UN CONSCRIT DE CHARENTE INFÉRIEURE EN 1813, LA MARCHE VERS MAYENCE ( épisode 2 )

grenadier-1813

Le 16 novembre 1812, nos paysans militaires partirent en direction de Brest, lieu de dépôt du régiment. En vérité cela faisait une belle promenade de 430 km, nous étions en novembre et la pluie était de la partie.

Le groupe était maintenant assez étoffé, quelques vieux soldats remontés d’Espagne, la peau tanné et l’âme dure furent chargés d’encadrer les jeunes recrues. Pour eux une sinécure, pas de guet-apens, pas de population hostile, presque des vacances par rapport à cette maudite Espagne qui a englouti les forces vives de la nation.

Seul un capitaine, vieux, impropre au service était monté sur un cheval. Encadré par quelques tambours la troupe disparate repassa sous la porte Dauphine et prit la direction de la Vendée.

Encore aucune trace d’équipement militaire, chacun était vêtu de sa tenue de paysan, certains en souliers d’autres en sabots, un pauvre hère marchait même pieds nus.

Les vignobles à eau de vie laissèrent place aux labours. La colonne s’allongea et l’arrêt dans le village de charron fut la bienvenue.

Les instructions du Capitaine étaient claires, amener l’ensemble des conscrits à bon port, il n’était pas question d’en perdre dès la première étape.

Logés chez l’habitant avec un bon de logement, l’accueil était bon, on était encore au Pays.

Une soupe, un bol de lait caillé, le lit du fils de la maison, entourés de jeunes filles curieuses, le gîte était bon.

Le lendemain au Brault ils passèrent la sèvre Niortaise et entrèrent dans les marais. Ce paysage plat et désolé, balayé par les vents, ponctué par quelques huttes dans les roseaux s’étirait sans attrait dans une vaste platitude. Le clocher de Luçon en ligne de mire nos soldats en sabots malgré les éléments déchaînés marchaient encore de bon cœur. Groupés par affinités ils devisaient en cheminant.

A Luçon ils récupérèrent d’autres camarades, un peuple de hutiers et de cabaniers qui s’exprimaient dans un langage qu’ Antoine avait du mal à comprendre.

Puis ce fut la traversé de la Vendée, tout y respirait la différence, la langue, les costumes et le paysage. La région portait encore les stigmates de la guerre civile, des villages ravagés, des métairies abandonnées.

Ils firent halte à Napoléon Ville, nouvelle préfecture qui remplaçait Fontenay le Comte.Vaste chantier qui par la volonté d’un seul transformait un petit village en capitale  de département. Des rues tracées au cordeau imprimaient à peine le nouveau ordonnancement de cette nouvelle ville, géographiquement choisie pour surveiller le rude peuple Vendéen.

Les étapes devenaient maintenant difficiles et certains traînaient la jambe. L’arrivée à Nantes stupéfia nos culs terreux, l’immensité de la ville contrastait avec tout ce qu’ils avaient déjà vu. Là aussi ils reçurent un bon de logement mais hantèrent les rues de la vieille ville un moment avant de trouver leur gîte. L’étape devait durer 2 jours afin de permettre aux plus faibles de rejoindre et de reprendre des forces.

De la vie militaire toujours rien, de la marche et encore de la marche. La troupe s’agrandissait au fur et à mesure de la progression vers la pointe Bretonne. Un nouveau dialecte avait succédé à celui du sud de la Loire encore plus bizarre et impénétrable.

Antoine ne soupçonnait aucunement une telle disparité linguistique.

C’eut pu être un voyage initiatique si l’état de faiblesse de certains marcheurs, n’avait pas été inquiétant.

Joseph son copain de Ferrières se traînait lamentablement, une fièvre récurrente et une toux persistante l’affaiblissaient considérablement.

Puis ce fut la délivrance, le 8 décembre 1812, Brest la maritime se montra à leurs yeux.

A la caserne siège de leur dépôt, les conscrits furent triés en fonction de leur taille, Antoine avec son mètre soixante quinze se retrouva au 3ème bataillon de grenadier, il fut avec regret séparé de ses compagnons.

Joseph Feutre mal en point fut admis à l’hôpital maritime de Brest, ils ne se revirent jamais car le compagnon de son enfance s’éteignit 8 jours après son admission.

Un grand nombre de jeunes mouraient dans cet hôpital, victimes de fièvre ou de fatigue.

Ces morts ainsi que les déserteurs obéraient les beaux chiffres du duc de Feltre ( Général Clarke,  ministre de la guerre )  qui s’exposait alors à de sévères mercuriales de la part du maitre .

Chacun se vit attribuer un uniforme, 2 paires de soulier, un fusil et un sabre briquet, une giberne , et une baïonnette. Un drôle de fourniment, heureusement les anciens sous la promesse de quelques tournées vous aidaient.

Quelques jours d’instruction militaire, les troupes sous la direction des officiers s’exercèrent aux déplacements en rangs serrés et  au maniement d’armes.

La nouvelle du départ arriva, direction l’Allemagne, miséricorde c’était  le bout du monde.

D’ailleurs les cadres du régiment étaient nerveux, des bribes de nouvelles arrivaient parcimonieusement. L’empereur serait à Paris et son armée fort mal en point.

La vérité fut cachée et Antoine et ses camarades ne connurent l’ampleur de la catastrophe qu’en remontant sur leur ville de destination. En effet en cette fin d’année 1812, la situation n’était guère à l’avantage des Français.

La grande armée cosmopolite de juin 1812 n’était plus maintenant que l’ombre d’elle même, 400000 hommes engloutis par le feu, les pluies, le froid, la faim, la maladie et les combats. L’artillerie était entièrement à refaire, et la cavalerie annihilée par la mort de milliers de chevaux, n’était qu’un fantôme de sa gloire passée.

Napoléon revenu en catastrophe après le passage de la Bérézina s’efforçait avec son génie coutumier de reconstituer une armée cohérente qui irait soutenir les résidus de la grande armée en Allemagne.

L’empereur à son départ avait laissé le commandement à son beau frère Murat, ce ne fut pas un bon choix, ce roi d’opérette entendait plutôt sauvegarder son royaume. Eugène le fils adoptif ou le beau fils se retrouva à la tête de ce commandement désespéré, il fit se qu’il put mais ayant toujours agit en sous ordre, la tâche le dépassa complètement.

