LES DERNIERS COMBATS, 1918, la guerre à Fernand épisode 10

fernand 1919 2Fernand 1919 arborant fièrement sa croix de guerre avec ses  4 étoiles

 

Notre collectionneur de blessures rejoint donc son régiment au bout de seulement 1 mois. Riche d’une nouvelle citation il est pourtant, lui le dur à cuire durement touché psychologiquement.

Pas une celle fois depuis le Cornillet qu’il ne se réveille en sursaut et en sueur avec l’impression d’avoir de la terre dans la bouche. Plus que sa blessure à la jambe, le fait pour cet homme de la terre d’être enseveli vivant restera un traumatisme bien vivace le restant de ses jours.

Fernand rejoint son bataillon dans le secteur de Maison de Champagne, les Zouaves ont maintenant droit au port de la fourragère.

Le train train succède au train train et c’est avec satisfaction que le régiment quitte cet endroit pour se rendre en cantonnement à Herpont.

C’est la valse des nominations, les récompenses sur les officiers pleuvent, Fernand anonyme parmi les héros ne reçoit rien, même vie de labeur, le fusil et la pioche, les poux et le pinard, la puanteur des feuillées et l’inconfort des plumards, la pensée de Fernande et les envies solitaires.

Au mois d’août, la nouvelle se propage, on repart à Verdun, car une attaque se prépare pour reprendre la cote 304, le Mort Homme, le bois des Corbeaux,la cote de l’oie.

Les hommes sont stupéfaits, ils pensaient en avoir fini avec ce coin maudit.

Le 14 août 1917 les cantonnements sont pris à proximité de Verdun, le régiment n’interviendra pas, la tache a été confiée à la division Marocaine.

Fernand croyait être tranquille en entendant cette nouvelle mais déchanta quand les 3 compagnies de mitrailleurs furent mises à la disposition de la division d’attaque.

Jusqu’au 20 août du côté de Livry la Perche les Zouaves mitrailleurs effectueront des tirs indirects sur l’ennemi.

Les Marocains emportèrent tout sur leur passage et le Mort homme endroit sinistre où Fernand avait passé des jours sombres redevenait Français.

Puis vinrent les jours monotones, jusqu’à fin décembre, le régiment avec sa division occupera les positions reconquises.

Succession de travaux de terrassements, de corvées, de patrouilles, de repos à l’arrière.

Certes des hommes meurent encore et toujours, des bombardements, des escarmouches mais habitués aux grandes boucheries, ces morts et ces blessés éparses ne les troublent guère.

Puis vint la soirée de Noël, la 4ème depuis le début de la guerre, toujours la même chose, le rata un peu amélioré, le pinard en abondance, la messe de l’aumônier, le serrement de pinces des officiers et la lettre de Fernande lue et relue.

Puis  le grand départ, encore un, direction Joinville en Haute Marne et là aussi l’éternelle répétition des cahotements de la route, du bruit de la locomotive et des ampoules qui meurtrissent les pieds.

Nous sommes maintenant en 1918 le régiment est commandé par le lieutenant colonel Kastler, le 11ème bataillon par le chef de bataillon George.

79 Officiers

2798 hommes

324 chevaux

Évidement l’effectif n’a plus rien à voir avec celui qui partait la fleur au fusil en septembre 1914 du fort de Saint Denis.

Personne ne sait quand la guerre se terminera, les certitudes ont disparu depuis longtemps.

En mars 1918, libérés des Russes et conscients de l’urgence à vaincre avant le déploiement des troupes américaines, les allemands déclenchent une vaste offensive dans la Somme pour faire fléchir les Anglais et forcer les Français à un armistice de compromission.

Jusqu’en juillet 1918 les zouaves ne seront pas principalement engagés, toujours en réserve, mais jamais bien loin de l’action.

La contre offensive Mangin a stoppé les allemands.

Le 10 juillet Fernand et ses copains remplacent le 201ème régiment d’infanterie devant Longpont dans le département de l’Aisne. Les combats s’annoncent être chauds sous les ordres du nouveau commandant du 1er Zouave, le lieutenant colonel Pompey.

Le 13 juillet ordre est donné au 11ème bataillon de faire un bon en avant, l’attaque commence à 5 h 30 sous les ordres du capitaine Faure, à 6 h 15 l’opération est terminée. L’objectif est largement atteint.

