CHRONIQUE 11 – SUITE DU TEMPS DES HÉROS – DANIEL MON PÈRE

 

DANIEL

Daniel aidait comme il pouvait et soulageait le foyer en se faisant nourrir le jeudi chez ses grands parents.
Cela avait comme prix le labourage du jardin et la coupe du bois.
Daniel était un bon élève et si la conjoncture avait été autre il aurait pu faire un peu d’étude, mais à quoi bon, à 14 ans il fut placé en apprentissage chez un menuisier, Monsieur LEGOUGE.
Il n’y resta guère car en 1939, le monde trembla de nouveau.
Le chancelier du Reich, Adolf Hitler avait décidé d’envahir la Pologne. Après la Tchécoslovaquie, l’Autriche et le couloir de Dantzig cela faisaiT beaucoup.
L’Angleterre et la France déclarèrent la guerre à l’Allemagne.
Une nouvelle guerre mondiale, en France ce n’était pas l’euphorie, on mobilisa, les hommes montèrent au front à l’abri de la ligne Maginot. La Belgique était neutre, nous étions tranquilles, les Allemand ne passeraient pas .
Mais Hitler ne s’occupa nullement de la neutralité de la Belgique et l’envahit promptement. Nos soldats bedonnants et gorgés de pinard ne s’attendaient nullement à recevoir de plein fouet cette armée de sportifs surentrainés. Le résultat ne se fit pas attendre, les boches entrèrent une nouvelle fois en France, tout s’effondra, l’armée, le gouvernement et la population.
Un vaste exode se déclencha et des flots de militaires et de civils se trouvèrent emmêlés sur les routes en direction du sud.
Mon père se retrouva avec son père et ses sœurs, à fuir comme tout le monde.
Fernand travaillait à la ferme de la Psauve et ce fut en compagnie des employés de la ferme juchés sur des tombereaux et des charrettes qu’ils prirent la route. Ce fut un calvaire, Fernand et ses 5 enfants marchaient au rythme des chevaux, la route était encombrée, des milliers de personnes avec leurs bagages fuyaient l’avance ennemie. On voyait de tout, des automobiles, des camions, des charrettes, des vélos, des landaus et des brouettes qui portaient les enfants, les vieux, les victuailles et les souvenirs.
La progression était bloquée par de fréquents bombardements car les avions allemands en piquée, prenaient pour cible les convois de soldats qui empruntaient dans la même confusion que les civils la route du sud.
Fernand et les siens se jetèrent plusieurs fois dans les fossés, les sirènes des stukas provoquaient la terreur et le bruit des impacts des balles de mitrailleuses qui fouettaient le sol, rependaient la panique dans cet immense convoi. Partout les mêmes cris, les mères qui cherchaient leurs enfants, les enfants terrifiés qui se jetaient au sol en hurlant, les cris de désespoir, lorsqu’un proche ne se relevait pas. Tout cela pour rien

