HISTOIRES DE RENCONTRES

Préambule :Cette histoire est inventée, je ne connais évidement pas l’histoire de la rencontre d’Hippolyte et de Françoise, mais les personnages et les lieux sont bien réels. Les deux mariés sont mes ancêtres à la 5 ème génération. Rémy MULOT était bien bedeau, le reste n’est qu’imagination

    Hippolyte Éliodore MULOT

  • Né le 4 août 1818 – Chevru,77320,Seine-et-Marne,Île-de-France,France
  • Décédé le 8 juillet 1892 – Marolles-en-Brie, 77278, Seine et Marne, Île-de-France, France , à l’âge de 73 ans
  • Militaire, manouvrier

  Françoise Josephine Virginie MARCHAND  

 

  • Née le 17 juillet 1816 – Beton-Bazoches, 77032, Seine et Marne, Île-de-France, France
  • Décédée le 8 avril 1894 – Marolles-en-Brie – 77278, 77, Seine et Marne, France, France , à l’âge de 77 ans
  • Manouvrière

CHEVRU (2)

CHEVRU HIVER 1843

Dans la lueur du jour naissant, Rémi apercevait la silhouette trapue de l’église, il avançait lentement car une tempête de neige s’était abattue sur le village pendant la nuit .Le chemin de grande communication qu’il empruntait n’était pas encore dégagé en cette heure matinale.
Il n’avait pas beaucoup de chemin à faire du hameau de la Charmois où il habitait avec sa femme et l’église, mais sa jambe raide le faisait souffrir et sa claudication lui rendait la marche difficile surtout sur un sol verglacé.

Il laissa sur sa gauche le chemin des bouchots puis le chemin des bois, passa devant les restes du vieux donjon et arriva devant son lieu de travail.
La neige qui était tombée , écrasait l’édifice et le rendait encore plus massif, le toit du Saint lieu ne semblait faire qu’un avec le sol et seul le petit clocher émergeait dans l’aube froide de ce dimanche d’hiver.
Le froid était vif et le village situé en haut d’un petit coteau était balayé par un vent venant du nord, Rémi frissonnait et se dépêchait de rentrer dans l’église.

Dédié à Saint Thibault, elle avait été bâtie au 13ème siècle vraisemblablement sur une ancienne chapelle romane du 10ème, comme pouvaient le laisser supposer les lourds piliers carrés de la nef.
Un bas coté à gauche, un cœur et un sanctuaire voûtés, l’ensemble n était pas très important.
L’église presque en son trois quart était couronnée par un clocher, de forme carrée elle comportait une nef, un chœur, un bas coté et une sacristie.

