L’AGONIE DE JEANNE OU LES DANGERS DES GROSSESSES GÉMELLAIRES

 

Lorsqu’en ce début d’année 1806, Pierre et Jeanne, journalier et journalière se retrouvèrent à faire des galipettes dans les marais de Saint Michel en L’Herm ils ne pensaient pas que le destin venait de frapper à la porte de leur jeune vie.

Puisqu’ à la tentation ils avaient cédé, ils ne se génèrent plus guère pour la gaudriole. Hélas la belle était fertile et dans ce jeune corps se développa une petite graine.

Pierre était sérieux et pensa à régulariser la situation, accord de la famille, préparatifs, publication des bancs, il fallait faire vite car Jeanne s’arrondissait fortement.

Les deux amants se marièrent en l’église de saint Michel en L’herm et bien sur devant Monsieur le Maire René Jaulin. Un peu serrée dans sa robe, un peu fatiguée par les coups de pieds de son futur enfant, tous lui prédisaient un gros bébé tant son ventre était énorme.

Dix jours après les noces, elle entra dans les douleurs de l’enfantement, l’accouchement fut long et douloureux, la sage femme faisait du mieux qu’elle pouvait et les femmes du voisinage soutenaient la parturiente. Après une lutte âpre et douloureuse, ce fut la délivrance, une petite fille apparut sur les 3 heures du matin. Petite et point vaillante ayant juste poussé un petit cri, les femmes lui portèrent soins et revinrent auprès de Jeanne qui visiblement n’en avait point fini. Trois heures après un autre bébé arriva. Pas plus gros que le précédent c’était un garçon que l’on nomma Jean.

La joie fut de courte durée, Jean petit et malingre succomba en premier le 16 décembre 1806, sa sœur jumelle Marie mourut le lendemain.

Jeanne était effondrée, moralement atteinte et physiquement abîmée , pourrait elle encore donner un garçon à son mari.

Finalement très solide, elle se remit rapidement et autorisa son Pierre a lui témoigner de l’affection.

Décidément très fertile, son ventre s’arrondit et ses seins devinrent lourds. La grossesse lui fut pénible et n’arriva pas à terme.

Le 11 décembre 1807 au soir, Jeanne s’allongea sur son lit de souffrance, les mêmes personnes se trouvaient dans la chambre.

A demi assisse, les reins surélevés par un oreiller, les jambes écartées et maintenues par les voisines, la matrone pouvait officier. Hélas c’était encore des jumeaux et l’accouchement devint rapidement difficile. Jeanne souffrait atrocement et ses hurlements faisaient trembler Pierre qui attendait dehors avec son frère André . Jeanne était exsangue lorsque la sage femme réussit à extirper le premier bébé. Après plusieurs heures de travail Pierre naquit à 5 heures du matin mais Jeanne n’en avait pas encore terminé et il fallut souffrir une heure de plus pour que la petite Marie apparaisse.

Les deux bébés étaient très faibles et très petits, l’entourage des deux parents était inquiet. Mais si le sort des enfants jumeaux était emprunt de fatalisme l’état préoccupant de leur mère troublait davantage.

La pauvre Jeanne perdait du sang, la fièvre était montée et seul un râle sortait de sa bouche tordue par la douleur.

Elle entra en agonie et expira à minuit le 12 décembre 1807. Elle avait déjà perdu connaissance quand le petit Pierre avait rendu l’âme sur les coups de onze heures du soir.

Mais la faucheuse ne s’arrêta pas dans sa sinistre besogne, elle emmena la petite Marie alors que la première heure du 13 décembre venait de terminer.

Pierre plaça les deux petits anges à coté de leur maman et commença une triste veillée funèbre.

Sur son lit de misère devenu son lit de mort, les traits de Jeanne se détendirent, elle redevint belle et l’on cru qu’elle souriait.

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LES AMOURS AU CABARET, LA DÉCOUVERTE DE LA SEXUALITÉ

 

Victoire, petite paysanne de 21 ans aimait tout particulièrement cette journée de la semaine.

Dans la grande pièce commune, nue jusqu’à la taille elle faisait sa toilette du dimanche. L’eau puisée au puits avait été chauffée dans l’âtre de la cheminée. Versée dans une bassine de fer blanc ces quelques litres serviraient bien pour l’ensemble du corps. Elle commença par le visage, frotta vigoureusement sa ferme poitrine puis sa sœur Marie lui nettoya le dos. Pour la toilette du bas, elle remonta son jupon et passa négligemment sur ses parties intimes. Il est vrai que seules les femmes de mauvaise vie étaient sales à cet endroit.

N’ayant dévoilée son anatomie que partiellement, elle revêtit ses plus beaux atours. Marie sa sœur se déshabilla à son tour et procéda de même, sauf quand toute impudicité elle se mit entièrement nue, Victoire se récria qu’une honnête fille ne se mettait jamais entièrement nue.

Une fois les deux filles prêtes, elles quittèrent la métairie pour se rendre à la messe. La ferme que tenait son père se situait au hameau du Beignon sur la commune de Sainte Flaive des Loups. Elles n’étaient pas seules sur le chemin qui les menait à l’église. De nombreuses paysannes en une sorte de procession s’acheminaient en devisant. Au fur et à mesure qu’elles arrivaient sur le bourg, rejointes par les filles des nombreux hameaux du village, elles formaient un groupe assez compact.