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PONT DE MONTEREAU

Ils arrivèrent à Montereau complètement épuisés après une journée de marche. Mais cette ville était un carrefour stratégique et fut bombardée le soir de l’arrivée des réfugiés de Nangis. Le pont sur la Seine fut détruit, impossible de passer. Un vacher de la Psauve nommé PERSONATA fut tué devant les yeux des enfants. Fernand et les autres ouvriers agricoles cherchèrent et trouvèrent un passeur qui sur une barque faisait la Noria entre les deux rives. Il fallut abandonné toutes les charrettes avec leurs contenus.
Daniel se fit piquer son beau vélo de course, il en eut le cœur gros car c’était un cadeau de sa mère pour son certificat d’étude.
Chacun se retrouva sur l’autre rive ou le ventre vide ils tentèrent dans une grange de trouver le sommeil. Fernand essaya de trouver à manger en vain et Daniel resta à surveiller ses petites sœurs.
Après une nuit sans sommeil il fallut reprendre la route, la faim tenaillait le groupe, ils allèrent à Montargis à plus de 50 kilomètres de Montereau,et mirent plus de 20 heures.
Dans cette dernière localité où il restèrent 2 jours, ils apprirent que le Maréchal Pétain nouveau chef du gouvernement avait signé l’armistice et que les Allemands arrivaient dans les parages de Montargis.
La situation sanitaire des réfugiés était problématique, les ventres criaient famine et la soupe de pattes de poulet que confectionna une paysanne du groupe n’y fit rien.
A l’unanimité ils décidèrent de rentrer et le long calvaire du retour commença, 75 kilomètres.
Pour être juste, il faut signaler qu’il y eut bien des actions d’éclat dans l’armée et la campagne de 1940 fit 100 000 morts, mais nous étions bel et bien vaincu.
A l’arrivée à Nangis les Allemands s’y étaient installés, ils y restèrent 4 ans.
Charles et Léonie avaient quand à eux poussé jusqu’à Gien avec les ouvriers de la sucrerie ou travaillaient Robert leur dernier fils.
Nangis se retrouvait en zone occupée et il fallut bien s’accommoder de la présence Allemande.
Fernand continua son travail dans les fermes, mais voyait rouge à chaque rencontre avec les Fridolins.
Daniel s’était fait embaucher malgré son jeune âge à la sucrerie pour y continuer son apprentissage de menuisier.
Son grand père déjà âgé y travaillait aussi pendant les fabriques, il envoyait Daniel chercher du pinard au bar du Tacot qui se trouvait à coté de l’usine. Il n’avait comme cela aucun compte à rendre à sa femme et pouvait boire un coup sans se faire engueuler.
La jeunesse gardait ses droits et mon père Daniel rencontra une superbe jeune fille de Rampillon . Il en tomba éperdument amoureux ce qui lui valut le désagrément de manquer le couvre feu et d’avoir des ennuis avec les Allemands. Son père mort d’inquiétude avait dû aller le récupérer au poste ou il s’en tira avec une bonne engueulade.
Une autre fois un bras d’honneur à un barrage avait failli lui valoir des ennuis encore plus sérieux.
Malgré l’occupation des milliers d’histoires d’amour se nouèrent, la nature gardait ses droits.
Puis, comme toute chose arrive enfin la France et Nangis furent libérés.
Les américains entrèrent dans la ville le 26 aout 1944, ce fut la liesse.
Des excès furent évidement commis, règlements de compte, femmes battues et tondues et délations diverses.
Mon père décida de s’engager dans un régiment de troupes coloniales.
Il se rendit à Melun et fut incorporé au 6 ème régiment d’infanterie coloniale. Les nouveaux soldats se virent vêtus des défroques Allemandes que l’on avaient teints à la hâte, il n’y avait pas d’arme et la semaine qu’il passa au dépôt fut une semaine de désœuvrement. Ils partirent enfin rejoindre la 9 ème division infanterie coloniale dans les Vosges. Le front de cette dernière s’étendait des Vosges à la Suisse. Le commandement décida de procéder au blanchiment des unités, en effet les troupes coloniales étaient composées de tirailleurs sénégalais et le froid qui commençait à venir était un handicap majeur pour ces soldats d’élite. On incorpora pour les remplacer les jeunes engagés volontaires dont faisait parti Daniel. Les nouvelles recrues n’avaient évidement pas la même valeur guerrière que nos africains aguerris, il fallut donc les instruire au gré des circonstances.
