LES AMOURS AU PÂTI

 

Autrefois en Vendée, les mœurs étaient fort libres du moins à la campagne, des rituels de rencontres et de fréquentations rythmaient la vie amoureuse des Paysans.

J’ai fait revivre à travers un couple de mes ancêtres la fréquentation qui se déroulait dans la chambre commune de la famille de la demoiselle. Les amours y étaient déjà fort poussés, embrassades, caresses, plaisir d’Onan.

Mais un autre lieu pouvait abriter les amours coquins de nos bocagers.

En ce temps lointain d’avant les remembrements, les terres étaient entourées par des haies qui poussaient sur des talus. Façonnées de mains d’hommes ces damiers impénétrables formaient un doux écrin pour des amours pas très sages.

Le dimanche comme il est ordonné par notre curé est un jour de repos pour l’ensemble de la communauté. Les filles et les garçons se rendaient à la messe puis à Vêpres. Dans leurs habits du dimanche tous et toutes étaient à leur avantage. Sans douter de la foi profonde des ouailles, la messe était aussi le lieu où chacun se jaugeait, s’admirait et se faisait voir, un lieu de drague dirait on maintenant.

L’après midi du dimanche était généralement libre mais il fallait toutefois s’occuper des bêtes et à la bonne saison les faire paître. Cette occupation qui prenait sur le temps libre était voyez vous fort recherchée. Les bergères qui rechignaient en semaine au labeur acceptaient volontiers cette tâche.

Et pourquoi donc me direz vous ?

Eh bien par une petite historiette je vais vous en conter la raison.

Armance Tailler demeurait en ce beau 19ème siècle finissant au hameau de la Gendronnière sur la commune du Girouard née en 1881 d’un couple de métayer elle allait sur ses 18 printemps.

En ce mois de juin elle se porta volontaire pour garder les vaches. Elle destina son troupeau à un pâti à proximité de la ferme. Les vaches n’ayant que le souci de se repaître, elle s’installa sur un tapi de genets et attendit . Elle était bonne aise, doux matelas, soleil et ombrage . Elle pouvait donc attendre en toute quiétude l’arrivée d’un galant éventuel. Les dimanches précédents plusieurs garçons l’avaient raccompagnée et lui avaient même volé quelques baisers. Elle n’avait point accepter la visite de garçon dans sa chambre alors que sa sœur avait déjà abusé du procédé.

Alors que plus d’unes avaient remonté leurs cotillons à 18 ans elle avait été presque sage. Au vrai elle attendait avec impatience un garçon nommé Victor Martineau , domestique de ferme à la Florencière chez Joseph Rousselot sur la commune de la Chapelle Achard.

Quand il arriva ce fut un enchantement et Armance fort troublée. Victor de 9 ans plus âgé prit les choses en mains ( si j’ose dire ). Bien à l’abri des regards ils commencèrent à échanger des baisers langoureux, la fièvre des corps leurs vint et de tendres caresses furent échangées.

Armance se porta bien souvent volontaire et les deux amoureux sous couvert de la haie protectrice s’aimèrent bien d’avantage. Il y avait déjà plusieurs dimanche que Victor avait passé la main sous les jupons de la belle mais ce jour de sa main expérimentée, il fit découvrir à Armance la volupté. Ne voulant point être en reste, Victor guida son amoureuse sur le chemin de la réciprocité.

Semence avait coulé hors du sillon, pas de danger.

Victor fit une demande qui après avoir été agréée amena aux épousailles .

Toujours à l’abri du pâtis il purent en faisant attention mettre Rameau avant Pâques, vierge et honnête pour tous elle avait tout de même goûté au plaisir d’un amour débridé.

Armance retrouva tel dans l’amour conjugal les même transes de bonheur, plus de haies, plus de genets, libre jeunesse envolée.

Ils se marièrent et n’eurent que peu d’enfants mais cet amour paysan a fait jaillir un certain nombre de descendants dont ma tendre moitié est issue.

Chaque bergère était reine en son pâti, recevait qui elle voulait. Les galants pouvaient être parfois en grand nombre et cette sorte de cour pouvait durer plusieurs années. Les mères qui avaient gardé les vaches en leur temps prodiguaient des conseils et n’ignoraient rien des amours des champs. Les pères qui avaient arpenté toutes les haies des villages environnant ne redoutaient que les grossesses intempestives et le déshonneur

Ces amours champêtres finissaient presque toujours par un mariage, la jeunesse était terminée il fallait maintenant enfanter.

Libre de s’aimer hors le coït, ces coutumes jamais vaincues par le clergé moururent de leur belle mort avec les changements de mentalité et la fin du 19ème siècle en  »1914  ».

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TOUT CE QUE PHILIPPE DÉGUEULE PIERRE LAVAL

 

La meulière sombra peu à peu dans l’obscurité, la nuit a déjà couvert le toit de tuiles de brique rouge et s’apprête à envelopper les restes du bâtiment.

Non loin les cheminées de la sucrerie Lesaffre ont déjà disparu.

Le ru des tanneur qui s’écoulait lentement, nauséabond, boueux, merdeux, paradis des canards et des animaux du poulailler était presque inquiétant dans le noir. La cabane d’aisance enjambait le filet d’eau et servait de déversoir aux déchets organiques de la maisonnée.

Sur la façade percée de deux fenêtres un chapeau haut de forme peint rappelait la profession d’un ancien occupant des lieux. La maison couronnée d’un étage était en sous pente avec deux faibles ouvertures. Pour pénétrer dans la vieille bâtisse il fallait gravir un double escalier fait de grosses pierres de taille.

Deux silhouettes se profilèrent dans la lumière de la lune montante, longeant la corseterie puis en catimini ouvrant le portillon et entrant dans le jardin ,Fernand et Daniel grimpèrent les marches et ouvrirent la longue porte de bois.

A l’intérieur un couple semblaient les attendre, elle dans un fauteuil à la lueur d’une faible lampe reprisait une vieille chemise. Léonie ne leva pas les yeux de son ouvrage quand son fils et son petit fils entrèrent dans la pièce. La vieille n’était guère aimable, Daniel passa au large, tant il redoutait sa grand mère qu’il surnommait grand mère  »cacanne », car cette dernière était prompte à la lever. Charles était plus discret et gratifia les deux arrivants d’un magnifique sourire.