Rémy MULOT pénétra par la porte principale dont il avait la clef, il faisait froid et humide, la lumière timide du jour entrait avec peine par les fenêtres longues et étroites.
Il fit comme tous les matin le tour de ce qu’il considérait comme son église, passa au milieu des deux travées, alla remettre en place un banc dans le bas coté, puis entra dans le chœur.
Il était toujours intimidé lorsqu’il franchissait la grille de fer forgé qui le conduisait au sein du lieu sacré.
Il lui semblait tous les matins que les deux statues en bois peint représentant Saint Denis et Saint Thibault allaient lui parler, en général, il ne traînait pas devant l’autel.
La luminosité à cette heure éclairait à peine le tableau de la nativité qui surplombait le maître-autel, le lieu lui, était inquiétant.
Il fit un tour à la sacristie mais ne s’y attarda, il devait avant tout sonner l’angélus marquant la levée des paysans et la prière à Marie.
Chevru avait gardé ses cloches, épargnées par miracle des fonderies révolutionnaires et napoléoniennes, Denise et Thibaude ponctuaient comme jadis la vie paysanne.
De cette vie paysanne Rémy en était évidement issu, les MULOT étaient depuis des temps immémoriaux installés sur la terre de Brie,
Il était né en pleine terreur dans la commune voisine de Saint Siméon ou prospérait toujours sa nombreuse parentelle.
Son père était couvreur de chaume et y vivait encore, noble octogénaire vénéré par les siens.
Dès le départ de sa vie il y eut des problèmes avec la religion, devait- on le faire baptiser par un prêtre jureur ou risquer sa vie pour trouver un prêtre qui avait refuser de prêter serment à la constitution civile du clergé.
Jean-Louis le couvreur de chaume, malgré les objurgations de sa femme ne balança guère, ces histoires ne l’intéressaient pas il avait trois garçons à nourrir et la perspective de se voir dénoncer et d’emprunter les escaliers de  » la monte-à -regret  » de l’enchantait absolument pas.
Rémi fut donc baptisé par un jeune prêtre et sa jeunesse n’en fut pas troublée pour autant. Il ne fit pas couvreur de chaume comme ses ancêtres mais berger. Les troupeaux de moutons étaient nombreux et le travail ne manquait pas.
En janvier 1813, il fut appelé sous les drapeaux, l’ogre avait besoin de chair fraîche pour compléter son armée anéantie sous les plaines de Russie.
Mais il réussit miraculeusement à se faire exempter car il prenait femme.
Il fut père rapidement car en 1814 naquit son premier fils.
La période en Seine et Marne fut difficile, les terre de pâture étaient souvent les lieux de bataille de la campagne de France et les déplacements furent compliqués.
Mais le calme revint en France et seule la présence des troupes d’occupation rappelait les jours troubles de l’Empire.
Rémy avait gardé de ces longues années à faire paître les moutons une sorte de propension à la contemplation. L’observation du ciel lors des ses nombreuses veilles et le vagabondage de son esprit l’avait rapproché ostensiblement d’une foi naïve et simple.
C’est donc simplement et sans contrainte qu’il se rendait aux offices, accompagné de Marie Françoise sa femme et de leurs trois enfants, Rémi, Hippolyte et Aglaé.
Lorsque sa première épouse disparue à l’ âge prématuré de 37 ans se fut tout naturellement avec sa nouvelle femme Louise Apolline qu’il se rendit à la messe.
Les années passèrent et le poids des ans le courba, son fils Rémy se fit berger à sa place et lui travailla comme manouvrier à la ferme du Grand Courbon.
Ce n’était pas l’opulence, mais les quelques arpents qu’il cultivait en propre et les quelques vaches dont s’occupait sa femme leurs fournissaient le supplément indispensable.
Le lait vendu dans une fromagerie à Coulommiers leurs permettait de mettre quelques sous de coté.
Mais vinrent les années difficiles, une ruade d’un cheval de trait lui brisa le genou, les mois de guérison furent longs et il en ressortit boiteux et inapte au travail de la terre.
Évidement un malheur n’arrivant jamais seul ce fut une succession de catastrophe. Rémy le berger se maria dans la Marne et ne donna plus de nouvelle, Hippolyte fut appelé à l’armée et Alphonse le fils secrètement préféré mourut d’une forte fièvre à 13 ans.
Les quelques pièces économisées fondirent comme neige au soleil, et seul le labeur de Louise apportait de quoi vivre au ménage, les gages de domestique d’Aglaé ne suppléaient guère à l’absence de revenu d’un homme.
Bien sur la solidarité paysanne joua, les gros travaux de la fermette, le ménage étaient faits par les voisins. Louise se multipliait, les vaches, la récolte, quelques brouettées de linge au lavoir et du ménage à la cure. Rémy s’étiolait peu à peu, bien sur il aidait, faisait la traite et un peu de bois. Mais la station debout prolongée lui était un martyr.
Seules les prières à l’église lui apportaient réconfort. Sa foi malgré les épreuves demeurait intacte.
Puis un jour la félicité revint.
Un dimanche à la sortie de la messe le curé prit à part Rémy et le convoqua à l ‘église le lendemain. Il fut intrigué et le reste du jour fut long.
Le lendemain il rejoignit le curé, ce dernier l’attendait en prière devant le maitre autel. Rémy hésita, mais le prêtre l’invita à venir le rejoindre.
– Assieds toi.
– Sait- tu que nous changeons de maître d école ?
– Non pourquoi ?
– Le nouveau est républicain et anti clérical.
– Et alors ?
– Alors je ne peux avoir un bedeau qui ne croit pas en dieu
– Évidement

Rémy perplexe se demandait pourquoi le curé lui faisait part de cette nouvelle.

– Et j’ai besoin d’un bedeau.
– Oui certes

Le laconisme de Rémy commençait à énerver le curé.

– Rémy arrête de faire le niais
– Mais….
– Il n’y a pas de mais
– Je ne comprend pas Monsieur le curé
– J’ai besoin  d’un nouveau bedeau et j’ai pensé à toi.

