INHUMÉ DANS SON JARDIN OU UN ENTERREMENT AU DÉSERT EN 1724 ( Saint-Denis-Les-Rebais )

 

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L’an 1724 le 14ème du mois de décembre, il m’a été annoncé la mort de Noël Jolly, religionnaire qui a précisé toujours vouloir mourir dans les sentiment de la prétendue religion                   réformée,

Lequel ayant décédé du jour précédent a été inhumé dans son jardin.

Selon la déclaration qu’il m ‘ a été faite.

Marie Messant et B Cue curé.

En ce mois de décembre de la neuvième année du règne de celui que l’on appellera le bien aimé, un petit groupe se rassemble autour de la ferme de Noël Jolly. Venus du village de Saint Denis les Rebais, de Saint Siméon et de la Ferté sous Jouarre ils ont tous bravé le froid pour rendre un dernier hommage au maître de céans.

Ils sont tous sans exception des religionnaires ou adeptes de la religion protestante. La foi de Calvin a touché leurs ancêtres et ils y sont restés fidèles.

Les protestants forment une communauté encore assez nombreuse dans la région, malgré une émigration très forte.

La pratique de leur religion est maintenant interdite, l’arrière grand père du roi actuel le prétendu roi soleil, en avait décidé ainsi par son édit de Fontainebleau . La pression jésuitique conjuguée au harcèlement de son épouse morganatique l’avait persuadé de la véracité de son action. Le bilan en était fort mitigé, reprise des persécutions, guerre des camisards, et fuite massive d’environ 200 000 personnes vers les pays européens qui acceptèrent avec bonheur un afflux de main d’œuvre qualifié.

Héritier du cercle de Meaux de l’évêque Briconnet, les paysans briards avaient pris la religion des nobles dont ils dépendaient ( Cujus regio, ejus religio ).

Il en était résulté 8 guerres de religions ( 1562 -1598 ), qui avaient profondément marqué le pays et les consciences.

Le roi Henri (celui de la poule au pot et du panache blanc )qui rappelons le, était un ancien protestant et son principal ministre le fameux Sully qui lui était resté parpaillot, firent preuve d’habileté politique.

Ils mirent fin à cette période de trouble en accordant un édit de tolérance qu’on appela l’édit de Nantes

Les protestants obtinrent la liberté de culte dans les lieux où le protestantisme était installé avant 1597, ainsi que dans 3 500 châteaux de seigneurs justicieux et dans deux localités par bailliage.

Ce n’était pas la liberté totale mais les massacres cessèrent.

L’édit de Nantes est un édit de tolérance, mais qui institue de droit la religion catholique comme religion d’état ce qui nous fera glisser doucement vers l’absolutisme de Louis XIV .

Le protestantisme n’augmenta guère ses effectifs pendant le règne du cardinal ( pardon du roi Louis XIII ). La politique française fut pragmatique , catholique à l’intérieur et protestante à l’extérieur.

La situation se détériora sous la direction du grand roi, à partir de son gouvernement personnel en 1661 et ce jusqu’en 1679, les restrictions commencèrent à tomber sur la communauté Huguenote.

L’efficacité toute relative des mesures convainquit le roi d’entrer dans une phase de répression ( 1679 – 1685 ) . Les dragonnades et autres persécutions engendrèrent une vague de conversions forcées et l’émigration des forces vives du royaume.

L’édit de Fontainebleau révoqua enfin l’édit de Nantes, les huguenots redevinrent des parias qui professaient la religion prétendument réformée.

La période qui suivit se nomme le désert et durera de 1685 à 1787.

Les mariages ne seront plus célébrés, les enterrements se feront de nuit et hors de toute terre consacrée.

Certains couples de Saint Denis Les Rebais iront même jusqu’à Tournay alors terre espagnole où se trouve des mercenaires suisses qui sont accompagnés de pasteurs pour se faire bénir. Les autres se contenteront d’un passage chez un notaire.

Noël Jolly et sa femme Marie Messant étaient restés sur leur terre natale, ils avaient courbé l’échine

Ils se marièrent le 10 juillet 1714 à Saint Denis les Rebais ( 77 ) et furent bénis par le curé Brouard après avoir obtenu une dispense de consanguinité de Monseigneur l’évêque de Meaux ( 77 ). On le voit un mariage catholique.

Noél Jolly avait été baptisé le 04 octobre 1676 à la chapelle de Chalendos sur la commune de Saint Siméon, dans la foi protestante ,fils de Jean Jolly et de Jeanne Messant. Les cérémonies liturgiques des protestants se faisaient à cet endroit car il appartenait à un seigneur protestant.

 

BAPTEME NOE

Baptême Noé Jolly 04 octobre 1676

 

 

Notre Noél fut nommé à sa naissance Noé, cette transformation est -elle due à Noé lui même ou au curé .

Quoi qu’il en soit notre laboureur s’appellera désormais Noël.

Le 14 avril 1714 naîtra un premier enfant baptisé catholique dans le ventre de sa mère ( ondoyé par la sage femme Nicole Candras ). On le nommera Jean. Aucune mention d’une religion protestante.

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Les parents ont ils abjuré ?

A noter que certains des enfants de couples protestants sont baptisés et que le curé mentionne simplement que les parent sont de la religion prétendue réformée. La politique de Louis XIV c’est elle assouplie devant l’échec des persécutions ?

( Ce n’est pas le cas pour les 2 premiers enfants de Noël et Marie )

Le 10 novembre 1715 un nouveau petit catholique que l’on nomme Noël .

Le 23 novembre 1717, le curé Brouard baptise Pierre, cette fois les parents sont de nouveau des protestants.

Le 5 juillet 1720, le nouveau curé baptise Marie, les parents sont désignés comme de la religion prétendue réformée. Le choix de Marie comme prénom est un tantinet provocateur pour des protestants.

26 avril 1722, même mention pour le baptême de la petite Jeanne.

Le 29 septembre 1723 naissance de Françoise la petite dernière, les parents sont nommés religionnaires ( décès le 2 avril 1725 )

Le 8 juillet 1725 baptême de Pierre fils posthume de Noël Jolly et Marie Messant religionnaires.

Le 14 décembre 1724, Noël ou Noé rendit son âme à dieu, conformément à ses dernières volontés il fut enterré dans son jardin à la tombée de la nuit. Sa foi de religionnaire lui interdisait l’accès au cimetière communal.

Un psaume lu par un proche fut repris en cœur par l’assistance.

Marie Messant continua de vivre dans sa religion et vécu avec Louis Lemaire.

Elle ne se remaria pas à l’église.

Sur l’acte de baptême de leur fils Nicolas Lemaire en 1729, il est noté que l’enfant est né hors mariage d’une copule incestueuse. ( Délicat le curé )

En 1731 à la naissance du second enfant André, le curé note qu’ils sont soit disant mariés.

Peut être un passage devant un notaire ?

Un 3ème enfant né en 1733 viendra clôturer les maternités de Marie, elle décédera en 1776 à Saint Denis les Rebais en ayant vu grandir l’if planté sur la tombe de son défunt premier mari .

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