LA RETRAITE OU LA GUERRE A FERNAND ( fin août début septembre 1914 ). épisode 2

 

zouaves en reconnaissance

Fernand Tramaux  ( 2ème en partant de la droite )

 

Le lendemain, la brigade se reforme à Sanzée, les corps sont fatigués, les âmes aussi.
L’illusion que tout le monde avait de reconduire les ennemis prestement chez eux se dissout dans les premières défaites. Du plus hauts galonnés d’état major, aux troufions pouilleux de première ligne, chacun pensait que les Allemands allaient à la première escarmouche faire volte face.
Cruelle désillusion, la retraite commence.

– jusqu’où qu’on va aller ?
– T’inquiète le gros Joffre a bien prévu quelque chose.
– On va quand même pas se laisser foutre des coups de Rosalie dans le cul et des – pruneaux dans le dos sans riposter.
– Pour sur le prochain coup on les dérouille les salopards.

Le moral est encore bon et l’esprit revanchard redonne des ailes à ces jeunes soldats, le déplacement du jour les mènent au village de Yves Gomezée, il n’y a pas long mais les Allemands sont très proches et il faut redoubler de vigilance.
La position est retranchée, Fernand et sa compagnie prennent la garde à la ferme de la Botte.
Le relief assez tourmenté est facile à défendre. Proche de l’ennemi le bivouac est rudimentaire, chacun mange sans broncher sa ration de singe, le pinard revigore un peu.
La nuit entrecoupée de veille n’est pas propice au rêve.

Le 24 août à 6 heures la colonne se met en marche, ils ne sont plus seuls sur les routes , la population Belge fuit l’avance Allemande.

Les militaires s’entremêlent aux civils, les femmes poussent des landaus où braillent des marmots, les charrettes tirées par des bœufs ou des chevaux débordent d’objets hétéroclites que les paysans tentent de soustraire à la convoitise des soldats. Les gens sont épuisés, terrorisés, les bruits les plus fou se répandent , toutes les femmes seraient violées, certaines ayant eut les seins coupés. Les hommes seraient sans distinction fusillés et les enfants emmenés en Allemagne.
Le comportement de cette horde apeurée est vindicatif à l’égard des troupes qui reculent.

– Bande de lâches
– Trouillards
– Dégonflés

Les soldats ont l’ordre strict de ne pas répondre, mais Fernand distribuerait bien quelques calottes à toutes ces furies en jupon.

A 11 heures une forte canonnade sème le désordre dans la colonne, les uns se jettent au sol d’autres se mettent à l’abri dans le bois voisin. Les officiers reprennent vite leurs esprits, et gueulent des ordres. La brigade repart, il y a quelques morts et quelques blessés.
Le cantonnement d’alerte se fait à Sivry, la promenade de 35kms s’achève, les hommes couverts de poussière s’écroulent, ivres de fatigue. Mais il faut se ressaisir, installer le bivouac, fourbir ses armes, les corvées de bois pour la roulante, les postes de garde pour se défendre d’une visite inopportune. Le repos est donc éphémère.

Le lendemain, les membres raides, les yeux rougis par le manque de sommeil il faut repartir, reculer encore, les soldats ne sont au courant de rien, » marche ou crève ».
Heureusement l’étape est moins longue 18kms, nous sommes à Sains du Nord, la frontière Belge a été franchie, maintenant on doit défendre la France.

Il fait nuit noire ce 26 août à 3 heures du matin, la troupe s’ébranle

– Ou qu’on va mon adjudant de si bonne heure?
– On n’ a pas de vache à traire pour décaniller si tôt, glousse Daniel.
– La dernière fois qu’on s’est levé à pareille heure on s’est pris une volée dit Fernand.
– La gniole est dégueulasse.
– Houai, elle réveillerait un macchabée .

On sent maintenant l’Allemand très proche, la marche lente est prudente, on se pose un peu au village de Larouillies. Chacun s’active, mais la préoccupation principale est de se remplir l’estomac et se vider les boyaux. A 15 heures on repart et la brigade prend position sur une ligne formée par le bois là-haut et la haie Payenne. Le colon est sur les dents, et les petits chefs courent dans tous les sens, c’est sur ça va tabasser.
Le temps passe, rien n’arrive, pas de soupe, à 21 heures on repart, la pluie dégringole, on marche par des chemins de travers.
Trempés, enveloppés d’une gangue de boue, affamés, des hommes s’écroulent dans des trous d’eau, tout le monde bougonne.
On arrive enfin à destination, 4 heures pour faire 10 bornes, tu parles d’une cadence, le village s’appelle Aumont. Nous sommes dans l’Aisne.

Encore une fois le repas est sommaire, tout le monde est transis de froid à cause des uniformes mouillés.