Victoire dont la piété n’était pas contestable aimait se rendre à l’office du Dimanche puis aux vêpres, elle n’était pas seule à piétiner d’envie de se rendre aux sermons du père Fumoleau, sa petite sœur Marie âgée de 17 ans en frétillait également d’impatience.

Elles pénétrèrent dans l’église et se placèrent du coté de la nef des femmes. Les hommes endimanchés et chapeaux bas étaient placés de l’autre coté de l’allée centrale. La messe commença, le curé et son vicaire officiaient, chacun recueilli les écoutait. Pour dire la vérité seules les mères étaient attentionnées, les filles n’avaient d’yeux que pour les garçons qu’elles jaugeaient d’importance.

Victoire depuis quelques dimanches n’avait que d’attention pour Barthélémy, il lui avait déjà posé la main sur l’épaule, l’avait déjà raccompagnée aux lisières du Beignon et ils avaient aussi échangé quelques baisers. Ils s’échangèrent un sourire, sachant qu’ils se retrouveraient à la sortie de la corvée paroissiale . La petite Marie avait quand à elle les yeux posés sur l’ensemble des garçons, elle verrait bien à la fin de l’office si un garçon se présentait.

Barthélémy Proux natif de La Chapelle-Achard a 27 ans en cette année 1881 il est employé chez Auguste Daviau à la métairie de la Primetière commune de Sainte Flaive des Loups. Il est gagé comme domestique de ferme. Un peu noceur, mais travailleur il est connu dans le village bien que n’y étant pas né.

Son père est mort et sa mère est remariée avec le métayer des Crépaudières sur La Chapelle, il a donc pas mal de frères et sœurs nés des deux mariages de sa mère.

C’est enfin la délivrance, Victoire sort avec sa sœur, leur mère reste en retrait avec les autres parents.

Barthélémy s’est éclipsé, mais Victoire sait où le rejoindre.

Pour Marie les choses se passent à merveille, un garçon lui pince le bras, elle résiste il l’attire de force vers lui, Marie ne résiste, cela vaut acceptation et elle suit son galant.

Victoire avec d’autres filles pénètrent dans le lieu de leur rendez vous, une grande pièce avec des tables et des bancs c’est le cabaret du village

Elle s’assoie à coté de Barthélémy et le patron vient leur servir une liqueur. Tous les couples font de même et bientôt chacun s’enlace, les corps se serrent et les bouches se mélangent. Victoire adore ces embrassades, son corps est tout à Barthélémy qui maintenant la caresse sans plus de façon.

Il est expert en ce genre de joutes et Victoire ressent des sensations encore inconnues. Il n’est plus que le temps de se mettre un peu à l’écart. A l’étage deux chambres sont à la disposition des clients, des bancs, des lits. En montant Victoire aperçoit sa petite sœur fourrageant avec ardeur la bouche de son galant. Cela lui rappelle sa première fois avec un garçon du bourg. Dans l’obscurité il est difficile de trouver place, l’après midi est déjà bien avancé et de  nombreux couples sont à l’ouvrage. En se serrant un peu ils trouvent place sur un lit, pour le couple voisin les amours sont déjà à leur paroxysme. Ils ne s’inquiètent nullement de leur indécence, la robe de la belle est relevée et la main endiablée du jeune paysan s’ active quand à la main de la jeune effrontée elle a rejoint depuis un moment les antres de la culotte de son amoureux.

Au bout d’un moment Victoire et Barthélémy s’adonnent au même genre de plaisir.

Puis peu à peu la pièce se vide et les galants raccompagnent les belles à leur domicile. Marie a refusé que son amoureux du jour la ramène chez elle, il ne lui a point convenu, vivement dimanche qu’elle en essaye un autre. Barthélémy raccompagna Victoire au Beignon. Ils étaient quasiment promis l’un à l’autre, Victoire n’aurait pas accepté de se faire trousser jupon au cabaret si Barthélémy ne s’était pas engagé.

Ces cabarets Vendéens haut lieu des amours Vendéennes étaient un endroit où les amoureux se rencontraient sans contrainte. Un café, une liqueur, des baisers, des caresses et pour les plus en avance ou les plus délurés un jeu de stimulations réciproques.

Ce n’était pas un bordel et les couples n’allaient pas jusqu’au coït. Les hommes ne lâchaient en ces jeux que très peu .Leur semence et le plaisir étaient semble t’ il plus poussés du coté des filles.

J’ai tout de fois un doute sur le sujet et à ces jeux érotiques qui duraient des heures bien malin qui pouvait se retenir.

Là aussi nulle ambiguïté, comme dans les Pâtis et comme dans les chambres les parents étaient consentants. Cet érotisme de la jeunesse était pratiqué en attendant et la plupart des couples qui s’étendaient dans les chambres de cabarets se mariaient dans les mois qui suivaient.

Ouf la morale est sauve.

Puis au nom de l’inexorable moralité et de la pression des édiles ces lieux de perditions retrouvèrent un usage plus commun.

Mais il y a fort à parier que nos grands mamans se soient souvenues avec délectation des libertés de leur jeunesse.

