CHRONIQUE FAMILIALE 3 Pierre 1653-1719 et Pierre le jeune 1687-1732

Château de Vauban à Bazoches département de la Nièvre PIERRE

1653-1719

Pierre comme son père Léonard devint tuilier et grandit les mains dans l’argile, lorsqu’il fut en âge de se marier c’est naturellement qu’il prit femme chez des tuiliers.
Il avait connu sa promise aux noces de son frère Jean et de Pierrette Landonneau
La sœur cadette de cette dernière, une accorte jeunette de 16 ans avait émoustillé Pierre au point qu’il passait plus de temps à folâtrer à Champignol qu’à travailler à Montjoumé, la famille des deux enfants s’en rendit compte rapidement et le père Landonneau alla trouver Léonard. Comme il était avéré que les deux tourtereaux par une chaude soirée de printemps dans une clairière du bois de Bazoche s’étaient donnés l’un à l’autre il convenait de fiancer rapidement les deux fautifs. L’union fut heureuse et Claudine fut très féconde de 13 enfants en 25 ans, belle constance le premier en 1678 et le dernier en 1703.
Pierre avait 50 ans et Claudine environ 45, décidément les femmes étaient fertiles longtemps dans cette vallée.
Le greffon était sein et bien peu moururent en bas âge.
Dix enfants du ménage Pierre et Claudine feront souche,

La majeur partie des enfant resta sur Bazoche et travailla à la tuilerie.
L’un retrouva son oncle à Asnières et fit souche la bas et un autre appelé Jean exploita une petite manse à Montjourmé. L’une des fille épousa un tisserand de la commune de Cugne.

Le grand règne de Louis finit enfin, la France était exsangue, le peuple souffrait, les commandes de tuiles s’essoufflait et Pierre et sa famille avaient du mal à joindre les deux bouts . ce qui signifiait qu’ à l’époque qu’ils n’avaient pas à manger et que la disette était récurrente.

Mais la vie à une fin et celle de Pierre se termina le 2 novembre 1719, il fut inhumé dans l’église de Bazoches en présence de deux de ses fils Pierre et Nicolas

 

PIERRE LE JEUNE

1687 – 1732

Le prénom de Pierre fut beaucoup utilisé dans la famille Trémeau et c’est par pure commodité que je nomme mon ancêtre Pierre le jeune, comme ses contemporains durent parfois l’appeler pour le dissocier de son père.

Lors de sa naissance sa mère avait déjà accouché 5 fois, Claudine donnait naissance à un enfant tous les deux ans , l’allaitement et le coitus interruptus qui servaient de contraception n’étaient pas très sur.
Pierre vint au monde en septembre 1687, sa mère qui n’avait pas cessé un instant son travail ressentit les premières douleurs dans la forêt alors qu’elle ramassait des noix.
Elle continua son ramassage jusqu’au bout et rentra à Montjoumé, tranquillement elle avertit son mari Pierre que l’enfant allait bientôt arriver. Les femmes des tuiliers prirent les choses en main. Gabriel le fils aîné âgé de 8 ans fut chargé de descendre au village prévenir la Jeanne. En attendant que la matrone arrive, les voisines de Claudine s’affairèrent, un feu fut préparé et de l’eau mise à chauffer et des linges propres à disposition. Le père Pierre est à la porte ainsi que tous les autres hommes.
Jeanne essoufflée arriva enfin elle constata après un premier examen que l’on voyait déjà les cheveux de l’enfant . Installée sur son lit à demi assise toute habillée, pudeur oblige, Claudine s abandonna aux mains expertes de la Jeanne. Bien sur l’accoucheuse du village n’avait  guère de notions d’obstétrique ni d’hygiène mais par son expérience elle avait déjà sauvé quelques femmes du village. Le curé du village la recommandait car en cas de mort éminente du nourrisson elle connaissait les formules du baptême et pouvait ondoyer le moribond. Tout alla pour le mieux. Les amulettes disposées prés de la parturiente ont elles fait leurs effets ?
Pierre fut enfin autorisé à entrer et prit son fils dans ses bras, sans laissé transparaître son émotion il déclara qu’il se nommerait Pierre comme lui.

