L’ENFANT DU GRENADIER

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L’enfant du grenadier

 

Que l’on imagine pas un déplacement de troupes de l’armée Napoléonienne, comme une parade bien ordonnée avec des soldats marchant aux pas, rythmés par des tambours et menés par des beaux officiers rutilants.

Il faut plutôt se mettre en tête, une longue colonne de loques , s’étirant sur plusieurs kilomètres, les pieds en sang et le ventre creux. Couverts d’une épaisse couche de crasse, habités de puces et de poux, fiévreux et maudissant le petit caporal.

Au tableau des soldats qui marchent péniblement s’ajoute la longue queue de chariots divers et variés ou se mêlent le ravitaillement ( dans le meilleur des cas ), les bagages des officiers et les objets hétéroclites provenant du pillage. Il y a aussi une multitude de femmes au statut bien distinct.

Les officielles, vivandières, cantinières et blanchisseuses qui sont répertoriées. Elles portent une médaille réglementaire et sont munies d’une carte de sécurité. En principe il y a 4 blanchisseuses par bataillon et le même nombre de vivandières. Les blanchisseuses autorisées à avoir un cheval de bat s’occupent du linge  »mais pas que  ». Les vivandières avec leurs voitures tirées par deux chevaux fournissent moyennant rétribution, le boire, le manger et la fourniture de petits ustensiles.

Le règlement est strict pour ces non militaires, appels obligatoires, peines de prison et amendes.

Pour éviter la multiplication de ces femmes la dureté s’impose souvent, durant la campagne d’Espagne les femmes en surnombre qui suivaient sans autorisation étaient mises toutes nues, rasées entièrement, passées au cirage et promenées au milieu de la troupe goguenarde et sadique.

Mais suivant les officiers, le règlement était plus au moins contourné et une autre catégorie de femme suivait dans les bagages. Ces dernières assuraient le bonheur de ces militaires sans femme.

Certains soldats se faisaient leur protecteur où leur souteneur comme l’on voudra. Ce n’était pas un bordel ambulant et officiel comme dans les guerres civilisées du futur mais chaque régiment avait ses habituées. Là aussi, les officiers généraux poussaient de temps en temps des colères et en faisaient tondre quelques unes. Les conditions d’hygiène déplorables faisaient que ces femmes étaient un vecteur de transmission importantes de maladies vénériennes qui mettaient au tapis bon nombre de soldat.

A ces professionnelles , on pouvait ajouter les propres femmes de soldats et surtout d’officiers. Elles suivaient avec leurs enfants au rythme des déplacements et surtout des retraites.

A quelle catégorie appartenait Dorothée BÉLENGÉ, infortunée qui abandonna son enfant un triste jour de mars 1814 dans une pauvre ville Champenoise ?

Difficile à dire

Le 23 mars 1814, le sieur DAGONET Claude, et le secrétaire de mairie Jean Baptiste HENNE déclare le décès ce jour de Louis Nicolas MOUROUX âgé d’un an. Ce dernier est mort chez le dit DAGONET jardinier de son état dans sa maison sise rue d’en haut à Montmirail.

Que sait on de cet enfant ?

Tout d’abord on connaît les parents, le père est soldat, grenadier au 88ème régiment de ligne et se nomme Michel MOUROU ( X ), sa mère se nomme Dorothée BÉLENGÉ.

Le soldat dont j’ai retrouvé l’acte de naissance est né à Bussy Saint George en Seine et Marne le 18 octobre 1783, d’Antoine et de Marguerite MARGUILLIER.

Il a donc 31 ans, je n’ai aucun renseignement sur la mère de l’enfant. J’ignore également si ils étaient mariés, l’acte de décès de l’enfant est muet sur ce sujet.

Le petit Louis Nicolas est né quand à lui en Espagne dans le village de Pedro Bernardo en Castille à une centaine de kilomètres de Madrid le 7 mars 1813.

A peine né l’enfant a dû suivre la longue cohorte des fuyards abandonnant l’Espagne à la suite du roi Joseph.

Longue fuite jusqu’au pays Basque où bêtement le roi offrit la bataille de Vitoria à WELLINGTON et la victoire sur un plateau. Le 88ème de ligne de la brigade du général MORGAN faisant parti de la 1er division du Général LEVAL armée du Midi sous le commandement de GAZAN DE LA PEYRIERE. La bataille fut une belle catastrophe, les soldats se sauvèrent comme ils purent à l’issu de combats meurtriers, tout fut abandonné, le convoi amenant les bagages, l’artillerie, les civils.

Chacun ne dut son salut qu’au pillage dont se livrèrent les troupes Anglaises et Espagnoles.
On peut imaginer Dorothée avec son nourrisson fuyant en abandonnant tout ses biens. Par bonheur pour elle, elle ne tomba pas aux mains des Espagnols et put se  protéger au milieu de quelques troupes qui ne s’étaient pas débandées, et regagner la France. Elle retrouva son Grenadier qui lui aussi n’avait pas trop souffert.

Le bataillon de Michel MOUROU fut rappelé pour la campagne de Saxe et participa à la campagne de France. Dorothée suivit le bataillon jusqu’au jour de la bataille de Montmirail le 11 février 1814, mais son bébé atteint de fièvre, brinquebalé depuis un an dans des conditions épouvantables fut laissé à la charge de Mr DAGONNET. Il mourut le 27 mars à midi, sans que ses parents puissent en être prévenus car repartis sur les routes.

Le couple a t’ il survécu à la campagne de France et a t’ il fait souche quelque part ?

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