LA BATAILLE DE LA MARNE OU LA GUERRE A FERNAND ( Bataille de Fismes et combat de la ferme Sainte Marie ) . Épisode 3 te Marie )

 

zouaves en tir

Zouaves au combat

Faisons une pause dans le récit, pour bien comprendre les événements qui vont suivre.

Fernand faisait parti à l’entrée en guerre de la 5ème armée du Général Lanrezac qui on s’en souvient se porta en Belgique pour y défendre les débouchés de la Meuse. Ne pouvant contenir les Allemands, il recula et sauva son armée.

Le 29 août, Lanrezac reçoit l’ordre d’engager les armées de Von Kluck et Von Bulow, c’est la bataille de Guise ou de Saint Quentin. C’est une sorte de victoire car le brutal ralentissement de la IIe Armée allemande incite le général von Kluck, commandant de la Ire Armée allemande à repenser son mouvement stratégique. Au lieu de déborder largement à l’ouest de Paris, qui était la trajectoire initiale prévue par le plan schlieffen , il décale son dispositif vers l’est pour recoller à la IIe Armée allemande. Il souhaite ainsi éviter que la 5e Armée Française s’intercale entre lui et le général Karl Von Bulow.

Cette modification sera essentielle au succès de la première bataille de la Marne.

Le 3 septembre 1914, le général Joffre en récompense, démet de ses fonctions le général Lanrezac. Ce limogeage est lié à sa mésentente avec le maréchal French  ( Anglais ) et à ses critiques vis-à-vis des actions du GQG. La valse des Généraux commence

Le général Franchey d’Esperey prend le commandement de la 5ème armée.

 

franchet_esperey4von__kluck

  Les antagonistes

Donc en ce début de la bataille de la Marne

5 ème armée : Général Franchey d’esperey
18ème corps : Général Maud’hui
38ème division : Général Muteau (Remplacé par Colonel Schwartz ), car blessé
75ème brigade : Colonel Vuillemin
1er régiment Zouaves : Lieutenant colonel Heude

Fernand Tramaux : 11ème Bataillon

Les troupes n’ont guère le temps de se requinquer, un nettoyage à grandes eaux dans la cour d’une ferme, sous les yeux ébahis des jeunes paysannes, un changement de linge de corps, un bon repas et la perspective de repartir à l’attaque pour cette fois, en finir.
La brigade ne participe pas aux premiers jours de la bataille de la Marne, elle est en réserve de corps d’armée. Bien évidemment elle n’est jamais loin de la ligne de front , et avance au fur et à mesure du recul Allemand.

Le 7 septembre,le cantonnement est à Maisoncelle, le 8, la troupe s’arrête à Montolivet. La bataille se livre à quelques kilomètres de là dans la Marne vers Vendières et Marchais.
– Nom de dieu quand est ce qu’on y va ?
– Si on veut être chez nous à Noël, faudrait pas qu’on traîne.
– T’ as raison, et p’y moi j’ai mes noces, la Germaine si je rentre pas , elle va s’accoquiner avec un autre.
– T’inquiètes pas tout le monde est au front.
La brigade est rassemblée en formation articulée par régiment, mais aujourd’hui personne ne bouge.

Le lendemain la 75ème est en avant garde à la poursuite des Allemands, les routes et les chemins portent les stigmates de la bataille, les cadavres des hommes et des chevaux n’ont pu être ramassés.
Le spectacle des corps qui gonflent au soleil est insoutenable, mais il y a pire que la vue, une odeur de charogne accompagne les troupes en marche. Certains villages ne sont plus que ruines.

– J’te jure Fernand quand on sera en Bocherie, je bousille tout.
– T’as raison moi aussi et la première Teutonne que j’croise, j’l’a trousse sur place.

Le soir du 9 septembre le régiment traverse Château-Thierry et établit son bivouac aux Chesneaux, la Marne est franchie.
Le lendemain c’est l’ensemble de la 5ème armée qui passe la rivière sous la protection de la 38ème division.
Les Allemands se replient toujours, on avance sur leur trace, la population qui a souffert de la brève occupation Allemande accueille avec bonheur les soldats.

Le 11 septembre le cantonnement se fait à Chéry dans l’Aisne. Les hommes trépignent d’impatience, l’arrière garde Allemande a pris position à Fismes, les officiers affirment qu’on va être engagé.

 

PLACE LAMOTTE FISMES

Position de départ des Zouaves

 

La nuit n’est pas encore dissipée que les zouaves sont en place dans la petite localité, leurs frères d’arme du jour sont ceux du 45ème régiment d’infanterie. Les Allemands au nombre approximatif de 1000 se sont barricadés dans le village. Ils doivent tenir pour faciliter la retraite de l’ensemble de leurs troupes. Une barricade de futaille a été élevée près du passage à niveau, renforcée par un réseau de fil de fer barbelés. Les hauteurs de Fismes sont solidement tenues et des tranchées ont été creusées par des prisonniers Français. La partie risque d’être forte chaude.

Fernand comme les autres, patiente désespérément place de la Motte, ils n’ont guère dormi cette nuit.
Le vent est glacial et la pluie tombe sans discontinuité, heureusement au lever du jour les habitants apportent du pain, du vin et du café chaud.
Malgré le froid la place se transforme en kermesse.
– Alors là on s’y attendait pas.
– Du café, du pain en vla une aubaine, nous qu’on crevait de faim.
– C’est pas nos crevards de cuistots qui s’raient décarcassés comme ça.
– V’la pitaine ça va gueuler.
– Bordel reprenez vos rangs, on va charger.
– Les civils foutez moi le camp.
L’air déterminé du capitaine chasse les braves pourvoyeurs de victuailles, et c’est tant mieux car les obus s’abattent maintenant sur le village. La place est également prise en enfilade par des mitrailleuses. L’attaque est déclenchée, l’élan du 45ème et des Zouaves est irrésistible, la barricade allemande futile obstacle est emportée, le passage à niveau est contourné.

