CHRONIQUE FAMILIALE 4 FRANÇOIS 1721 1794

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Musicien, milieu  18 ème siècle, registre paroissial Neufontaine

FRANÇOIS

1721 – 1794

Onze ans et déjà orphelin, le cas n’était évidement pas rare en ce siècle encore dur, son oncle Jean accueillit son neveu par devoir, il prit aussi avec lui Marie âgée de trois ans.
La petite Jeanne resta chez une cousine qui venait de mettre au monde un petit garçon, elle fut nourrie aux seins avec son petit cousin.
La famille de son oncle n’était plus très grande car les aînés étaient partis et seule restait Gabrielle, belle femme de 24 ans qui n’avait encore pas trouvé de mari et qui surtout remplaçait la maîtresse de maison disparut depuis plusieurs années.
Elle prit rapidement François en affection et lui prodigua un peu de tendresse entre les bourrades de l’oncle Jean. Elle fut aussi une mère pour la petite Marie.
François devint en grandissant un fort paysan, il était également fort précoce et courait toutes les paysannes du coin, fort assidu à zyeuter sa cousine, la promiscuité dans la petite maison facilitait cela.
François avec une grande malice, aimait à se glisser dans le lit de Gabrielle pendant que son oncle dormait du sommeil du juste. La vierge cousine de presque 30 ans devait se faire violence pour résister à l’impétuosité de François. Elle devait souvent lui céder la vision ou le toucher d’un sein, voir même l’esquisse d’une caresse moins anodine. Mais l’effronté adolescent n’eut pas la fleur de sa cousine et resta puceau jusqu’à son mariage.

Le 9 avril 1743 les cloches de l’église sonnaient le glas pour Jean CHESNE, le mort entouré de son seul linceul était brinquebalé sur la charrette tirée par le seul cheval que possédait le défunt.
Au rythme lent de la haquenée suivaient la veuve et les enfants ainsi qu’une nombreuse parentelle.

Marie avait revêtu ses plus beaux habits pour suivre la dépouille de l’homme qui avait partagé sa vie une quinzaine d’années, encore très belle malgré ses 38 ans et ses 3 grossesses .

Deux fils survivants étaient de la procession, les deux enfants âgés de 13 et 8 ans éprouvaient une grande tristesse à voir partir leur père. Marie tout en suivant avec regret son défunt mari avait déjà d’autres préoccupations en tête. Elle écouta le sermon du curé, porta en terre son homme et recueillit tous les vœux de l’assistance avec ferveur et humilité .

Comme Marie elle même, tout le village se demandait qui allait prendre la place dans la couche chaude de Jean CHESNE.

En cette époque le veuvage n’était jamais très long, Marie en héritière de son mari avait quelques biens et surtout possédait une charrue et 2 chevaux, instrument aratoire qu’elle avait en biens propres. Sa maison également bien pourvue en bancs, coffres, lits, armoires et tables, attisait les convoitises.

Son mari avait pris en fermage les terres de Jean MADELENET, conseillé du roi et ancien président de l’élection de Vezelay.

En terme clair, il fallait que Marie trouve un homme au plus vite pour assurer le fermage, ses propres enfants étant beaucoup trop jeunes.

L’idéal eut été un laboureur avec son capital qui aurait permis d’étendre les biens et de satisfaire l’ambition de Marie.

Oui mais voilà, de laboureur point de disponible dans la vallée, le temps pressait, Marie fit le tour des hommes  et n’en vit aucun qui puisse faire l’affaire.

Pourtant à Montjoumé il y en avait un homme avisé qui avait une solution pour Marie.
L’oncle Jean se mit en marche pour Champignol le haut, distant de quelques kilomètres de son domicile. Tout en marchant, il réfléchissait et ressassait les propos qu’il allait tenir à Marie BOURIOU.

Il trouva cette dernière devant chez elle à talocher une jeune domestique qui lui avait manqué de respect. Cela troubla Jean.
Marie qui connaissait fort bien l’ensemble de la fratrie Trémeau, ces séculaires tuiliers, se douta rapidement que le chef de la famille n’était pas venu pour se promener et effectuer une visite courtoise.