Rémy fut stupéfait

– Tu es la personne idéale, assidu aux offices, régulier à la communion, tu sais lire et écrire et en plus tu connais la messe,tout le monde t’apprécie et en plus tu as besoin d’argent car ta femme ne suffira pas à la tâche au rythme ou elle va.

Interloqué, il resta sans mot dire.

– Vas- tu dire quelques choses bougre d’âne, cela t’intéresse ou non ?
– Eh, oui bien sur Monsieur le curé.
– Bon l’affaire est faite, va t’en annoncer cela à ta femme, demain 7 heures à l’église.

Le lendemain, il sonnait pour la première fois les cloches, le curé lui apprit tout ce dont il aurait besoin pour sa nouvelle activité.
Les subtilités de la campanologie et comment plier le linge de messe.
Il eut d’ailleurs un véritable cours et il apprit que le linge de messe était classé en trois catégories, le corporal, le purificatoire et le manuterge.
Ignorant totalement ces termes Rémy fut stupéfait de savoir que le corporal devait être plié en 9 sous forme carrée et était posé sur le maître autel, que le purificatoire servait à entourer la patène et le calice, qu’il était de forme rectangulaire et plié en 6. Le manuterge plus vulgaire était plié en 8 et servait à essuyer les mains du desservant
Beaucoup de rituel qu’il apprit rapidement, le curé était un bon homme et le servir un véritable plaisir.
La tâche qu’il aimait le moins était d’apporter le saint sacrement avec le curé et de sonner le glas pour chaque personne qui passait. Il s’était d’ailleurs tromper une fois en annonçant la mort d’une vieille paysanne, emporter par son élan il avait sonné comme pour un homme, le curé pointilleux n’avait pas apprécié.
Son activité de bedeau lui rapportait à la vérité très peu, et une partie de ses revenus lui était apportée en nature par les paroissiens mais cela lui suffisait et Louise n’était plus obliger à se tuer à la tâche.

Le curé vint ce matin plus tôt que d’habitude, Rémy en fut surpris mais continua son labeur, à savoir épousseter la bannière de Saint Thibault qui était enfermée dans une armoire le long d’un pilier.
Rémy la sortait régulièrement afin de vérifier qu’aucun insecte ne se mettait dedans. Le curé l’aborda
– Bonjour Rémy-
– Bonjour Monsieur le curé
– Il fait froid
– Oui la neige a été abondante cette nuit, voulez vous que je vous coupe du bois?
– Oui
– Rémy, j’ai apprit que ton fils Hippolyte était de retour
– Cela fait 1 mois
– Que compte t-il faire ?
– J’en sais rien
– On jase dans le village

Rémy savait fort bien ce que l’on disait dans le village, son fils Hippolyte était effectivement de retour, après 7 ans d’absence.
Il avait bien changé le petit MULOT comme on l’appelait à l’époque, fini les sarcasmes sur sa petite taille et sa figure en pointe adaptée à son nom.
Maintenant c’était un bel homme, musclé à la figure remplie et qui paradait en uniforme de l’infanterie légère.
Il était parti il y avait 7 ans car pas très chanceux il avait tiré le mauvais numéro.
Le service militaire se faisait par tirage au sort . Hippolyte n’avait pu se payer un remplaçant , alors il était parti.
Son affectation fut le 24 ème léger.
Héritier du prestigieux régiment qui avait fait l’ensemble des campagnes du grand Napoléon, le régiment cantonnait à Vienne.
La période ou servit Hippolyte fut nettement plus calme.
Sa plus grosse blessure fut une chaud de pisse attrapée dans un bordel à Lyon.
Il n’avait rien apprit pendant ces années, sauf à boire, se bagarrer et courir les filles.
Depuis un mois il passait le plus clair de son temps au cabaret, ne travaillait pas et cherchait querelle à chaque fois qu’il était aviné.
Le plus grave n’était peut être pas là, les paysans commençaient à s’adonner à la boisson et les fiers à bras de village n’étaient pas forcement détestés.
Par contre les coureurs de fille n’avaient pas la même côte et Hippolyte avec son uniforme ses mains lisses et blanches son bagou apprit à la ville, faisait tourner les filles.
Le samedi le bal organisé dans une salle au hameau de Montcel faisait du jeune militaire une vedette.
Il en profita et une jeune paysanne un peu plus délurée ou imprudente se laissa faire dans une grange.
Notre Hippolyte pas mécontent et vaniteux le raconta à qui voulait l’entendre.
Le père de la jeune fille vint à entendre les ragots et fit un scandale.
Hippolyte ne se démonta pas et expliqua à l’infortuné père qu’il ne l’avait pas forcé et que d’ailleurs ce n’est pas lui qui lui fit perdre » sa dame du milieu ». Le pauvre paysan repartit penaud mais fit une telle réputation à Hippolyte que ce dernier en dehors du cabaret et en dehors des jeunes femmes auprès desquelles le succès ne se démentait pas, n’était pas en odeur de sainteté sur le canton.
Bien sur il réitéra ses exploits et ce fut une jeune veuve à qui il promit ce qu’elle voulut qui lui offrit sa couche.
Le scandale grossissait et un charivari se préparait quand Hippolyte jugea bon de quitter sa veuve et revenir chez son père.
Les altercations entre les deux hommes se multipliaient, un jour les gendarmes à cheval vinrent de Coulommiers et emmenèrent Hippolyte, la honte s’abattait sur notre Bedeau.
Le jeune fou revint un peu échaudé et se tint tranquille après ses problèmes avec la maréchaussée . Il quitta son bel uniforme, car il n’avait plus le droit de le porter et se mit à chercher du travail.
Mais sa réputation l’avait précédée et personne ne voulait de lui. Découragé il pensait même à se faire payer comme remplaçant et repartir à l’armée pendant sept ans.