Le prince d’Eckmuhl eut certainement prévalu.

Évidemment Antoine au fin fond de la Bretagne ne savait strictement rien de tout cela, comme chacun il avait le sentiment diffus que les choses ne tournaient plus très rond, cela s’arrêtait là.

En attendant il était fier de son fusil modèle 1777, conçu en son temps par l’ingénieur Gribeauval et de sa meurtrière baïonnette. Efficace mais un peu lourd quand on le portait plusieurs heures et a vrai dire assez encombrant par sa longueur.

Pour les exercices une sorte de tenue de travail était utilisée, il fallait économiser le bel uniforme. Chaque incorporé n’était pas encore muni de tous ses effets, la toile manquait, et les fusils aussi.

Le départ se fit, 1056 km, plusieurs mois de marche avec un barda de près de 30 kilos.

La musique en tête, encadré par des gendarmes à cheval, ( pour se prémunir des désertions en passant par l’indompté Bretagne ), le long convoi se mit en route, marche ou crève, sera le leitmotiv pour les semaines à venir.

Napoléon le stratège a gagné ses batailles avec les jambes de ses hommes.

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Les » Marie Louise » de  1813-1814, courageux et déterminés, mais surtout inexpérimentés

En attendant tout se délitait, les lignes de défense prévues par le génie corse reculaient, du Niémen à la Vistule, de la vistule à l’Oder, de l’oder à l’Elbe, puis de l’Elbe à la Saale. Les prussiens encouragés par la trahison de Yorck avaient déclaré la guerre, les saxons étaient peu sûrs et les hollandais se soulevaient sporadiquement. Le traitre Béarnais était passé dans le camps des Russes, la perfide Albion déversait son or et ses fusils et beau papa François dirigé par le maitre diplomate Metternich, retournait doucement sa veste. Les russes poussaient toujours plus loin leur avant garde et la seule apparition de quelques cosaques déclenchaient souvent une panique générale.

En bref un monde s’effondrait et Napoléon tentait d’arrêter le sable avec ses mains. Faisant flèches de tous bois, troupes de Marine, Gardes Nationaux, cadres de l’armée d’Espagne, conscrits des levées antérieures, tout était bon pour reconstruire son instrument guerrier.

Pendant ce temps Antoine Delavaud marchait en une longue colonne, les plus faibles avaient maintenant disparu, laissés dans les hôpitaux ou chez l’habitant. Lors des haltes un peu importantes des exercices étaient organisés, mais l’ensemble était encore loin d’être cohérent. Les mouvements d’ensembles étaient hésitants et personne n’avait encore fait de tir à la cible.

Le 15ème de ligne n’était évidement pas seul sur la route, plus on approchait, plus les masses humaines de chairs fraîches augmentaient. Des cavaliers, des trains d’artilleries, la Garde impériale, des caissons de munitions, des généraux empanachés avec leurs domestiques et leurs aides de camps, tous s’empressaient.

Puis enfin la délivrance, Mayence et le mythique fleuve frontière.

Petite ville de garnison et dépôt avancé cette dernière présentait un indescriptible désordre, des milliers d’hommes y arrivaient et en repartaient chaque jour. L’intendance avait du mal à suivre, encore et toujours des bons de logement. Mais comment loger une telle masse de soldats, Antoine et sa compagnie furent entassés dans une maison bourgeoise déjà surchargée. Ils se casèrent comme ils purent, puis se rendirent dans la ville pour y trouver pitance.

Une foule cosmopolite et bigarrée s’y trouvait, des uniformes de toutes les formes et de toutes les couleurs. Grenadiers, fusiliers, vélites, flanqueurs, cuirassiers, hussards, chasseurs, dragons, artilleurs, ouvriers, chirurgiens tous erraient dans les vieilles ruelles en quête d’une hypothétique bonne fortune. Toutes les couleurs  et la diversité des tissus faisaient penser à une ville orientale.  Antoine y entendait pour la première fois la langue chantante des Italiens, celle rude des Polonais, celle gutturale des Allemands et des Alsaciens. Il fut même surpris d’y entendre de l’espagnol et du russe. Autour de cette Babel gravitait un essaim de cantinières et de femmes de mauvaise vie. Antoine ne céda pas à la tentation et ne fut pas contaminé d’une chaude de pisse  comme bon nombre de ses copains. Il se délecta simplement d’un verre d’eau de vie qu’ici on appelait schnaps. Les maigres piécettes qui lui restaient , il les gardait précieusement comme un dernier viatique.

Mayence était une destination transit, il n’y resta guère et sut enfin sa destination finale.

Heureusement il n’avait guère de kilomètres à faire car son bataillon rejoignit  la ville d’Hanau ou se trouvait cantonné le corps d’armée qui allait désormais être le sien.

Antoine ignorait qui était le maréchal Marmont chef du 6ème corps, il savait seulement qu’il était duc de Raguse et un des proches de l’Empereur.

Constituée de 3 divisons d’infanterie et d’une de cavalerie, Antoine et son régiment échouèrent dans la 22ème ,commandée par le Baron Friedrich. En outre il aperçut pour la première fois le commandant de son régiment le colonel Levavasseur. Un corps de  60000 hommes réunit entre Hanau et Fulda et qui constituera avec d’autres l’armée du Main.

Cette fois la vie militaire se faisait  enfin sentir dans toute sa rigueur, plus de billets de logement mais un campement spartiate dans des tentes perçues à Mayence. La vie était dure, corvées, et exercices militaires se succédaient, Antoine tirait enfin à la cible.

Des mouvements en bataillons et en régiment furent organisés afin de familiariser les troupes aux déplacements de masse, vaste chorégraphie que ces passages de la colonne à la ligne ou de la ligne aux carrés. Répondant aux sons de la musique régimentaire et au code des fanions, chacun s’efforçait de s’intégrer dans cette masse qui le jour de la bataille serait l’ultime rempart.

Le magnifique Maréchal Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont duc de Raguse était même venu les passer en revue. Quelle fierté, il ne restait plus que le baptême du feu tant attendu

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UN CONSCRIT DE CHARENTE INFÉRIEURE EN 1813 ( 1er épisode )

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Les tombes des soldats de la grande armée Napoléonienne sont relativement rares et leur découverte au hasard d’une allée de cimetière revêt un caractère assez magique.