Le grand père avait les cheveux bruns à peine veinés de gris et une moustache épaisse, il était d’une petite taille que Fernand et Daniel ont héritée, son visage était ridé, ses mains noueuses et maigres faisaient ressortir de grosses veines bleues, vêtu d’une sorte de bleu chauffe il portait bien ses 73 ans.

Il habitait cette petite maison depuis le début du siècle, ce n’était pas Versailles mais il était chez lui.

Dans la pièce, une cheminée, une table, des chaises et un buffet briard sur lequel trônait un poste TSF.

Chacun se plaça autour de la radio  »télémondial  », et soudain un silence se fit, la neuvième symphonie surgit en crachotant puis un  » ici Londres  » retentit.

Charles, Fernand et Daniel ouvrirent grand leurs oreilles, qu’allait dire l’organe médiatique du général félon.

Non pas que les trois hommes eurent une quelconque sympathie pour celui qui préconisait la continuité de la lutte, loin s’en faut.

Le plus jeune Daniel n’avait que 16 ans et il ne s’intéressait point à la politique , comme la majorité des garçons de son age il ne connaissait même pas le visage de l’ancien secrétaire d’état à la guerre. Il n’avait évidement jamais lu ses livres et ne le connaissait que par le journal que son père achetait quotidiennement et qui n’était évidement guère favorable à ce général condamné à mort par le gouvernement du Maréchal. Né en 1924, il a été élevé dans le culte de la victoire, les maréchaux vainqueurs, Clemenceau, Verdun et les allemands violeurs et coupeurs de main. Mais pour l’heure son exécration des allemands vient plus du vol de son vélo que de l’histoire de France. Comme tout le monde en 1940, il se retrouva sur la route avec sa famille, charrettes, chevaux et vélos car ces ouvriers agricoles n’avaient pas de véhicule à moteur. Comme beaucoup ils n’allèrent pas très loin et crevèrent de faim en route. A Montereau faut Yonne , Daniel abandonna quelques temps son vélo auquel il tenait comme à la prunelle de ses yeux car offert par sa mère défunte pour son certificat d’étude. Un vélo était un don du ciel pour fuir, il se le fit piquer et en rendit responsables ses foutus boches.

Certains de son age prirent la décision de passer en Angleterre pour poursuivre le combat, lui comme des milliers d’autres n’y songea pas et puis comment aurait il fait, petit Seine et Marnais sans le sou, sans connaissance. Non il continua son boulot de menuisier,ses parties de foot et la découverte des charmes de la belle Yvonne. Pour dire vrai son seul acte de résistance était d’écouter cette radio et de sortir après le couvre feu pour bécoter sa belle. Il se foutait bien du vieux cacochyme de Vichy et de ses sbires collaborationnistes, la seule expression qui le faisait rire et qu’employait son père pour commenter les événement était  » tout ce que Philippe dégueule Pierre Laval  ». En ce qui concernait De Gaulle son opinion n’était point faite, certes poursuivre le combat contre les envahisseurs était une bonne chose, mais le Maréchal malgré sa poignée de main avec Hitler ne poursuivait il pas le combat à sa manière, le vieux était rusé et la période fort confuse.

Pour Fernand l’ancien zouave, le héros de la  » der des der  » la messe était dite, Saint Pétain protégé nous. Pour lui Philippe était le dieu et la France était entre de bonnes mains. Seul vainqueur du Kronprinz à Verdun, Nivelle et Mangin n’y étaient pour rien, ils incarnaient aux yeux de ce paysan le recourt suprême. Il avait sauvé la France en 1916, puis sauvé l’armée en 1917, il allait maintenant en ces années 40 rouler dans la farine le caporal sanguinaire. Pétain en cette époque était partout et l’entre deux guerres l’avait sanctifié. Pour peu que le pape eut été Français il aurait été canonisé.

En bref Fernand comme des millions d’autres n’en n’avait que pour le Maréchal, il était bien certain que son vieux chef allait trouver la solution. Car soyez en sur, Fernand tout Maréchaliste qu’il était, avait en détestation les Allemands, il en avait tué de ses propres mains en 14 ce n’était pas maintenant qu’il allait les aimer. Ce n’était pas de sa faute si en 40 l’armée Française s’était pris une volée.

Lui non plus ne tenta de se joindre au moindre mouvement de résistance, il avait charge de famille et avait donné à la précédente. Il écoutait radio Londres, pensait que Pétain et son ancien  » Nègre  » avait partie liée et que de toutes les façons on finirait bien par foutre dehors ses sales Boches.

Il n’était pas particulièrement anti sémite notre Fernand, mais il pensait comme beaucoup que les cocos et les youpins nous avaient mis dans la merde, cela s’arrêtait là, dans son milieu il n’en connaissait pas il n’aurait fait de mal à aucun d’eux, il était simplement sous influence journalistique. Vive le maréchal et mort aux chleuhs était pour l’heure sa devise.

Pour Charles non de dieu c’était la 3ème fois que les teutons envahissaient sa chère Seine et Marne, il les détestait autant que son fils et son petit fils. Certes il n’avait combattu à aucune des guerres. Lorsque les prussiens battirent l’armée de cette andouille de Napoléon il n’avait que 3 ans et il ne s’en rappelait absolument pas. En 14 il était trop vieux et avait servi dans les territoriaux, garde de voies de chemin de fer, entretien des routes ce n’était pas une sinécure mais quand même moins dangereux que le Mort Homme, le mont Cornillet et les boues de la Somme qu’avait vécu son fils.

Lui c’est simple il était pour l’ordre, qui était actuellement incarné par Pétain.

Pour l’heure la résistance était plutôt celle du ventre car le ravitaillement laissait à désirer tant les Allemands ponctionnaient l’économie.

Les restaurant bien fournis par le marché noir c’étaient pas pour eux. Les rutabagas et les ersatzs divers ne remplissaient guère leur ventre d’ouvrier.

Les trois hommes animés d’une même haine contre l’ennemi écoutaient bouche bée le récit du débarquement des alliés en Afrique du Nord et l’invasion de la zone non occupée par les Allemands.

  • Non de dieu les boches sont faits comme en 18
  • houai et  » précis le sec  » va pouvoir s’envoler pour l’Afrique se mettre à la tête des troupes.
  • T’emballe pas Fernand, le vieux va rester à Vichy, il a les pattes ficelées par les collabos.
  • Il est à moitié gâteux! ose dire Daniel
  • Mais non vous allez voir il est lié avec celui de Londres.
  • D’après ce que l’on entend à la radio c’est peu probable !