Mais se fut encore une fois l’intervention du curé qui sauva la famille MULOT.

Le curé entreprit Rémy

– Connais tu la famille MARCHAND de Beton Bazoche ?
– Oui j’en connais une à Vielvillars.
– C’est d’eux dont je vais te parler
– A bon et pourquoi ?
– Ils ont une fille
– Oui je l’ai déjà vue avec sa mère à la foire de Coulommiers
– Elle est bonne à marier.

Rémy regarda le curé et se surpris à lui dire
– Vous vous transformez en entremetteur Monsieur le Curé.
– Ne soit pas insolent Rémy et écoute moi.
– La fille MARCHAND est libre de tout engagement, elle a déjà 27 ans et sa mère se désespère, elle voudrait bien qu’elle fonde une famille.
– Je me doute qu’elle est libre, elle est contrefaite, petite et laide, aucun gars du canton ne la voudrait.
– Sauf un gars que personne ne voudrait non plus.
– Parlez vous d’Hippolyte monsieur le curé ?
– Évidement de qui veux tu que je parle, il faut marié ton fils au plus vite et n’être pas trop regardant. Ton fils ne travaille pas, n’a pas de bien et est un débauché. L’ensemble vaut bien un laideron qui est d’une vertu exemplaire, bonne chrétienne et dure au travail
– Oui certes, mais croyez vous qu’une mère donnerait sa fille, même infirme à un gars comme Hippolyte.
– Je te dis que c’est chose possible, j’ai parlé à la veuve MARCHAND.
– Vous avez parlé de mon fils à cette pauvre femme et croyez vous qu’Hippolyte serait d’accord de se voir refiler une repousse caresse.
– Essayes au moins, sinon j’irai le voir et lui dirais ses 4 vérités.

Le Curé se leva, abandonna Rémy à son labeur et à ses réflexions.
Rémy n’était pas persuadé du résultat et sur le chemin du retour il réfléchit à la situation. Il en parla à sa femme qui douta encore plus que lui.
– Ou est Hippolyte ?
– Au bourg
– J’y vais

Rémy n’eut pas à aller bien loin car Hippolyte était de retour

– J’ai à te parler fils, il faut te marier
– Moi, mais je n’ai pas de travail et puis !
– Je t’ai trouvé une femme
– Toi
– Pas exactement moi mais le curé
– Je t’écoute
– La fille MARCHAND de Vielvillars

Hippolyte s’arrêta net, car lui aussi il connaissait la Françoise, il s’en était moqué souvent
– Jamais, je préfère repiquer
– T’as pas le choix
– Mais si j’ai le choix, je vais trouver un gars qui cherche un remplaçant, j’empoche les 1200 francs et je repars biffin.
– Tu peux pas m’abandonner encore une fois.

Hippolyte surprit que son père exprime un sentiment et lui dit

– Je vais réfléchir.

Le fils MULOT n’avait en fait aucune envie de repartir à l’armée, s’installer au pays avec une jolie paysanne et se mettre à travailler lui convenait mieux.
Certes il avait abusé de sa situation de militaire et n’avait pas donné une bonne image de lui, il réparerait cette réputation, même s’il fallait en passer par la fille MARCHAND.

