MES ANCÊTRES LES BERGERS

 

Puisant sa source dans des temps immémoriaux cette activité humaine est l’une des plus anciennes spécialités agricoles.

Nos ancêtres n’étaient encore que des chasseurs cueilleurs itinérants lorsque le besoin se fit sentir de domestiquer des animaux. Dans ce fameux croissant fertile source de toutes nos civilisations, des hommes inspirés domestiquèrent le mouflon qui devint peu à peu le mouton.

Le métier de berger naquit de cette domestication, le savoir ancestral se transmit et s’améliora de génération en génération, de père à fils.

Il y a peu de temps encore, les moutons paissaient en grands nombres sur l’ensemble des régions de France, paysages aux vignes divers et variés dont les collines où vallées peu fertiles se couvraient de dos blancs.

Animaux au fort potentiel, viande, lait, laine, peaux et excréments faisaient à leur possesseur un inestimable trésor. Pas un foyer, qui n’en posséda un et qui sur les communaux, faisait vivre sa bête.

Les plus riches aux nombreuses bêtes faisaient appel à des spécialistes , ces gardiens que l’on nomme » berger » et qui étymologiquement vient du latin vervex ( brebis ) peuplent nos arbres généalogiques.

A la fois rejetés et recherchés ces hommes souvent guérisseurs et emplis de pouvoir magique apeurent les enfants et attirent les jeunes filles. Possesseurs d’un savoir oral ils sont ceux qui savent. Colporteurs de nouvelles, ces itinérants sont des acteurs privilégiés de la vie paysanne.

Suivons maintenant l’un de mes ancêtres qui a exercé cette profession.

Appuyé sur sa houlette, Joseph à la nuit tombante observait son troupeau, au crépuscule de sa vie il éprouvait encore un bonheur immense a le contempler. D’aussi loin que sa mémoire remontait il avait connu ce bonheur simple et insigne.

Il se souvenait avec tristesse de son père Nicolas Perrin, trop tôt disparu qui berger lui aussi gardait ses troupeaux sur les vallons de Verdelot, il lui amenait ses repas de midi et du soir et passait avec son père de longues heures à écouter le silence.

Celui ci retourné à la terre, un oncle se chargea de lui apprendre le métier. Doué comme ses ancêtres, sa réputation grandit et il se vit confier des troupeaux de plus en plus importants. Il n’en négligea pas pour autant son instruction et acquit les bases de l’écriture et du calcul.

Mais sa culture fut empirique et formée des histoires contées par ses oncles et son père

Ne quittant point des yeux les eaux calmes du petit Morin le hasard le porta près de la forêt du Gault dans le département de la Marne.

Un jour occupé à enclore un champs avec des claies pour que son troupeau puisse dans un espace limité apporter une salvatrice fumure il n’entendit pas arriver son repas.

L’un de ses chiens, magnifique berger briard aux poils noir le prévint de cette arrivée impromptue.

Il termina son ouvrage puis se retourna. Sa surprise fut totale de découvrir en lieu et place du morveux domestique habituel une jeune femme belle comme le ciel.

Son allure quelque peu inquiétante n’apeura guère la jolie paysanne, il ressemblait au vrai à un épouvantail, un large chapeau qui lui mangeait un visage, gagné par la barbe, un pantalon de drap rapiécé à la couleur incertaine et un manteau en peau de bête qui complétait ses bizarres atours.

De ses sabots crottés émergeaient de la paille des pieds sales. Son odeur faite de sueur, de crottins, de boue et de paille aurait fait reculer n’importe quelle belle, au vrai il sentait aussi mauvais que ses moutons.

Clementine lui tendit son panier sans prêter attention à cette odeur animal, comme hypnotisée, enivrée, elle accepta de s’assoir.  Joseph l’invita à grignoter avec lui et lui conta les étoiles.

Laissant les moutons à leur occupation, ils s’installèrent à coté de la cabane de berger de Joseph. Au terme de la soirée leurs mains s’étaient unies. Le sorcier à la peau de bête avait envouté la petite Marnaise.

Le travail épuisant par les kilomètres parcourus devint pour Clémentine le sucre de son existence.

Le charme avait opéré  entre ce loup solitaire de 28 ans et cette pucelle de 21 ans.

