LA MORT DU PRÊTRE DE VOUHARTE

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Vouharte début du  20-ième siècle ( Les arbres sur la place de l’église ne sont plus ces magnifiques ifs  mais elle a été replantée et est est toujours aussi magnifique )

Le lundi 12 avril 1762, une rumeur court dans le petit village de Vouharte, transmise de bouche en bouche, la nouvelle parcourt le petit bourg et se propage de maison en maison. Bientôt tous les habitants du bourg sont au courant, Pierre COUDRIN, l’annonce à Michel GUIDON, qui prévient sa femme Marie CHESNE. Cette dernière avise  à son tour la famille L’HOUMEAU.

Au lavoir c’est la consternation, certaines femmes abandonnent leur ouvrage et partent en pleurant sur les lieux du drame.

La rumeur n’est pas longue à parvenir au village du Breuil où Messire Jean de PEINDRAY s’apprête à monter à cheval pour aller chasser dans l’une des nombreuses îles formées par les alluvions de la Charente. Le meunier de Touzogne et de nombreux villageois des environs venus faire moudre des grains sont également mis au courant. Le bruit qui avait longé la Charente se propage aux coteaux chacun maintenant connait la nouvelle, le père DELESSAT est mort.

Les villageois se pressent à la cure, la servante du curé et le sacristain ont le plus grand mal à les contenir. Chacun veut s’assurer de la chose et rendre un dernier hommage.

Jean de PEINDRAY arrive au galop du Breuil et disperse tout le monde, chapeau bas chacun s’incline, noble homme, l’écuyer de Roumilly est l’autorité du bourg.

Il pénètre dans la maison et trouve le curé allongé dans sa chambre à coté du lit, la mort ne fait aucun doute, foudroyé d’une crise d’apoplexie sa bouche est tordue son visage crispé, sa soutane est souillée.

Le saint homme est porté sur son lit et une chapelle ardente est dressée.

De Pindray envoie quérir le curé de Coulonges le père VINDRILLAS afin de veiller sur le corps.

Les autorités ecclésiastiques sont prévenues ainsi que le présidial de la sénéchaussée.

Par discussion il est décidé que le curé serait enterré de façon exceptionnelle dans  l’église Notre Dame de Vouharte, des travaux sont diligentés afin que le bon berger repose parmi les siens dans le chœur même de la maison de Dieu. Honneur infime que peu de Vouhartais obtinrent au cour des temps.

Monseigneur l’évêque  donna son consentement tant l’aura du défunt était grande dans la contrée.

Considéré comme un saint homme par les gens du cru ce dernier n’en était pas moins mortel, presque 30 ans qu’il officiait à Notre Dame de Vouharte, dévoué il aimait ses paroissiens d’un amour sans faille. Il vivait chichement de la portion congrue que ses supérieurs lui reversaient, ses presque 700 livres le mettaient à l’abri de la misère mais n’en faisait pas un nanti . Un petit bout de vigne et un potager lui assurait un surplus de pitance, comme l’ensemble des villageois . Chargé comme ses confrères de la vie de la paroisse, messes, organisations des fêtes religieuses, sacrements, tenue des registres paroissiaux, et enseignement, il était l’âme du village.

Le père DELESSAT était partout, une personnalité forte prêchant avec virulence quand le besoin s’en faisait sentir et secourant avec piété toutes les misères .

D’un famille bourgeoise d’Angoulême le père à son arrivée comme jeune officiant signait LESSAT au bas des actes qu’il rédigeait, puis à partir du 16 septembre 1740 sa signature se transforma en DELESSAT. Il maria, enterra, et baptisa de nombreux paroissiens pendant sa longue prêtrise.

Il fut donc enterré le mardi 13 avril 1762, les fossoyeur n’avaient pas chômé pour préparer la sépulture du curé, enlèvement du dallage sous le chœur et creusement d’un trou assez grand pour y déposer le corps. Il fallut faire un peu de place et enlever les os des précédents occupants. La place sous le chœur était très convoitée car comme chacun sait la montée au paradis s’y fait plus rapidement. L’endroit était payant, mais pour un saint homme la place était acquise d’office.

L’ensemble de la population se pressa dans l’église, elle était petite et seuls les premiers arrivants purent y pénétrer. Les premiers bancs étaient occupés par les notabilités et les paysans les plus aisés.

L’archiprêtre d’Ambérac Jean SAUVAGE fit la messe assisté du père VERDILLAT de Coulonges, du père MATHELON de Xambes, du père ROUSSELOT de Villognon et des desservants de Saint Amant De Boixe et de Bignac. Tous les curé de l’Archiprétré d’Ambérac avaient donc fait le déplacement. Le vicaire de Montignac représenta le curé titulaire qui était souffrant.

La messe fut belle et chacun à l’issue sans fut vaquer à ses occupations.

Le curé DESSELAT Jean Jacques resta longtemps dans la mémoire de ses paroissiens et ses émanations se firent sentir tout l’été de l’année 1762. ( Les inhumation dans les églises furent théoriquement interdites à partir de 1776 pour des raisons de salubrité publique, les corps n’étaient pas ensevelis assez profondément et l’utilisation de la chaux ne remédiait à l’odeur que partiellement. )

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Pierre tombale dans l’église de Vouharte, ( j’ignore qui est dessous ). ( photo maryanick Gaultier )

 

De ses ossement maintenant devenus poussière émanent une atmosphère particulière qui se repend encore un quart de millénaire après la disparition du bon prêtre.

Si vous passez par Vouharte faite une halte à l’église Notre Dame, montez par les escaliers en venant de la rue principale, passez sous les porches, et pénétrez dans les lieux. Prenez place un instant, priez, ou méditez selon vos convictions mais soyez convaincus qu’une sérénité y plane et vous pénètre.

Le père DELESSAT fut rapidement remplacé car dès juin 1762 un nouveau desservant officia dans le bourg, la crise des vocations n’avait guère cours en ces temps post révolutionnaires et les cadets des bonnes familles y faisaient encore leur nid.

Nota : Il est noté dans l’acte de décès qu’on a eu le temps de lui administrer les sacrements de pénitence et l’extrême onction, phrase rajoutée en fin d’acte. Vu la mort soudaine que  le rédacteur de l’acte appelle apoplexie et qui est rappelons le une  suspension  brutale plus ou moins complète  de toutes les fonctions vitales il est pour le moins improbable à moins qu’un autre prêtre ne fut présent que les derniers sacrements ne lui fussent administrés.

 

  • ARCHIPRÉTRÉ  d’AMBÉRAC  : Ambérac, Saint-Amant-de-Boixe, Vindelle, Lanville, Montignac, Vouharte, Gourville, Vars, Balzac, Champniers, Brie, Xambes.

Ces communes dépendaient du diocèse d’Angoulême

  • ARCHIPRETRE  : Titre attribué au curé du clergé de l’église principale d’une ville ou d’un ensemble de paroisses.
  • Église  Notre de Dame de Vouharte :  date des XI et XII-ièmes. elle a été remaniée aux XIV et XV-ièmes. Elle s’inscrivait dans le contexte d’un prieuré bénédictin déjà mentionné  vers 900.
  • Vouharte,  se situe en Charente à environ 20 km d’Angoulême.

 

 

 

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