Effectivement le vainqueur de Verdun resta en France, les Allemands envahirent le sud et la politique collaborationniste s’amplifia.

En Afrique du nord, le bordel était à son comble, Darlan, Giraud, les Amerloques et De Gaulle dont ces derniers ne voulaient point

Il est vrai que les nouvelles des massacres et des arrestations ainsi que la situation économique difficile pour les Français des basses classes commençaient à écorner le capital sympathie envers le vieux maréchal. La poignée de main de Montoire était d’ailleurs restée au travers de la gorge de beaucoup d’anciens combattants.

Fernand avait du mal à reconnaître une quelconque responsabilité de son ancien chef et attribuait la situation au sale auvergnat ( Laval ). Mais il fallut se rendre à l’évidence, Pétain n’était plus le phare de tout un peuple.

Les Français en grand nombre  restèrent donc attaché au maréchal tout en mettant leurs espoirs dans De Gaulle, s’est sans doute se qu’on appelle le paradoxe Français

Puis les alliés nous délivrèrent, les pétainistes de cœur disparurent, le vieux les avait trahis, seule la mémoire de Verdun persista.

Fernand à la libération de la Seine et Marne traqua les boches réfugiés dans les fermes et Daniel s’engagea avec des dizaines d’autres dans les forces Française de l’intérieur. Comme les Allemands avaient foutu le camps et que les armes manquaient on les employa au grès des circonstances.

Daniel se vit confier un fusil pour garder des collabos prisonniers, il ne savait pas s’en servir mais les vrais résistants faisaient ripailles en compagnie de la gente féminine.

Il se retrouva donc avec une carte de résistant et un dossier à Vincennes sans avoir pour le moins du monde contribué à une action glorieuse.

Par contre il fit son devoir et s’engagea dans la première armée de De Lattre de Tassigny et on l’envoya blanchir les régiments qui avaient conquis l’Italie et remontés en Provence. Il se comporta vaillamment et fut gravement blessé lors de la bataille de la poche de Colmar.

Charles, Fernand, Daniel furent comme des millions de Français tiraillés entre des opinions divergentes, des informations erronées, la présence des boches exécrés, des politiques corrompus, des politiques incapables, des politiques collabos et un ravitaillement défaillant.

Tous ces Français suivirent la seule lumière qu’ils connaissaient même si elle vacilla pour finalement s’éteindre dans l’ignominie.

Les trois hommes ne devinrent pas Gaulliste pour autant et un an après la guerre le grand Charles retourna à Colombey les deux églises. Fernand jusqu à sa mort sera porte drapeau et ne manquera jamais un 11 novembre pas même son dernier car il mourut à onze heure le onze novembre 1969.

Daniel est depuis cette époque membre de l’association Rhin et Danube.

Tout cela pour dire qu’il ne faut point juger des actes et opinions, les hommes qui aimaient Pétain d’un amour passionné ne furent point tous des collabos mais simplement des Français aveuglés et trompés, comment d’ailleurs s’y retrouver devant un tel merdier.

L’opinion de ces trois hommes m’est inconnu ( quoique ) et les dialogues sont imaginaires, je tiens simplement  à exprimer mon ressenti après avoir terminé un vieux livre intitulé  » le mythe Pétain  » qui représente à mes yeux une intoxication collective savamment orchestrée.

Il est d’ailleurs vain de discuter à l’infini, cela est du domaine de l’histoire et bien malin celui qui pourrait dire quelle direction il aurait choisi.

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LES CAHIERS DE FRANÇOIS HÉRY

 

En vente sur des brocantes ou sur des sites en ligne, divers documents font surface. Toujours à la recherche d’une bonne histoire à conter j’ai acquis chez un de ses marchands 3 petits cahiers.

Quelques jours plus tard j’ouvrais fébrilement mon courrier et j’en découvrais le contenu.

3 cahiers d’écoliers couverts d’une belle écriture, sur les couverture un tampon portant la mention Gepruft Stalag IV D.

J’étais en présence de cahiers écrits par un prisonnier Français, interné dans un camps par les Allemands.

Cette indication correspondait au camps de Torgau dans la région de la Saxe.

A coté du tampon un seul nom coiffé d’une lettre qui semble être un F.

Immédiatement je me rends sur un site où est listé l’ensemble des prisonniers Français de la 2ème guerre mondiale.

J’y trouve rapidement plusieurs personnes qui correspondent au patronyme de Héry mais un seul possède un prénom commençant par F.

François Héry né le 25 janvier 1917 à Saint Quay Portrieux, capitaine au 46 régiment d’infanterie.

J’examine maintenant le contenu des cahiers et je m’aperçois que l’auteur est certainement un prêtre ou pour le moins quelqu’un qui veut le devenir. Les textes sont essentiellement une étude sur la religion catholique. Poursuivant ma lecture j’en déduis également que mon militaire est organiste ( il joue de l’orgue ).

Je suis donc en possession d’un nom avec un prénom, d’une personne peut être religieuse, et jouant de l’orgue.

Je m’aperçois également que mon militaire y parle du clergé de Saint Brieuc, or cette commune est proche de Saint Quay.

L’enquête se poursuit sur internet et la chance me sourit, François Héry n’est point un anonyme.

Un article publié dans un magazine de la mairie de Saint Quay Portrieux lui est consacré, pas de doute le militaire qui a écrit ces cahiers est bien l’ancien maire de cette petite ville à qui on rend hommage.

Je vous livre une partie de l’article

François Héry est né le 25 janvier 1917 à Saint-Quay-Portrieux.

Jeune homme, il se destine à devenir prêtre et entre au séminaire, une fois son baccalauréat en poche (1934). En 1939, après deux ans de service militaire, le jeune soldat est rappelé sous les drapeaux pour combattre sur le front de l’Est. Le 11 juin 1940, son unité d’infanterie est capturée par l’ennemi, « après trois jours de résistance acharnée ». « Il a ensuite fallu rejoindre la Belgique à pied ». Suivront cinq années dans un camp de prisonniers près de Torgau en Allemagne.

À la Libération, « les portes de l’armée m’étaient ouvertes ». François Héry s’engage, pour faire de la musique. Sa passion depuis toujours. Mais une grave maladie l’oblige à quitter l’uniforme militaire pour revêtir la blouse de professeur à la Stella-Maris de Saint-Quay-Portrieux. « J’enseignais la littérature et l’histoire aux élèves de la section navale qui se destinaient à la marine marchande ou la Royale » racontait M. Héry lors d’un entretien, un an avant sa disparition. Il fut également durant de nombreuses années, organiste à l’église.