Lorsque un jour d’hiver cherchant la tombe d’un soldat de la seconde guerre, la stèle d’un vaillant grognard m’est apparue .

Son épitaphe relatait sommairement sa vie, mettant en avant sa magistrature communale et son élévation à la dignité de chevalier de la légion d’honneur. Ces renseignements attisèrent ma curiosité et l’opportunité d’écrire une jolie histoire se faisait jour.

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Porte Dauphine avec les casernes en second plan.

1812

L’ocre Corse dévore ses enfants.

Alors que la grande armée ne s’est pas encore consumée dans les steppes Russe, il appelle déjà son armée de demain.

Les décrets tombent et les Senatus consultes se succèdent.

Celui du 1er septembre demande 120 000 hommes à prendre dans les classes 1813.

La conscription en cette époque était régi par la loi Jourdan- Delbrel. Chaque jeune homme de vingt à 25 ans était inscrit sur une liste on les appelait les conscrits.

Chaque commune avait établi la sienne. Ensuite venait le temps du tirage au sort, le maire en présence des conscrits, d’un officier de recrutement ou de gendarmerie mettait dans une urne autant de bulletin qu’il y avait de conscrits. Chaque jeune homme puisait son bulletin à tour de rôle et plus le numéro était élevé plus les chances de ne pas partir étaient élevées. C’était bien sur vrai au début de l’empire mais en 1812 les levées étaient plus importantes et les chances de ne pas partir s’amenuisaient .

Lorsqu’on avait tiré le mauvais numéro on passait le conseil de révision. Visite rapide, taille requise 1 m 54, aucune infirmité et le tour était joué.

La mascarade se poursuivait ensuite dans la rue où la musique militaire jouait la sarabande, on accrochait ensuite un petit ruban à son chapeau et l’on finissait dans une auberge pour boire et chanter.

La fièvre retombait rapidement et c’est avec anxiété que les futurs partants attendaient leur feuille de route.

A Ferrières petit village de la province d’Aunis le scénario fut en tous points conforme à ceux des autres villages Français.

Antoine Delavaud né le 7 décembre 1793 dans la commune était donc de la classe 1813, fils d’un cultivateur il était très attaché à sa terre et rechignait à la quitter.

Ce jour là sous les yeux d’André Dubois le maire, il tira un mauvais numéro. D’une taille avoisinant les 1 mètre 75, musclé par les travaux des champs, notre paysan n’avait aucune chance de se faire recaler au conseil de révision.

L’un des gendarme lui prédit même qu’il se retrouverait dans les grenadiers.

Il se retrouva bon pour le service qui était d’une durée de 5 ans, autant dire une éternité

Il ne possédait pas les 1500 francs qui lui aurait permis de trouver un remplaçant, si toutefois il avait pu en trouver un. Ces derniers se faisaient très rares, la conscription légère au début de l’empire pesait maintenant de tout son poids sur la jeunesse française et les pauvres bougres attirés par la somme rondelette du remplacement se faisaient plus que discrets .

Antoine Delavaud se retrouva le numéro 55 sur la liste de désignation du canton de Courçon

Ce jour là Antoine ne fut pas le seul du village a être appelé sous les drapeaux, Feutre Joseph, Drapeau Jean et Jousselin Henri furent également requis au service.

En novembre 1812 chacun reçut sa feuille de route. Le premier rassemblement se trouvait à La Rochelle mais la destination finale était le dépôt de la ville de Brest.

L’ensemble des conscrits du canton de Courçon , de Surgères et d’Aigrefeuille se vit attribuer la même destination.

Le régiment qui allait accueillir nos conscrits Aunisiens était le 15ème régiment de ligne.

Le jour du départ, la famille et les amis des 4 infortunés de Ferrières se réunirent pour leurs souhaiter bonne chance.

Après avoir moult fois embrassés leurs proches, ils prirent la route.

Antoine embrassa sa mère Marguerite et donna une accolade à François son père.

Il ne reverra plus ce dernier.

Le cœur gros et plein d’anxiété ils s’ éloignèrent du clocher de leur petite église.

La Rochelle, la maritime était à 5 heures de marche, une peccadille pour ces paysans rompus à la marche.

Rejoints sur la route impériale Paris La Rochelle par un gars du Gué d’Alleré et par les conscrits de Saint Sauveur D’Aunis, ils formèrent bientôt un petit groupe.

Sur leur gauche les moulins de Saint Sauveur dressaient leurs ailes comme pour un adieu, un peu plus loin celui de Nuaillé d’Aunis les salua également.

Ils arrivèrent bientôt dans le village de Nuaillé, au delà de ces marécages, la terre incognita commençait pour certains.

Ensuite poursuivant les mornes paysages, ils laissèrent Loiré sur leur gauche puis Usseau sur leur droite. Ils avaient parcouru la moitié du chemin et cassèrent une croûte.

Ils traversèrent enfin le village de Dompierre, encore un effort et la belle cité leurs tendrait les bras.

Les Brandes, La Motte , La Vallée, Beaulieu puis après une légère montée, des moulins en grand nombre. Ce lieu élevé, appelé des Justice offrait une vision grandiose de la fière cité.

Antoine était déjà venu, mais d’autres découvraient cet univers aussi lointain que proche pour la première fois.

Ces tours de pierres blanches, ces clochers nombreux et ces remparts suscitaient l’admiration. La ville ceinte de murs, s’ ouvrait  aux campagnes environnantes par des portes, Royale, Dauphine, Saint Nicolas et porte Neuve. Antoine Delavaud et ses comparses se présentèrent à la porte Dauphine qui desservaitla les routes menant à Nantes et à Niort . Non close en cet après midi, les sentinelles leurs indiquèrent la direction à prendre.

Rien de plus simple, les casernes se trouvaient juste à coté, nommées la jeune et la vieille ou Bravoure et Subordination en référence à la date de leur construction ou à la dénomination révolutionnaire, ces bâtiments typiques de l’architecture de Vauban se dressaient fièrement dans l’axe de la triple porte construite par Ferry

Accueillis par des ordres gutturaux avant goût de la vie militaire nos jeunes conscrits inaugurèrent leur vie militaire.

Un coin de paille et une soupe furent leur ordinaire.

Chacun se groupa par village et par canton, on était entre Pays.

