ADULTÈRE

femme nue

 

Les choses avaient plutôt bien commencé entre Marie Bedour et Jean Baptiste Rolandeau.

Le mercredi 21 août 1833, les cloches de notre dame de Bellac  sonnèrent à toutes volées pour célébrer les noces de Marie et de Jean Baptiste .

Marie avait 28 ans, petite bonne femme d’1 m 46, les cheveux et les sourcils châtain. Elle n’était point belle mais émanait de ses yeux gris et de son beau sourire un charme qui effaçait la normalité de son visage et la rendait très  attrayante . Sa petite taille ne l’empêchait nullement d’être attirante, une jolie poitrine et une silhouette  bien prise lui avaient  plus d’une fois attiré les regards des hommes. Vêtue de sa belle robe rouge, elle irradiait de bonheur. Son père était chapelier  dans le village, tenant une boutique avec son frère . François Bedour et sa femme Anne Fauvet travaillaient ensemble mais avaient fermé boutique pour l’occasion .

Le marié avait lui aussi fière allure, mince , assez grand, âgé de 31 ans, il était tailleur et demeurait en Charente dans la petite ville d’Alloue. Ses parents étaient décédés .

Les 2 tourtereaux s’étaient connus à la boutique du père où Jean Baptiste venait parfois pour son travail.

Les choses s’étaient faites doucement, une cour discrète, quelques regards appuyés lors d’une fête villageoise, des baisers volés lors d’une noce et une demande officielle de mariage.

Le père Bedour n’avait aucune raison de refuser et les bans furent publiés.

Les témoins du mariés furent un boulanger de 26 ans nommé Chartreau François et un menuisier de 26 ans  Chaduroux.

Ces 2 derniers habitaient Alloue et étaient amis de Jean Baptiste .

Les témoins de Marie furent Jean François Bedour propriétaire et Léonard Bedour boulanger. Ces derniers cousin et frère de Marie.

La noce fut gaie et les convives pour la plupart enivrés .

Marie dansa avec tout le monde mais apprécia surtout la compagnie d’un des témoins de son mari, François le boulanger. Jean Baptiste piètre danseur était ivre et passa la soirée à vider des chopines en évoquant des propos salaces sur la future nuit de noces . Il ne s’inquiéta guère de voir sa femme danser pratiquement toute la nuit avec son témoin.

Marie était vierge et c’est avec appréhension qu’elle suivit son mari dans la couche nuptiale. Sa mère l’avait grossièrement instruite des choses de l’amour, mais enfin à  28 ans, elle n’était pas complétement ignare et n’avait écouté les recommandation matrimoniales que d’une oreille agacée et gênée.

La fameuse nuit de noces tant attendue ne se passa pas de façon  idyllique, Jean François la déflora mais ne lui fit pas connaitre l’amour, passage en force, sans caresse, ni baiser, quelques allers et retour puis le sommeil lourd et pesant de l’ivrogne.

Sa robe n’avait même pas été enlevée, troussée comme une putain . Elle s’essuya comme elle put, du sang avait maculé ses jolis bas. Elle pleura et ne trouva au bout d’une éternité qu’un repos tourmenté.

A l’aube, ils furent réveillés par un joli tintamarre, ils burent au pot de chambre et Jean François conta ses exploits fictifs

La noce terminée, les époux partirent à Alloue, où Jean François possédait une petite maison et avait son travail. Ils firent route commune avec les deux témoins.

Pendant le voyage du retour, une complicité se noua entre Marie et François Charteau.

Ce dernier sans connaitre la cause du problème, avait senti une lourdeur entre les 2 époux.

Le couple s’installa dans son quotidien, Jean François était travailleur, mais n’était guère sobre et la situation n’alla pas en s’améliorant. Dans leur intimité Marie ne connaissait toujours pas le bonheur, leurs rapport sexuels tournaient autour de ceux de Jean François et Marie résolue écartait les cuisses afin que son mari en finisse le plus rapidement possible. Elle trouvait maintenant prétexte pour se refuser le plus souvent à lui. La solution lui vint rapidement car elle se retrouva enceinte.