Le petit Pierre grandit entouré de toute sa famille, mais les conditions matérielles se dégradèrent considérablement, la France entra dans le petit ère glaciaire, les hivers furent extrêmement rigoureux , les automnes pluvieux, les printemps et les étés très secs.
Le paroxysme arriva en 1694, le peu de grain que les paysans avaient conservé fut réquisitionné par les intendants royaux qui devaient nourrir l’armée du roi pendant la guerre de Flandre et constituer des stocks pour Paris afin que la capitale se tienne tranquille pendant cette période trouble.
Bien évidement le ralentissement de l’activité économique affectait considérablement les tuileries du Morvan . Pierre n’avait plus de travail et se désolait de ne plus pouvoir nourrir les siens, Claudine et les enfants arpentaient la forêt pour y ramasser des glands qu’elle disputait aux cochons. Les fougères et les orties ne se trouvaient plus qu’avec difficulté. Le petit Pierre comme les autres enfants était maigre à faire peur et son ventre gonflait dangereusement . Claudine qui nourrissait son dernier à la mamelle n’avait plus de lait et pleurait des larmes de sang en voyant mourir son bébé.
Les animaux mouraient et le bœuf de la famille ne fit pas exception. Fournissant provisoirement de la nourriture la mort de la bête sauva la fratrie, mais priva les tuiliers d’une force motrice presque indispensable.
Puis la nature redevint plus clémente et la nourriture se fit moins rare, le couple avait perdu Edmé mort de malnutrition et Nicolas mort de la typhoïde . Pierre que cette période de famine avait surpris en pleine construction resta petit et malingre.

En cette fin de siècle le théâtre de la vie des Trémeau est décrite précisément par un écrit du Sieur Vauban  » description géographique de l’élection de Vezelay  »

Nombre d’habitants 486 dont 80 hommes et 90 femmes, 46 valets ou servantes et 270 garçons et filles de moins de 14 ans.

Il y a 105 maisons, 2 huileries, 10 débits de vin, 2 moulins 2 cabarets ou tavernes.

La population animale est composée de 116 bœufs de labours, 5 bourriques, 21 porcs, 36 chevaux, 145 vaches et veaux et 193 brebis.

La population est répartie entre plusieurs hameaux : Montjoumé, Bourg bassot , l’huis renault, Aveugne, Champignolle le haut et Champignolle le bas, Vauban et le bourg de Bazoches.

Vauban n’est pas tendre dans sa description, le pays est rude, bossillé et mal cultivé, sa fertilité au dessous de la médiocrité et sans les bois et les bestiaux il n’y aurait que pas ou peu de commerce. La paroisse de Bazoches très médiocre n’a de blé et de vin que pour nourrir ses habitants.

Vauban trouve le bétail mal entretenu, les habitants paresseux et en voit la cause dans la carence alimentaire. Le bas peuple ne vit que de pain d’orge et d’avoine mêlés se nourrit de mauvais fruits la plupart sauvages et de quelques herbes potagères de leurs jardins, cuites à l’eau avec un peu d’huile de noix ou de navet avec peu ou pas de sel.
Le peuple est si pauvre que les trois quarts ne sont vêtus , hivers comme été que de toile à demi pourrie et déchirée, et chaussés de sabots, dans lesquels ils sont les pied nus toute l’année.

Pierre, ses frères et sœurs ne font pas exception à la règle. Ils grandirent malgré tout, solides plantes du Morvan insensibles aux éléments et à la mort.
En 1715, année de la mort du grand Roi qui il faut bien le dire ne fut guère pleuré tant les dernières années de son règne, fut difficile, Pierre convola en juste noce avec Catherine Blandin. Les deux époux se connaissaient depuis l’enfance, car les Blandin étaient aussi tuiliers. Pierre un peu plus âgé que Catherine avait à l’adolescence regardé la petite avec condescendance et ce n’est que lorsque Catherine commença à prendre des formes qu’il s’y intéressa.
Il entreprit alors une cour effrénée auprès de celle-ci. Il fallait être prudent car le père Blandin veillait sur sa fille avec un soin jaloux.
Mais enfin les deux mutins purent s’isoler et échanger force baisers et caresses.
Catherine aimait Pierre, mais pour obtenir la main de sa belle ce dernier devait conquérir le père. Il lui proposa donc une tournée au cabaret de Bazoches, le vieux Blandin accepta, il connaissait les usages et éprouvait pour Pierre une sympathie presque filiale tant il l’avait vu grandir et évoluer à la tuilerie.
Mais les us et les coutumes en cette époque étaient bien établis et Pierre dut payer son écot au père de Catherine plusieurs fois d’affilée à la sortie de la messe.
Le fait d’accepter un verre à la sortie de la messe vallait acceptation, Pierre passa à l’étape suivante et envoya son croque aivoigne pour discuter des modalités d’une union . Le porte parole de Pierre était un cousin germain fils de son oncle Jean laboureur à Montjoumé. Il fut reçu par le père Blandin qui lui réserva son meilleur vin. Le cousin n’avait pas son pareil pour les négociations matrimoniales et ce fut à une heure avancée qu’il sortit pour rendre compte à Pierre des discutions . Pour dire vrai le cousin était passablement éméché mais il avait obtenu la main de Catherine et une petite dote bien rondelette pour des pauvres tuiliers.

