LE TUEUR DE PRÊTRES

vue aerienne ile madame

LE TUEUR DE PRÊTRES OU LA VIE DU CAPITAINE LALY

Un vieil homme, grand, encore vigoureux malgré son âge arpente comme tous les jours les quais du port de Saint Martin de ré.
Sa figure est dure, son regard est méchant, il ne répond que très rarement aux saluts, c’est un ancien marin . D’aucun dise qu’il était bon pilote côtier, maintenant retiré il vit chichement de ses quelques rentes.

Quelques vieilles femmes en le croisant se signent, elles ne s’attardent pas, fuient le bonhomme qui habitué, n’a même plus un regard pour elles. Les marins du port soulèvent leur casquette à son passage, un peu déférant. Seuls parfois quelques enfants délurés l’invectivent. Lui n’en n’a cure, il poursuit son chemin.
A la même heure tous les jours, de façon immuable il sort de sa maison ,de la rue du grand four, et va errant poser son regard sur la vaste immensité océane.
Les jeunes ignorent son passé, les vieux se souviennent.

Nous sommes en 2015, un navire à voile comme on n’en n’a plus vu depuis longtemps remonte le fleuve Charente, des milliers de badauds se pressent sur les rives et applaudissent le majestueux bâtiment.
La vieille commune de Rochefort longtemps endormie se réveille enfin sur son siècle.
L’Hermione, navire qui emmena  jadis un jeune noble de France aux Amériques pour porter de l’aide aux insurgents a été reconstitué et effectue sa première sortie.

Il se dirige vers la rade de l’île d’Aix, escorté par des centaines d’embarcations qui lui font fête.

Parmi les milliers de touristes qui se pressent combien connaissent l’histoire du bâtiment nommé les  » Deux Associés  » qui lui aussi remonta le fleuve quelques 221 années plus tôt ?
Sans doute très peu.

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Chaque drame a droit à sa mémoire, mais la multiplicité de ces derniers font que les plus anciens sont recouverts par des récents dont l’ignominie est pire encore.

Rappelons les faits, nous sommes en pleine Révolution Française, le comité de salut public, émanation de la représentation publique, est au pouvoir, la terreur commence et les décrets tombent.
L’un des plus terribles est celui condamnant les prêtres réfractaires à la déportation. Avec l’exécution de cet ordre infâme, commence un génocide identitaire et idéologique comme la France en connut peu.

Venus de toutes les régions de France des prêtres se retrouvèrent à Rochefort en attente de leur déportation.
Le chemin semé d’horreur qui conduisit les prisonniers au port de guerre de Rochefort n’était rien en comparaison à la souffrance qu’ils allèrent devoir endurer, sur ce qu’on l’on appela  les  » pontons  »

Mais les décisions gouvernementales criminelles ne seraient rien sans leurs lâches exécutants et malheureusement à chaque époque, surgissant du néant une foule de vils exécuteurs de basses œuvres exécutent avec zèle et compétence les ordres iniques.

La ville de Rochefort, l’une des plus patriotique de France disait on , n’en manquait pas.
Il fut décidé que les prêtres seraient parqués sur des bateaux pour y être déportés, deux navires négriers  » Les deux Associés  » et le  » Washington  » furent donc affrétés.

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La malchance pour les prisonniers voulut que le commandement des navires tombèrent  entre les mains de deux fervents patriotes qui se muèrent en criminels.

C’est l’histoire de l’un deux que je vais conter.

Jean Baptiste René Laly

Le 22 mars 1794, le citoyen Jean Baptiste René Laly est nommé commandant des  » Les deux Associés  » il est jeune 28 ans, les dents longues comme on dirait maintenant, officier patriote, c’est une brute tant au physique qu’ au comportement, il est grossier, méchant, des sourcils toujours froncés,sur une face bestiale, chez lui l’invective n’est jamais loin.

Il a bonne réputation en tant que marin et connaît par cœur les côtes de la région car il est natif, de l’île de Ré.

Il est né le 27 mai 1765 à la Flotte en Ré et a été baptisé à l’église par le père Girardeau curé de la paroisse. Son père René est tonnelier, issu du village d’Esnande sur le continent, sa mère Marie Thérèse Bureau est d’une famille de Pilotes côtiers, son grand père Henry a même été officier sur les vaisseaux du roi.

Rien d’étonnant donc à ce que cet ilote dans un tel environnement ne devienne marin à son tour.

Le 1er juin 1790, René Laly est reçu pilote côtier par l’Amirauté de La Rochelle.

Il obtient rapidement des commandements sur  »la Moselle » puis sur le  »Marie Guiton  ».

Pouvant justifier de plusieurs années de navigation il devient Enseigne non entretenu sur la chaloupe canonnière la  »Dédaigneuse  ».

Son expérience et son fanatisme révolutionnaire lui firent  obtenir son commandement sur ce beau navire. Une véritable promotion dont il est très fier.

Ce virulent sans culotte n’était pas célibataire, mais marié à une fille de Saint Martin, Marie Magdeleine Rousseau née le 26 avril 1761 et elle aussi fille de marin.

