LA VOLEUSE DE MOUCHOIRS, ( Une peine exemplaire ou les tribunaux du 19ème siècle )

salles lavalette

Salles Lavalette, département de Charente

Encadrée par deux gendarmes, Marie arrive au greffe de la maison de correction d’Angoulême, malgré la cape qui la protège , elle frissonne, il fait terriblement froid ce vendredi 26 janvier 1838.

Elle a les mains entravées sur le devant et avance la tête basse, l’un des pandores la pousse dans un couloir et referme une lourde porte.

Ils sont accueillis par les gardiens de l’endroit. Mr Texier est le gardien en chef, sa femme s’occupe du quartier des femmes. La passation entre les 2 gendarmes et le gardien de la prison se passe sans palabre inutile, le papier signé par le sieur Durand, huissier est parfaitement conforme et bientôt Marie se retrouve seule avec ses geôliers.

– Ton nom.
– Dumont Marie
– Ton age
– Environ 38
– Ton lieu de naissance
– Je suis de Chadurie, mais je suis née à Salles Lavalette
– Ouai tu es donc de Chadurie.
– Le nom de ton père
– François, mais il est mort.
– Ta mère.
– Elle est morte aussi et pour son nom, j’suis pas bien sur.
– Tu faisais quoi.
– J’étais servante
– ouai, mettons sans profession.
– Donc si j’ai bien compris t’es une voleuse.

A ces mots le visage de Marie se couvre de honte, elle se tait.

– Je t’ai causé, t’es une voleuse ou pas.
– Oui
– Oui quoi
– Oui je suis une voleuse.

Marie est effectivement une voleuse et elle s’en repent tous les jours depuis les faits.

– Bon maintenant y faut qu’on te fouille
– Déshabille toi.
La pauvre ne sut que faire, il lui répugnait d’ôter ses habits devant le gardien. Elle avait déjà dû se plier à cette humiliation devant des gendarmes goguenards.

La gardienne lui hurla dessus.

– Tu préfères que je fasse venir des gardiens pour te les enlever.

Marie s’exécuta, elle ôta sa cape, défit sa coiffe de toile, dénoua son mouchoir blanc, retira son tablier de coton bleu à points blancs.
Elle hésita à enlever son juste de drap bleu, mais les Texier s’impatientaient.
Puis vint le tour de sa jupe de droguet grise.
La pauvre petite voleuse se retrouvait en chemise devant ses 2 gardiens.
La gardienne dit à son mari sort de la, tu en as assez vu.
Il s’exécuta.

– Enlève ta chemise.

Marie se retrouva maintenant nue, la gardienne l’observa et sembla se délecter de ce moment de honte.
Au physique, elle était de petite taille, 1,42 m, ses longs cheveux châtain, tombaient sur ses seins et sur ses épaules formant un voile pudique. Ses yeux roux étaient embués de larmes

– Écarte les jambes et penche toi

Marie s’exécuta, exposant son anatomie intime, la gardienne hardiment lui glissa 2 doigts dans le vagin. Elle hurla de douleur et d’indignation.

– Bon tu caches rien , remets ta chemise et prends les vêtements que je te donne.

– Mon mari t’a pas demandé, d’où est ce que tu viens ?
– Du village de Chadurie Madame.

L’histoire de Marie est d’une tristesse absolue, née à Salles sur Lavalette le 1er janvier 1794 d’un père cultivateur nommé François Dumont et de Margueritte Labrousse elle fut placée dès l’age de 14 ans comme servante dans une grosse ferme des environs.

Les années passèrent, ses parents moururent de bonne heure et elle se retrouva orpheline à la merci du premier venu .

chadurie

Chadurie département de Charente

Elle devint l’amante d’un journalier qui l’entraîna sur la commune de Chadurie en 1821. Elle trouva à se placer comme servante chez Jean Vergeraud au village de la Meulière.
Elle s’y trouvait bien même si son journalier  l’avait abandonné pour se marier.
Sa condition ne prêtait guère à ce qu’un homme lui fit une demande en mariage.

Sa vie bascula en 1826 lorsqu’un vieux veuf de 61 ans la pressa de devenir sa femme. Le bougre ne lui était pas étranger car il était beau frère de son patron. L’union se prépara à son insu, elle avait toujours subi et cela continuait.

Son mariage eut lieu avec Jean Perrot le 31 octobre 1826 à Chadurie ( Charente ). Si le vieux pensait trouver une vierge, il fut déçu.

Le statut social de Marie augmenta, de servante, elle passa cultivatrice. Mais les villageois reprouvaient cette union et elle fut mise à l’écart.
Elle s’accoutumait du reste fort bien de cet ostracisme. Les années passèrent, la vigueur de Jean diminuait et le devoir conjugal s’espaçait au plus grand plaisir de Marie.

Un jour qu’elle accompagnait son mari chez un gros fermier du coin elle aperçut dans une armoire entr’ouverte des mouchoirs brodés. Seule dans la pièce elle s’en saisit pour les admirer et les toucher. Elle n’avait jamais rien vu d’aussi beau ni d’aussi doux.
L’entrée inopportune du propriétaire lui fit glisser les mouchoirs dans son corsage.

Deux jours plus tard, sa vie bascula, 2 gendarmes montés venus d’Angoulême vinrent la chercher.
Attachée elle traversa le village sous les regards haineux de la population. Les propriétaires des mouchoirs avaient porter plainte pour leur disparition.

Nul n’intervint pour elle, son mari honteux ne sortait plus.

Elle fut condamnée à 1 an et un jour de prison pour le vol de quelques mouchoirs, la justice pour les pauvres gens en le règne du roi bourgeois Louis Philippe était dure et expéditive.

Elle ne pût se défendre, elle avait bien pris les mouchoirs.

Elle resta 3 mois à la maison d’Angoulême puis fut transférée à la maison centrale de Limoges.
Sa vie fut brisée, son mari l’abandonna et mourut l’année suivante. Son nom ne fut même pas mentionné dans l’acte de décès de son mari.

Elle disparue socialement après avoir purgée sa peine jour pour jour, à cette époque aucune remise de peine pour bonne conduite n’était accordée.
A sa sortie elle revint à Chadurie pour implorer son mari de la reprendre, ce fut en vain car il venait de mourir.
Elle ne pouvait rester dans ce village, pas de famille, pas de travail, 2 solutions s’offraient à elle, le vagabondage et la prostitution. Finalement elle se fixa sur Angoulême où elle se mit à la colle avec un ouvrier qu’elle avait entre aperçu pendant son incarcération.
Nota : Mes sources sont les registres d’écrou des prisons de Charente, une vraie mine d’or, description physique et vestimentaire précises. Véritable reflet de la société pré industrielle, les peines infligées au regard des faits sont d’une lourdeurs terribles. Victor Hugo, dans les  »misérables  » n’a rien inventé ni exagéré.

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