Il alla rejoindre son père et sa belle mère.

– Père, je suis d’accord, allons voir la veuve MARCHAND et sa fille.

Dès le lendemain après l’office, Rémy et Hippolyte se rendirent à Vielvillard, hameau de la commune de Beton Bazoche.
La maison des deux femmes était une petite chaumière en toit de chaume, une seule pièce en terre battue, la veuve de 51 ans vivait avec sa fille et son fils cadet André âgé de 13 ans. Une table avec deux bancs, un vieux bahut, un lit ou dormait la mère et la fille et une paillasse ou était allongé un adolescent amaigri.
Quelques ustensiles de cuisine sur l’évier, une cheminée avec sa marmite en fonte pendue à la crémaillère.
La veuve était manouvrière et la fille domestique dans la même ferme, les revenus étaient faibles et le petit grabataire coûtait cher en décoction et en visite du docteur.
Marguerite vit arriver les deux hommes, elle savait qui ils étaient, sa fille non. Elle les fit entrer et asseoir autour de la table, sans rien dire alla prendre deux verres et une bouteille d’alcool de poire, elle en servit aux deux hommes et s’assit à son tour.

Françoise se demandait bien ce que faisait les deux hommes autour de sa table et elle observait avec inquiétude le plus jeune, qu’elle connaissait pour sa mauvaise réputation et pour en avoir essuyé des sarcasmes. Elle fut vite renseignée, car Rémy ne tourna guère autour du pot. En cinq minutes son affaire fut scellée et elle se retrouva fiancée à un homme qu’elle ne connaissait qu’à peine, sans travail et sans le sou. Hippolyte acquiesça à tout, sans mot dire. Les deux parents scellèrent l’avenir de leurs enfants.
Hippolyte avait déjà consenti par avance,mais la pauvre Françoise à qui personne n’avait jamais demandé son avis tombait vraiment des nues.
Ce ne fut pas ce jour que les les détails furent réglés ni que les deux jeunes se retrouvèrent seuls ensemble. Mais les choses étaient dites, les deux futurs apprendraient à se connaître et les disgrâces de Françoise n’étaient pas rédhibitoires.
Dès le lendemain Hippolyte revint voir sa promise et avec la permission de sa mère l’emmena se promener, il firent doucement connaissance et chaque jours les fit se rapprocher. Françoise n’était point belle, claudiquait légèrement et une malformation du dos la faisait un peu voûtée. La jeune fille avait d’autres charmes, son visage était régulier, des yeux couleur noisette légèrement bridés, un sourire magnifique et de très belle dents d’un blanc éclatant. Sa taille fine était bien prise et une poitrine opulente en faisait presque oublier les facéties de son physique. De plus elle n’était point sotte et sa conversation variée et intéressante enchanta notre bavard impénitent qu’était Hippolyte. Le jeune Mulot devint rapidement amoureux et le troisième jour prit la jeune fille par la taille lorsqu’il passa devant le cabaret de la mère MOUSSU. Les villageois furent donc rapidement au courant et les parents des jeunes filles furent rasséréner de voir le fils de bedeau un fil à la patte . Quelques jeunes importuns firent des remarque désobligeantes sur la liaison entre le petit du bedeau et la boiteuse, mais les poings d’Hippolyte firent taire rapidement les plus téméraires. L’action conjuguée du père LEVEQUE curé de la paroisse et du père » UNTEL »* de celle de Beton Bazoche fit qu’Hippolyte trouva à s’embaucher comme ouvrier agricole dans une ferme de Beton.
Les obstacles se levaient sur la route du bonheur. Les modalités du mariage furent discutées, la cérémonie aurait lieu à Chevru en remerciement au père LEVEQUE et au fait que Rémy était bedeau. Il fut également convenu que les épousés habiteraient à Vielvillard chez la mère de la future, même pain même pot. Françoise apporterait en dote du linge,des draps, deux linceuls en toile de chanvre et quelques ustensiles de cuisine, Hippolyte avait peu d’argent et son père lui fit cadeau d’une vache et d’une chèvre qui constitueraient le début d’un petit cheptel, en outre il lui loua à titre gracieux une petit pièce de terre qu’il s’engagea à faire prospérer, ainsi que que quelques mesures de grains pour ensemencer le champs. La date du 16 juillet 1844 fut retenue. Ce serait un mardi, jour ouvrier de bonne augure, le mois de juillet était plus embarrassant et nos paysans espéraient que les moissons fussent terminées pour que chacun puissent profiter de la noce.
Le jour fatidique arriva rapidement, les deux futurs avaient hâte d’être ensemble. Les baisers, les caresses pudiques, n’assouvissaient plus les deux amoureux et il n’était pas question pour Françoise de succomber avant le mariage. Ils attendirent donc.
Ce fut donc le mardi 16 juillet 1844 que deux jeunes gens convolèrent ensemble. Familles et amis se retrouvèrent donc à la mairie peu avant 11 heure du matin, chacun avait revêtu son plus bel habit et sa plus jolie robe.
L’oncle Jean Louis MULOT avait fait le déplacement depuis Saint siméon avec sa troisième épouse, cet homme de 60 ans encore vert était jeune marié et jeune papa, il avait emmené avec lui l’ancêtre de la famille, Jean Louis l’ainé, 80 ans et donc grand père d’Hippolyte.Trois cousins germains représentaient une autre branche de la famille MULOT, ils étaient aussi de Saint siméon et étaient là avec leur épouse.
Rémy le père et sa femme accueillaient l’ensemble des invités.
Aglaé la petite sœur se tenait un peu à l’écart avec son mari François.
La famille de la mariée était beaucoup plus réduite, son frère Louis et sa femme et Marguerite MEUNIER veuve MARCHAND la mère de la mariée.
Hippolyte qui n’avait encore pas vu Joséphine de la matinée attendait avec impatience que cette dernière arrive. Il fut récompenser de son attente quand cette dernière apparut accompagnée de son témoin. Elle portait une magnifique robe confectionnée pour l’occasion, un joli tablier blanc rehaussait la couleur rouge qu’elle avait comme préférence. Dévote Françoise portait un petit voile blanc qui rappelait la pureté de Marie lors de son mariage avec Joseph. Des petits souliers bas complétaient la mise de la belle.
La joie avait transfiguré la petite boiteuse et le bonheur rejaillissait sur sa mise.
Ils entrèrent tous à la mairie où les attendait Monsieur le Maire Jean Baptiste NOLLIN, ce dernier fit un petit discours ou le respect de la loi se mêla au respect du travail. Il déclara Hippolyte  MULOT et Françoise MARCHAND unis par les liens du mariage et fit signer le registre d’état civil.
Louis Isidore ROBEIS cultivateur aux Grands Courbons, 47 ans employeur d’Hippolyte et Denis THOMINET fermier aux Grandes Maisons, 46 ans ami de Rémy MULOT furent les témoins du marié.
Étienne FARDES cultivateur aux Hayottes, 40 ans parrain et Jacques François LEDAN cultivateur aux Hayottes, 45 ans employeur de Joséphine furent ceux de la mariée. Tout le monde signa le registre exceptée la mère de la mariée et Mr THOMINET qui ne savaient signer.