Le lendemain une forte contre attaque se produit, elle est repoussée avec succès, mais Fernand peu chanceux est blessé à l’épaule gauche. Vraiment un miraculé et une nouvelle fois il suit le circuit habituel.

L’arrêt sera de presque 2 mois, on peut penser paradoxalement que ses nombreuses blessures lui ont peut être sauvé la vie. Les quelques jours passés à Nangis dans les bras de sa Fernande lui ont remonté le moral, marié depuis la fin 1917, il va être père et espère que la guerre sera fini pour l’arrivée de l’enfant qu’il espère être un garçon.

En septembre Fernand rejoint son régiment vers Coulommiers, pays de son enfance, beaucoup de fermes lui sont familières.

Le régiment est au repos, le 15 septembre a même lieu un match de foot contre des parisiens, Fernand que l’on surnommait Gazon participe à la rencontre.

Puis de nouveau, la division se met en branle, transportés en auto les zouaves du 1er se retrouvent en Champagne du coté de Perthes et de Tahure.

Ils sont en réserve de division, le 11ème pour sa part suivra le 44ème régiment d’infanterie à environ 2,5 km.

L’attaque se déclenche mais les Allemands toujours coriaces arrêtent la progression des Français près de la croix Muzard.

Le 29 septembre les Zouaves prennent le relais, la progression est laborieuse, sous le feu des mitrailleuses et les pertes sont nombreuses.

Fernand et son bataillon sont bloqués momentanément, mais l’ irrésistible progression reprend, le 4ème bataillon et les chars emportent tout.

La tranchée de la croix Muzard est enlevée par le 11ème, Fernand comme ses copains, est fou de témérité. Les boches reculent, la croix Muzard est enfin conquise.

La progression ne s’arrête pas là, les teutons ne sont encore pas en Allemagne.

Le 2 octobre Fernand s’illustre de nouveau en mettant en batterie sa mitrailleuse pour bloquer une contre offensive.

Nouvelle citation, les zouaves anciens comme nouveaux n’ont qu’une envie botter le cul du kronprinz et butiner les Gretchen .

 

citation fernand

Le 6 octobre il faut malgré la fatigue lustrer son paquetage, se rendre propre, se raser pour la messe solennelle en l’honneur des soldats morts. Le général Susbielle est présent.

  • Nom de dieu
  • y pouvait pas faire leur bondieuserie dans une autre tranchée que la notre.
  • Comment veux tu qu’on soit propre dans la tranchée.
  • Ras le bol des sardinés.
  • Et pi je le connais pas ce Susbielle

L’évocation de ce nom fit rire nos chacals. Une gueulante du lieutenant mit fin à la rigolade.

Puis se fut la fin le 11 novembre 1918 tout cessa. Le grand massacre était terminé.

Fernand resta jusqu’en août 1919 sous les drapeaux, défilés, acclamations, guinches avec les paysannes rencontrés, pinard à volonté lors des traversés de village, le bonheur de pouvoir se réveiller vivant.

Mais le vrai bonheur fut sa descente sur le quai de la gare de Nangis. Fernande endimanchée avec la petite Léone dans les bras attendait son homme.

EPILOGUE

Fernand avait passé 7 ans chez les zouaves, avait vu des horreurs qu’aucun être humain ne devrait jamais voir, avait tué des hommes de sang froid, avait souffert de la faim , du froid, de la soif.

Il en fut profondément marqué, et il en ressortit une haine inextinguible envers les Allemands.

En 1940, trop vieux et à charge d’enfants il ne put combattre son ennemi et en souffrit énormément.

J’ai été élevé dans cette ambiance, haine du boche et détestation de l’anglais, alors oui je l’avoue parfois je ponctue ma fin de repas par  » encore un que les boches n’auront pas  ». Cette petite vacherie je la transmets à mes petits enfants. Devoir de mémoire, même si nos présidents se sont tenus la main à l’ombre des croix blanches de nos morts

Hourrah ! Hourrah ! mon brave régiment !
Le canon résonne et le clairon sonne !
Hourrah ! Hourrah ! Zouaves en avant !
Hourrah ! Hourrah ! En avant ! En avant !
Pan ! Pan ! L’arbi ! Les chacals sont par ici !
Les chacals, ces vaillants guerriers !

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