Joseph déplaçait son troupeau régulièrement pour fumer l’ensemble des terres du propriétaire et chaque fois il poussait sa cabane protectrice.

Un charretier lui amenait une tonne d’eau pour abreuver les bêtes, en général Joseph commençait la pâture sur les terres les plus éloignées afin d’éviter des trop longs déplacements aux charretiers qui fumaient les terre avec du fumier d’étable.

En juillet et août le berger divisait son troupeau pour qu’un bélier ait une trentaine de brebis ce n’était point commode d’autant plus que certaines se refusaient et n’acceptaient la saillie qu’au troisième bélier. Le berger fin observateur de son troupeau connaissait ses bêtes et agissait en conséquence.

Lorsque le champs n’était pas clos avec les claies, les moutons s’égaillaient et les fidèles chiens assumaient leur charge.

Un soir alors que l’hiver allait bientôt interrompre les pacages, Clémentine arriva, comme chaque fois ils cassèrent ensemble la dure croûte du pain nourricier, depuis longtemps déjà les baisers avaient succédé au long silence embarrassé du début. La pluie soudain se déversa et ils n’eurent comme seule option de se réfugier dans la petite cabane. L’étroitesse du lieu favorisa les jeux de l’amour,le bruit de l’eau martelant le toit étouffa les râles de plaisir lorsqu’il la déflora.

Cette petite cabane sur roue servait d’abris aux bergers lorsque les conditions climatiques ne permettaient pas de dormir à la belle étoile, une paillasse pour s’allonger. Les chiens se plaçaient dessous pour dissuader les maraudeurs. La cabane de Joseph  était couverte de bois, mais celle qu’utilisait son défunt père était se souvenait ‘il,  recouverte de chaume des rives du petit Morin.

 

Joseph le berger était tombé amoureux de Clementine la fille du fendeur de lattes. Ayant goûté au fruit défendu il leur fut dur de se restreindre. Les jeux de l’amour sont dangereux et nombre de maladroits y perdirent leur droit.

Tout cessa, nous étions à la Toussaint et  les moutons devaient rentrer.

Fini les têtes à têtes à la belle étoile ou dans la carriole, Joseph se trouva une place avec ses bêtes dans la bergerie. Il n’avait maintenant plus le temps de rêvasser à sa belle et de compter les étoiles,il fallait nourrir ses moutons et les aider à mettre bas.

Joseph alla demander la main de sa belle à Louis Patoux son père. Ce dernier  après quelques négociations accepta. Ce n’était d’ailleurs pas de gaité de cœur que cet homme des bois confia sa fille à un homme des prés. Plein de superstitions, Louis et Catherine sa femme étaient emprunts d’une sourde inquiétude à voir confier leur fille à un espèce de sorcier.

Ils se marièrent en février 1848 et firent de nombreux enfants, dont aucun n’épousa le métier de son père. Clémentine fut heureuse, et Joseph continua à garder ses troupeaux  selon un rythme immuable. Même si le corps de son épouse était un incomparable écrin pour son repos, il n’en appréciait pas moins les nuits qu’il passait dans sa cabane de berger.

Ses enfants lui apportèrent tour à tour ses repas, mais Clémentine ne vînt plus, car une femme mariée n’accomplissait pas ce genre de tâche.

Jusqu’à sa mort Joseph garda ses moutons et les pâturages de Verdelot, de Bouchy, de Gault, de Montpothier et de Saulsotte , de la Seine et Marne, de la Marne en passant par l’Aube gardèrent le souvenir de ce vieux pâtre appuyé sur sa houlette et de sa houppelande de peau.

Joseph et Nicolas Perrin, François Isidore et François Luc Cré, Rémy Mulot, Auguste Lange, Pierre Cordelier, Nicolas Leroy, Pierre Huillier et Pierre François, bergers d’antan dont le sang coule dans mes veines je vous dédie ces quelques lignes espérant pour quelques instants faire revivre votre ancestral labeur.

Nota : Les cabanes de bergers sont de formes multiples et peuvent être tractées à bras, à bœufs,  à ânes ou à chevaux. Voir l’article suivant :http://www.pierreseche.com/AV_2014_lassure.htm

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MARIE ET LA GALIPAUDE

 

La nuit était à peine tombée sur le petit hameau de la Roulière. Seule une légère brise subsistait à la tempête qui s’était abattue les jours précédents sur la commune de Benon. Les feuilles des saules qui surlignaient le cours linéaire du petit ruisseau bruissaient faiblement. Simple filet d’eau au cours tranquille, il était gonflé ces jours par les pluies diluviennes qui s’étaient abattues sur la région. Un épais brouillard se levait engloutissant les masures de pierre. Les toits en chaume, écrasés par la masse blanche se confondaient  avec les ramures des arbres.