Rémy s’éclipsa rapidement car il tenait à sonner les cloches pour le mariage de son fils. Sous les carillons pleins de joie du bedeau, la noce rentra dans l église de Chevru ou le père LEVEQUE initiateur de la journée attendait les mariés.
Il les conduisit à l’autel ou après une jolie messe il bénit les anneaux, ces derniers n’étaient pas d’or mais de métal tressé. Par contre Hippolyte offrit à sa femme une petite médaille de mariage en or avec gravée » la religion  les unis « . Les registres furent signés et tout le monde sortit accompagné d’une volée de cloches.
Le cortège, accompagné d’un violoneux fit le tour du village et se rendit au Charnois où allait se dérouler le banquet.
La chair fut simple mais délicieuse, Hippolyte fit danser Joséphine et les convives furent frappés par l’amour que dégageait les deux épousés .
La nuit de noce se passa merveilleusement bien, Hippolyte expérimenté prit la virginité de sa femme avec douceur. Il furent évidement réveillés par un tohubohu, une délégation familiale leurs fit boire dans un vase de nuit une soupe de vin blanc avec du chocolat le tout poivré à l’excès. Une inspection triviale des draps prouva que la mariée était vierge et que le diable n’avait pas noué l’aiguillette d’Hippolyte.
Après cela les traditions furent respectées, une messe pour les mort fut dite, Joséphine balaya publiquement sa maison et chacun après forces bises rentra chez soi.
Ce mariage arrangé fut heureux et une nombreuse nichée naquit du fils du bedeau et de la petite boiteuse.

 

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