Une date fut retenue et les préparatifs allèrent bon train, les fiançailles arrivèrent avec le cérémonial de la porte close ou le fiancé avec ses amis frappent à la porte de la fiancée et ou la mère de cette dernière feint de ne pas ouvrir et de méconnaître le visiteur.

Les jours qui suivirent, furent occupés par l’achat d’une robe payée par le futur puis vint le moment pour les fiancés d’aller semouner.

Il firent donc le tour des connaissances à inviter à la noce et à chaque fois il furent admis à un repas qui se devait d’être opulent en fonction bien sur dans ce pays pauvre des ressources de chacun.

Puis ce fut la noce, l’ensemble de la fratrie était là et l’abbé Etienne Flaudin apporta sa bénédiction dans l’église de Bazoche.
Chacun avait contribué au repas de noce et ce fut au son de la vielle que les convives dansèrent. Les mariés s’éclipsèrent un peu avant la fin et s’enfermèrent dans l’alcôve destinée au couple dans la maison des parents de Pierre.
La nuit fut douce à Catherine, elle appréhendait ce moment bien qu’elle avait été chapitrée par sa sœur aînée et qu’en tant que paysanne elle savait bien à quoi s’en tenir.
Son homme malgré son apparence fruste joua les galants et ne la força point.
Il la déshabilla doucement, la couvrit de baisers et ne la pénétra que lorsqu’il fut sur qu’elle y était prête.
Le reste de sa vie Pierre fut d’ailleurs un tendre amant fort attentionné et Catherine une femme comblée.

Les maternités ne tardèrent pas et une première fille, nommée Antoinette vit le jour le 26 janvier 1717.

Catherine en bonne chrétienne pria Saint Agathe et se rendit à la fontaine miraculeuse de Corbigny afin de s’assurer que son lait était bon.
Certes un peu païenne cette tradition fit beaucoup rire Pierre. Le pèlerinage fut efficace et la petite Antoinette profita de cette seine nourriture. Pierre profita également de la poitrine opulente de son épouse et se réjouissait à chaque apparition de ses aimables mamelons.

Une seconde fille apparut 2 ans plus tard et porta le nom fort répandu de Marie. La même année mourut Pierre l’ancien et sa femme Claudine en fut reléguée au rang de veuve. Pierre le jeune devenait le chef du foyer et Catherine allait pouvoir fort de sa jeunesse et de sa fertilité rabaisser sa vieille belle mère qu’elle supportait de plus en plus difficilement.
Le premier garçon arriva en 1721 on le nomma François et fut mon ancêtre

Deux enfants nommés Pierre suivirent le rythme des naissances seul le deuxième prénommé survivra.

En 1725 on porta en terre la vieille Claudine, le foyer appartenait enfin à Catherine. Imperturbablement tous les deux ans apparaissait un nouveau né, la maisonnée comportait en 1732, 6 enfants. Le couple avait perdu deux enfants en bas âges ce qui pour l’époque était fort peu . Mais en 1732 le malheur s’abattit sur la maison alors que Jeanne la petite dernière était encore à la mamelle, Catherine ressentit une immense fatigue et une forte fièvre. Malgré les soins apportés, la fièvre s’accentua et l’on fit venir le père Flaudin qui administra l’extrême onction à la malheureuse.

Pierre n’eut pas le temps de se lamenter sur son sort car il fut touché par le même mal et succomba un mois plus tard
L’aînée Antoinette avait 15 ans et la dernière Jeanne tout juste un ans, la solidarité familiale joua et les enfants furent répartis chez leurs oncles et tantes. Antoinette en age de travailler fut placée comme servante au château.

François quitta la tuilerie et s’en fut chez son oncle Jean qui exploitait une petite Manse à Montjoumé.

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