Barthélémy Proux se maria avec Victoire Cloutour à La Chapelle-Achard le 26 juin 1883, la petite Marie se maria au même endroit avec Auguste Ferré , demi frère de Barthélémy le 05 juillet 1892.

Tous reposent en paix à La Chapelle Achard.

 

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LA VEILLÉE DE PILLFROID

 

 

Hameau de Pilfroid presque au milieu de la carte

En cet fin d’après midi d’automne, la nuit commence  à tomber sur le  hameau de  » Pilfroid  », appartenant à la commune de Verdelot petite ville de Seine et Marne.

Situé sur une colline, la bise glaciale souffle en rafale sur les quelques maisons. Ces modestes demeures semblent ne faire qu’une tant elles sont frileusement regroupées.

Bâties de pierres et couvertes de chaume comme il en est encore l’usage, organisées autour d’une seule pièce jouxtée d’une étable, frustes et sommaires à l’image des rudes paysans qui les peuplent.

Une lueur surgit soudain de la maison de Jean François Hardy,  sa femme Rosalie vient d’allumer une chandelle dans son étable.

C’est le signal que chacune attendait, des voix se font maintenant entendre et des silhouettes se dirigent vers la masure éclairée de la lueur tremblotante .

Cette lumière qui illumine la nuit profonde est le phare qui marque le début de la  » veillée  » où toutes les femmes du hameau vont se réunir pour passer la soirée.

La  » veille  » comme l’appellent les commères Briardes marque en automne et en hiver les fins de journée, rituel immuable venu du fond des temps, elle est partie intégrante de la vie villageoise et se répète à l’infini sur l’ensemble des hameaux.

Aujourd’hui la soirée se passe donc chez les Hardy, famille de manouvrier dure à la tâche. ancrée de façon immémoriale en la terre de Brie. Rosalie vient donc d’allumer la chandelle qu’elle  place sur un bloc de bois arrondi et qui porte au centre une tige d’un mètre de haut sur 4 centimètres de diamètre évidée en son sommet pour y accueillir une chandelle de suif. Ce chandelier sommaire appelé  » pieu  » est placé par la maitresse de maison au centre de l’étable.

Madame Hardy née Dulphy,  47 ans plus tôt à Verdelot est une forte femme prématurément vieillie par les travaux des champs. Des cheveux déjà blancs, des rides profondes, les mains dures et calleuses qui commencent à se tordre. Une lourde poitrine non retenue, fanée par les tétées,tombe sur un ventre aux plis disgracieux. Elle installe sa chaise et son nécessaire à filer.

Sa fille Rose belle plante à marier de 20 ans attend avec sa mère les premières arrivantes,  le fils Alexandre âgé de 17 ans est encore toléré parmi les femmes et se tient coi près des bêtes, il attend son compère Joseph Perrin et surtout la petite Eugénie qui lui plaît fortement.

La première qui arrive est aussi une femme Hardy c’est sa belle sœur Marie,  née Moreau elle a 28 ans et vient de convoler avec François le charron, elle amène sa chaise et son bout de chandelle.

A peine installées Louise Angélique Cré veuve Perrin les rejoint, c’est l’ancienne du hameau, elle a 56 ans, mais encore vive et pleine d’ardeur, trop vieille pour se remarier elle veille sur sa marmaille qui essaime dans les environs. Elle aussi à sa chaise et son ouvrage de couture.

Son grand dadais de fils que l’on surnomme Napo se place à coté d’Alexandre. Ce surnom ridicule venant de son troisième prénom, Napoléon que son feu père le berger contestataire avait imposé à la communauté en plein retour du gros Bourbon.

Arrivèrent ensemble, Marie Céline Hochet femme Groizier et Françoise Couesnon femme Cré.

Françoise va saluer sa tante par alliance Louise Angélique Cré et s’installe en cercle avec les autres, suivie de près par son marmot de 3 ans qui se cale entre ses jupes.

Puis arrive enfin Marie Madeleine Remy femme Delaitre 45 ans avec ses deux filles Alexandrine et Eugénie.

Les deux adolescents postés près du cul des vaches ne se sentent plus d’importance devant les deux nymphes de 17 et 18 ans qui prennent la précaution de se mettre à l’autre bout de la pièce.

La dernière,  comme de coutume est Marie Hochet la femme du tuilier du  » château Launoy Renault  » Isidore Groizier, elle a 47 ans et est accompagnée des enfants du premier mariage de son mari.

Toutes sont maintenant en place, ouvrages de couture, filage, cageot de haricots à écosser sur les genoux les conversations s’engagent. La veuve Perrin poursuivant une vieille occupation familiale confectionne même des cajets à fromages. Personne n’est donc inactif, papoter oui mais pas faignanter.

Le froid et les atteintes à la végétation sont pour l’instant le sujet de conversations, puis peu à peu les bavardages portent sur les ragots de Verdelot. Untel va se marier, unetelle est grosse d’un gars de Villeneuve sur Bellot, le vieux vigneron de la Couarde est mort.

La soirée se poursuit et l’on mange quelques noix, l’atmosphère est détendue et le badinage s’arrête sur Marie Moreau qui vient juste de se marier.  » Le François l’est il bon au lit ou l’a t ‘il noué.