 

42 ans en tant qu’élu de la commune

En 1953, François Héry entre pour la première fois au conseil municipal et siège dans l’opposition. Suite à l’élection de Robert Richet en 1965, il demeure conseiller municipal, dans la majorité, avant de devenir 1er adjoint en 1971.

À la suite du décès brutal de Robert Richet en 1977, François Héry est élu premier magistrat de la commune. « Ce fut une surprise car je n’étais pas candidat, et une peine, celle d’avoir perdu un ami » avait-il alors déclaré. Il sera réélu 2 fois et demeurera Maire jusqu’en 1995.

Ancien combattant, prisonnier de guerre, médaillé militaire, il reçoit  la légion d’honneur le 8 mai 1981 des mains du président de la République, monsieur François Mitterrand. Pour son action et son dévouement au service de la commune, M. Héry s’est également vu conférer le titre de « Maire honoraire » par arrêté préfectoral en date du 30 juin 1995. 

 

Durant ses trois mandats successifs, ce bâtisseur a mené à bien des réalisations d’importance :

  • La construction de l’EHPAD maison Jeanne d’Arc, en 1995
  • Le rond-point de la France libre en 1994
  • La construction du Collège Camille Claudel en 1992 et l’école les Embruns en 1994
  • la réfection de la chapelle de Kertugal
  • La reconstruction du lycée La Closerie, inauguré le 17 octobre 1988
  • La construction de l’Office de tourisme en 1983

Avec l’appui du Conseil général, François Héry, homme de combat et lutteur opiniâtre,  met plus de dix ans pour voir éclore le projet du nouveau port en eau profonde, inauguré le 12 juillet 1990. Sa satisfaction est grande de voir un outil exemplaire pour l’amélioration de vie des pêcheurs et des plaisanciers. Dans son discours, il citera André Malraux : « Il n’y a pas cinquante manières de combattre : il n’y en a qu’une, c’est d’être vainqueur ».

Lors de l’inauguration du Port d’Armor, le 12 juillet 1990, en présence notamment de son parrain : Éric Tabarly.

François Héry s’est éteint le 26 octobre 2012 à l’âge de 95 ans.

En cette année 2017, il est juste de rendre un hommage simple mais solennel à cet homme d’action et de conviction. Une personnalité marquante de l’histoire de la Ville qui a contribué à transformer durablement le visage de Saint-Quay-Portrieux.

 

Organiste et compositeur reconnu à la Schola Cantorum de Paris, François Héry nous a laissé des œuvres musicales et un certain nombre de chœurs qui seront interprétés le dimanche 19 novembre 2017 en l’église paroissiale, par les Kanerien ar Goëlo.

Voila pour cette histoire peu banale, il me restait à prendre contact avec sa famille, car je ne pouvait en toute conscience garder de tels documents même si je les avais achetés un certain prix.

J’ai donc pris contact avec le fils de Monsieur Héry adjoint au maire qui est tout heureux d’une telle trouvaille et qui sera comblé par cette restitution que j’estime légitime.

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LE MARIAGE DE LA VIEILLE

 

 

Les mariages d’autrefois tenaient plus de l’arrangement entre partis que de l’histoire d’amour.

Les parents organisaient les noces de leurs enfants suivant un rituel bien organisé, même profession, même village.

Les veufs se remariaient avec des veuves pour que quelqu’un s’occupe de leur progéniture.

Les veuves se remariaient pour subvenir à leurs besoins ou pour que leur terre héritée soit mise en valeur

Des veufs épousaient les jeunes servantes qu’ils avaient séduites ou forcés.

Cupidon entrait aussi en ligne de compte  mais après que les règles endogamiques fussent respectées.

Bien sur quelques mariages avaient lieu en catastrophe, les maladroits et les moins sages devaient régulariser les péchés de la chair.

Mais dans quelle catégorie placer l’histoire que je vais vous compter ?

Jacques Bouvet notaire de la petite ville d’Evron en Mayenne attendait en ce mercredi 26 août 1809 le couple qu’il allait unir selon la loi.

Maire de la ville depuis le 22 février 1807 il se devait en tant qu’officier d’état civil de présider à l’union des mariés de sa commune.

Tout était près hormis les mariés et leurs témoins qui se faisaient un peu attendre. Maître Bouvet était nerveux malgré son expérience de maire et surtout de notaire. L’originalité de cette union était flagrante mais aucune loi ne pouvait entraver ce mariage.

.Vers quinze heures, un homme jeune d’environ 20 ans, portant fier son bel habit pénétra dans la salle communale au bras d’une vieille dame qui semblait être sa grand mère. Un petit groupe d’hommes et de femmes les suivait en devisant.

Brun, les yeux clairs, de haute taille, les cheveux longs à la mode d’antan il avançait sentencieusement vers la table où se tenait le registre d’état civil et monsieur le maire. Un sourire illuminait son visage radieux.

Ratatinée dans sa robe rouge, le visage moitié mangé par sa coiffe, la vénérable femme qu’il tenait par le bras ne semblait qu’en à elle guère à l’aise de se trouver là . Ces yeux gris perdus dans les sillons de ses rides contemplaient avec frayeur le notaire qui se trouvait face à elle. Sa bouche édentée restait murée et aucun sourire s’égaillait cette face dure et usée par des années de labeur.

Le beau paysans et la vieille femme décharnée n’avaient aucun lien de parenté mais bientôt allait en avoir un.

La cérémonie commença.

Le maire énonça l’identité du marié.

René Pierre Hermange domestique, né le 19 juin 1791 à la Brée fils de feu Pierre et de Madeleine Bêche présente et consentante.

Monsieur Bouvet avant d’énoncer la suite se racla la gorge et eut une montée de rougeur aux joues.

Julienne Lottin domestique née le 14 juin 1740 à Evron fille de feu Gabriel et de feu Françoise Heurtebise.

Voila les choses furent dites, l’enfant de 21 ans épousait la cacochyme Julienne de 51 ans son aînée.

En présence de son frère Pierre Hermange lui même domestique, de Jean Vellay et Marin Bergère tous deux cultivateurs et de Jean Heurtebise sabotier et petit cousin de la mariée et sans que ne se soit levée la moindre objection l’union incongrue fut officialisée.

La noce comme on s’en doute fut discrète et un petit repas fut servit malgré tout aux convives chez Julienne où le couple allait s’installer.