Les occasions de former les nouveaux ne manquaient pas, opérations locales, duels d’artillerie, patrouilles, tirs de harcèlement. Mon père pour sa débrouillardise fut nommé agent de liaison et fut doté d’un fusil américain USM 1917 et d’une radio modèle 536. Il eut l’occasion bientôt de se voir attribuer une carabine semi automatique calibre 30, munition courte surnommée « trente courte ».
Daniel rejoignit le front dans la région d’Anteuil, les derniers soldats noirs se retirèrent, toutes les compagnies furent blanchies et les nouveaux furent repartis dans les diverses compagnies. Les anciens de l’ile d’Elbe et de la bataille de Toulon les prirent en mains. Ils continuèrent leurs instructions, tirs, simulations d’attaques, manipulations d’armes et vie militaire.
Les troupes étaient logées chez l’habitant, chacun se débrouillait  et luttait contre le froid et l’ennui
Mais l’occasion d’une vraie bataille arriva pour le 6 ème RIC, le 13 novembre, la compagnie de Daniel fut désignée pour faire sauter le verrou de Vermondans et Ecot dans le cadre de l’offensive de la trouée de Belfort.
Les hommes montèrent dans les camions qui les transportèrent sur le lieu de l’attaque. Il faisait froid, les hommes étaient transis et inquiets à l’arrière des Dodges ,juste protégés par la bâches des camions, peu d’entre eux parlaient.
Ils n’avaient pas loin à aller, 15 kilomètres, ils descendirent et attendirent les ordres. Les soldats mangèrent sur le pouce et fumèrent cigarette sur cigarette, Vermondans était cernée de toutes parts.
Les alentours étaient connus des soldats qui y avaient patrouillé très souvent et, chacun se rassurait car on disait que les troupes Allemandes étaient composées d’Alsacos ,nullement motivés et de moindre valeur combative. Malheureusement, ils eurent à déchanter.
Il fallut enfin y aller, la compagnie emprunta le chemin forestier qui la conduisit de Vermondans à la ferme de la combe d’hyans où fut donné vers midi l’ordre de l’attaque.
Les soldats progressèrent à travers bois, une partie de la compagnie fut décimée par un champs de mine.
Chaque section gagna sa place et attendit, la nuit vint, longue et difficile, il pleuvait un crachin gelé qui pénétrait les hommes. Impossible de dormir, ni de bouger, la hantise des mines et des tirs sporadiques des MG Allemandes faisait que tous se terraient. Les hommes faisaient leurs besoins naturels là ou ils se trouvaient.
A l’aube survint le bombardement des positions Allemandes, prélude à l’offensive générale. Puis ce fut la ruée sur le village, les maisons furent prises une par une, les pertes très élevées.
Daniel agent de liaison passait d’une section à une autre pour apporter les ordres. Malgré le bombardement préalable à l’attaque les soi- disant mauvais soldats Allemands se défendaient comme des diables. Mais enfin le village fut déblayé des derniers défenseurs teutons.
Retour sur les cantonnements d’Anteuil où Daniel et son bataillon restèrent jusqu’au 22 novembre.
Le 22 novembre la ville de Belfort fut libérée, les blindés avaient crevé l’abcès de Belfort.
Tout le monde fut chargé dans des GMC de l’armée Américaine et commença alors une longue route. Des traces de la bataille étaient partout présentes, des carcasses de véhicules entremêlées, Panthers ,Tigres, Shermans, Destroyers, auto mitrailleuses et canons anti-chars gisaient là éventrées, calcinées, témoins d’une lutte acharnée.
Ils arrivèrent enfin et furent déployés à proximité du village de Bartenheim.
L’ensemble des compagnies fut réparti dans des anciens blockhaus de la ligne Maginot. Le cantonnement n’était pas fameux, les blocs de béton humides et suintants ouverts en plein vent ne se prêtaient guère à un logement prolongé. Il fallut faire avec et chacun se trouva de la paille, une maison abandonnée, une gare et fit le nécessaire pour améliorer son ordinaire.
La position de la division formait comme une poche en Haute Alsace .
Mulhouse était tenue difficilement et la rive du Rhin n’était pas entièrement occupée, il existait une grosse poche Allemande .
Le but de la division était d’empêcher la retraite des Allemands vers le nord.
Les troupes Allemandes devaient qu’en à elles éviter l’encerclement et, attaquaient sans cesse les lignes de communications.
