LA MORT DE LA DAME BLANCHE

 

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Françoise Renée Fleur se meurt, allongée sur son grabat, rongée de fièvre elle délire.

Angélique Cerizier 51 ans lui tient la main et éponge son front.

Marguerite Savouret 67 ans est à genou au pied de la couche, elle prie en silence.

Un prêtre lui a donné les derniers sacrements, elle peut partir sereinement. Dans ses derniers instants elle se remémore chaque moment de sa vie.

Elle était née en 1740 dans une famille modeste et son enfance fut heureuse. Mais à 20 ans, un beau marin du port de La Rochelle, lui fit perdre sa virginité, son honneur et sa liberté.

Elle se souvenait entre 2 râles de son arrivée au couvent de notre dame de la charité, son père après l’avoir copieusement rossé l’ y avait conduite de force. Son gros ventre ne laissait rien caché de sa faute. Reçue par une sœur en habit blanc, elle fut conduite en sa cellule d’où elle ne bougea guère pendant un an. L’enfant qu’elle avait mis au monde lui avait été enlevé et elle ne sut ce qu’il était devenu.

Ce couvent prison situé à l’angle de la rue des trois marteaux * et de la rue du bourreau * dans la vieille ville de La Rochelle , accueillait des pénitentes volontaires mais surtout forcées, elles y expiaient leurs fautes et leurs dérèglements. Sous la férule des religieuses de notre dame de la charité ou dame blanche *, un ordre créé par Jean Eudes un prêtre normand en 1715, des prostituées internées de force, des femmes adultères, des jeunes filles engrossées étaient enfermées pour des peines à temps ou souvent à perpétuité.

La première année se passait en cellule dans l’isolement le plus complet, puis la pécheresse en court de rédemption était admise en la communauté. La vie était rude, les sœurs véritables kapos exerçaient une discipline de fer. Les femmes enfermées la plupart du temps sans jugement y restaient souvent le reste de leur vie. D’ailleurs nos bonnes dames blanches étaient pour une grande partie des femmes repenties qui après avoir épousé le mal ( ou le mâle ), épousaient notre père à tous. C’était le chemin qu’avait parcouru Françoise. Elle était entrée en religion, n’était plus sortie du couvent et finalement s’en était fort accommodée. La prière, le dressage des nouvelles Messaline et la vie conventuelle réglée au cordeau lui convenait finalement très bien.

La vie des sœurs fut bouleversée en 1789 lorsque survint la révolution, les pensionnaires recouvrèrent leur liberté et le couvent devint soudain très vide.

Au début elles ne furent guère inquiétées et continuèrent leurs prières, mais vint le moment de la constitution civile du clergé, de la vente des biens cléricaux, de la suppression des ordres religieux et de la persécution.

Les sœurs qui avaient décidé de rester malgré tout dans leur couvent ne furent pas ennuyées par la municipalité et y restèrent jusqu’au 18 août 1792. Commença alors une longue descente en enfer qui les conduisirent jusque dans leur prison.

Sous la pression des sociétés populaires qui devinrent toutes puissantes et en dehors de toute loi ( la loi des suspects n’est votée qu’en septembre 1793 ) des centaines d’ennemis de la révolution furent conduits à la citadelle de Brouage.

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Cette citadelle, îlot de pierre qui surgit au milieu des marais avait fort perdu de sa superbe depuis le cardinal de Richelieu fondateur des lieux.

Ce port de guerre avait perdu de son utilité depuis qu’il avait perdu la mer, toujours lieu de garnison, les sentinelles pouvaient voir de loin l’océan qui autrefois bordait les murailles.

Un maigre chenal envasé rappelait qu’autrefois le grand navigateur Champlain était parti de ce havre pour découvrir le Canada.

Au demeurant la garnison était très faible, quelques invalides  demeuraient dans l’hôpital, la maison du gouverneur commençait à crouler et les bâtiments vides de toutes activités guerrières ou commerciales étaient légion. La population fort nombreuse autrefois n’était plus que d’une centaine d’habitants, la plupart saunier. Le curé Jean Imbaud menait en 1789 ses ouailles à la baguette.

Défroqué il devint maire, fut odieux, peut être criminel et sûrement délateur.

L’endroit pour stocker du monde était parfait, de hauts murs, des portes fortifiées et une nature hostile, marécageuse où le paludisme était présent de façon endémique. Nul besoin d’une forte garnison, quelques éclopés firent l’affaire. Il y vint du monde de tout le département de Charente inférieure, des ci devants, des prêtres réfractaires, des religieuses comme Françoise, des moines, mais aussi des artisans, des commerçants , des paysans, un foule hétéroclite d’opposant ( ou pas ) à la révolution. Chacun s’entassa comme il le put, la maison du gouverneur fut bientôt pleine, l’ancien couvent des Récollets aussi et le moindre bâtiment furent réquisitionnés. Les internés se groupèrent par communauté et par affinité mais la promiscuité fit des ravages, paludisme, fièvre typhoïde fauchèrent sans distinction dans toutes les couches de la société.

Les sœurs de la charité de La Rochelle et quelques Saintes Claire se logèrent chez un habitant, entassées, mal nourries, payant un loyer et leur nourriture à des prix exorbitants, ( les retenus de Brouage étaient en effet à leur charge ).

Entre 1792 et 1795 il y eut 563 internés.

Tiers état, 175 hommes et 128 femmes.

Clergé, 74 hommes et 21 femmes.

Nobles, 77 femmes et 88 femmes.

Il y eut 66 mort rien qu’en 1793

Les chiffres sont approximatifs, car les enfants détenus ne furent pas comptabilisés ni les prêtres venus des pontons Rochefortais.

Françoise Renée Fleur termina donc sa vie en ce 9 fructidor an 2 en ayant eu le bonheur d’apprendre la mort du tyran Robespierre.

Ses amies des derniers instants déclarèrent sa mort à Jean Imbaud membre du conseil général le lendemain, elle fut inhumée dans le cimetière à même la terre enroulée dans un simple linceul de drap blanc.

Angélique Cerizier et Marguerite Savouret après leur libération et quelques années d’errance revinrent à La Rochelle en 1809 pour s’installer dans l’ancien couvent des Récollets.

Les religieuses de notre dame de la charité restèrent sur La Rochelle jusqu’en 1988.

  • Rue des trois marteaux actuellement rue Thiers
  • Rue du bourreau actuellement rue bonpland
  • Sur l’emplacement du couvent des sœurs de la charité se trouve l’ancienne maternité de La Rochelle
  • L’ancienne église des récollets est maintenant le temple protestant ( voir le musée )
  • De l’ancien couvent des récollets utilisé par les sœurs après 1809 subsite le cloître que l’on nomme le cloître des dames blanches, ( magnifique et invitant à la méditation ).
  • Les sœurs étaient nommées dames blanches à cause de leur robe immaculée, elles portaient également un grand voile noir qui formait contraste et magnifiait leur silhouette.
  • La citadelle de Brouage est maintenant un haut lieu touristique de la Charente Maritime, mais il y règne une atmosphère particulière où les âmes des persécutés se promènent sur les anciens remparts.
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