BRIGAND DE VENDÉE ET PRÊTRE RÉFRACTAIRE, épisode 1, tout condamné aura la tête tranchée


180px-guillotine_model_1792          guillotine modèle 1792

 

TOUT CONDAMNÉ A MORT AURA LA TETE TRANCHÉE

En ce jeudi 5 septembre 1793 vieux style ou le 19 fructidor de l’an 1 de la République, la  »veuve Capet  » se dressait fièrement sur la place du 10 août.

La place principale de la ville de La Rochelle n’avait pas toujours porté ce nom évocateur de la chute de la royauté, avant la prise des tuileries, l’endroit portait le nom banal de « place royale ».

Plantée d’une double rangée d’ormeaux avec en son centre une fontaine nommée royale, elle servait de lieu de rassemblement pour les habitants de la ville.

Elle était bordée d’un coté par la cathédrale Notre Dame, à peine consacrée et déjà fermée au culte, par le clocher de l’église Saint Barthélémy dédié maintenant au commerce des grains et par l’hôpital de la charité. En face se trouvait l’hôtel de Craon.

Au fond le long des fortifications, le bois des Amourettes, et venant enfin terminer le vaste quadrilatère, la rue Chaudrier, avec ses échoppes et ses ateliers d’artisans abrités par ses arcades séculaires.

En cette fin de chaude après midi la population est dense et se regroupe devant ce bizarre instrument dont la silhouette n’est guère familière.

La chaleur augmente l’excitation naturelle de cette foule qui calme, au début devient houleuse au fur et à mesure qu’augmente l’attente.

Des cris encore sporadiques s’élèvent de la foule bigarrée. Des marins, des soldats, les poissardes du port, des sombres sans culotte, des bourgeois venus en couple, des enfants déguenillés, des artisans et des cochers attendent le spectacle qui va s’offrir à eux.

Au milieu d’une centaine de soldats, arme aux pieds, un échafaud a été élevé par des charpentiers sur les ordres de l’huissier du tribunal criminel de Saintes. En son milieu l’invention de Tobias SCHMIDT,( cf 1 ) est provisoirement installée.

Un support en bois sur lequel se dresse deux montants de bois verticaux de 4 mètres de haut, espacés de 30 centimètres et reliés par une barre transversale, une lame alourdie par un poids appelé mouton coulisse entre les 2 montants. De forme trapézoïdale comme l’a préconisée le docteur Louis, l’ensemble lame et mouton pèse 40 kilos.

Beaucoup de Rochelais n’ont jamais vu une décollation par  » le rasoir National  », c’est pour cela que le spectacle est très couru et les places au premier rang prisent d’assaut.

L’utilisation de cet instrument moderne de mise à mort a été adoptée le 6 octobre 1791 à l’assemblée nationale constituante sur préconisation du docteur GUILLOTIN.

Le premier condamné qui eut l’honneur d’utiliser ce progrès scientifique fut Nicolas PELLETIER le 25 avril 1792, voleur avec violence , il fut décapité en place de Grève à Paris.

Au pied de la guillotine, nom officiel communément adopté, au grand dam du docteur se trouvait un panier remplit de son.

A proximité 6 cercueils de bois blanc sont sinistrement alignés, la commune a bien fait les choses, les criminels ne seront pas jetés en fosse commune à même la terre, cela ne durera pas.

A l’une des fenêtres de l’hôpital Saint Étienne, situé à l’angle des rue Chaudrier et du Minage,  sœur Thérèse LACOUR observe en priant, elle sait qu’un prêtre se trouve parmi les condamnés. La guillotine à peine masquée par les ombrages de l’arbre de la liberté s’offre tristement à sa vue.

Pierre PICHERIT huissier au tribunal criminel de la Charente inférieure attendait avec impatience l’arrivée du convoi. Responsable de l’exécution de la peine on l’appelait dédaigneusement le valet du bourreau. Parmi les personnalités présentes Jean Nicolas LEMERCIER président du tribunal, tenait conversation avec les citoyens LEROY, AUGEREAU, et DESBAIN, tous trois juges à la même chambre.

Soudain un grondement vint de la rue Chaudrier, une troupe de cavaliers dont le bruit des sabots était couvert par les cris d’une foule vociférante approchait. Les condamnés extirpés de leur infâme cachot, pauvres hères attachés l’un à l’autre marchaient péniblement sous les quolibets, les crachats et les orrions d’une foule fanatisée et haineuse. Les cavaliers pour les protéger faisaient rempart avec leur monture et jouaient du plat de leur sabre.

Les cris de » A mort les brigands », » à bas le roi », » mort au ci devant » retentissaient, malgré la brièveté du trajet, les autorités craignaient les débordements comme ceux du mois de mars, ( cf2 ) qui avaient conduit au massacre et au dépeçage de 6 prêtres par une foule enragée conduite par de criminels meneurs.

L’importance du dispositif fit que les condamnés arrivèrent entier sur les lieux de l’exécution.