Les consignes étaient pour les hommes de faire attention au ravitaillement et tenter de vivre sur le pays, tant que la situation ne s’était pas éclaircie.
La compagnie de Daniel s’installa le long de la voie ferrée conduisant à Mulhouse. Des trous furent creusés ,protégés par le ballast.
Les animaux des fermes environnantes firent les frais de l’isolement des soldats et vinrent améliorer l’ordinaire. Cela changeait des rations de beans.
Le 10 décembre la compagnie fut désignée pour faire sauter le verrou du village de Loechle, ce fut un rude combat où les maisons furent réduites les unes après les autres. Les Allemands avaient transformé ce petit village en réduit fortement armé.
Après ce succès les troupes revinrent à Bartenheim et se refirent une petite santé en fêtant la victoire.
La compagnie se déplaça à Brinckheim petit hameau à 2 kilomètres de Bartemheim. La compagnie fut placée en alerte et 2 jours après ,transportée à petit Landan pour y relever une compagnie.
Puis ce fut le transport le 27 décembre sur Mulhouse, il neigeait abondamment. La division alla prendre part à la bataille de la poche de Colmar. C’était un très gros réduit Allemand adossé au Rhin avec pour centre Colmar qui passait devant Mulhouse, filait jusqu’à Thann, suivait la crête des Vosges à hauteur de Colmar et allait retrouver le Rhin vers Strasbourg en passant par Selestat, Benfeld et Erstein. La compagnie débarqua devant la maison mère des Potasses d’Alsace rue des faubourg d’Altkirch. Il faisait un froid polaire et la neige continuait de tomber en abondance. La cité industrielle était détruite, la population avait été évacuée. La compagnie s’installa près de la gare, heureusement le combustible ne manquait pas et Daniel et ses compagnons purent se réchauffer auprès d’énormes braseros.
Bien évidement les Allemands bombardaient copieusement avec des obus de gros calibres faisant ça et là des victimes.
Le 30 décembre la compagnie fut réunie pour une cérémonie de remise de citations pour les actes de bravoure de la bataille de Toulon.
La zone était mise en état de défense et le haut commandement attendait une issue à la contre offensive des Allemands dans les Ardennes.
Justement, cette dernière début janvier s’essoufflait, par contre dans le secteur de Strasbourg la situation était assez préoccupante.
Dans le secteur du 6 ème RIC la situation stagnait sauf sur l’ile Napoléon qui subit un immense bombardement, prélude à une contre attaque Allemande.
La compagnie fut donc transportée pour renforcer le secteur.
Pour une fois la compagnie n’intervint pas, les 3 compagnies SS avaient été repoussées avec brio par le reste du bataillon. Retour au petit jour dans les cantonnements où la compagnie repris le train- train des entrainements et des gardes.
La zone de tir se trouvait à Didenheim sur le bord de la ville.
Puis un jour direction Dornach, sur le site d’une usine désaffectée nommée la  » mer rouge  ». Le site était préalablement occupé par les troupes ennemies et Daniel profita comme les autres des stocks d’aliments abandonnés, notamment des boites de charcuterie dont les soldats firent une orgie. La compagnie ne resta guère à cet endroit mais se déplaça à Niedermorschweiller dans une autre usine, beaucoup moins accueillante.
La garde se fit avec relève toutes les heures tant la présence des Allemands était rapprochée. Le français débrouillard par nature ne dérogea pas à la règle et un soldat de la compagnie trouva des stocks de paraffine qui servirent à éclairer une grande partie du bataillon. Le secteur de Lutterbach fut assigné à la compagnie, dont la tête de pont du tunnel de Lutterbach. Daniel et sa section étaient heureusement dans un autre secteur car ce dernier était particulièrement exposé.
Le 20 Janvier débuta la grande offensive du premier corps sur l’ensemble de son front, du Rhin aux Vosges.
La compagnie reprit la route de Dornach puis de Mulhouse où un cantonnement dans une école fut apprécié de tous car les soldats purent se laver et se raser et, luxe suprême dormir toute une nuit. Évidemment tout le monde savait que ce divertissement était le prélude à un grand Beans.
Le lendemain les camions les embarquèrent à Bourgzviller, la nuit était très froide et les soldats débarqués en vitesse apprirent qu’ils allaient attaquer à Illzach puis à Kingersheim.