La réponse est salace, on écarte les petits. Les adolescents n’en perdent pas une miette, la veillée se veut aussi éducative.

Dans l’étable où tous se serrent la chaleur a augmenté, une douce quiétude envahie les corps. L’odeur des bêtes et celle acre des femmes mal lavées se rejoignent. Bouses, urine, sueur et crasse apportent un fort parfum mêlé à la fumée nauséeuse de la chandelle.

Rosalie Hardy la maîtresse des lieux se met maintenant à raconter une histoire merveilleuse venue du fond des temps.

Sachant les mères occupées à ouïr avec attention la belle narration maintes fois rabâchée, les adolescents mâles se sont rapprochés des adolescentes.

Eugénie la plus dégourdie des deux sœurs vole un baiser à Joseph et Alexandre caché par une vache enserre la taille d’Alexandrine, ébauches de jeux amoureux, ils n’iront pas plus loin même si l’ambiance animale qui règne dans l’étable enflamme leurs sens.

Marie Rémy toutefois veille au grain, et d’un regard ordonne à ses filles de s’écarter du fameux Napo, le petit berger dont la réputation de jeune coq trousseur de filles commence à se répandre dans les environs.

La soirée se prolonge les petits s’endorment dans les robes de laine de leur mère, il va falloir clore la soirée car les hommes doivent maintenant les attendre.

Les femmes se souhaitent la bonne nuit, remballent leurs ouvrages, reprennent leur chaise, réveillent les petits. Elles se reverront demain, au champs, au lavoir, à la traite, enfin partout car cette petite communauté fait encore corps entre elle.

Les adolescent tentent d’écarter leurs belles un instant à la surveillance des cerbères matriarches.

Joseph y parvient et par une étreinte témoigne à Eugénie sa juvénile vigoureusité. La petite ne s’offusque pas mais rejoint vite sa mère, il n’est point encore temps de lever cotillon.

Le silence se fait maintenant sur le hameau, chacun a retrouvé la chaleur de son lit.

Louise pense à son défunt Nicolas, Marie repousse les ardeurs de son homme, Adélaide s’endort auprès d’Isidore, la jeune mariée succombe aux assauts de son vaillant charron et nos adolescents rêvent aux douces friandises qu’ils n’ont encore pas le droit de toucher.

 

Source : La Brie d’autrefois de Jules Grenier

recensement Seine et Marne

État civil Seine et Marne

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« EXCUSEZ MOI ON S’EN VA FAIRE L’AMOUR » OU LA VIE AMOUREUSE DE MATHILDE »

Les quatre sœurs GUERIN

 

 

En cette fin de matinée de printemps 1906 les sœurs Guerin cheminaient en direction du hameau de la Gendronnière où se trouvait leur domicile. Comme tous les dimanches elles sortaient de la messe qu’elles avaient été entendre au bourg principal nommé Le Girouard. Cette petite commune de Vendée où coulait tranquillement la rivière du même nom étendait son emprise sur une foultitude de petits hameaux.

Chacun et chacune rentrait donc à son domicile pour y jouir du repos dominical et la jeunesse du village s’égaillait dans toutes les directions.

L’aînée Marie avait 17 ans et sa sœur puînée Mathilde 16 ans, vêtue toutes deux d’une belle robe grise d’un beau tablier et d’une coiffe blanche, elles cancanaient gaiement et parlaient des garçons.

Aucune des deux n’avait encore d’amoureux bien défini alors que bien des filles de leur âge avaient déjà conté fleurette.

A la sortie du bourg alors qu’elles avaient distancé leur mère et les deux petites pestes qui leurs servaient de sœurs un groupe de garçons les attendait.

Les deux petites vierges vendéennes baissèrent la tête en rougissant et allongèrent leurs pas. Les garçons les suivirent et la conversation s’engagea.

Les compères obtinrent l’autorisation d’accompagner les deux petites jusqu’à la Gendronnière, oh non pas jusqu’ à la maison mais tout de même pas très loin.

Il ne se passa rien évidement , simplement du badinage et des roucoulades, Jean et Aimé ne voulant point effaroucher les deux belles.

La même scène se répéta de dimanche en dimanche et les garçons se rapprochaient de la maison, puis vint un jour où il fut convenu que les deux jeunes hommes repasseraient en soirée.

Mathilde et Marie en bredouillant avertirent leur mère que des garçons passeraient au moment du souper . Clémentine qui était passée par cette étape elle aussi, acquiesça avec un sourire et les avisa qu’elle avertirait le père. Elle avait autrefois apprécié cette coutume et elle n’entendait pas en priver ses filles.

La maison possédait comme la plus part des demeures paysannes une grande pièce à vivre et une grande chambre où tous s’entassaient dans une promiscuité que nul ne contestait. Le lit des parents se trouvait à l’angle du fond, celui des deux garçons en face, celui des deux petites de l’autre coté et celui de Mathilde et de Marie occupait le dernier angle disponible. Des rideaux servaient de rempart ultime à la discrétion.

L’après midi fut longue pour les deux adolescentes, le père avec les deux petites se moquaient de ce premier rendez vous.

Le soir tombait, la table fut dressée et la soupe servit, l’appétit des filles n’était guère au rendez vous.

On frappa à la porte et deux benêts passèrent dans l’encadrement.