Jean tout de go lui proposa son neveu François comme mari, la veuve eut comme premier réflexe d’éclater de rire, elle connaissait évidement le prétendant.

Orphelin, sans le sou et de surcroît beaucoup trop jeune pour elle François ne correspondait vraiment pas.
Jean s’attendant à une telle réponse lui exposa au contraire les avantages.
François est travailleur, jeune et sans attache, il ne portera pas ombrage à l’héritage des fils de Marie dont il ne pourra prétendre. Jean s’engage également à lui fournir un petit pécule, certes bien léger aux yeux de Marie mais quand même substantiel.
Marie réfléchissait très vite, avec un tel parti, elle resterait chef du ménage et aurait un jeune homme dans son lit.
Elle offrit un coup à boire à Jean, ce qui était bon signe.
Elle réfléchirait et consulterait sa famille.
La proposition serait quand même dure à annoncer à l’entourage, François avait 22 ans et elle en avait 38.

La réponse parvint rapidement à Jean, elle était positive, seulement voila le principal intéressé n’avait pas été consulté.
Quand Jean annonça à son neveu qu’il allait prendre femme, rapidement, les yeux de François brillèrent. Puis vint la douche froide, Marie BOURIOU, la veuve qui pourrait être sa mère, la vieille femme de presque 40 ans d’une dureté incroyable avec ses manouvriers, âpre au gain et réputée bigote. Non jamais, fut la première réponse, Jean ordonna à son neveu de l’écouter et énuméra les biens potentiels de la Marie.
Les explications de Jean se firent ordre et François se retrouva rapidement en habits de dimanche devant sa future. Il fut très impressionné et ne balbutia que quelques mots.
Marie était encore très présentable, le visage où seuls quelques départs de rides venaient troublés la beauté, couronnait un buste impérial avec des seins généreux.
Les yeux bleus azur troublaient à coup sur tous les hommes qu’elle croisait et François ne pouvait s’en détacher.

Les choses furent rondement menées, le 1 er mai, le 5 mai et le 12 mai 1743 les 3 bans furent publiés

La nouvelle avait surpris, les femmes étaient outrées d’un remariage si rapide, le curé avait tiqué un peu mais une belle offrande l’avait calmé.

Les plus jeunes tout en se moquant étaient un peu jaloux de François, il était jeune et en ces années les hommes restaient chastes jusqu’à leur mariage qui intervenait souvent vers 30 ans.
Les femmes restaient également prudes jusqu’à leur nuit de noce.
La sexualité n’était certes pas absente, les baisers, les caresses genre maraichinage devaient s’échanger.

Le village était donc assez courroucé de ce mariage arrangé contre nature. Les jeunes se réjouissaient par avance du charivari et les mégères se délectaient du futur tour de la Marie sur son âne.

Le mariage eut donc lieu le lundi 10 juin 1743 , soit 2 mois après le décès de son premier mari.
Il y avait du monde à l’église, preuve de l’acceptation familiale.
Du coté de la mariée, Pierre CHESNES laboureur dans la commune d’Empury père de son défunt mari, Léonard CHESNES frère du défunt également laboureur , Edmé CHESNES manouvrier oncle du défunt et bien sur Pierre et Jean les enfants . Le cousinage était également présent , Claude et François DOUX laboureurs à Pouques et à Vassy. Mais la fierté de Marie était la présence de Jean MADELENET conseillé du roi et ancien président de l’élection de Vezelay qui demeurant à Auxerre avait dénié se déplacer. Honneur infime pour la Marie et sa parentelle. François lui avait simplement ses frères, Pierre et Jean son grand père maternel le vieux BLANDIN et ses sœurs . Un ami de la mariée Eustache BONORAN charpentier à Bazoches, Jean MADELENET et le curé de la paroisse François GUIGNEBERT signèrent l’acte.

Le repas de noce fut copieux et arrosé et les convives dansèrent au son des fifres et des violons.