Julienne n’avait jamais été mariée et n’avait jamais quitté des yeux le clocher protecteur d’Evron, pratiquante sans être bigote elle n’avait point eu de galant, les années étaient passées et l’idée de former couple ne l’effleurait plus depuis longtemps.

Elle était domestique dans une grosse ferme et avait accumulé un petit pécule dut à son labeur et à l’héritage de ses parents. Lorsque René entra au service de son patron comme domestique elle fut tout de suite charmée par la truculence du jeune homme et une amitié se forma. Mais en René toujours impécunieux germa l’idée de mettre la main sur le petit magot de sa vieille amie. Il la charma par sa volubilité et sa babille. Julienne fut envoûtée et accepta la main de jeune insolent afin de lui transmettre ses maigres biens.

L’annonce fit sensation et la rumeur paysanne gronda mais rien n’y fit. Le curé s’échina en vain à dénoncer cette union contre nature. Julienne haussait les épaules et René s’en tirait par quelques rodomontades.

René que rien n’arrêtait se décida à officialiser physiquement son union, il n’avait guère d’expérience mais sa tendre vieille de longtemps ménopausée n’avait jamais connu la moindre union charnelle. Ils firent ce qu’il purent et la  » jeune mariée  » fut déflorée. L’union était maintenant pérenne il ne restait plus à René qu’à attendre.

Comme on peut l’imaginer, René ne fréquenta guère la couche de sa femme. Il s’intéressa rapidement à une jeune veuve de son age et qui se nommait Marie Froger. Cette dernière, mariée à l’age tendre de 16 ans était veuve depuis le début de l’année 1813 de l’infortuné Jean Bergère.

René fut tout de suite attiré par les charmes de la belle Marie et une liaison adultère commença.

Julienne se rendit évidement compte du changement chez son jeune compagnon mais n’en dit rien à personne tant elle comprenait.

En février 1814, le ventre de Marie s’arrondît et sa forte poitrine devint encore plus imposante, ses menstrues ayant disparues, aucun doute elle était enceinte des œuvres du beau rené.

Le 06 octobre 1814 naquit Marie Constance, le père universellement connu fut déclaré inconnu.

Julienne qui comme le tout à chacun fut mise au courant en souffrit intérieurement. Il était fort temps qu’elle cède la place.

Le 15 janvier 1815 elle la céda en s’éteignant à l’age de 75 ans. René hérita de sa femme et se remaria le 01 février 1815 avec Marie Froger, la petite Marie Constance trouva un père.

La terre de la tombe de Julienne à peine tassée, René profita donc de la belle Marie. La vieille fut rapidement oubliée et d’autres enfants arrivèrent.

René devint tisserand et mourut en 1853 dans le village de Brée qui l’avait vu naître, Marie lui survécut 5 ans.

Cette union fut pour tout le monde une stupéfaction et demeure encore une rareté dans notre société pourtant fournit en excentricité.

Je n’ai vu aucune autre option que celle de l’argent pour expliquer une telle mésalliance et je l’ai imaginée ainsi.

Mes sources sont les registres d’état civil et paroissiaux des commune d’Evron et de Brée.

René Pierre Dermange: né le 19/06/1791 la Brée et décédé même commune le 07/11/1853.

Julienne Lottin : née le 14/06/1740 à Evron et décédée le 15/01/1815 même commune.

Marie Froger : née le 2/07/1793 à Voutré et décédée le 24/04/1858 la Brée.

Jean Bergère ( 1er epoux de Marie ) né le 23/06/1781 à Evron et décédé le 07/02/1813 même commune.

Mariage, Demange – Lottin le 28/08/1812 à Evron.

Mariage, Bergère – Froger le 07/09/1809 à Evron.

Mariage, Demange – Froger le 01/02/1815 à Evron

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LA PETITE PAYSANNE ET LE MINOTAURE

 

 

Saint Georges sur Erve, année 1800

Lorsque Anne Valée se retrouva dans la ferme du père Pilon, elle eut l’étrange impression  qu’il allait se passer des choses qui lui seraient préjudiciables.

Sa vie de petite paysanne avait commencé comme celle de l’immense majorité des petites filles de bordagers. Une petite enfance assez libre dans les jupons de sa mère puis le début des tâches agricoles inhérentes aux gamines puis aux femmes.

Elle était heureuse entre ses parents et son frère François, puis vint le malheur, sa mère décéda et elle se retrouva seule avec son frère et son père.

Comme il était naturel à l’époque Michel Valée son père convola de nouveau et épousa Anne Duteil en 1784, la pauvrette n’avait que 5 ans et s’apprêtait à transférer son amour maternel sur sa marâtre. Michel plein d’un fougue nouvelle honorait sa compagne avec ardeur. Il en résulta chez Anne une rondeur annonciatrice. La petite sœur naquit en 1786 et un changement notable s’opéra dans le foyer . Anne qui jusqu’à là avait cohabité avec sa petite belle fille se mit à la traiter comme une domestique.

Le labeur était rude et les taloches nombreuses, Michel qui s’échinait au travail ne voyait rien ou par tranquillité domestique faisait mine de ne rien voir.

Au foyer Pilon les grossesses se succédaient et bientôt quatre enfants gambadèrent dans la borderie.

Les petits frères et sœurs d’Anne calquèrent leur comportement sur celui de leur mère et prirent la jeune fille comme une servante.

Les années passèrent, Anne devenait une belle jeune fille aux formes avantageuses. A la borderie les difficultés s’accumulaient et Michel avait du mal à joindre les deux bouts, il fut donc décidé que les deux aînés du premier mariage seraient placés comme domestique de ferme.

La décision n’avait rien d’exceptionnelle en soit, bon nombre de jeunes allaient travailler dans les fermes autour de chez eux.

C’est comme cela que du village de Vimarcé, Anne se retrouva chez Michel Pilon à Saint Georges sur erve.

Elle partit sans se retourner avec son baluchon de méchantes hardes, dans son nouveau domicile où elle trouverait bien un valet qui la marierait et ensemble ils prendraient à leur tour une borderie

Ainsi va la vie pensait elle.

Elle fut à vrai dire bien accueillie, Michel Pilon vivait avec son épouse Renée Derouard. Ils avaient eu de nombreux enfants qui tous étaient mariés et vivaient au village.

Le travail ne s’avéra guère plus dur que celui qu’elle effectuait chez son père, certes le gîte laissait à désirer, sa paillasse se trouvant dans une pièce sombre et humide un peu à l’écart du couple Pichon.