Charles Guerin les fit asseoir et leurs offrit un coup à boire, comme on se doute la conversation tourna court et les deux garçons se levant sans plus de façon demandèrent au deux filles si elles voulaient bien leur parler.

Elles acceptèrent avec empressement et entraînèrent les deux garçons dans la chambre et refermèrent la porte laissant le reste de la famille autour de la table.

Matilde s’installa avec Jean aux pieds de son lit, Marie et Aimé s’installèrent aux pieds du lit des petites sœurs.

Les deux couples engagèrent la conversation et bientôt dans la chaleur de la pièce les garçons s’enhardirent à voler des baisers. La nuit était maintenant tombée et les petits bécots du début avaient laissé place à de francs baisers langoureux.

Les amoureux furent dérangés par les deux petites qui vinrent se coucher, mais Élisabeth et Augustine habituées à la discrétion ne troublèrent nullement les embrassades des tourtereaux.

Jean devint rapidement entreprenant et caressa sa belle, elle dût le freiner, nous n’en étions qu’au premier rendez vous.

Du coté du couple Aimé et Marie les choses avançaient avec promptitude et la main du garçon goûtait déjà la douce quiétude de la peau de Marie.

Mais avouons le, Marie avait menti à sa sœur et elle connaissait déjà intimement son prétendant pour l’avoir reçu en son pâtis lorsqu’elle gardait les vaches.

Les deux parents se couchèrent sans que les deux couples ne cessent leurs embrassades. Mais au bout d’un moment la voix de Charles se fit entendre.

 » o serat le moument de dételàe de boune eùre  »

Les deux garçons sur la pointe des pieds sortirent de la chambre et l’on convint de se revoir le dimanche suivant.

Les deux filles bien énervées eurent du mal à s’endormir.

Le dimanche suivant un scénario un peu différent se présenta, Jean et Aimé peu discret dans la semaine avait battu campagne sur les douces embrassades des sœurs Guerin.

Au moment de la soupe 4 garçons se présentèrent, Charles amusé les fit asseoir. Après les civilités un gars de la Chapelle Achard se leva et demanda à Mathilde si elle voulait aller faire l’amour dans la chambre, elle accepta et Jean en resta comme deux ronds de de flan. Bientôt rejoint par Marie et un nouveau gars de Sainte Flaive, les jeunes gens s’installèrent aux pieds des lits. Mathilde avait en une semaine prit de l’assurance et embrassa vivement le jeune prétendant.

Mais cette nouvelle bouche ne lui plut guère et elle le congédia, ce dernier de bonne grâce laissa sa place de nouveau à Jean. Marie la sœur hésita longtemps mais changea aussi de galant.

Le manège se répéta de dimanche en dimanche et Mathilde essaya pas mal de gas du pays, mais chaque fois elle revenait au doux Jean qui bon gars acceptait la coutume d’essayage.

Puis vint le jour où le choix fut fait et des embrassades bien sages l’on passa aux choses sérieuses.

Cette coutume incroyable qui ressemble un peu au  » maraichinage  » était acceptée par tous et les parents laissaient leurs enfants presque aux yeux de tous, essayer différents garçons. Le cadre familial était rassurant, les garçons connus, tout était sous contrôle ( presque )

Les garçons obtenaient les rendez vous après avoir raccompagné les belles de plus en plus près de chez eux, mais parfois y venaient spontanément.

Les filles avaient libre choix d’accepter ou non et visiblement ne se privaient pas d’en accepter un certain nombre.

Ces petites ingénues se devaient de respecter deux choses, jamais sur le lit et pas de coït. L’ éventail des possibilités était large. Les plus sages se contentaient de la simple exploration linguale, d’autres plus délurées poussaient jusqu’aux caresses . Pour les moins sages, les culottes étaient ôtées et l’auto stimulation pratiquée.

Les parents donnaient leur accord tacitement comme leurs propres parents leurs avaient donné le leur.

Il ne semble pas que le nombre de grossesses illégitimes fut particulièrement élevé. Les couples tout en assouvissant leurs envies ne passaient que rarement à l’étape ultime sans être mariés.

Comme pour le Maraichinage, la masturbation réciproque n’intervenait qu’en fin de processus pour les bons à marier et pour faire patienter.

Il n’empêche qu’il devait bien être gênant de s’embrasser à bouches que veut tu et voir plus alors que les petits frères et sœurs puis les parents étaient couchés à proximité.

Ne nous formulons pas non plus de l’expression  » veux tu faire l’amour dans la chambre  » ce n’était pas une invitation sexuelle.

On voit donc que nos ancêtres ne versaient guère dans la pruderie, accepteriez vous que vos enfants roucoulent aux pieds de votre propre lit !!!!!!

PS : Mathilde épousa Jean Marie Proux et Marie épousa Aimé Raffin, il est évident que l’arrière grand mère de ma femme ne raconta point ses ébats amoureux à ses descendants mais il me plaît assez de penser qu’elle respecta cette belle coutume d’essayage.

Source :  » Amours d’autrefois  » de Michel Gautier et les  » amours paysannes, amour et sexualité dans les campagne  »de Jean Louis Flandrin.

Photo : source personnelle

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LES CURÉS D’AUTREFOIS

Une église Seine et Marnaise

 

Le curé de village dans la société paysanne occupait une position centrale dans la communauté.

