LE VENTRE DE LA SERVANTE OU LA DOMESTIQUE ÉPOUSÉE

gaboriniere

carte de l’état major   1820-1866, la Gaborinière entre Avrillé et Poiroux

 

Lorsque Marguerite arriva à la métairie de la Gaborinière dans la commune d’Avrillé elle avait 20 ans. Jusqu’à maintenant, elle avait vécu avec sa famille, mais des raisons économiques la firent se placer comme domestique de ferme. Ce n’était pas une sinécure, mais les opportunités professionnelles n’existaient pas en ce temps. Elle avait travaillé à la ferme avec ses parents, elle travaillerait maintenant pour un autre en attendant qu’un paysan la demande en mariage, lui fasse des enfants et qu’elle travaille dans sa propre métairie ou dans celle de la famille de son mari.

Le labeur était le même, les bêtes, les taches domestiques, seule changeait la condition sociale, fille du patron, femme du patron ce  n’était pas la même chose que servante du patron.

La Gaborinière était une métairie de taille moyenne située à proximité du village, elle était tenue par un veuf d’une quarantaine d’années appelé Jacques Herbert. Ce dernier avait perdu sa femme en 1818 et n’avait jamais repris de compagne. Ses dix ans de veuvage lui pesaient parfois mais son travail et ses enfants l’accaparaient entièrement. Ces derniers âgés de 18, 16 et 12 ans avaient su rapidement se débrouiller, la solidarité familiale et paysanne leurs avaient permis de passer le cap de l’enfance sans encombre. La mort d’un proche était monnaie courante en ces époques et le souvenir des grandes tueries encore dans les mémoires.

Marguerite aurait préféré que son patron ne fut point veuf et que ses ardeurs masculines fussent canalisées par son épouse légitime.

Elle s’installa donc et se mit au travail d’arrache-pied, ce n’était ni plus dur ni moins dur que ce dont elle était habituée . Elle logeait dans une petite pièce attenante à la pièce principale, un lit avec une paillasse un petit coffre rien de luxueux mais un lit et une chambre pour elle seule pouvait être considérés comme un luxe.

Si il n’y avait pas eu la présence de la fille de la maison, une peste nommée Angélique elle aurait pu se croire presque chez elle. Le patron et son jeune fils lui tournaient autour et n’étaient que gentillesse. La dite Angélique subodorait que le loup s’était introduit dans la bergerie.

Marguerite dans la toute fraîcheur de ses 20 ans affolait le vieux barbon de 39 ans et le jeune puceau de 16 ans. La rivalité entre les 2 hommes se révéla rapidement et l’entente dans la maison s’en ressentit, le jeune Antoine aurait bien jeté sa gourme dans les bras de Marguerite et se débarrasser de sa virginité avant de convoiter sa futur femme. Jacques n’était pas dans les même dispositions, il avait simplement envie de faire l’amour à une femme et les précédentes servantes n’avaient pu lui résister.

Les premier mois furent idylliques pour Marguerite, les 2 hommes n’étaient que gentillesse, puis vint l’époque de la conquête définitive. L’un lui prenait la taille l’autre lui soutirait un baiser . Mais les caresses se firent insistantes, Marguerite se sentait observée dans ses moindres moment d’intimité. Elle pensa à partir, mais pour aller où ? Se confier mais à qui ?

Jacques Herbert était une personnalité bien en place dans le tissu rural, elle n’était qu’une domestique de ferme, faire une esclandre parce que son patron avait les mains baladeuses la verrait purement et simplement rejetée comme fautive de la communauté.

Un matin de 1829 alors qu’elle nettoyait l’étable elle vit entrer Jacques, la surprise de cette arrivée inopinée se transforma rapidement en inquiétude quand il s’approcha d’elle. Il la serra dans ses bras et l’embrassa dans le cou, Marguerite se débâtie et échappa momentanément à l’étreinte. Jacques prit ça pour un jeu et son excitation fut décuplée. Il se jeta sur sa proie et ils roulèrent dans la paille. Marguerite n’eut pas le dessus, Jacques lui troussa robe et jupon et la força . La joute ne dura guère, le patron jouit dans sa servante se releva et repartit sans autre formalité à son champs.

