UNE SINISTRE HISTOIRE DE VIOL 1797 DANS UN VILLAGE DE L’AISNE

MARIGNY EN ORXOIS

MARIGNY EN ORXOIS

L’AFFAIRE

MARIE THÉRÈSE LE ROY

En généalogie il y a des branches qui vous donnent du fil à retordre, des branches que l’on remonte facilement et d’autres qui malheureusement restent hors de portée. La filiation paternelle de mon aïeul Nicolas Hubert LEROY est de cette nature.

Nicolas est issu d’un fait divers, il en fut certainement très marqué et son enfance comme la vie de sa mère n’a certainement pas été très facile.

Je vais donc vous narrer l’histoire d’une femme qui comme des milliers d’autres, eut à subir le pire des outrages et qui fut obligée malgré tout de vivre avec son traumatisme.

Les faits remontent au mois de décembre 1797 dans un village de l’Aisne , mais pourraient se passer partout et maintenant . Le viol est universel et intemporel.
Les faits sont cités dans l’acte de naissance de Nicolas Hubert, ils sont laconiques et se résument à 2 mots  » violée et force », la narration tournera donc autour des ces informations lacunaires.

Marigny en Orxois canton de Gandelu département de l’Aisne

vieille de noël 1797

Marie Thérèse cheminait sur le petit sentier, elle s’éloignait du hameau La voye du Chatel où elle demeurait pour se rentre au centre du village de Marigny en Orxois. A l’instar des directeurs parisiens qui se croyaient roi, Marie Thérèse se sentait la reine du village, à 30 ans elle allait enfin se marier. Déjà un âge avancé, mais elle n’en avait cure , la révolution, la conscription avait perturbé l’ordre des choses et aucun prétendant ne s’était présenté. Elle se rattraperait, ferait de beaux enfants, jouirait d’un bonheur simple. Pour l’heure elle vivait donc chez sa sœur Victoire et son beau frère Pierre GALLET. Son père était mort le 27 mars 1797, le couple l’avait  accueilli. Pierre GALLET était berger, comme le père de Marie Thérèse et l’ensemble de ses aïeux. Tout le monde était gentil avec elle, mais la promiscuité lui pesait et elle se sentait de trop à certains moments. Bientôt, elle ferait table rase et s’installerait à l’autre bout du village au hameau  » écoute-s’il-pleut  » avec le journalier qui lui faisait des avances depuis plusieurs mois.

A proximité du bois Jolis elle aperçut 2 cavaliers qui avaient posé pieds à terre. La présence des 2 soldats n’inquiéta guère Marie Thérèse, ces 2 messieurs remontaient sûrement à l’armée de Mayence nouvellement créée sur ordre du Directoire.

En se rapprochant elle vit que l’uniforme des 2 hommes étaient celui de hussard, elle aimait ces uniformes chamarrés et aurait bien aimé qu’un militaire lui conte fleurette. C’est sur cette pensée qu’elle passa devant eux en les saluant. Le plus âgé des 2 dut se méprendre sur l’air affable de Marie Thérèse et lui demanda un baiser. Elle le rabroua gentiment, il insista et lui bloqua le passage.

Marie Thérèse commençait à ne pas être tranquille, personne sur le chemin, elle était seule avec les 2 hommes. Le deuxième soldat se mêlait maintenant à l’affaire et empêchait toute fuite vers l’arrière.
L’homme lui dit puisque tu ne veux rien donner nous allons nous servir.
Le calvaire commença, l’un la ceintura l’autre lui retroussa sa robe et la toucha, elle tenta de se débattre, mais se retrouva bientôt au sol. Les 2 soldats lui ôtèrent de force tout ses vêtements. Aucun homme ne l’avait vu nue, la honte l’envahie, terrifiée elle ne bougeait plus et aucun son ne franchissait ses lèvres closes. Les 2 soudards forcèrent la barrière virginale à tour de rôle. Le jeu criminel se prolongea et les hussards voulurent forcer une autre barrière. Allongée sur le ventre, souillée, humiliée, elle attendait soumise, vaincue une autre souffrance. Mais les 2 criminels ,que le courage n’étouffait pas, entendirent un groupe de paysans qui remontait le chemin avec une charretée de bois. Ils décampèrent aussitôt. Marie Thérèse rassembla le peu d’esprit qui lui restait et se rhabilla rapidement ne voulant pas exposer sa nudité et son humiliation , aux paysans du village. Elle se cacha pendant quelques instants et ne sortit des fourrés que lorsqu’elle fut sûre d’être enfin seule.

Quelle conduite tenir à présent ?
Se taire et garder pour soit le terrible secret, où bien tout révéler….