Installé dans sa cure ou son presbytère à l’ombre de l’église il était le personnage phare, celui que tout le monde connaissait et saluait avec déférence.

Sa tenue le distinguait car il portait soutane noire, était normalement tonsuré et ne devait point porter perruque.

Il avait un niveau de culture bien supérieur à l’ensemble des paroissiens car rappelons le le temps des curés ignares était bien passé au 18ème siècle.

Il avait en général côtoyé une école secondaire puis le grand séminaire. Certain par goût , par capacité ou par moyen était même docteur en théologie et avait fréquenté les doctes universités.

Bien évidement il parlait couramment une deuxième langue à savoir le latin, cette dernière bien que chantante n’était point comprise par les paroissiens.

La plupart du temps il était de la région, ce qui était très utile pour en connaître le patois et les us et coutumes .

Il était rarement très jeune car pour être prêtre l’âge requis était de 25 ans, ensuite il fallait trouver une cure disponible et s’y faire nommer. Entre la sortie du séminaire et l’attribution d’une paroisse les années pouvaient être fort longues. Les non pourvus devenaient vicaire dans le meilleur des cas, c’est à dire remplaçant ou adjoint d’un curé en place.

Pour parvenir à la prêtrise il fallait de nombreuses années d’étude et en ce temps seule une situation professionnelle aisée des parents pouvait le permettre.

Les curés ne venaient donc que très rarement des milieux défavorisés.

Ce dernier était rétribué au moyen de la dîme, s’ il ne la percevait pas lui même il en recevait une partie que l’on nommait portion congrue.

Je m’explique:  il existait deux types de paroisse celle dite bénéficiaire et celle à portion congrue.

Dans le premier cas, le curé exploitait son temporel et sa dîme lui même, soit en exploitant sa terre lui même ou en la louant à un fermier. Il était de facto un propriétaire qui exploitait sa terre .

Le décimateur primitif ayant abandonné au profit du curé la perception de cet impôt.

Dans l’autre cas le décimateur versait une somme au curé que l’on nommait portion congrue, ce personnage était bien évidement un haut dignitaire, Évêque, Abbé, Chapitre et Chanoines.

Cet impôt appelé aussi la décime portait sur le dixième de la récolte, mais comme on peut s’en douter entre la théorie et la réalité le pas était immense. En vérité l’anarchie était totale , pas une province n’avait le même pourcentage, pas un diocèse n’utilisait les mêmes bases, aucune commune ne payait pareil et comble de l’iniquité les taux étaient variable pour une même paroisse.

Le curé avait-il les moyens de vivre de sa portion, il semblerait que oui car même si il devait en garder une part pour ses pauvres cette somme était largement supérieure à ce que pouvait gagner un laboureur.

Il n’avait pas charge de famille et en plus percevait le casuel qui si la paroisse était importante pouvait être un complément fort intéressant.

Le casuel était l’argent collecté aux offices, aux enterrement, aux baptêmes etc.

Un curé bénéficiaire était il plus riche que celui soumit à portion congrue ? cela était aussi très variable, mais il est avéré que cette portion congrue n’était pas si mince et que le curé qui la percevait n’était pas si pauvre.

De plus le curé pouvait posséder des biens en propre et les faire fructifier.

Pour conclure notre homme en noir se plaçait certainement parmi les notables du village.

Laissons maintenant ces contingences matérielles somme toute très variables et concentrons nous sur le quotidiens de ces acteurs de la vie villageoise.

On a vu qu’il habitait au presbytère quand le village en possédait un et  il avait une servante qui ne devait pas avoir moins de 50 ans.

Son activité maîtresse était évidement la célébration de la messe et il pouvait y en avoir une palanquée.

Au cours de ces messes il célébrait évidement l’eucharistie, mais prêchait la parole divine, tout cela dans un latin parfait et codifier par la haute autorité.

Une partie de la cérémonie s’adressait en la langue du village , le curé sermonnait ses ouailles, les sujets étaient variés, respect des coutumes, des lois, de l’autorité, de l’orthodoxie religieuse, mais aussi des bonnes mœurs. En bref il se mêlait de tout et était un rouage intermédiaire entre l’autorité royale et les villageois.

Au prône il lisait en effet les édits et les ordonnances royales

Le curé lançait aussi des monitoires qui étaient comme des appels à témoins pour des crimes ou des délits.

Notre bon prêtre ne chômait guère, entre les baptêmes, les relevailles, les mariages, l’extrême onction, les enterrements, les messes, les célébrations de fêtes religieuses, les jubilés, les visites pastorales.

Il avait aussi vocation à aider les pauvres, faire le catéchisme et aussi parfois l’exorciste . Il lui arrivait aussi à l’occasion d’être maître d’école.

Et puis évidement l’occupation qui nous intéresse le plus en tant que généalogiste est la tenue des registres de catholicité. En effet comme chacun le sait l’ordonnance royale de Villers-Cotterets en 1539 ordonnait au curé de tenir une sorte d’état civil, registre en 2 exemplaires, l’un au village, l’autre au greffe de la sénéchaussée ou au greffe du bailliage.

Il pouvait aussi à l’occasion recevoir le testament d’un moribond si le temps pressait ou qu’aucun notaire ne se trouvait disponible.