L’ensemble de la noce se retira et les mariés s’apprêtaient à se retirer dans leur couche quand ils entendirent un tintamarre d’enfer et qu’ils virent une bande de jeunes paysans s’approcher de la demeure.
Le fameux charivari organisé par la jeunesse du canton pour signaler l’incongruité de cette union. La bande d’énervés tapait sur des chaudrons et des gamelles en vociférant des grossièretés.
L’un d’eux traînait un âne et se promettait d’y faire monter la Marie de force. La tradition voulait que les mariés mal assortis montent sur un âne ,la femme devant dans le sens de la marche et le mari derrière dans le sens contraire et qu’ils soient trimbalés à la risée de tous dans le village. Mais la Marie BOURIOU était un personnage et employait un bon nombre des jeunes perturbateurs, ils se laissèrent donc acheter par un bon coup et abandonnèrent la place en reprenant le charivari en sens inverse. L’honneur était sauf, la tradition villageoise respectée et la nuit de noce pouvait commencer.

A vrai dire ce fut Marie qui pris l’initiative, son expérience lui permettait de ne pas être inquiète. François était un empoté mais il fut vigoureux et la nuit très courte.

Dès le lendemain tout le monde était au travail.

François s’aperçût très vite que sa femme Marie n’entendait pas se départir de la gestion de la ferme, elle avait du caractère et lui se trouvait comme une sorte de prince consort.

Sauf pour son orgueil la situation avait du bon, la soupe était bonne, du lard était souvent rajouté et la vieille veuve , comme continuait à l’appeler les villageois retrouvait dans les bras du jeune François une jeunesse que l’on perdait rapidement en ces temps difficiles.
François acquit assez rapidement de l’expérience et son ascendant commença à se faire sentir, les manouvriers et les petits employés de ferme commençaient en s’en méfier. Il devint rapidement un bon laboureur, mais était considéré comme dur. Dans son ménage la situation avait également changée, dans les premier temps, Marie le dominait de son expérience de femme, mais vint le temps ou François devint un homme mur. Les exigences de François se devaient d’être honorées pour éviter coups et hurlements.
Marie malgré sa quarantaine tomba enceinte.
François exultait, le petit naquit le 17 janvier 1745 dans la ferme de Champignol le haut, il fut nommé Jean Louis.
Pour preuve de leur position, l’enfant eut comme parrain Jean MADELENET représenté par Léonard CHESNE laboureur à Empury et beau frère de Marie, la marraine fut Damoiselle Margueritte RENAUDOT bourgeoise demeurant à Champignol.
La pérennité de sa dynastie le comblait. Mais les problèmes étaient multiples, tout d’abord François s ‘accrochait souvent avec le fils aîné de Marie et les coups qu’il lui assénait, engendraient chez le jeune garçon une solide inimitié envers son beau père. Sa belle famille, posait aussi des problèmes, laboureurs depuis de nombreuses générations, ils n’avaient accepté ce rejeton de tuilier comme un pis allé en attendant que les enfants de Jean Chesnes reprennent les rênes du matériel agricole. Les tensions étaient donc vives. Marie au dessus de la mêlée savait calmer les antagonismes. François dans la couche de sa femme s’apaisait et dans la chaleur du corps de Marie oubliait ses déboires.
L’harmonie semblait enfin régner . François en vieillissant faisait la part des choses et les enfants de Marie acceptaient enfin leur beau père.

Les 3 demi frères s’entendaient à merveille et les 2 ainés avaient pris les 2 petits sous leur coupe.

Par contre Marie avait considérablement vieillie, amaigrie elle avait perdu ses formes avantageuses. Au printemps 1756, une épidémie de typhoïde balaya la région, le 14 avril elle y succomba.

François était atterré, son édifice social s’effondrait, comme prévu tacitement il devait abandonner le fermage au fils aîné de Marie ce qu’il fit sans rechigner, parole de paysan.

Il était tout de même moins pauvre qu’avant son mariage et nanti d’un petit bien il décida de tenter sa chance à une dizaine de kilomètres à l’est dans le village de Dun les Places ou il savait qu’on recherchait des manouvriers.