Elle se lia d’amitié avec le valet de ferme qui lui n’avait pas les honneurs de la maison mais dormait dans la grange. Elle fut courtisée et était heureuse de provoquer son jeune amoureux.

Quelques baisers furent échangés, mais Anne resta ferme, rien ne se passerait avant un quelconque mariage.

Loin de la surveillance tracassière de sa belle mère, elle attendait donc que son soupirant cumule assez de gages pour pouvoir s’établir en ménage.

Mais le malheur s’abattit sur la maison et Renée Derouard la maîtresse de maison tomba malade.

Anne se retrouva garde malade en plus de ses occupations ménagères et animalières, la charge de travail fut importante, mais le problème ne vînt pas de cette surcharge d’activités.

Michel Pilon en dépit de sa soixantaine bien sonnée avait gardé un tempérament fougueux et honorait sa femme fort régulièrement au dépit de cette dernière qui s’en serait bien passée estimant qu’elle avait donné sa part aux assauts pas toujours très doux de son mari.

Or donc comme Renée ne pouvait remplir ses devoir conjugaux, Michel se mit à lorgner en direction des courbes de sa jeune servante.

Anne se rendit compte du changement, le vieux maître avait toujours les yeux où il fallait, Anne se sentait déshabillée du regard et les yeux concupiscents du patron la pénétraient.

Michel n’avait pas franchi le pas lorsque l’état de sa femme empira. Quelques mains baladeuses, des frottements fugaces et de grasses allusions avaient inquiété Anne mais rien qui ne puisse émouvoir des intervenants extérieurs.

La maîtresse mourut le 23 avril 1800 à l’age de 65 ans. Après la mise en terre chacun retourna à ses activités. Anne fut quelques temps tranquille, mais elle savait que Michel ne la laisserait point en paix. Un jour à l’étable il l’a prit par derrière et tenta de lui relever ses cotillons, elle se débattit avec vigueur et il lâcha prise. Un autre jour ou prit de boisson il tenta de la prendre de force dans son lit, heureusement ivre elle put s’en délivrer.

Elle n’osait toujours pas en parler à quelqu’un, Michel Pilon était un homme de biens, respecté par la communauté villageoise. Une servante dans cette société machiste devait servir et bon nombre de maîtres ou leurs garçons se procuraient plaisir à bon compte. La parole féminine n’avait guère d’importance et le corps des femelles, des diableries tentatrices.

Notre bordager était maintenant bien décidé à posséder le jeune corps de sa servante et se mit en tête qu’à défaut d’un viol sauvage, il en commettrait un de légal.

Il s’en alla donc trouver Michel Valée pour le persuader de lui donner sa fille en mariage. Les négociations furent longues et difficiles, 41 ans séparaient Michel de la petite Anne.

Quelques pièces sonnantes et trébuchantes firent tomber les armes du père Valée et Michel sema le trouble en lui déclarant que sa fille n’était guère sage, qu’elle le provoquait et que de toute façon le valet de ferme finirait bien par la remplir.

Maintenant que l’accord entre les deux hommes avait été passé il fallait persuader la communauté villageoise et Monsieur le curé. On opta pour expliquer qu’il y avait eu liaison charnelle et qu’il fallait régulariser.

Tout de même l’opinion grinça un peu et Michel Piton se vit un instant en chemise de nuit tenant la queue de l’âne entouré d’une foule lui faisant charivari.

Du consentement d’Anne on se passa, elle pleura, hurla, arrêta de manger, rien n’y fit. Elle serait livrée au minotaure.

Le 29 juin 1802 par devant Louis Gautier, maire et officier d’état civil de la commune de Saint Georges sur Erve, Michel Piton 65 ans épousa Anne Valée 24 ans. En présence de Michel Valée, 60 ans père de la marié ( donc plus jeune que son gendre ) et de Anne Dutail âgée de 40 ans, belle mère de la mariée.

Une fête eut lieu en présence du clan Pilon et chacun s’enivrant , baffrant et dansant passant une bonne journée.

Évidement les enfants de Michel Pilon n’appréciaient guère l’arrivée inopportune d’un ventre éventuel et s’inquiétaient d’avoir un frère ou une sœur qui aurait eu 40 ans de différence avec eux et qui amoindrirait le maigre héritage.

Anne resta de marbre toute la journée et murmura un faible oui à la mairie. Sa belle mère au cours de la journée la prit à l’écart et lui expliqua en peu de mots ce qui allait lui arriver derrière les rideaux du lit clos.

Après les festivités la nuit de noces arriva, Michel passablement prit de boisson avait hâte de consommer sa proie.

Anne passive attendait assise sur le lit. Michel énervé lui intima de se déshabiller. Elle n’avait jamais montré sa nudité à un homme et honteuse enleva sa robe. Michel plus à l’aise, montrait gaillardement sa virilité. L’assaut ne se fit guère attendre, point de baisers, point de caresses, d’une main ferme Michel s’ouvrit le passage et pénétra la pauvre enfant. La douleur fit des larmes à la petite, quelques allez et venues et l’affaire fut faite. Michel sans un mot se tourna et s’endormit d’un sommeil d’ivrogne.

Anne souillée de son sang de vierge et de la semence de son légal tortionnaire ne savait que faire, elle se leva en titubant, sortit en chemise de la maison et fit toilette sommaire avec un fond d’eau.

Elle se recoucha, Michel ronflait, elle ne trouva le sommeil que tôt le matin et constata avec bonheur en se réveillant que son mari était déjà levé.

Malheureuse, les jours s’écoulèrent lentement pour Anne, la vigueur de Michel ne diminuait guère, Anne sans envie demeurait passive, le vieux ne s’en inquiétait guère et la prenait comme un hussard prend une fille de joie.

Anne terrorisée de se trouver grosse n’espérait sa délivrance que dans la mort de Michel.

Hélas l’ordre ne fut pas respecté et la petite Anne mourut la première à l’age prématuré de 25 ans le 27 février 1804.

Quand au vigoureux Michel Pilon il s’éteignit le 16 mars 1816, vénérable vieillard de 79 ans dans sa maison de Saint Georges sur l’Erve.

Note : Michel Pilon 1736-1816, naissance et mort à Saint Georges sur l’Erve.

Anne Valée 1779- 1804, née à Vimarcé et morte à Saint Georges sur l’Erve

Renée Derouard première épouse de Michel, née en 1735, décédée en 1800 à Saint Georges sur l’Erve.