Le 17 mars 1834, elle mit au monde deux bébés minuscules certainement prématurés et qui ne vécurent qu’une semaine. Elle en fut très éprouvée.

Jean François lui s’en moquait éperdument et plaisantait crûment qu’il allait en refaire d’autres.

Marie répugnait à reprendre ses devoirs conjugaux et résistait à son pressant mari. Elle se languissait et n’avait guère d’ami.

Sauf peut être François le boulanger.

Lui célibataire, elle malheureuse en sa couche, ils se rapprochèrent l’un de l’autre, doucement, subrepticement. Un jour qu’elle livrait un vêtement, confectionné par son mari, François fit route commune avec elle pour livrer du pain. Cheminant dans la campagne ils firent une petite halte. Une envie irrésistible de contact les prit soudain. Leurs lèvres se joignirent et leurs langues se rencontrèrent. Marie n’avait jamais eut un tel élan, elle était troublée. François aurait bien voulu pousser son avantage et marie excitée se serait bien donnée mais une mauvaise conscience les arrêta.

La nuit suivante Marie accepta les avances de son époux, la pensée du baiser de son boulanger l’aida à supporter le pilonnage de Jean François.

Toutes les occasions maintenant furent bonnes pour rencontrer son François . Chaque fois les étreintes se prolongeaient, les caresses succédaient aux baisers.

Jean François percevait un changement mais n’en soupçonnait pas la cause. Il laissait Marie, de plus en plus souvent tranquille. Puis vint enfin l’occasion, ce dernier dut se rendre à Angoulême pour s’approvisionner en tissus, il serait absent plusieurs jours.

Il fut convenu que Marie irait rejoindre François au fournil, l’endroit était désert en cette fin de soirée.

François pour sa belle avait confectionné un matelas de sac de farine . Il la dénuda entièrement, doucement, amoureusement. C’était une première, jamais Marie ne s’était montrée entièrement nue à un homme, même pas à son mari  . Elle en fut profondément troublée. François prit son temps et quand il la pénétra , Marie connut enfin le bonheur charnel. Explosion des sens, désirs inassouvis, les 2 amants recommencèrent encore et encore.

Après cette nuit rien ne fut plus pareil, Marie s’émancipait de son mari et se refusait tout net à lui.

Mais Roméo et Juliette devinrent de moins en moins prudents, ils furent entre aperçus, la population soupçonneuse commençait à jaser. Marie inconsciente revint sur terre quand au lavoir elle fut traitée de catin. Jean François n’entendit ou ne vous voulut pas entendre le mot de cocu proféré à son passage.

Mais les meilleurs choses ont une fin et Jean François rentré un jour prématurément chez lui surprit les 2 amants. Aucune ambiguïté possible, la posture et la nudité des 2 corps ne laissaient place à aucune confusion. Une bagarre s’ensuivit, le voisinage intervint et prit fait et cause pour le cocu.

Heureusement le maire Mr Arlin, homme raisonnable s’il en fut, calma ses administrés avant que Marie ne soit traînée nue dans les rues du village et François roué de coups.  Le maire fit quérir la force publique et les 2 amants sous les quolibets furent conduits par les gendarmes à Confolens.

L’adultère était un délit, passible de sanction pénale allant de 3 mois à 2 ans de prison. L’homme et la femme n’étaient pas égaux devant cette loi. La femme ne pouvait demander une sanction à l’encontre de son mari que si les faits avaient été commis au domicile conjugal.

C’était convenons en, une belle liberté accordée aux époux volages.

En complément de peine, les amants n’avaient pas le droit de se marier ensemble après le divorce.