Ils apprirent par les premiers arrivés qu’ils repartiraient rapidement . La Rochelle n’étant qu’un lieu de transit . La majorité des conscrits de la région rallièrent dans la journée.

Très peu de défections ou désertions, le Pays avait bon esprit et la peur des représailles contre les proches annihilait toute velléité de jouer à cache cache avec les gendarmes.

Antoine n’avait pas connu la royauté et les exploits des grognards avaient été son catéchisme.

Antoine, Joseph, Jean et Henri se casèrent où ils purent pour dormir et d’un sommeil agité par des mauvais rêves passèrent leur première nuit sous l’état militaire.

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LE CRASH DE JACQUES DARTEVELLE EN MISSION AU DESSUS DE LA POCHE DE LA ROCHELLE


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A bord de son Dewoitine D 520 le lieutenant Jacques DARTEVELLE vient de décoller de l’aérodrome de Cognac Chateaubernard pour une mission au dessus de la poche de La Rochelle.

Nous sommes le 1 mars 1945, la France est presque entièrement délivrée de la botte Nazie. Seules quelques poches allemandes subsistent sur notre territoire.

Jacques est pilote de chasse au sein de la GC II/18 Saintonge anciennement FFI Doret. Ce groupe ayant été reconstitué après la libération en 1944, est constitué d’avions trouvés à l’usine SNCASO de Blagnac. Il  est positionné à Bordeaux Mérignac avec un détachement sur la ville de Cognac où se trouve le commandement des forces aériennes atlantiques.

Dans l’attente de recevoir des Spifires, les pilotes français volent avec des Dewoitine D 520. Avions français , d’une envergure de 10 m et d’une longueur de 8,75 m, ils peuvent  atteindre la vitesse de 540 km/h. Lors de la campagne de France en 1940, ils ont largement prouvé leur efficacité face au Messerschmitt 109 de la Luftwaffe. Ils sont armés de 4 mitrailleuses et d’un canon de 20mm, bien qu’un peu moins rapides que leurs concurrents ils sont plus maniables et sont les seuls avions de la chasse française à pouvoir le concurrencer .

 

L’efficacité du matériel et la bravoure des pilotes ne purent compenser la mauvaise stratégie du haut commandement et la faiblesse du nombre de ces avions remarquables.

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Le lieutenant est expérimenté et compte une victoire homologuée à son actif.

Cette action eut lieu le 12 mai 1940 au dessus de la Belgique où à bord d’un Morane Saulnier Ms 406 il abattit en compagnie de trois autres chasseurs un Henschel 126.

Ses nombreuses missions et ses différents combats lui ont valu une première citation le 3 juin 1940, accordée par le Général Astier commandant la zone opération aérienne Nord.

Le 20 mai 1940 il a également fait acte de bravoure alors qu’il était en mission de couverture.

Seul, il a attaqué une importante formation allemande de bombardement . Au cours de l’engagement atteint par de nombreux projectiles il a posé son avion en feu dans les lignes françaises .

Ce brillant fait d’arme lui permit d’obtenir sa deuxième citation, accordée par le Général commandant en chef des forces aériennes françaises en date du 23 juin 1940

En ce mois de mars 1945, la ville de La Rochelle est encore aux mains de l’armée Allemande, son chef le contre amiral Stirlitz n’est pas un fanatique Nazi et ne compte pas détruire la ville et ses installations portuaires. Les français désirant préserver ce port atlantique et ne pas le voir soumis à une destruction assurée, commencèrent des négociations en la personne du capitaine de frégate Meyer.

Les deux marins, le français et l’allemand en hommes d’honneur s’entendirent et une convention fut signée entre Stirlitz et Meyer émissaires du gouvernement provisoire de la République Française.

Cet accord signé en octobre 1944 délimitait deux zones, une aux mains des allemands et l’autre des français . Entre les deux, une zone formait tampon.

Les 17000 hommes de la garnison Allemande étaient encerclés par les forces françaises de l’intérieur venues des maquis du grand Sud Ouest. Peu à peu remplacées par des forces régulières où s’amalgamaient des jeunes recrues et des anciens FFI aux ordres du colonel Chêne.

La principale préoccupation des troupes allemandes encerclées ,était la subsistance .  La difficulté de se procurer des vivres fut la cause des combats dans la poche de La Rochelle.

Le 1er mars 1945, 3000 allemands fortement armés soutenus par de l’artillerie et des mortiers tentèrent une percée au centre et au sud du secteur contrôlés par les hommes du 114 Régiment d’infanterie.

Cette attaque en direction de Mauzé sur le Mignon et Saint Hilaire la Palud amène la prise de Saint Jean de Liversay. La 2ème et la 8ème compagnie sont acculées à la reddition par manque de munition.

Le petit village ne restera que quelques heures aux mains des Allemands, une violente contre attaque des hommes du colonel Chaumette les contraindront à faire repli dans leur zone en emmenant un bien maigre butin à savoir quelques têtes de bétail, deux chevaux et des vieux véhicules agricoles.

Malheureusement cette stérile incursion occasionna la perte de 17 jeunes français de 41 blessés et de 293 prisonniers.

La mission du lieutenant DARTEVELLE en ce 1er mars fut de soutenir le 114 RI dans le secteur des marais de Saint Jean de Liversay. Après avoir effectué sa mission volant au dessus du village de Ferrière d’Aunis il perdit subitement de l’altitude et vint s’écraser sur un arbre.

Le choc violent ne laissa aucune chance au pilote malgré l’arrivée rapide des habitants de Ferrière.

Monsieur Paul Trémoulinas sortit le corps sans vie du jeune soldat, la dépouille fut ensuite conduite chez Monsieur Louis Chiasson. La gendarmerie de Nuaillé d’Aunis récupéra ensuite son corps pour être acheminé vers le lieu de sa sépulture en région parisienne.

Les restes de l’appareil furent démantibulés par les paysans du coin et le moteur pourtant la pièce la plus lourde disparu à tout jamais.

Jacques Dartevelle né le 24 janvier 1915 à Paris avait à peine 30 ans lorsqu’il périt victime de son devoir à quelques jours de la fin de cette triste guerre. Il laissait une jeune veuve.

Son corps repose au cimetière d’Enghien les Bains.

