage en l’ église Saint Agnant de Griselles près de Ferrière en Montargis en mars 1729.

Les témoins de cette union avaient été 3 bourgeois de Paris, Noël RENOUT, marchand de vin, Gaspard SANSON officier de Monsieur le duc de Gésures et Dominique PETIT. Le dernier témoin Louis de GUERVILLE était écuyer.

A n’en pas douter dans une société hiérarchisée comme celle de cette époque, des gens de cette condition n’auraient jamais accepté d’être les témoins de « Pauvres Mendiants ».

Le bon curé avait donc jugé sur les apparences, faisant fi de son objectivité cléricale et de la mansuétude que l’on aurait pu attendre d’un homme de Dieu.

Claude CONARD et Anne MÉON mes ancêtre s’installèrent dans la commune de Bellot * au hameau de Doucy et devinrent marchands merciers.

Il est fort à parier qu’ils revinrent  un jour dans la commune de Citry pour s’y livrer à quelques tractations commerciales ,et qu’ils furent peut être reçus avec leur achalandage à bras ouverts.

Ne jugeons donc pas un inconnu sur sa mine et son apparence, apprenons plutôt à le connaître.

Précepte valable au siècle des lumières, mais qui tarde à trouver sa place dans notre société dite avancée

CITRY : Petite commune située au  nord est  de la Seine et Marne

GRISELLES : Petite localité du Loiret sise à 10 kilomètres de Montargis

VIENNE LE CHATEAU : Localité se trouvant actuellement dans le nord est de la Marne

Paroisse SAINT LAURENT : Actuellement dans le 10ème arrondissement de Paris

BELLOT : Commune se Seine et Marne à proximité de MEAUX et baigné par le petit Morin

LISTE FILIATIVE

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