Nos bons curés attentifs à la bonne marche du village se mêlaient aussi de la vie privée de ses paroissiens qu’ils recevaient au confessionnal.

Les mères qui tardaient à faire abandonner le sein à leur marmot sous prétexte de retarder une nouvelle maternité, les demoiselles un peu légères, celles qui tardaient à avoir enfants recevaient une sévère algarade.

Nos curés éclairés diffusaient parfois des idées nouvelles en termes d’agriculture, de botanique ou d’alimentation.

Voila pour ce tableau certainement incomplet et sommaire des occupations de nos curés d’ancien régime.

Complètement intégrés, respectés et voir aimés par les paroissiens, ils furent des acteurs majeurs de la société d’autrefois.

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LES CURÉS D’AUTREFOIS ( SUITE )

Église d’Aulnay de Saintonge

 

Cet article est destiné à tous les chercheurs amateurs et passionnés que nous sommes.

La généalogie a pour source essentielle la lecture des registres paroissiaux puis d’état civil.

De la belle écriture de ses rédacteurs dépend notre compréhension et notre vitesse de déchiffrage.

Les choses sont, disons le, très simples après 1792, des officiers d’état civil, une forme standardisée de rédaction et une écriture somme toute à peu près correcte.

Mais intéressons nous à la période antérieure où les registres étaient tenus par des curés.

Qui étaient ces hommes et comment étaient ‘ils organisés ?

Bien entendu je vais résumer, car sinon il faudrait que j’écrive une œuvre en dix tomes. Le but de mon texte étant de s’y repérer un peu dans les fonctions et la hiérarchie ecclésiale.

CURÉ

A la base se trouve notre curé , il est à la tête d’une paroisse dont les diversités en nombre d’habitants et en étendues sont très nombreuses.

De quelques dizaines d’habitants à plusieurs milliers la charge n’est évidement pas la même.

ARCHIPRÉTRÉ

Regroupe plusieurs paroisses et est contrôlé par un archiprêtre.

Là aussi pas de règle, le nombre de paroisses formant un archiprêtré est très variable.

ARCHIDIACONÉ

Cette appellation concerne un regroupement de plusieurs archiprêtrés qui on s’en doute maintenant sont de tailles variables.

ÉVÊCHÉ

A la tête du diocèse se trouve évidement l’évêque qui commande l’ensemble.

Là aussi aucun diocèse Français n’est de taille équivalente il en est des petits et des grands , des riches et des pauvres. Ils ne correspondent pas à nos départements actuels et souvent ne correspondent pas à une province ou à une région.

Ces découpages un peu anarchiques venus du moyen age et pratiquement inchangés jusqu’à la révolution ne correspondent plus toujours à la répartition géographique du siècle des lumières.

Pour résumer le curé est le détenteur d’une cure, l’archiprêtre est à la tête d’un regroupement de paroisses et l’archidiacre est le responsable d’une subdivision du diocèse que l’on nomme archidiaconé.

Voilà pour quelques appellations que nous rencontrons souvent, nous allons en voir d’autres mais examinons un peu comment on arrivait à de tels postes.

Pour la période qui nous intéresse les prêtres étaient des lettrés ( évidement il y avait différents niveaux ), ils avaient donc fréquenté des écoles.

Petits séminaires qui correspondaient aux collèges et lycées et qui formaient des futurs séminaristes mais aussi des laïcs.

Puis venait le grand séminaire qui formait les prêtres.

Globalement petits et grands séminaires n’étaient pas gratuits et représentaient une charge importante pour les familles, ce qui éliminait le plus souvent les pauvres.

Les curés du siècle des lumières sont donc issus des classes sociales élevées ou moyennes mais rarement de la classe paysanne qui représente pourtant l’essentiel de la population Française.

Une fois le diplôme obtenu, la galère commençait car il fallait obtenir une cure. En utilisant les termes actuels, mieux valait avoir du piston, car l’attente pouvait être longue.

Trois méthodes existent pour se voir attribuer une cure.

La collation, la résignation et la primauté accordée aux prêtres gradués.

LA COLLATION

Pour faire simple, chaque paroisse possède un patron ou un collateur ( qui est censé descendre du fondateur de la cure ou en être son successeur )

Ce patron est très souvent l’évêque, mais est aussi abbés et religieux, chapitres et chanoines, abbesses et religieuses, prieurs et aussi quelques seigneurs laïcs .

Les patrons sont donc des hauts personnages qui placent des hommes liges. Le clientélisme, les endogamies familiales sont les règles de nomination par collation.

LA RESIGNATION

Le titulaire d’une cure se démet de son office devant notaire en échange d’une rente viagère.

Là aussi le clientélisme est la règle, les cures restent quelques fois fort longtemps dans des mêmes familles.

PRÊTRE GRADUÉ

Un prêtre gradué est le détenteur d’un diplôme universitaire. Il est en théorie prioritaire sur les cures urbaines.

Voila pour les nominations, le jeune curé âgé au minimum de 25 ans doit donc attendre une place vacante ce qui peut parfois prendre une dizaine d’années. Avec un tel système il n’y avait pas de règles bien précises, il fallait connaître du beau monde et se faire pistonner.