Ils eurent 4 enfants : Étienne René né le 27 mai 1791

Magdeleine Véronique née le 4 juin 1792, décédée le 17 juillet 1845

Marie Anne Rosalie née 3 avril 1798, décédée le 27 septembre  1803

Véronique née le 26 mars 1794 et décédée le 19 janvier 1795

Ces naissances et ces décès eurent lieu à Saint Martin de Ré, la famille de Laly ne suivie donc pas ce dernier à Rochefort. D’ailleurs sur l’acte de naissance de Magdeleine Véronique , il est dit absent car au service de la République.

Notre nouveau capitaine recruta un équipage à son image, tous de purs patriotes. Son second l’enseigne Villecolet surnommé Marius est un jacobin bon teint, brute sanguinaire qui fera régner la terreur. Le chef de la gamelle un Rochelais nommé Cazenave aussi enseigne se charge de faire mourir les ecclésiastiques dont il a la subsistance et de faire ripailler l’équipage du bateau.

Le reste est à l’ avenant, tous de sac et de corde ardents révolutionnaires, pillards, buveurs et voleurs.

Les circonstances du temps les transformeront en complices d’assassinat.

Le 22 avril 1794  » Les deux Associés  » est enfin prêt à recevoir ses pensionnaires, Laly et son état major accueillent une première fournée de 250 prêtres.
Tout de suite le ton de la détention est donné, l’inscription donne lieu à une fouille en règle. Les prêtres sous l’impulsion de Laly vont subir le pillage du peu d’effets qu’ils leurs restaient. Insultes, crachats, propos orduriers, mises à nus, fouilles à corps ignominieuses, rien ne leur sera épargné. Humiliés, affaiblis ils sont enfin jetés dans ce qui sera leur lieu de détention.
D’autres malheureux viendront rejoindre leurs coreligionnaires, ils se retrouveront finalement à  près de 400 dans un entrepont où 40 hommes tenaient à peine.
Les Nazis du 20ème siècle ne firent guère pire que nos marins de Rochefort.

Le bateau enfin prêt avec sa précieuse cargaison fut conduit par Laly à petite journée dans la rade de l’île d’Aix où il attendra un ordre de départ qui ne vint jamais. Le théâtre définitif de cet horreur se dévoilait enfin aux prisonniers.

Imaginons maintenant ce tombeau, noir et puant où 400 personnes encaquées comme des sardines devaient rester 12 heures durant sans pouvoir se mettre debout et devant pour dormir . Pas de paille rien que les dures planches de chêne comme unique literie pour s’accorder un moment de somnolence . A chaque extrémité des baquets servant de lieux d’aisances qui à la moitié de la nuit, plein, déborde un flot d’excréments sur les pauvres placés à proximité. Des gazes méphitiques alourdissent l’atmosphère et font leurs œuvres de mort.
La chaleur est insoutenable et l’odeur en est putride. Les maladies sur un tel terreau se propagent rapidement, gale, typhus, dysenterie, scorbut fauchent maintenant des êtres affaiblis.

Le bon Laly pour lutter contre la vermine décide la fumigation quotidienne de l’entrepont, idée louable en soit si les prisonniers manquant de périr n’étaient obligés de rester dans leur cage pendant l’opération.

Délivrés chaque matin , les bandits noirs montaient sur le pont où entassés à l’avant ils devaient sans pouvoir s’asseoir passer le reste de la journée. Souvent le froid succédait à la chaleur et les chocs thermiques firent de nombreuses victimes. Mouillés par la pluie, ou par les excrément des gardiens, brûlés par le soleil, le pont était l’équivalent de l’entrepont dans l’entreprise de destruction.

Notre brillant capitaine lui, faisait bombance, ivre la plus part du temps il montrait à son équipage la conduite à tenir face aux ennemis de la République.

Bénéficiant d’un pouvoir quasi dictatorial et discrétionnaire Laly et ses commensaux abusèrent lâchement de la mission qui leurs avait été confiée.

Le long martyrologe se poursuivit, les prêtres périssaient à tour de rôle, le capitaine était au mieux de sa forme.

ile madame

 

 

Puis vint des changements politiques, la situation s’améliora lentement pour nos infortunés, ( très lentement ).
En janvier 1795, notre rusé Laly qui ayant récupéré son chargement précédemment débarqué sur l’île Madame se fit plus humain, presque courtois. Métamorphosé et intelligente, la bête sentait que la situation pouvait basculer. Elle bascula en effet et le temps des tyranneaux fut révolu, des comptes devront être rendus.
Laly est maintenant considéré comme un pestiféré, le 14 décembre il est accueilli par des huées à l’église des capucins de Rochefort où se tiennent les assemblées populaires.

Le capitaine apeuré sentant que la fin de son commandement était proche, s’avilit à demander aux prêtres survivants un certificat le dédouanant de sa conduite. Les prêtres miséricordieux lui accordèrent. Le 16 avril 1795 il fut enfin relevé de son commandement et placé sous la surveillance de la municipalité de Saint Martin de Ré.