 

kingersheim (2)

VILLAGE DE KINGERSHEIM

Les Allemands qui avaient contre attaqué et avaient été repoussés la veille, s’accrochaient encore sur le site de la cité Kuhlmann.
A 20 h 30 en colonne par un la compagnie s’ébranla et entra dans Illzach, le village portait les traces des combats de la veille, maisons éventrées, corps déchiquetés, et matériels Allemand abandonnés .
La nuit fut longue dans le village abandonné, interdiction de faire du feu seules les cigarettes vinrent tromper l’anxiété et la peur. Le silence effrayant était souvent rompu par les bruits stridents des Nebelwerfer que les troupes appelèrent les Six coups où les Vaches ( pour le beuglement ). C’était la version Allemande des orgues de Staline. Ils tombèrent par 6 dans un bruit effrayant et terrorisèrent même les plus courageux. C’était donc accompagnée de ce doux bruit et par une température de moins 10° que la compagnie attendait de monter à l’assaut de la cité Kulhmann à Kingersheim.
Le soleil était levé, le brouillard flottait sur les lignes allemandes, le bataillon soit 800 hommes attaqua. Déployés, les hommes se ruèrent sur leur objectif, cité Anna, cité Kulhmann, village de Kingersheim. La compagnie de Daniel devait se rendre maitre du cimetière. Les pertes furent énormes, le carrefour dit de » la mort » emporta un grand nombre de gamins. Le bombardement était intense, les Allemand se défendaient avec opiniâtreté. Petit Stalingrad ,le combat se poursuivit dans les rues, chaque maison était défendue, les morts des 2 camps jonchaient les murs et les blessés râlaient en attendant les secours. Le village était aux mains des français mais la position guère assurée.
La nuit se passa sous le bombardement des 6 coups, des 88 et des minens. Les heures passèrent et le village ressemblait de plus en plus à une ruine géante, pas une maison avec son toit ,ni un pan de mur épargné. En cours de journée des GMC apportèrent des centaines de coupons de rayonne blanche saisies dans les filatures de Mulhouse. Les soldats allaient pouvoir se confectionner un habit blanc de fortune, un rectangle découpé un trou pour la tête. Cet accoutrement permit de progresser en étant moins visible, c était du rafistolage. Malheureusement cela servit de linceul à beaucoup d’homme car la réduction de Kingersheim était délicate
D’après les anciens du régiment ,la bataille de Toulon, était presque de la rigolade par rapport à la poche de Colmar. Les soldats de part le froid incisif avaient du mal à se servir de leur arme, les mains étaient insensibles, les chairs restaient collées sur l’acier, les lèvres gercées éclataient, les blessés ne survivaient pas et la neige recouvrait les cadavres que les brancardiers avaient beaucoup de mal à repérer. Les beans avec un tel froid étaient des blocs de glace et la nourriture se résumait en café, en phoscao et en biscuits de ration que chacun s’efforçait de réchauffer sur des lumignons de paraffine. Nous étions le 26 et depuis le 9 janvier aucun soldat ne s’était déchaussé, déshabillé, ni lavé, les hommes ressemblaient à des zombies, écrasés de fatigue.
Daniel, agent de liaison devait transmettre les ordres oralement quand la 530 ne marchait pas, il s’élançait seul dans la neige, bondissait de maison en maison, devait chercher dans les caves les gradés à qui il devait donner des instructions, il était éreinté et avait eu pour l’instant beaucoup de chance car il s’était beaucoup exposé.
Il restait à prendre la cité kulhmann, le 27, la compagnie complétait les munitions et se fournissait en ration de vivre. L’heure H était « 10 h 40″.

30 minutes avant ,la préparation d’artillerie commença, la section de Daniel se trouvait en tête avec le lieutenant Minzeray. Les 500 hommes survivants s’élancèrent à l’assaut de la cité, le combat fut effroyable, les Allemand écrasés par le bombardement et par la supériorité numérique des français, se défendaient pied à pied, leurs 6 tubes faisaient des ravages, mais les Marie Louise de la première armée encadrées par les vétérans d’Afrique firent des merveilles et la cité fut prise.
Daniel fut récompensé d’une citation et de la croix de guerre avec étoiles pour son action pendant la bataille de Kingersheim.
Mais il fallait malgré la lassitude poursuivre la progression, un autre village faisait obstruction à l’avance Française.
Wittenheim, petit village qu’il fallut prendre coute que coute.
L’approche n’en était pas aisée, un glacis de 250 mètres s’étendait au sud des maisons . Il était pris en enfilade par les mitrailleuses allemandes et à porté de leur artillerie. La compagnie devait traverser le glacis pendant la préparation d’artillerie en longeant un fossé anti -chars puis en empruntant une passerelle qui mènerait après un bond d’une centaine de mètres jusqu’à un large creux ou poussaient des arbustes.
Les groupes devaient ensuite se repartir pour nettoyer le village.
A 7 h 20, le 30 janvier l’assaut commença et les colonnes s’ébranlèrent. L’artillerie commença aussi son action mais ayant mal réglé son tir, les bombes explosaient sur le glacis au milieu des français. A cela s’ajoutaient celles des Allemands, les troupes subirent l’enfer avant que l’on réussisse à faire allonger le tir.
Daniel baissait la tête et suivait la tête de colonne, le bruit était assourdissant, la terre mêlée de neige retombait en pluie fine sur les hommes, les bombes française et Allemandes éclaircissaient les rangs, déjà beaucoup de cadavres, le sang rougissait la neige et venait nourrir la terre d’Alsace. La mitrailleuse qui prenait dans toute sa longueur le fossé anti chars égrenait ses projectiles meurtriers, bon nombre, touchés à la tête s’écroulaient comme des pantins sans mot dire . La section arriva enfin près de la passerelle, il fallait sortir du fossé, courir et sauter dans le trou arboré.
Le lieutenant Minzeray montra l’exemple et hurla  »Vive la France les petits gars ». Ce fut ses dernières paroles, il mourut d’une balle en pleine tête. Mon père n’arriva pas non plus dans l’abri salvateur, une balle de gros calibre vint lui broyer le poignet et un éclat d’obus dans le même temps lui tailla l’épaule.