Michel Valée père d’Anne,né à Saint Georges sur l’Erve en 1742 et décédé en 1804 à Saint Georges sur l’Erve ( 2 mois après sa fille ).

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DE QUOI MOURAIT-ON DANS LES CAMPAGNES D’AUTREFOIS

 

Tous les généalogistes se sont évidement posés la question, de quoi nos ancêtres sont ils morts ? La plupart du temps la question reste sans réponse car sauf exception le curé ne mentionnait rien dans les registres paroissiaux. Quelques femmes mortes en couche, quelques morts suspectes ou des épidémies sont parfois signalées et nous apportent un éclairage sur la vie d’autrefois mais rien de bien général.

Alors quand on a la chance de pouvoir étudier sur plusieurs années les causes des décès d’une paroisse autant ne pas s’en priver.

Dans une petite paroisse de l’actuelle Mayenne nommée Saint-Martin-De-Connée le curé qui sans doute avait quelques connaissances marqua les causes de décès à partir de l’année 1772 jusqu’à celle de 1786.

Notre curé érudit et féru de médecine se nommait François Le conte de Souvré né à Alençon le 30 décembre 1722, prêtre de l’oratoire il prit la cure de Connée en octobre 1772 et y resta jusqu’à sa mort le 31 décembre 1786.

J’ai choisi pour l’étude les 5 années placées au milieu de son apostolat à Connée.

Avant d’étudier ces décès faisons un petit tour dans le village.

Ce petit bourg a comme voisin immédiat Saint pierre sur Orthe et Vimarcé, il est traversé part la rivière Orthe, quelques ruisseaux et un étang viennent compléter le paysage hydrographique.

Le point culminant de la commune se trouve sur une colline se nommant le Rochereau. La population était assez importante car en 1793, il y avait 1693 habitants de recensés .

Le climat est de type continental pas de chaleur ni de froid extrême et une pluviométrie somme toute normale.

L’ensemble de la population est répartie entre le bourg et de nombreux hameaux et fermes isolées.

C’est un village classique d’ancien régime sans histoire notable ni catastrophe particulière, il représentera en somme un bon exemple d’analyse.

Bien sur et avant toutes choses il faut préciser que le diagnostique médical du décès émane d’un curé de campagne avec les connaissances forcement limitées de l’époque et que quelques causes ne sont pas notées vraisemblablement parce que le curé ne les a pas connues lui même.

Il faut en outre signaler que les causes des décès d’enfants en dehors des épidémies ne sont que rarement notées.

De plus je ne suis pas médecin moi même donc je me garderais bien d’une analyse scientifique quelconque. Je vais donc voir cela comme un généalogiste et je vais tenter d’être le plus clair possible.

1776 A 1780

Répartition des décès par tranche d’age

255 décès pour ces  5 années,  ( nota le nombre des naissances se porte à 274 )

de 0 à 1 ans : 51 soit 19 %

1 ans à 5 ans : 53 soit 19 %

5 à 13 ans : 15 soit 5,41 %

13 et 20 ans : 8 soit 3,3 %

20 et 30 ans : 8 soit 3,3 %

30 et 40 ans : 12 soit 4,5 %

40 et 50 ans : 23 soit 9,1 %

50 et 60 ans : 20 soit 9,1 %

60 et 70 ans : 27 soit 11,25 %

70 et 80 ans : 22 soit 9,1 %

80 et plus : 14 soit 5,8 %

2 cas âge ignoré

Ce qui frappe en premier lieu c’est le taux de mortalité élevé chez les enfants.

127 décès sur 253 ( âge connu ) ont lieu avant l’age adulte soit 50,19 %

Les personnes décédées après 70 ans représentent quand même le fort pourcentage de 14,22 %

Pour la répartition des décès sur l’année : 26,27 % en hiver, 29,41 % au printemps, 16 % en été et 28,23 % en automne

Commençons d’abord par référencer les différentes causes listées par notre curé.

LES FIÈVRES

Il apparaît qu’un nombre important de décès soit dû à des fièvres ou qu’une maladie est occasionnée de fortes fièvres.

Ils sont nommés de différentes façons.

Fièvre maligne ( le sens en est maintenant perdu, mais autrefois était synonyme de fièvre grave ) il pourrait s agir de typhoïde

Il est tout aussi difficile de déterminer à quoi correspondent les fièvres continues, les fièvres convulsives, les fièvres dégénérant en hydropisie, les fièvres pleurésiques, fièvre millière ( peut être la tuberculose ), fièvres longues, fièvres lentes, fièvre putride, fièvres constantes, fièvres automnales, fièvres épidémiques, fièvre avec transport et pour terminer la fièvre chaude.

En somme, 13 sortes de fièvre bien distinctes dans le diagnostic du curé.

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

La variole appelée petite vérole ( rien à voir avec la vérole )

Rougeole et rougeole rentrée et un cas de jaunisse

MALADIES PULMONAIRES

Fluxion de poitrine

Asthme qui est invétéré ou convulsif

Pleurésie

Fausse pleurésie

Pneumonie

MALADIES VENTRE

Dysenterie

Violente coliqueS ( avec humeur et fièvre continue )

DIVERS

Mal d’élan ( malgré mes recherches j’ignore qu’elle est cette maladie )

Assoupissement léthargique suivi de paralysie

Humeur attirée par un emplâtre et tombée sur la poitrine

Langueur suivit d ‘ hydropisie

Mal de gorge suivit de fièvre millière ( tuberculose )

Douleur consumée avec fièvre lente

Mal caduc (épilepsie )

Rhumatisme ( tombé dans l’estomac avec 3 jours de vomissement )

Grabataire couvert d’ulcère

Dépérissement universel

Hydropisie seule ou fièvre suivie d’hydropisie

Terminons cet inventaire par quelques morts accidentelles et un assassinat et bien entendu par quelques femmes mortes en couche.

Je le rappelle les causes de mortalité infantile et juvénile ne sont pas notées.

Voilà pour l’ensemble des causes de décès, beaucoup de fièvres qui recoupent peut être des causes identiques et des cas d’hydropisie qui ne déterminent pas une maladie très particulière.

Examinons maintenant combien de personnes sont mortes pour chaque maladie listée.

Commençons d’abord pour tordre le cou à une opinion bien ancrée par les mortes en couche.

Sur 255 décès, 3 sont imputables à un accouchement, on est loin de l’hécatombe, par contre si on examine le nombre de bébé qui décède dans les quelques jours il est nettement plus impressionnant car 28 enfants ne passent pas le premier mois.