Le 29 août 1795 une commission l’autorisera à reprendre au  »commerce  »son activité de marin.
Sa peine, le malheureux, fut donc l’interdiction de travailler pour l’état.

Rappelons simplement que sur 827 déportés , seuls 238 survivront. Ce ne fut pas une punition bien terrible.

Laly ne reniera rien et continuera à vivre tranquillement entouré des siens., voulant se persuader sans doute que son attitude fut juste et qu’il n’avait fait qu’obéir aux ordres des représentants en mission.

La tradition orale rapporté par Mr Manseau,  fait état d’une misère, d’un pauvre homme vivant misérablement avec une mauvaise femme et des enfants rachitiques ainsi que d’une rencontre entre un des prêtres déporté et son tortionnaire. Le tueur de prêtres serait même mort à l’hospice assisté d’un aumônier.

La vérité fut-elle aussi noire ?

Certes l’ostracisme de la population fit que la vie de Laly ne suivit pas le cours tranquille d’un officier de la marine et que sa carrière d’officier supérieur s’arrêta nette. Mais il trouva quand même des engagements , ses capacités et l’oubli général des faits firent le reste.

En 1807 il est témoin d’une naissance, il a la profession de maître pilote.

Sa femme décéda le 29 septembre 1811 en son domicile, ce n’est pas Laly qui déclara le décès mais 2 voisins. Sur l’acte le sieur Laly est dit Pilote.

Le 29 janvier 1816, il est témoin de la naissance d’un enfant naturel, est- il le sien ?

Le 23 septembre 1816 il maria sa fille Magdeleine Véronique avec un marin nommé LANGLOIS André, il est toujours Capitaine pilote, les témoins sont des marchands ou des pilotes, aucune trace de misère dans ce monde de marins et d’artisans.

Le couple eut 12 enfants,  (ce sont peut être eux les êtres faméliques de la tradition orale).  Lui marinier et elle blanchisseuse les fins de mois étaient certainement difficiles

En 1823 Laly fut témoin de la naissance de Marie l’une de ses petites filles.

Le 18 février 1836 le tortionnaire décéda à l’hospice Saint honoré assisté de Mr DIERES aumônier de l’hospice.

hospice saint honoré

A t’ il fait acte de contrition dans les bras de ce prêtre, a t’ il regretté un jour sa conduite et sa conscience fut-elle tranquille ?

C’est- il persuadé comme tous ceux de son espèce que sous couvert d’ordres donnés ils pouvaient en toute bonne foi commettre les pires iniquités.

La race humaine a de tout temps engendré des Laly, des Bousquet, des Barbie , des Papon et des Eichmann

 

acte de naissance , page 145  :  http://charente-maritime.fr/archinoe/visu_affiche.php?PHPSID=g0ciie030r8avgovm9mutkttf6¶m=visu&page=1

acte de décès, page 168 : http://charente-maritime.fr/archinoe/visu_affiche.php?PHPSID=g0ciie030r8avgovm9mutkttf6&param=visu&page=1

A lire : Les pontons de Rochefort  de Jacques Herrissay

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3 commentaires pour LE TUEUR DE PRÊTRES

  1. www.genealogie-histoiresdauphine.fr dit :

    Belle façon de raconter ces moments douloureux engendrés par la Révolution.

  2. Martine FLAIRE dit :

    Bonjour Pascal
    Fouras-les-Bains a été également marqué par le massacre des prêtres
    Côté Sud dans le contre-bas du Fort Vauban se trouve la descente des prêtres
    Il y a eu également les Brûlots – Napoléon………
    Louise MICHEL avec la déportation en Calédonie. Nous y sommes allés dec 2007 à mars 2008 chez notre Fille et avons découvert à l’ile des Pins les sépultures de la déportation des Noms y sont inscrits, mais certaines familles n’ont pas encore retrouvés les leurs ignorants ce qui est inscrit sur les tombes ou tout simplement le lieu de leur déportation.
    En ce moment je recherche de la doc sur les chemins de fer français : mon grand-père paternel y travaillé au bureau de la gare de Flamboin comme Facteur de Gare (je suis entrain de rechercher sa qualification et sa catégorie). Il m’emmenait avec lui et je passais en revu les colis et divers paquets à la pesée, enregistrement et vérification : ma vocation de secrétaire s’y est inscrite……. Lorsque dans les années 50 des voyageurs y transitaient encore Pépé sifflait et la locomotive toute vapeur s’ébranlée ; ensuite ce fut exclusivement les marchandises.
    Mes parents étaient divorcés, je demeurais avec ma mère à Fos-sur-Mer et mon Pépé venait me chercher Il partait de Longueville (77) jusqu’à gare de l’Est ensuite Gare de Lyon jusqu’à Fos
    Petite fille émerveillée de voir le paysage défiler à tout allure avec la vapeur de la cheminée de la loco – dans ces allés et retours
    Je pense que la prochaine parution est prête – je surveille, elles sont tellement passionnantes toutes ces histoires ..
    Cordialement
    Martine (lafourasine)

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