En attendant vous étiez vicaire, ( on voit souvent cette appellation sur les actes ), en quelque sorte un curé adjoint ou remplaçant. Mais là aussi, la chance et plus sûrement le soutien d’une connaissance étaient le gage de trouver un curé qui voulait ou pouvait partager sa cure et les bénéfices qui en découlaient.

En bref la mainmise sur une cure arrivait souvent à l’age moyen de 35 ans.

Voilà pour ce premier aperçu de l’organisation cléricale dans nos campagnes au 18ème siècle, un article fera suite et traitera  du rôle des curés dans un village.

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VIE ET MORT DU FRUIT NON DÉSIRÉ

 

 

Dans un paillis deux amoureux s’enlacent, les baisers succèdent aux baisers, les bouches se rejoignent. Il fait chaud les corps en sueur exhalent une odeur enivrante et excitante . Le jeune homme torse nu, puissant de jeunesse couvre de caresses une belle paysanne. Bientôt dans la fièvre des corps des barrières tombent, François téméraire fait jaillir à sa vue deux jolies mamelons.

Fermes, voluptueux et dressés notre berger y boit à volonté. La belle  se cabre et s’offre aux tendres étreintes. La suite ne se fait guère attendre, robe et jupon sont troussés. Dame nature en ce début d’été permet aux deux amants quelques libertés. François nu dans le pailler emporte la virginité de sa belle fée.

Nos Adam et Eve de Verdelot ayant pris goût à la volupté se revoient sans compter. Prudents ils ne se font pas remarquer par leur entourage un peu coincé. Mais la semence par trop donnée fait germer dans le sein de l’amour ensauvagé un œuf non désiré.

Marie Louise Guyot 24 ans annonce avec quelques craintes la nouvelle à son amant, François Luc Cré 21 ans ne trésaille pas de joie et pressant des difficultés.

Marie à la vue de la figure dépitée de François se met à pleurer, qu’elle sera sa destinée

Une grossesse sans être mariée dans cette dure société villageoise n’est guère appréciée le poids de la culpabilité retombe le plus souvent sur le dos de la femelle excitatrice des sens. Jetée dehors un bébé à la mamelle se transforme souvent soit en mendicité soit en prostitution .

François est honnête et ne fait pas preuve de lâcheté, il promet de réparer et de donner au fruit de ce doux péché son joli nom de Cré.

François et Marie Louise sont mineurs et de parents ne vont pas pouvoir se passer . Comment faire et comment présenter la chose.

Aux yeux de la communauté, Marie Louise est une étrangère, née à Chailly en Brie distant de 13 kilomètres elle ne peut être considérée que comme une voleuse d’homme à marier. De plus et pour compliquer, orpheline de père, sa mère remariée n’habite point non plus dans la localité.

François pur produit de Verdelot habite avec  père et mère au hameau de Pilfroid. Humble famille de manouvriers et de bergers, apparentée à beaucoup de famille de la vallée. La nouvelle est dure à avaler et c’est de haute lutte que François obtient l’autorisation parentale de convoler.

François, Marie Louise et le père Cré se rendent maintenant à la Ferté-Gaucher où gîte Marie Madeleine Lhuillier mère de l’imprudente engrossée.

Évidement l’affaire fut conclue au grand bonheur des deux mineurs. La mère de Marie Louise n’a par ailleurs aucun autre choix, quoi faire d’une traînée que personne ne voudrait. Sans le sou, ayant mit Pâques avant  les rameaux cette moins que rien ne peut que bénir le ciel d’être tomber dans cette famille.

Au sein de la communauté cette union maléfique est très mal vue et de joyeux quolibets accompagnent notre paysanne qui s’arrondit à vue d’œil, heureusement la parentelle fort nombreuse des Cré la protège d’outrages plus importants.

Le mariage arriva enfin et le mardi 21 mars 1775 devant une assistance nombreuse en l’église Saint Crépin et Saint Crépinien le curé marie les deux amoureux.

Les parents de François sont évidement présents ainsi que la mère de Marie Louise qui a fait le déplacement de la Ferté-Gaucher. Preuve à tous que l’union précipitée des deux amants s’est imposée à la communauté Briarde la présence du notaire Nicolas Beguin, d’Antoine Courtois bourgeois, de Louis Beschard marchand et futur maire de Verdelot ainsi que de Nicolas Neuchatel également marchand. Ces notables villageois firent taire les grincheux.

La noce fut traditionnelle malgré la difficulté de Marie Louise à effectuer le moindre pas de danse. Il était d’ailleurs plus que temps car le 29 mars cette dernière entra dans les douleurs de l’enfantement . L’accouchement fut long et douloureux, Marie Jeanne Dulphy sage femme et belle mère l’assiste de son mieux. Un être difforme sort de cette longue lutte et Marie Jeanne avant que toute vie ne s’extraie de cet amas de chair asexué l’ondoie selon les formules consacrées.

Le fruit interdit de l’amour de deux jeunes êtres, diable mérité issu du péché véniel est immédiatement cousu dans un drap. Vilain chaton ne méritant pas cortège, le petit mort né est emmené au cimetière où il est enseveli sous quelques pelletées de terre.

Un mariage et un enterrement ponctuent les débuts de cette famille qui fort heureusement ne dévia plus de la norme villageoise.

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