Il quitta donc sa vallée avec son fils et se fit embaucher au Bornoux un hameau isolé dépendant du village de Dun.

Il ne tarda pas à y rencontrer une femme qui heureux hasard se nommait aussi Marie.
La similitude ne s’arrêta pas au prénom, car elle était aussi veuve, aussi mère de famille et aussi laboureur.
Le besoin d’un mari ne s’était pas fait ressentir de la même façon chez les 2 Maries, car la veuve Lazardeux avait perdu son mari depuis 5 ans et n’avait jamais ressenti le besoin de refaire sa vie.
Mais le rusé François sut lui faire une cour acharnée et vint à bout de la résistance de la dame un beau soir dans l’étable attenante à la maison de Marie.
Troussée comme une servante, notre veuve retrouva une énergie de jeune biche et leva jupons à chaque apparition de son galant.
La fréquence des rapports devenait gênant pour la réputation jusqu’à là sans tache de Marie.
Mais le fait d’être surprise un jour par sa voisine le cul nul lutiné par un de ses manouvriers, lui fit prendre conscience quand plus de la honte qu’elle avait ressentie, il lui fallait régulariser une situation avant une catastrophe encore possible à son âge.
Mais la voisine, pipelette invétérée raconta avec force détails les ébats des 2 amants.
Les paysans goguenards agrémentaient chaque passage de Marie de propos salaces.
Le curé COULON prêtre de la paroisse insista lourdement à la messe sur les dangers de la fornication hors mariage. Marie proposa donc une union à François, ce dernier y mit des conditions pour ne pas faire son baluchon si un autre veuvage lui arrivait.

Le mariage eut donc lieu le 14 juin 1757, Marie avait 43 ans et lui 36 ans. Il était coutumier des femmes plus vieilles et de surcroît sa nouvelle Marie était mère de 3 enfants. François s’installa donc chez Marie avec son fils. Tout le monde trouva sa place même si les désagréments d’une trop grande promiscuité se firent sentir.

François redevint laboureur, la terre était la même, les habitudes aussi.
Huit mois à peine après le mariage vint au monde des jumelles, elles furent prénommées Agathe et Claude. Les deux petites s’agrippèrent à la vie et chose étonnante réussirent à passer le cap des premiers mois de leur existence.
Il y avait six enfants à la maison et malgré la relative aisance du couple, la vie était difficile.

Les années passèrent, un des fils de Marie se maria et fonda une nouvelle famille, il resta au Bornoux et travaillait de concert avec son beau père François .

Puis ce fut le tour de Jean Louis qui se maria avec une fille de laboureur du hameau du Parc.

Mais il ne fut pas dit que François vieillirait avec la même femme , Marie mourut le 12 juillet 1769, elle n’avait que 55 ans, une forte fièvre la terrassa et la mort survint au bout de quelques jours.

Mais notre François n’était pas homme à rester veuf, quelques mois après le décès de Marie, il remarqua une jeune manouvrière de 34 ans et lui fit une cour assidue.

Il fut persuasif et Françoise JOYOT accepta de convoler avec notre veuf.

Cette dernière n’était pas veuve, n’avait pas d’enfant et n’avait jamais eu de galant. Elle, qui jusqu’à présent n’avait pas eu beaucoup de chance, fut transfigurée par le bonheur. D’un physique quelconque il émana d’elle une beauté que son entourage remarqua avec stupéfaction.
François en la regardant, bouillait d’impatience de la posséder.

Les noces arrivèrent très vite et le 20 février 1770 devant une assistance nombreuse le curé LAPROYE bénit François et Françoise.

François eut le plaisir de revoir son frère Jean, témoin de son passé à Bazoches en Morvan.

De cette union naquirent 4 enfants, qui firent souche à Dun les places.

Mais rappelons nous que François avait eu de sa première femme un fils nommé Jean louis

 

chateau bazoche

Chateau de Bazoche

Nièvre 58

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