Le bel habit de nos coloniaux se révèle enfin à sa juste valeur, marcher avec un sarouel gorgé d’eau et une chéchia qui vous dégouline dans le dos en v’la une belle engeance .

On passe l’Oise à Autreppes et on cantonne à Laigny.
Le régiment pense un peu ses plaies, la gamelle est bonne, le pinard est en quantité, la gniole est doublée et on peut même écrire une bafouille à sa famille. Puis de nouveau, le barda sur le dos, cantonnement d’alerte à Monceau le Neuf juste 22kms à se taper , le soleil réchauffe les corps mais pas le cœur.

Le soir ,branle bas de combat, on va enfin combattre, la fatigue disparaît, on se déplace le cœur vaillant sur Parpeville et Pleine Selve. Nuit blanche, les yeux piquent un peu, mais à l’aube les ordres se précisent : attaque sur Ribemont.

Le général Lanrezac le grand patron a reçu l’ordre de contre- attaquer l’armée de Bulow, il s’y emploie dans la bataille que l’on nomme de saint Quentin et de Guise ;

Ce 29 août les tirailleurs et les zouaves se mettent en lignes, l’attaque se développe bien, les troupes progressent, mais là aussi comme au Chatelet les affaires se corsent, une violente canonnade déstabilise la ligne . Rien y fait , la situation est intenable, le reflux se fait encore en désordre. Une véritable hécatombe, Fernand est plusieurs fois soufflé par des explosions, il n’est pas blessé mais son uniforme est maculé du sang des copains.

popotte des zouaves

 

On bivouaque en désordre au sud de Ribemont, on mange froid, l’intendance ne suit plus. A vrai dire on n’a même pas faim, Fernand s’écroule et dort comme une souche jusqu’à son heure de garde.

Pas le temps de se refaire, 5kms au compteur sur le village de Villers le Sec, on se déploie à nouveau.
La ligne est nettement plus clairsemée que la veille, on nous fait serrer les rangs, la guerre Napoléonienne continue. L’attaque est la répétition de celle du 29 août, l’artillerie nous massacre.
Peu importe les pertes, » on attaque » a déclaré Joffre.

 

zouaves en tir

Zouaves au combat

 

Le temps des victoires n’est pas encore venu, retraite sur Renausart et de nouveau un bivouac d’enfer.

Le 31 août, on cantonne à Vivaise, les pertes sont élevées, les hommes ont peine à suivre le rythme.
Le sentiment dominant est que tout le monde va y passer. Heureusement pour l état major, ces hommes durs au mal gardent un moral à toutes épreuves.

Le 1er septembre départ à 3 heures du matin, la marche est dure, plus de 30kms, les zouaves passent l’Aisnes à 23 heures , cela fait 20 heures qu’ils sont partis, encore une fois, on bouffe, on chie , on s’écroule, couchés par terre, résignés, torturés par un mauvais sommeil. Un paysan les informe qu’il se trouve à Chavonne.

– Quoi que j’en ai à foutre de ce bled.
– J’en ai marre, j’veu retourner chez moi.
– Dis, Fernand t’as des totos?
– Ben oui? ça me grouille partout.
– On a une drôle de gueule tu peux me croire.

La galère continue, marche forcée jusqu’à Cierges, 40kms, cette fois le Médecin major pousse une gueulante et alerte le colon sur l’état de sa troupe . Les ordres sont les ordres et on a les Teutons au cul rétorque t’ il .

Le 3 septembre le 18ème corps recule et se place sur Saint Aignan et Monthurel, on ne compte plus les kilomètres. Le lendemain les Allemand sont au contact, la brigade se rassemble à la ferme de la Feuillée.
L’attaque allemande se développe contre la 38ème division à Condé en Brie, les troupes lâchent prise, le désordre est à son comble, avec comme corollaire un nouveau recul.

Les hommes sont de vrais fantômes, maigres, sales, rongés par les poux, les uniformes en lambeaux, la peau tannée par le soleil les font passer pour des orientaux. Ils ne tiennent plus debout, beaucoup visitent l’ambulance, mais inlassablement le major les déclare aptes et les renvoie à leur compagnie. Les hommes doivent nourrir la guerre

On fait halte à Trefols dans la Marne, Fernand comme les autres commencent à reconnaître les fermes où ils ont travaillé, la guerre se rapproche de chez eux.

Mais bientôt l’espoir va renaître, encore une petite marche de 30 bornes le 5 septembre pour s’installer à Saint Brice près de Provins. Fernand est presque chez lui.

Le Général Schwartz remplace le général Mateau au commandement de la 38ème division car ce dernier a été blessé . Le colonel Vuillemin prend la 75ème brigade.

Le 6 septembre, on apprend que l’on va repartir en avant, les cœurs palpitent, on se porte sur Voulton, la division est en réserve de corps du 18ème corps d’armée.

La vengeance se rapproche.

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