 

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BATAILLE DE WITTENHEIM

 

Mon père se releva seul et alla rejoindre le poste de secours où des brancardiers l’emmenèrent à l’hôpital de campagne où il y reçût les premiers soins, il fut ensuite acheminé à Besançon  où il fut opéré. La blessure au poignet était sévère, fracture ouverte et balle pénétrante. L’amputation fut évitée de justesse. La blessure à l’épaule était moins grave, car aucun éclat n’avait pénétré.
Après quelques jours mon père fut transféré à Evian où il effectua sa convalescence à l’hôtel Le splendide. Il y resta 70 jours. Ce furent des jours tranquilles face au lac et à la montagne.

 

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HÔTEL LE SPLENDIDE

L’Allemagne Nazie s’effondrait et la 1 ère armée approchait de l’Allemagne.
Daniel eut ensuite 1 mois et demi de convalescence et c’est en pleine forme qu’il gagna le dépôt des troupes coloniales à Hyères.
Il apprit en arrivant que le dépôt se trouvait à Altkirch en Alsace.
Il reprit le train et sur place on le désigna pour se rendre à Insbrunk à la 709 ème compagnie sous les ordres du général BETHOURD. La guerre était terminée, l’occupation des territoires commençait.
Mon père resta en Autriche jusqu’au 31 janvier 1946.

Il avait hâte de rentrer, Yvonne l’attendait avec impatience et le mariage était programmé pour le 4 mars .
Mes parents s’installèrent rue Noas.
L’arrière grand père Charles s’éteignit en 1946 et fut enterré au cimetière de Nangis.
Fernand quitta l’avenue Voltaire et vint s’installer avec sa mère, rue des Fontaines. Seule lui restait sa dernière fille, Pierrette.

Mon père retrouva sa place à la sucrerie de Nangis et y resta jusqu’à sa retraite.
Ma mère se retrouva enceinte et accoucha d’un enfant mort né en 1947.
Ils ne restèrent pas meurtris de cette expérience malheureuse et mon frère Gilles naquit rue Noas en décembre 1948.
Mes parent en 1949 acquérir la maison familiale de la rue des Fontaines où ils rejoignirent mon grand père dans une cohabitation parfois difficile.

En 1955 ma grande sœur vint au monde à l’hôpital de Melun.
Nous étions entrés dans une ère nouvelle, les femmes accouchaient à la maternité assistée de médecin.
En 1958 Fernand, se vit remettre l’ordre de chevalier de la légion d’honneur en récompense de ses services à la nation, 40 ans après la fin de la guerre, il était temps . Ce fut donc au monument aux morts de Nangis qu’entouré des anciens combattants des 2 guerres et de son fils qu’il reçut cette prestigieuse médaille.
Pour ma part je naquis en mars 1961.

Le 10 novembre 1969, alité depuis plusieurs jours,i l fut décidé de  conduire Fernand à l’hôpital de Provins.Nous étions là aussi rentrer dans une nouvelle période ou les vieux ne mourraient plus chez eux. L’ambulance  arriva le chercher.

Je conserverai à jamais  l’image de mon grand père se levant seul une dernière fois et,  s’élançant à l’assaut de l’escalier comme il s’était élancé à l’assaut du mont Cornillet 60 ans plus tôt. Mon père le rattrapa de justesse et l’aida à descendre.

Le lendemain, 11 novembre, au moment de la sonnerie aux morts, Fernand s’en alla de chez les vivants pour rejoindre ses camarades zouaves morts depuis longtemps
Je n’ai conservé que peu d’image de lui.
Je le revois mangeant sa soupe devant la fenêtre le matin quand je descendais déjeuner.
Je me revois avec lui le jour ou il m’a acheté mon premier petit vélo blanc. J’ai aussi le souvenir lointain d’une dispute avec ma mère, mais c’est tout, j’étais jeune et le reste je l’ai appris de mon père.

Je vais terminer ma chronique sur le départ de mon Grand Père, en disant que j’ai toujours regretté d’avoir été au cinéma voir Astérix le jour de son enterrement.
L’histoire de mon père après ma naissance appartient au présent et je compléterai cette histoire plus tard.

A MON PÈRE

LE GUÉ D’ALLERÉ
26 AOUT 2013

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