L’ombre tutélaire des ailes des trois moulins qui montaient la garde sur le chemin qui menait au bourg principal de Benon, s’étendait inquiétante sur les demeures et les âmes.

Dans les maisons à l’intérieur, des lit clos, chacun dormait du sommeil du juste, dans les cheminées les dernières braises finissaient de rougeoyer. Les devoirs conjugaux avaient été remplis et les travaux d’hiver avaient eu raison des plus forts, tous se reposaient en vue de la journée du lendemain.

Tous ou presque car Marie , immobile dans son lit feignait de dormir, comme de coutume elle s’était déshabillée et glissée derrière les gros rideaux de courtil de son lit. Dans la pièce principale ses parents ronflaient en cœur, un petit sifflement pour Madame et un corps de baryton pour Monsieur.

Marie se glissa à l’extérieur de son lit , prit ses vêtements et sa paire de sabots. Sur la pointe des pieds elle traversa inquiète la grande salle et souleva la gâche de la porte. Le grincement des gonds lui fit monter en flèche les battements de son cœur et il lui semblait qu’on allait les entendre au moins jusqu’au Gué d’Alleré. Dehors elle  fut saisie par le froid, elle se vêtit bien vite et se mît en route.

Ses sabots s’enfonçaient dans la boue, le chemin de Benon à Bouhet n’était qu’une succession d’ornières remplies d’eau. Elle s’engagea sur le chemin qui menait à Blameré par le fief aux loups et par la forêt. L’endroit était fort inquiétant, il faisait froid, humide et la ouate qui engloutissait tout de son gros manteau accentuait la peur de Marie. Le moindre bruit la faisait tressaillir, dernièrement des loups étaient réapparus et une battue paysanne était en préparation pour en finir avec la bête du mal.

Malgré l’obscurité il ne lui fallut que quelques minutes pour se rendre au chais de Bel Air, au vrai elle connaissait le chemin par cœur et même les yeux bandés elle aurait su s’y rendre.

Elle toqua le long de la grosse porte en bois et cette dernière s’ouvrit aussitôt, à la clarté d’une chandelle l’attendait Pierre son galant.

En dépit des loups, des animaux fantastiques et des êtres maléfiques qui peuplaient la campagne et la forêt, Marie chaque soir vainquait sa peur pour se blottir dans les bras de son amoureux. Faisant fi des convenances, des us et coutumes, telle une catin des villes elle s’offrait toutes les nuits à l’amour.

Ils s’enlacèrent et leur bouches se joignirent, la paille fut leur couche et leurs étreintes endiablées leurs firent oublier la froidure. Après mille et un assaut les deux amants sans force s’endormirent.

A l’aube un bruit les réveilla, sorte de râle animal, des cris stridents les surprirent, Pierre se leva d’un bon et sortit dans la nuit, il fit le tour du chais mais rien ne se révéla à sa vue, rassuré il rejoignit sa belle. Sûrement une chouette ou un animal diurne qui avant le jour regagnait son gîte.

De toute façon il était l’heure de se séparer, un dernier baiser et Pierre partit en direction de la ferme de Linoizeau où il était gagé et Marie reprit le chemin de la Roulière.

A mi chemin au lieu des Galipaudes une grande haie masquait la vue des premières maisons du hameau, Marie n’en menait pas large. Un cri strident déchira soudain les ténèbres, un fantôme, une créature, ou une bête avait surgit et s’était juchée sur les épaules de Marie. Elle hurla et se débattit, l’être maléfique s’accrochait à elle, plantant ses griffes, elle courut en gesticulant, perdit son fichu et son tablier.

La bête finit par lâcher prise et s’enfuit vers la Motte aux loups.

Marie folle de peur, terrorisée continua de courir en hurlant, rien ne put arrêter cette fuite éperdue, ni buissons, ni ruisseaux, ni fossés, poursuivant en courant sa troublante farandole elle se dirigea vers l’Abbaye de Benon.