Brillant militaire qui a fait son devoir héroïquement en 1940 dans des conditions très difficiles pour l’armée Française et qui a sut reprendre du service au moment de la libération du territoire afin de terrasser les derniers occupants de notre patrie.

Le 13 mai 1947 il reçut sa dernière citation à titre posthume .

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Puisse ces quelques phrases ressusciter un instant une victime oubliée de cette tragique épopée.

Ps : L’avion s’est écrasé à proximité de l’actuel mémorial de la poche de La Rochelle

Remerciement à un habitant du village de Ferrières d’Aunis pour les renseignements et les photos.

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LE CHARIVARI DU BERGER DE VILLOUETTE

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En ce lundi 26 novembre 1736, le cortège de la noce s’ébranle, un violoneux engagé pour la circonstance ouvre la marche, oripeaux au chapeau il commence sa mélopée, les mariés Pierre et Françoise lui emboîtent le pas. La famille et les amis groupés derrière , forment un ruban qui serpente sur le chemin qui mène à l’église.

Lui est berger au hameau de Villouette, elle, fille de Saint Bon en Brie Champenoise demeure avec sa mère au bourg principal.

L’église sise au village n’est qu’ à une portée de sabots de Villouette.

A mi chemin, l’assemblée perçoit un bruit sourd qui va s’amplifiant au rythme de la marche.

Ce bruit que les mariés redoutent , chacun le connaît et s’y attend.

Pierre regarde Françoise et d’un sourire l’apaise.

A vrai dire tout sépare ces 2 êtres.

Pierre François est né au siècle du grand roi en 1663, noueux comme un cep de vigne, la peau brune et tannée par des décennies de pacage il se dresse encore fièrement.

Elle, blonde, les joues rosées, la poitrine belle et gonflée de ses 2o ans semble offerte en offrande à un vieux guerrier concupiscent.

Elle est née en 1716, l’homme qui lui tient le bras pourrait être son grand père. Plus d’un demi siècle sépare les 2 êtres. Union monstrueuse entre le minotaure et la jeune vierge.

Françoise n’avait évidement pas eu le loisir de discuter, au prix de négociations très serrées, un contrat avait été passé entre le berger Pierre François et la mère de Françoise la veuve Clement.

Que la jeune fille n’eut pas le droit au chapitre rien d’exceptionnel à cela, les épousailles n’étaient pas une histoire d’amour mais un contrat liant 2 parties . L’originalité  de celui ci réside  surtout dans la très grande différence d’age.

Lui était veuf depuis 1 an et n’entendait pas se passer d’une compagne dans sa couche. Alors quitte à prendre femme autant en prendre une jeune. Il avait un peu de biens et  était très âgé, l’affaire pourrait finalement se révéler excellente pour Françoise. Elle ferait une très belle veuve, jeune, avec un petit pécule et surtout émancipée de toute pression familiale, elle serait convoitée comme toutes les veuves et choisirait parmi ses futurs prétendants.

Nous n’en sommes évidement pas là, car pour le moment la noce s’est immobilisée.

A l’entrée du village un attroupement sonore s’est formé, composé de jeunes hommes et de quelques filles,ils ont revêtu des vieux habits et certains se sont enveloppés de peaux de bêtes.

Chacun à la vue de la noce frappe de toutes ses forces sur des casseroles, des chaudrons, des poêles ou des pelles. Une furie fait tourner une crécelle et une autre munie d’un sifflet émet un son strident qui perce dans le concert sourd des instruments culinaires.

Du concert sonore émergent des invectives grossières à destination des 2 mariés.

En ce monde paysan, les coutumes bonnes ou mauvaises ponctuent la vie autarcique des villageois.

Tout ce qui n’est pas coutumier est condamné par la vox populis, une union mal assortie, des veufs et des veuves qui se remarient trop rapidement, un mari battu ou cocu engendrent une émotion populaire que l’on nomme charivari.

Or, Pierre est veuf et le barbon a 53 ans de plus que sa future bergère.

L’événement est peu banal et se doit d’être célébré.

La famille François composée de Pierre et de ses 2 fils Edmé et Jean, est une famille respectée, le charivari se passera dans les règles de bienséance et les braillards se conduiront avec décence.

C’est que plusieurs degrés de charivari existent en fonction de ce qui est reproché aux épousés, le charivari simple celui qui est fait pour des mariés dont l’age est un peu disproportionné ou les veufs et veuves qui s’unissent trop vite après leur veuvage. Dans ce cas un chahut sonore est organisé le soir des noces, les mariés régalent en abondance et chacun s’en retourne dans la bonne humeur.

Dans le cas de Pierre et Françoise la différence d’age est tellement énorme que les jeunes du village s’étaient décidés pour commencer le charivari quelques jours avant la noce et de le poursuivre le jour de la célébration en effectuant en quelques sortes un défilé parallèle . Pour faire cesser ce tintamarre Pierre doit maintenant payer une rançon que se partageront les importuns. Bien sur ce paiement en argent dûment négocié ne dispensait pas de rincer le gosier des trublions.

Il restait un autre cas bien plus délicat, le charivari organisé pour un homme battu ou cocu. La mascarade se transformait en une sorte de bacchanale expiatrice ou les mauvais penchants de chacun ressortaient avec envie. Il y avait bien sur le bruit, mais se rajoutait à cela la course à l’âne.

Les mariés devaient monter sur un âne, lui à l’envers en tenant la queue de la bête et elle dans l’autre sens. Ils étaient ensuite promenés dans la tenue dans laquelle on les avait trouvés dans tout le village sous les quolibets et les invectives de la foule . Formellement interdit cet exutoire populaire pouvait fort mal tourner, coups et blessures, humiliation et parfois arrestation suivies de condamnation.

Nous n’en étions pas là pour Pierre et Françoise, le charivari avait bien commencé il y a quelques jours, mais notre berger avait payé sa rançon, il en serait quitte pour un chahut bruyant.

A l’entrée du village il fallut quand même payer un petit supplément pour que le cortège puisse pénétrer dans l’enceinte sacrée de la demeure du seigneur.

La cérémonie se déroula ensuite suivant le cérémonial immuable, église puis banquet paysan.

La nuit de noces qui s’ensuivit se passa à merveille, le vieux berger encore vert honora la jeune génisse tel le minotaure Crétois.