Il fallut attendre la loi Naquet en 1884 pour que l’adultère soit une cause de divorce et 1904 pour qu’un mariage soit possible entre les amants.

Mais il fallut attendre 1975 ( eh oui, vous avez bien lu ) pour que l’adultère ne soit plus reconnu comme une faute pénale , mais simplement comme une faute civile.

Évidement il n’y avait plus de sanction pénale depuis très longtemps, mais l’évolution des mentalités fut très longue sur ce sujet.

Le juge eut la main lourde ce 22 juillet 1836, 4 mois d’emprisonnement ferme pour complicité d’adultère pour François Charteau et 4 mois ferme pour Marie Bedour.

Ils firent appel, et repassèrent devant le juge le 18 février 1837, la peine fut confirmée, aucune clémence pour cette putain qui avait trompé son mari au domicile conjugal.

Il fallait maintenant en passer par la prison.

Ils arrivèrent tous les deux le 7 mars 1837 à la maison de correction d’Angoulême.

François 1 m 73 portait beau son habit de drap noir et son pantalon de drap gris, un foulard rouge avec des fleurs agrémentait la tenue. Un chapeau recouvrait ses cheveux châtains et des bottes noires lui assurait une prestance que la condamnation avait à peine entamée.

Marie portait une robe en mérinos et un tablier d’indienne de couleur brune avec des fleurs. Ces beau cheveux étaient entièrement couverts d’une coiffe en tulle. Un mouchoir d’indienne noué autour de son cou. Au pied une paire de souliers. Elle était complètement abattue, elle avait conscience qu’elle allait devenir une paria.

Ils firent leurs 4 mois, jour pour jour. Une demande d’élargissement avait été acceptée en juin, mais le non règlement des frais de justice les obligèrent à rester incarcérés jusqu’à la fin.

Leur sortie conjointe se fit le 7 juillet 1837, mais leur amour s’arrêta là, aux yeux de la loi elle restait mariée.

Jean Baptiste vécut séparé de sa femme, Marie, par qui le scandale était arrivé ne pouvait revenir à Alloue. L’opprobre s’était abattue sur elle, elle appartenait légalement à son mari et était mineure au regard du code Napoléonien. Elle était passée de la tutelle du père à celui de son mari. Ce dernier ne voulait plus d’elle, mais les liens légaux restaient. Par cet adultère elle avait transgressé les codes moraux communément admis par la société, c’était impardonnable et personne ne lui pardonna.

L’aventure lui fit connaître son corps mais lui fit perdre son âme.

Même si la lapidation et l’exposition au pilori, n’existaient plus au 19ème siècle en France, les peines de prison   ainsi que les jugements moraux de la société paysanne atteignaient la femme très durement.

Les mœurs ont changé mais l’adultère reste souvent un drame comme la lecture des procès en cour d’assise, en témoigne.

Les mœurs barbares de condamnation de l’adultère perdurent malheureusement dans de nombreux pays;

Nota : Les femmes au 19ème siècle se mettaient rarement nues, la toilette se faisait par petites touches et surtout sur les endroit visibles. Pour l’amour chacun gardait sa chemise, avec parfois des ouvertures aux bons endroits. La nudité complète était pour les prostituées ou les demies mondaines.

Les antagonistes

Marie Bedour : né à Bellac, Haute Vienne le 25 décembre 1805 de François Bedour et Anne Fauvet, dans une famille de chapelier.

Jean Baptiste Rolandeau né à Confolens, Charente le 30 aout  1802 de Michel et de Françoise Rampatoux, dans une famille de Tisserand. Profession de tailleur

François Chartreau né à Alloue, Charente le 03 mars 1807 de François et Elisabeth Ingrant

Que sont ils devenus ?

 

Sources : Registre écrou Maison correction Angoulême

Registre état civil commune Alloue en Charente et Bellac en haute Vienne.

 

 

Advertisements
Cet article a été publié dans Au détour des actes. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s