On constate très peu d’accident, un décès par chute, un autre par une plaie infectée et un assassinat.

La vie semblait donc tranquille dans ce coin de France.

Passons maintenant aux innombrables fièvres

Fièvre maligne et fièvre maligne putride : 32

Fièvre continue ou longue : 13

Fièvre d’automne : 1

Fièvre épidémique : 1

Fièvre et langueur suivies d’hydropisie : 11

Fièvre convulsive : 1

Fièvre pleurésique : 2

Fièvre coma : 2

Fièvre millière : 9

Fièvre lente : 1

Fièvre putride avec fluxion de poitrine : 1

Fièvre avec transport : 1

Fièvre chaude et maligne : 2

Soit environ 77 cas sur 255 ce qui représente 30% des cas et qui regroupe de nombreuses causes et de nombreux symptômes .

Épidémie de variole ou petite vérole : 24 cas sur l’année 1779

Mal d’élan : 6

Fluxion de poitrine : 17

Grabataire depuis naissance : 1

Langueur depuis naissance : 1

Pleurésie, pneumonie et fausse pleurésie : 7

Hydropisie : 9 cas mais de nombreuses fièvres se terminent en hydropisie.

Asthme : 5

Rougeole 2, jaunisse 1, mal caduc ( épilepsie ) 1

et pour terminer l’hécatombe des enfants dont les causes ne sont que rarement notées

127.

J’ai constaté une épidémie de variole qui s’étend de février 1779 et qui se termine en décembre de la même année.

La fièvre Millière avec forte toux commence en novembre 1776 et semble s’éteindre en avril 1777.

Une fièvre maligne semble également frapper la population à partir de juillet 1777 pour se poursuivre jusqu’en janvier 1778.

Le reste des causes semble assez partagé sur l’année. Il faut en outre signaler que l’année 1780 fut particulièrement meurtrière avec 61 décès et la disparition prématurée de beaucoup d’enfants alors que celle de 1778 fut plus clémente avec 37 décès.

Je termine en espérant avoir été le plus exhaustif possible sans charger le texte d’une liste de chiffres.

Les enfants étaient donc la cible favorite de la grande faucheuse et il était délicat d’arriver à l’age adulte.

Une note d’optimisme tout de même car sur cette période il y eut un centenaire dans le village. L’homme devait être particulièrement solide ou particulièrement chanceux.

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LE MANOUVRIER DE THIERCELIEUX EPISODE 5

 

François ne cacha rien car il déclara maintenant au notaire un petit pécule en monnaie d’assignat de 183 livres.

De plus le couple Blanchet devait à la communauté la somme de 145 livres que François leurs avait prêtés pour qu’ils se vêtent décemment à leur mariage et qu’ils puissent assumer les frais de bouches et de cérémonie.

Si les Blanchet devait cette somme il en était de même pour les Lefevre qui eux s’étaient vus attribuer la somme de 144 livre 4 sols .

François avait aussi quelques dettes, mais rien de bien méchant.

Il ne s’était pas encore acquité de la somme de 9 livres qu’il devait aux contributions foncières et mobiliaires de la paroisse de Montolivet, Saint Barthélémy et Meilleray.

Il était également en compte avec la veuve d’André Verdier car il lui devait 19 livres pour le prix d’un petit porc. Elle habitait juste à coté il réglerait cela rapidement.

Il devait encore 12 livres à un marchand de bois de la Ferté Gaucher, le nommé Bourdon et il devait encore 15 livres pour les marchandises de sa boutique.

Le notaire maintenant s’attela aux acquis du couple Regnault et nota un acte d’acquisition avec Jacques Ducreux le 3 mai 1778 à la Ferté Gaucher.

D’un autre le 4 février 1780 à Villeneuve sur Bellot avec Charles Lemaire et aussi d’un autre avec Joseph Marion à Montmirail le 7 mars 1781.

La politique d’acquisition de François ne s’arrêta pas là car il acquit encore un bien du même Joseph Marion le 11 avril 1785 puis encore un autre le 11 avril 1790 des nommés Jean Javari et Jean Mottet et leurs femmes respectives.

En tout François passa donc 5 contrats acquisitions sous notaire en l’espace de 12 ans.

La communauté Regnault hérite en outre des acquits de Jean Martinet et de ceux de Jeanne Hermand sa femme. Une rente de 30 livres émanant de Claude Lirot entre également dans les biens de la communauté.

Ils en ont presque terminé maintenant, il ne restera qu’a évaluer trois arpents de bleds actuellement en terre et ensemencés lorsque la récolte sera faite.

L’acte fut donc rédigé devant Louis Goutte l’aubergiste,Nicolas Lapleige marchand de bestiaux et Simon Arnault le charron, tous trois de Thierceleieux.

Seul le notaire et Lapleige signèrent, l’ensemble des couples Blanchet, Lefevre, François et son fils n’ayant pas été touchés par les grâces de l’instruction écrite. La rédaction et l’enregistrement de l’acte coûtèrent 8 livres et chacun sauf le mineur paya sa part.

En voilà terminé avec cet inventaire, il nous apprend qu’un manouvrier n’était point un le traîne savate des images d’Epinal, qu’il possédait des biens, un peu de terre, quelques bêtes, des objets manufacturés qu’il dormait dans un lit avec matelas de plume.

Certes beaucoup de promiscuité mais les espaces privés faisaient leur apparition avec les lits clos de rideaux. La couche n’est pas une simple paillasse.

Plusieurs meubles de différentes essences de bois, un trousseau assez complet et coûteux. A table ils ont vaisselle d’étain.

L’étable est séparée de l’espace de vie des humain.

De l’argent liquide est thésaurisé et peut être mis à la disposition pour aider les enfants et enfin on constate une véritable politique d’acquisition afin d’augmenter son capital.

Nous sommes loin de l’image du paysan dépenaillé chevauché par les membres des ordres privilégiés. Évidemment, il n’y a point là de richesse. La vie était dure, soumise aux aléas climatiques, un labeur incessant , un accès au savoir limité mais on peut quand même percevoir une amélioration des conditions de vie.

Pour la période qui nous concerne, les difficultés vont venir, mauvaises récoltes, troubles politique, guerres révolutionnaires et impériales avec l’envahissement du territoire Briard par une horde de teutons et de cosaque.

François connaîtra toutes ses difficultés et décédera en 1817 dans la maison où il a passé sa vie mais qui est maintenant celle de sa fille.

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