La vigueur de Pierre ne fait d’ailleurs aucun doute pour personne, car la petite Françoise malgré sa belle robe et son beau tablier a eu du mal à cacher son ventre qui s’arrondissait et ses seins qui s’alourdissaient.

Le curé va pouvoir faire de jolis sermons sur la concupiscence et la paillardise.

La naissance eut lieu le 28 avril 1737, soit 5 mois après son mariage. Tient, tient le vieux grigou avait croqué la belle pomme dès le mois de juillet 1736.

Il était veuf depuis seulement 1 an.

C’était il servi sans consentement ?

Plus que probable, l’amour d’un vieux paysan avec une jeune nymphe ne se trouve que dans les contes  et l’on peine à croire à un rapport librement consenti . Quoi qu’il en soit, le viol si tel a été le cas avait du être réparé et un consensus trouvé. Ils avaient été contraints au mariage, l’honneur était sauf.

Il ne faut sûrement pas chercher une morale à cette histoire, le berger mourut octogénaire  6 ans plus tard en ayant eut soin de faire un deuxième fils à sa jeune femme.

Qu’est devenue la jeune femme, nul ne le sait, en 1763 lors du mariage de Jean son premier  fils le curé de Saint Bon déclara qu’elle était absente du village.

Jean fit souche en Seine et Marne du coté de Chaumes en Brie et de Verneuil l’Étang. Je suis issu en droite ligne de cette union pas ordinaire.

REPÈRES CHRONOLOGIQUES

Naissance Pierre François le 25/01/1663 à Esternay dans la Marne

Naissance Françoise Clement le 03/08/1716 à Les Essart le Vicomte dans la Marne

Premier mariage de Pierre avec Louise Dulot avant 1690.

Deuxième mariage de Pierre avec Françoise Clement le 26/11/1736 à Saint Bon dans la Marne

Mort première femme de Pierre le 22 mai 1735 à Saint Bon dans la Marne

Mort de Pierre François le 3 avril 1742 à Saint Bon dans la Marne.

Voila l’histoire peu banale de mes ancêtres le berger de Villouette et de sa jeune épouse,  bien sur la narration est romancée mais les faits et les dates bien réels. Le charivari était pratique courante. Le mariage arrangé, était de mise. Le viol considéré comme un ravissement de l’honneur et non comme une violence faite à la femme faisait souvent l’objet d’un négociation avec compensation financière. Cette petite ingénue, orpheline de père et sans le sou ne devait guère avoir un honneur non négociable.

Les mentalités n’étaient guère évoluées sur le sujet en cette époque reculée, mais le sont elles réellement de nos jours ?

Une telle histoire  se devait bien d’être contée.

Moi jusqu’à mon ancêtre le berger de Villouette

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LES RÉHABILITATIONS DE MARIAGE


lizines

 

 

En parcourant les registres paroissiaux d’une petite commune de Seine et Marne je suis tombé sur une cérémonie que je n’avais pas eu loisir de rencontrer en toutes mes années de recherches. Le 20 mai 1776, en effet le prêtre de la paroisse et plus précisément son vicaire pratiqua 4 réhabilitations de mariage.

Je m’empressais alors de connaître la signification exact de ces réhabilitations. Après avoir lancé un moteur de recherches j’apprenais que cette procédure revalidait un mariage annulé pour cause de non possession d’une dispense de consanguinité. Le premier mariage ayant eu lieu dans l’ignorance d’un lien de parenté, donc en toute bonne foi.

Le mariage sans la dispense de consanguinité rendait donc nul cette union et les enfants nés de ces couples devenaient illégitimes.

Rappelons pour bien comprendre quand ces temps reculés nos ancêtres ne pouvaient se marier qu’à condition de ne pas être membres de la même famille et ce jusqu’au 4ème degré.

Pour faire simple les petits enfants de cousins germains ne pouvaient théoriquement pas convoler, je dis bien en théorie car si le système avait été trop rigide, nos pauvres ancêtres auraient été bien en peine de se marier. La population était faible, les voies de communication très difficiles, les dialectes différents d’une région à une autre ou même d’un village à un autre. En bref les opportunités de trouver chaussures à son pied en dehors de son environnement immédiat étaient quasi nulles.

L’église mit donc en place un système de dispense, et qui autorisait à transgresser en quelques sortes sa propre doctrine.

L’évêque avait la main mise sur les dispenses du 4ème et 3ème degré et le pape celle du 2ème degré ( cousin germain ). Comme on peut s’en douter rien n’était gratuit et la dispense papale était évidemment plus cher que  la dispense de  l’évêque.

Ayant bien compris le sujet et constaté que le bon curé avait réparé ces ignominieuses inconvenances, je me suis penché sur ses 4 couples pour tenter de comprendre le pourquoi du comment.

Le petit village en question se nomme Lizines-Sognolles et se trouve en Seine et Marne à proximité de Donnemarie-Dontilly et de Provins. Nous sommes dans la Brie Montoise.

La principale activité est la culture de la vigne et la presque totalité de la population est vigneronne.

Dans la plus totale des naïvetés, je me suis mis en quête de trouver leurs ancêtres communs. Je me suis vite retrouvé confronté à un imbroglio impénétrable. En effet la plupart des familles portaient le même nom, ce qui ajouté à l’indigence des prénoms formaient une toile d’araignée impénétrable.

Tous les habitants étaient  liés entre eux à un degré ou à un autre et les dispenses de consanguinités étaient légion.

Qui furent donc ces couples qui firent la une du village en 1776 .

Jean MAROT et Marie JARRY

François JARRY et Marie FRANCOIS

Nicolas FLEURY et Geneviève JARRY

Jean FLEURY et Geneviève FRANCOIS.

Le mariage de Jean Marot et Marie Jarry eut lieu le 25 février 1772, en présence de la famille en sans empêchement canonique. Tout le monde est de la paroisse, tout le monde est vigneron, les bans ont été publiés et les fiançailles célébrées la vieille. Le curé de Lizines se nomme Cattet et son vicaire Cuissot.

La réhabilitation eut lieu le 20 mai 1776 plus de 4 ans après.

« L’an mil sept cent soixante et seize, le lundy ving may, nous soussigné avons réhabilité le mariage de Jean Marot et Marie Jarry qui avait été célébré en face de l’église avec les cérémonies accoutumées ayant découvert depuis qu’ils étaient parents au 4ème degré de consanguinité, degré prohibitif pour contracter mariage sans dispense. En ayant eu depuis connaissance nous sommes pourvus à Sens pour obtenir la dite dispense ».