Elle choisit le silence, le viol restait dans le domaine de l’impudeur et non dans celui de la violence .Qui pourrait croire une pauvre paysanne face aux dénégations de 2 défenseurs de la nation ?
Sa vie ne valait rien, elle ne serait pas crue, sa réputation ne s’en remettrait pas et les hommes ne la regarderaient plus qu’avec un regard concupiscent, les femmes la mettraient en quarantaine et la traiteraient d’aguicheuse où de putain.

Elle fit donc comme si de rien n’était et tenta de reprendre le cours de sa vie.

Mais le fruit du mal germait en elle et elle n’eut plus ses menstrues.Elle remarqua que ses seins prenaient du volume et quelques nausées la génèrent dans son travail à la ferme.

Sa sœur Victoire qui avait déjà enfanté , se rendit bien compte des transformations physiques de sa sœur.

Elle força donc Marie Thérèse à avouer en présence de son mari Pierre, la pauvre dut tout raconter et ressentit une nouvelle humiliation à révéler son terrible secret. Il était déjà trop tard pour faire passer l’enfant, les herbes abortives, thym , persil et armoise ne servirent à rien, le labeur décuplé et la compression du ventre non plus. Il fallait se résoudre, la nouvelle parcourue le village et évidement le mariage fut rompu, personne ne prendrait une femme avec un petit bâtard.

C’est à peine si on la croyait, Pierre GALLET voulait la chasser mais Victoire tint bon et accompagna sa sœur dans son épreuve.

Le 12 messidor elle se rendit au greffe de la mairie pour déclarer sa grossesse et l’arrivée  d’un enfant naturel, c’était une obligation depuis le règne d’Henri II, pour contrer les infanticides.

Marie Thérèse raconta son histoire au maire Denis PETIT et à un agent municipal Louis LE ROY, un sien cousin éloigné.

Il s’avéra que d’autres paysannes de la région avaient subit le même sort et le récit de Marie Thérèse fut avalisé par les 2 agents.
L a déclaration fut enregistrée au registre du greffe de Château Thierry le 23 Messidor.
Évidement il n’y ‘eut pas d’enquête et les deux coupables purent sans difficulté rejoindre leur unité en égrainant un chapelet d’atrocité.
Il y eut des faits similaires  dans la région qui ne changèrent rien au problème.
L’époque était troublée, les routes peu sures et l’homme du renouveau vainqueur des Autrichiens se montrait  pour l’heure à l’institut en pensant à d’autres lauriers.

Le vide se fit donc autour d’elle, à l’église personne ne s’asseyait à coté d’elle et au lavoir le silence se faisait à la moindre de ses apparitions. Dans la ferme où elle servait, il s’en fut de peu qu’elle ne fut chassée et ne dut son salut qu’à l’intervention de la femme du fermier qui était un peu en avance sur son temps.

Le 3ème jour complémentaire an 6, dans la soirée, les douleurs commencèrent, Victoire aidée de sa voisine Thérèse VERNIOT prit les choses en main, elle envoya son mari quérir l’accoucheuse du village. Cela ne se fit pas sans difficulté, car la vieille Marie Marguerite LOLLIOT ne voulait pas accoucher une traînée. Pierre fit intervenir le maire du village qui habitait pas loin pour que la matrone consente à se déplacer.
Marie Thérèse était de bonne constitution et malgré que ce fut son premier, l’accouchement fut rapide et à 2 heures du matin un garçon prénommé Nicolas Hubert vit le jour.

Mon ancêtre devint militaire , domestique d’un noble puis garde particulier, il se maria avec une jeune Belge de la ville de Mons.

Quand à Marie Thérèse Leroy sa vie ne ressembla plus guère à celle d’une paysanne normale car elle eut 3 autres enfants naturels ce qui n’était pas , il faut bien en convenir, la norme de l’époque .
Mais nous en reparlerons dans une autre histoire

 

POUR SE REPÉRER
Génération 1
1 – Pascal TRAMAUX 1961
Génération 2
2 – Daniel TRAMAUX 1924
Génération 3
5 – Fernande Iréne RUFFIER 1893-1938
Génération 4
11 – Adrienne Aimée HAUTREAUT 1853-
Génération 5
23 – Léopoldine LEROY 1828-1890
Génération 6
46 – Nicolas Hubert LEROY 1798-1879

 

naissance nicolas leroy.png 2 (2)

naissance nicolas leroy (2)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Un commentaire pour UNE SINISTRE HISTOIRE DE VIOL 1797 DANS UN VILLAGE DE L’AISNE

  1. laroche morel dit :

    merci de nous avoir conté l’histoire de votre ancêtre

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