CHAPPELERIE 2

Point de résistance Allemande

Les combats sont violents, les hommes s’écroulent, guérilla urbaine ou chaque pans de mur est défendu avec acharnement. C’est la première fois que les zouaves se battent dans une ville. Les Allemands se réfugient dans une usine de chapeau en bordure de la Vesles, une mitrailleuse mise en action dans un grenier en face de la chapellerie est inopérante. L’artillerie doit être engagée pour détruire ce nid de résistance. La chapellerie finit par être intenable et les Allemands enveloppant leurs blessés dans des couvertures se sauvent par une passerelle. Fernand et sa compagnie les poursuivent jusqu’au petit bois de la chaussée Brunehaut.
– Halte, arrêtez vous, vous êtes coincés
– Ya camarades vous pas tirez , nous nous rendre.
Les vils prussiens lèvent les bras pour se rendre, les zouaves voyant cela sortent du bois.
Les mitrailleurs teutons planqués sur la crête ouvrent le feu et fauchent la colonne Française, Fernand a juste le temps de sauter dans le fossé, ses copains n’ont pas la même veine et succombent à la traîtrise. L’ignominie ne s’arrête pas là, un Zouave prisonnier qui ne veut suivre est massacré à la baïonnette.
Cela demandera vengeance !!!

Le bataillon de Fernand a 21 morts et 52 blessés, le capitaine Bornèque est affligé par tant de perte, mais fier de ses braves soldats.
Fismes est libre de tout ennemi à 15 heures, l’allemand se sauve à toutes jambes.

L’ennemi ne recula pas très loin et s’établit sur un vaste front le long de la rivière Aisne, la guerre de mouvement est presque terminée.

La brigade suit de près les Allemands et est rattachée provisoirement à la 6ème division.

Nous sommes au nord de Reims, le village s’appelle Hermonville, le colonel Vuillemin donne ses ordres.
Départ demain 15 septembre à 2 h 30, autant dire un nuit blanche pour des hommes sur le qui-vive, il fait toujours aussi froid, la pluie pénètre tout.

– Tu vois Fernand, c’est pas bon signe, un vrai temps de Toussaint.

-Si les boches nous crèvent pas, cette saloperie de pluie va le faire
L’aube point à peine, la brume matinale enveloppe le paysage de son ample manteau, les troupes s’ébranlent, zouaves à gauche , tirailleurs à droite, direction la ferme Sainte Marie. Les ennemis les attendent et les laissent se rapprocher.
Soudain les  allemands font pleuvoir un déluge de feu et brisent le silence de cette matinée  pluvieuse, leur artillerie est très efficace, les hommes s’écroulent à tour de rôle, les officiers montrent l’exemple et abreuvent les sillons Champenois de leur sang.
L’infanterie allemande bien retranchée est terriblement efficace, les mitrailleuses sèment la mort.
Par bons successifs les soldats se rapprochent des positions allemandes. Fernand baïonnette au canon se jette dans un trou , rejoint par d’autres, mais il faut bientôt en sortir, courageusement chacun s’élance, le vacarme est assourdissant, sifflement des balles, tac tac des mitrailleuses, explosions des obus, trombes d’eau. A peine sorti de son abri, Fernand ressent une vive douleur à l’épaule droite, il s’écroule tête en avant dans la boue.
La fulgurance de la douleur, lui fait perdre connaissance. Combien de temps reste t’ il inconscient, il n’en a cure, une douce quiétude l’envahie, est il mort ou est il vivant ?

Le dur visage d’un homme en blouse blanche le renseigne.

– Vous avez eu de la chance, la balle vous  a traversé de part en part, votre épaule est presque intacte.
– Où que j’suis ?
– Vous êtes à l’ambulance mon gars, pour vous c’est terminé pour quelques temps.
Fernand se rendort soulagé, il apprendra plus tard que l’attaque de la ferme a échoué, la brigade a été sérieusement étrillée, 4 officiers et 118 hommes sont morts, 14 officiers et 554 hommes sont blessés et 2 officiers et 350 hommes sont disparus.

Fernand est d’abord amené à l’ambulance  n°2, qui s’est installée à la maison communale, examiné par le médecin Major Zemb de son régiment, il est pansé puis devant l’affluence, dirigé immédiatement sur la gare de Fismes.

Chargé sur une charrette avec d’autres malheureux, il s’aperçoit bien vite que certains n’arriveront jamais et reconnait son copain Germain.

–  T’es touché où dit Fernand  ?

– Au bide, j’avais les tripes qui sortaient, y m’ont tout remis dedans.

– Tu souffres.

– Non, le toubib m’a piqué, tu crois que j’va  crever.

– Non mon vieux, t’es solide, Fernand qu’est pas toubib sait bien que son compagnon va y passer, le pansement de Germain est dégoulinant de sang, il est pâle comme la mort et ses yeux sont révulsés.

– Tiens moi la main Fernand, j’ai peur, quand ça s’ra fini t’iras voir ma mère, t’es d’accord.

– T’inquiètes c’est promis, reposes toi.

Germain n’arriva pas vivant  à Fismes, sur place on se serait crus sur un champs de foire, des blessés par milliers en attente d’évacuation.  Fernand attend son tour patiemment, il a mal mais il ne fait pas parti des grands blessés, il peut attendre.

En soirée, on l’autorise à monter dans le train, il  s’installe comme il peut, le train démarre.  Cahoté dans ce tacot, il souffre, ,il appuie  sa tête le long de la vitre et ferme les yeux.  Les râles des mourants  se font plus lointain, il s’endort.

 

 

 

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