Voila tout est dit dans l’acte, de plus l’enfant du couple Marie Marot a pu être légitimé, le vicaire qui réhabilite le couple est le même que pour le mariage.

La dispense a été demandée au diocèse de Sens d’où dépendait Lizines.

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Le mariage de François Jarry et Marie François était encore plus lointain car il avait eut lieu le 15 janvier 1771, même configuration que le mariage précédent.

La réhabilitation est aussi en tout point identique avec la précédente.

A noter que François Jarry et le frère de Marie Jarry.

Les parents de François et Marie avaient déjà  demandé une dispense de consanguinité pour leur mariage en 1744.

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Étudions maintenant le troisième cas , le mariage de Nicolas Fleury et Geneviève Jarry a eu lieu le 23 novembre 1773, là aussi le schéma se répète, famille de vignerons, cérémonie classique sans empêchement, la réhabilitation est la même que pour les autres couples et la légitimation de leur fille également

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Pour terminer le 4ème couple formé de Jean Fleury et Geneviève François qui s’était marié le 09 février 1773 aura exactement la même cérémonie que les précédents.

Les 2 enfants du couple, Jean Baptiste et Geneviève ont été légitimés

Geneviève François et Marie François sont sœurs.

Quelle mouche piqua notre bon curé en ce printemps  1776, quelles furent ses motivations pour invalider quatre mariages dont le plus vieux remontait à 5 ans ?

Pourquoi troubler la quiétude de ce village paisible qui dut se sentir un peu menacé tant le tissu familial était dense.

Comment les familles, Bridou, Aveline, Chomé, Cornette,Gautier, Coffe, Marot, François, Jarry, Fleury réagirent  à cette ingérence du vicaire?

Mais ces mariés étaient ils de bonne foi, ont ils voulu économiser le prix de la dispense ?

Moi personnellement à l’étude des registres, je pencherais plutôt pour l’ignorance de leurs liens familiaux ou pour le moins ils se doutaient peut être d’un lointain cousinage sans en connaitre le degré exact.

Par contre je me pose la question de savoir comment le curé a fait pour savoir ce que les mariés ignoraient.

Beaucoup de questions sans réponse, mais c’est cela aussi la généalogie.

Pour mieux comprendre il faudrait réaliser la généalogie de l’ensemble du village, ce qui nous apporterait un éclairage sur cette endogamie familiale. Lizines n’était pas un village si petit et si éloigné que cela. Personnellement je pense que cette endogamie familiale était due à la nécessité de préserver des parcelles de vignes suffisantes pour pour en vivre décemment.

Car n’oublions pas que territoire de Lizines était recouvert de vignes comme une grande partie de la Brie et de la région Parisienne. Ce vignoble était l’un des plus importants de France. Ce nectar était un bien mauvais petit vin blanc qui devait se boire rapidement.

Il était très prisé des parisiens, proche par les transports et d’un prix attrayant.

Le chemin de fer qui rapprocha les vignobles du bordelais et le phylloxera tuèrent cette culture. C’est d’ailleurs et pour conclure peut être beaucoup mieux pour nos papilles.

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UN CRIME ODIEUX EN SEINE ET MARNE

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Depuis 6 semaines qu’il avait disparu, il y avait bien lieu de s’inquiéter. Qu’était devenu Claude GRUYER ?

Un personnage que ce Claude, ancien soldat il était devenu garde chasse de Madame de Chenoise.

Il était en charge d’un grand domaine où le gibier était fort bondant.

Il organisait les chasses mais aussi traquait à l’occasion les braconniers. Il faut bien dire que les animaux proliféraient et nuisaient gravement aux cultures. D’autre part la vie était fort dure en ces campagnes, la moindre fluctuation météorologique anéantissait les récoltes et mettait à mal l’économie paysanne, la disette ou pire la famine s’installaient et alors la mort fauchait impitoyablement les corps affaiblis. Alors la tentation était grande de s’introduire dans les forêts royales et seigneuriales pour survivre ou améliorer son ordinaire. Claude avait parfaitement conscience du problème mais son travail était de défendre les intérêts de sa patronne quelque soit sa répugnance à faire punir des pauvres gens dont il était lui même issu.

Le 14 juillet 1725 à la tombée de la nuit il partit surveiller une pièce de bois ou il avait relevé des collets , en compagnie de son chien, fusil sur le dos, baïonnette emmanchée, un morceau de pain et de fromage dans sa musette. Il embrassa furtivement son épouse lui souhaitant une bonne nuit en lui disant qu’il serait de retour dès le lendemain matin.

Personne ne le revit vivant.

Son épouse s’inquiéta rapidement, la matinée était maintenant passée, puis la journée.

La nuit suivante elle ne dormit que très peu guettant le moindre bruit annonciateur du retour de Claude.

La journée suivante morte d’inquiétude elle signala sa disparition à Monsieur le curé Le Normand,

Il se chargea d’aviser les gens du château.

Une battue fut rapidement organisée, mais comme personne n’avait la moindre idée de l’endroit où il avait pu aller, les recherche furent veines.

Le retour tant espéré n’eut pas lieu.

Le vendredi 24 août, un paysan qui passait au lieu dit des Fourches fut attiré par une odeur pestilentielle , il se rapprocha et découvrit l’horreur.

Il s’enfuit en courant et donna l’alerte au village de Montceaux lès Provins, rapidement chacun lâcha son ouvrage se précipita sur les lieux. Les autorités seigneuriales furent saisies et se retrouvèrent avec les villageois à l’endroit de la macabre découverte.

Le corps ou plutôt les morceaux du corps étaient éparpillés. En décomposition avancée présentant de nombreuses traces de morsures, 5 morceaux gisaient espacés d’une douzaine de pieds l’un de l’autre. La tête semblait lardée de coups de baïonnette. Un fusil se trouvait à proximité immédiate.

Le dépeçage du corps et sa dispersion mettaient en cause les hôtes de la forêt, pour ce qui était des causes de la mort, le meurtre était plus que probable, tant l’acharnement sur le visage sentait l’œuvre humaine.