Marguerite souillée, gisait dans la paille, les cotillons relevés. Une douleur lui tenaillait le bas ventre et un filet de sang mêlé à la semence de Jacques lui coulait sur les cuisses. Elle s’essuya avec de la paille, puis courageusement reprit son labeur aux culs des vaches. Elle savait que son patron ne s’en arrêterait pas là. Elle ne pouvait se confier à personne, elle ne serait pas cru et passerait pour une salope aguicheuse, elle décida de faire face. Le lendemain à la traite Jacques vint la rejoindre, il ne l’a pris point de force mais lui ordonna de soulever sa robe et de se pencher le long d’une barrière. Cette soumission et cette position l’humilièrent encore plus que le viol de la veille. Puis peu à peine une relation s’installa, Jacques était toujours le maître mais son comportement changea.

Les enfants de la maison s’aperçurent du changement et en devinrent encore plus méchantS, mais le père fit preuve d’autorité et les tortionnaires lâchèrent leur proie.

Un soir Marguerite prit son courage à 2 mains et rejoignit Jacques dans son lit. Il ne la repoussa pas et l’emprise sexuelle qu’elle exerça dès lors sur lui devint une emprise morale.

Ce qui devait arriver arriva, le fruit des nuits agitées des 2 amants grandit dans le joli ventre de Marguerite. Il était veuf, elle célibataire, ce n’était pas une catastrophe si il y avait régularisation.

Jacques s’entendit avec le père de Marguerite et la noce eut lieu rapidement.

Le 17 mai 1831 Marguerite Aimé Delhommeau épousa Jacques Joseph Herbert en la commune d’Avrillé département de la Vendée.

5 mois après elle mit au monde une petite fille qu’ils nommèrent Thérèse Angélique.

La servante que Jacques força dans l’étable devint métayère de la Gaborinière. Elle prit l’ascendant sur tout le monde et c’est sans déplaisir qu’Angélique quitta le nid pour se marier.

Antoine qui aurait bien profité de la jeune domestique si il en avait eu le courage se maria en 1837 et supporta sa belle mère pendant 6 longues années.

Marguerite et Jacques eurent une autre petite fille en 1836, mais cette dernière succomba aussitôt.

Mais chaque chose à une fin et Marguerite mourut de maladie en 1838 à l’age peu avancé de 30 ans. De nouveau veuf, Jacques n’attendit pas 10 ans pour se remarier car il convola l’année suivante avec une jeune femme de 22 ans qui s’appelait Marie Raffin. Jacques avait 49 ans, il possédait quelques biens, l’affaire fut rapidement conclue. La petite nouvelle lui fit également 2 enfants.

Jacques décéda en 1852 dans la commune d’Olonne sur mer, sa jeune veuve mourut l’année suivante.

Cette histoire de la femme violée puis épousée pourrait servir d’hommage à toutes celles pour qui la situation devint catastrophique.

Celles qui se retrouvèrent à la rue victime d’une opprobre généralisée avec leur petit dans les bras.

Celles qui se virent contrainte d’abandonner l’enfant non désiré à la porte de quelques couvents.

Celles qui perdirent la vie en confiant leur intimité à des faiseuses d’anges malhabiles et malpropres ou qui désespérées se mutilèrent elle même en tentant d’ôter la vie  au petit être non désiré.

La situation des femmes n’était guère glorieuse sous le code du grand Napoléon et des décennies durent passer pour que les mentalités puissent un peu changer.

Nota : Les faits formant l’ossature du récit sont réels, mais la trame de l’histoire n’est que pure fiction, la mémoire familiale ne remontant évidement pas si loin.

Repère : Jacques Herbert né le 9 octobre 1790 à Grosbreuil Vendée, mort à Olonne sur Mer le 14 décembre 1852.

Marié le 27 février 1810 avec Angélique Neau à Poiroux Vendée.

Marié le 17 mai 1831 avec Marguerite Delhommeau à Avrillé Vendée

Marié le 24 avril 1839 avec Marie Raffin à Poiroux Vendée

Il eut 8 enfants de ses 3 unions.

Il fut Métayer, laboureur et carreyeur

Jacques Herbert est un ascendant à la 6ème génération de mon épouse .

Voir pour les descendants de Jacques, mon arbre sur Généanet,  ( tramchat )

 

Publicités
Cet article a été publié dans Au détour des actes. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour LE VENTRE DE LA SERVANTE OU LA DOMESTIQUE ÉPOUSÉE

  1. J’ai apprécié de lire cet article, ce qu’il en ressort.
    De donner vie à une genealogie meme en l’absence de mémoire familiale.
    Agréable lecture 🙂

  2. Super article, d’autant plus intéressant pour moi que j’ai des ancêtres à Avrillé à cette époque 🙂 (les POIRIER notamment)
    Merci !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s