Le spectacle commença immédiatement, PICHERIT lut la première sentence :

 – Antoine MARIN de Toufferé convaincu d’avoir été du nombre des ci-devant nobles qui ont pris les armes parmi les rebelles et comme tels réputé chef est condamné à mort.

Le premier acteur monta sur sa dernière scène, le citoyen HÉRAUD, bourreau fit son office, la lame tomba et la tête du premier brigand tomba. Les infirmiers de l’hôpital de la charité mirent le corps dans un cercueil.

Puis le sinistre office continua, Jean François Joseph BAUX de Marsay monta les marches pour les mêmes raisons .

Le vengeur du peuple décolla ensuite le sieur BARIBAULT Pierre marchand charbonnier de la commune de La Chataigneraie en Vendée pour les mêmes chefs d’inculpation.

Trois corps reposaient déjà dans leur boite, la tête déposée entre leurs jambes.

L’office funèbre de l’huissier et du bourreau continua, Pierre BONNEVILLE propriétaire à l’Hermenault en Vendée fut convaincu d’avoir accepté et exercé la place de membre dans un soi disant comité provisoire de sa commune et François Thibault notaire d’avoir accepté et exercé celle de commandant général du même lieu. Leur tête finit comme celle des autres suppliciés, l’échafaud était rouge du sang expiatoire.

La foule s’était comme assagie, très peu de cris retentissaient, une bourgeoise incommodée par le sanguinolent spectacle, avait du même être emmenée par son mari.

Curieusement à l’énoncé de la 6ème sentence, la foule se remit à hurler et l’huissier eut peine à se faire entendre :

– Joseph HEBERT curé de Maillé en Vendée, convaincu d’avoir pris part à la révolte par ses discours et sa conduite fanatique est condamné à mort.

Ayant demandé et obtenu de passer le dernier, le courageux prêtre donna l’absolution à ses derniers fidèles.

N’ayant point renié ses serments le bon pâtre gravit courageusement les marches en les embrassant une à une, tel Jésus au Golgotha, la lame interrompant seule son ultime prière.

Le bourreau pour contenter la foule fit saluer la tête du prêtre avant de la jeter au cercueil .

La population applaudit frénétiquement à ce dernier salut, acteur admirable pour cette tombée de rideau dramatique.

La foule n’était pas à l’unanimité hostile et une femme vint prélever un peu de sang du Saint Homme. ( cf3)

Les infirmiers emmenèrent les corps en leur dernier lieu de repos, à savoir la fosse commune du cimetière le plus proche.

La foule à vrai dire était un peu frustrée de la courte pièce qui s’était jouée.

Quel regret des anciens supplices, pendaisons, décapitation à la hache, bûcher, poings coupés, non vraiment le modernisme n’a pas que du bon.

Pour les autorités, le soulagement se voyait sur les visages, aucun débordement, un spectacle de qualité à n’en point douter.

Le 5 septembre 1793 fut la date fatidique de la mise à l’ordre du jour de la terreur par la convention Nationale.

A noter que ce fut un avocat ( cf4 ) qui rapporta cette mise à l’ordre.

Sur la Rochelle un comité militaire fut mis en place par le terrible représentant en mission LEQUINIO dès le 28 septembre 1793.

Les tribunaux classiques travaillaient bien trop lentement.

 

NOTES

1 – Tobias SCHMIDT, facteur de clavecins prussien et ami de Charles Henri SANSON bourreau de Paris, est le réel inventeur du rasoir national.

    Joseph Ignace GUILLOTIN, 1738-1814 est le député rapporteur et défenseur auprès    de  l’assemblée Nationale Constituante qui a adoptée par humanité le procédé. Le docteur n’a jamais assisté à une exécution et son nom qui est passé à la postérité le fut à ses dépens.

    Antoine LOUIS, 1723 1792 chirurgien,  perfectionna la machine en préconisant l’adoption d’un lame oblique, la cravate à Capet était aussi appelée la Louisette.

    Disons pour simplifier que l’invention de la machine est collégiale et que des engins similaires furent utilisés dès le 17ème siècle. GUILLOTIN, LOUIS et SCHMIDT sont donc associés à différents titres à la conception de la  » bascule à charlot  »

2 –  Lire  »Autopsie d’un massacre  »de Claudy VALIN

3 – Dans une fiole qu’elle conserva, le sang du martyr se conserva dit on, fort longtemps.

4 –  Bertrand BARERE DE VIEUZAC, 1755-1841 Conventionnel et homme d’état.

Cet article sera le premier d’une série consacrée à cette période avec comme trame de fond la vie du prêtre Joseph HERBERT.

 

Source : – Acte de décès des 6 condamnés. Archives numérisées Charente Maritime.

                – Série L fond judiciaire, 1065 procédure 1- 6.

                 –  Gallica

                 –  Archives numérisées de Vendée.

                 – Cahiers du père COUTANT

                 – Blog sur la guillotine : http://les.guillotines.free.fr/doc.htm

                                                             https://fr.scribd.com/doc/2909411/Histoire-guillotine (la photo vient de ce site )

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