Bien que le chef de l’individu fut difficilement identifiable, un nom courut bientôt sur toutes les lèvres. C’était sans aucun doute le garde chasse ,  l’arme et les vêtements étaient bien les siens.

Puis à bien y regarder, l’ignoble masse sanguinolente de chaire gardait trace des caractéristiques faciales de Claude GRUYER.

Après l’examen sommaire des lieux et du corps il fut décidé par ordre de justice que l’inhumation pouvait avoir lieu.

Il y avait urgence, sans cette inopportune découverte, les restes charnels auraient été promptement terminés par la faune locale.

Une charrette fut réquisitionnée et les ossements furent transportés au cimetière de Montceaux Lès Provins.

Silvestre Le Normand curé de la paroisse officia la cérémonie en présence des amis et de la famille.

Ainsi se termina cette petite histoire criminelle qui marqua suffisamment le curé pour qu’il en fit mention dans le registre paroissial de la commune.

Un suspect fut il arrêté, la justice passa t’ elle ? Considérons ceci comme un mystère, la science criminelle était bien moins développée qu’en notre époque où pourtant subsiste aussi de nombreuses interrogations et d’affaires non élucidées.

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LA PREMIÈRE APPARENCE N’EST PAS TOUJOURS LA BONNE

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En ce vendredi 14 mars de l’an de grâce 1732, Marie Anne et son mari Claude avançaient péniblement sur le chemin qui menait à Paris.

Vallonnée en cette partie, la Brie offrait une succession de coteaux difficiles à la marche.

Ils étaient pourtant tous deux rompus à ce genre d’exercice, mais en cette fin d’hiver Marie Anne attendait un heureux événement. A vrai dire pour ces deux itinérants, l’arrivée d’un bébé n’était guère souhaitable. Ne pouvant faire passer l’enfant ils avaient fait contre mauvaise fortune bon cœur et continuaient leurs déplacements à la recherche d’un ouvrage.

Claude était originaire de Paris, il avait grandi rue Saint Denis aux pieds de l’église Saint Laurent * en cours d’achèvement.

Son père était ouvrier, il le devint également.

Marie Anne était née en champagne dans la commune de Vienne le Château *, rien ne pouvait laisser à penser qu’ils pourraient se rencontrer et s’aimer un jour.

Le hasard fit un jour passer Claude dans le village où demeurait Marie Anne avec sa mère, le coup de foudre fut immédiat et la soif d’aventure amena la belle à suivre son amoureux sur la route.

Marguerite ARTILLIER, sa mère veuve depuis bien longtemps laissa partir sa fille hors de toute convenance.

Anne à l’entrée d’un village,se nommant Citry ,* sentit ses premières contractions,où aller?

De passage , ils ne connaissaient personne.

Claude fit asseoir sa compagne et se mit à la recherche d’un toit où d’une étable pour faire naître son petit, après avoir essuyé de multiples refus, une famille compatissante accepta d’héberger la parturiente.

Il était vraiment temps, Marie Anne avait perdu les eaux et s’était souillée , en proie à de terribles douleurs Claude DEREDDE lui prêta sa couche.

Une petite fille naquit rapidement, ils la nommèrent Marie Anne. Jean DERREDE et Claude DERREDE acceptèrent  d’être parrain et marraine.

A l’église le curé fut suspicieux et flairant l’union illégitime exigea une preuve d’un mariage chrétien.

Ces « pauvres mendiants » comme il les nomma dans l’acte avaient- ils commis péché véniel, rien d’ étonnant pour cette catégorie de crève misère.

Le bon père se méfiait de tous étrangers à la paroisse, venus de nul part, ne sachant où aller, vivant de rapines et de mendicité, ils inspiraient terreur et dégoût à la population paysanne.

Cette peur de l’autre, l’inconnu, l’étranger, était vivace en cette époque où les déplacements étaient bien moindre qu’aujourd’hui.

Mais ce 18ème siècle naissant n’était il pas comme notre 21ème siècle lumineux bourré de préjugés et de faux semblants ?

En lisant la suite il faudra bien convenir que le curé fit une erreur d’appréciation.

Peut être que la mise de notre jeune couple était un peu défaite par une longue errance mais de mendicité il ne pouvait en être question.

Claude était un ouvrier, et plus précisément un compagnon passementier.

Ayant derrière lui un long apprentissage, Claude se déplaçait aux grès des embauches, c’était un ouvrier spécialisé et nullement un mendiant.

Il put d’ailleurs rassurer le bon curé, l’enfant était légitime, un acte de mariage en attestait la preuve, Claude le gardait comme un saint viatique.

Ils avaient été unis dans les liens sacrés du mariage en l’ église Saint Agnant de Griselles près de Ferrière en Montargis en mars 1729.

Les témoins de cette union avaient été 3 bourgeois de Paris, Noël RENOUT, marchand de vin, Gaspard SANSON officier de Monsieur le duc de Gésures et Dominique PETIT. Le dernier témoin Louis de GUERVILLE était écuyer.

A n’en pas douter dans une société hiérarchisée comme celle de cette époque, des gens de cette condition n’auraient jamais accepté d’être les témoins de « Pauvres Mendiants ».

Le bon curé avait donc jugé sur les apparences, faisant fi de son objectivité cléricale et de la mansuétude que l’on aurait pu attendre d’un homme de Dieu.

Claude CONARD et Anne MÉON mes ancêtre s’installèrent dans la commune de Bellot * au hameau de Doucy et devinrent marchands merciers.

Il est fort à parier qu’ils revinrent  un jour dans la commune de Citry pour s’y livrer à quelques tractations commerciales ,et qu’ils furent peut être reçus avec leur achalandage à bras ouverts.

Ne jugeons donc pas un inconnu sur sa mine et son apparence, apprenons plutôt à le connaître.

Précepte valable au siècle des lumières, mais qui tarde à trouver sa place dans notre société dite avancée

CITRY : Petite commune située au  nord est  de la Seine et Marne

GRISELLES : Petite localité du Loiret sise à 10 kilomètres de Montargis

VIENNE LE CHATEAU : Localité se trouvant actuellement dans le nord est de la Marne

Paroisse SAINT LAURENT : Actuellement dans le 10ème arrondissement de Paris

BELLOT : Commune se Seine et Marne à proximité de MEAUX et baigné par le petit Morin

LISTE FILIATIVE

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