Pierre qui avait entendu les hurlements de Marie avait fait le chemin inverse mais n’avait rien vu, inquiet qu’ il était, il dut  quand même rentrer à la ferme pour y commencer la première traite.

Chez Marie aussi l’inquiétude grandissait, au réveil elle n’était pas dans son lit et dans le village on ne la trouva point. Tous les habitants du hameau avaient été réveillés par des cris et tous se répandaient en conjectures. Les plus vieilles vinrent rapidement à dire que le cri venait des Galipaudes présentes dans le village depuis des temps immémoriaux. Les hommes haussèrent les épaules mais prirent pour rechercher Marie leur fusil de chasse, on ne savait jamais la part de vérité dans les contes de bonnes femmes.

Évidement le bruit se répandit rapidement que la petite Marie courait la Ganipote, les parents en furent outragés car cela revenait à dire que leur petite fille s’en allait rejoindre un galant pour non pas cueillir des fleurs mais plutôt pour offrir la sienne.

Un pauvre journalier qui n’était point du coin ricana de savoir qu’un être mi homme, mi loup garou puisse attaquer une jeune fille. Mais tous au fond d’eux même savaient . Était ce un sorcier, l’âme d’une personne victime d’un sortilège qui se transforme en Loup Garou, était ce l’âme d’un enfant non baptisé ou bien celle d’un enfant de prêtre ,quel persistant mystère.

La seule chance de s’en délivrer serait de la capturer et de lui faire avouer son nom, ainsi elle serait délivrée de son maléfice. Cela ne sera point aisé, la battue continua quelques heures mais il fallut se rendre à l’évidence, pas de Marie ni de Galipaude. La bête était réputée pour s’accrocher avec ses griffes sur le dos de sa victime, quand on trouvera l’un on trouvera l’autre.

Deux jours passèrent, Marie ne réapparut pas en sa demeure, son père et ses proches continuèrent les recherches mais ce fut le régisseur de l’abbaye de la Grâce Dieu qui trouva la belle, noyée dans la fontaine miraculeuse. Son corps à moitié nu laissait apparaître ses beaux seins blancs, des griffures la striaient en de multiples endroits, son visage était révulsé, de la bave sortait de sa bouche et ses yeux tournés semblaient être emplis de terreur.

C’était évident, la Galinote était responsable, la terreur s’abattit sur la contrée, irrationnel venue du fond des temps. Plus personne ne sortait seul en la campagne nocturne à l’exception des deux drôles du moulin du jard.

En effet les deux compères qui avaient eu vent des virées nocturnes de la belle Marie qu’ils courtisaient avec avidité avaient monté cette farce. L’un s’était drapé d’un drap blanc et avait bondi sur le dos de Marie en hurlant.

Sans la terreur qui avait rendue folle la pauvre petite, la pièce eut pu être drôle, les deux vilains ne se vantèrent pas de leur exploit.

On inhuma la Petite, Pierre se trouva une autre galante, les deux drôles firent contrition et les galipaudes continuèrent à battre la campagne.

Méfiez vous promeneurs ou jeunes filles pas sages, certains soirs en ce troisième millénaire au lieu dit la Galipaude sur le vieux chemin de Blameré en la commune de Benon, département de Charente Maritime un être mi homme mi loup pourrait  encore se jeter sur votre dos et vous  conduire dans sa tanière de la Motte au loup.

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HISTOIRE D’UNE MYSTIFICATION

 

La photo d’une tombe, l’histoire sommairement racontée, une épitaphe curieuse, et une mystification apparente sont les corollaires d’une belle histoire que je vais maintenant vous narrer.

En cette année 1875  ,la ville blanche, au vieux port gardé par une double sentinelle de pierres est encore ceinturée de murs, enfermée sur son passé, close sur elle même, cernée par les marais et les vignobles. Les tours Saint Nicolas, de la Chaîne, de la Lanterne rappellent le lointain souvenir d’une splendeur oubliée.

A quelques kilomètres en direction du village de Laleu, un hameau nommé Saint Maurice se dresse le long du chemin, quelques maisons de paysans, des maisons de campagne de riches bourgeois ou d’écrivains célèbres et un cimetière. La vue est dégagée sur la mer et les embruns parfument les champs voués aux vignes et à l’avoine.

Entre La Rochelle et Saint Maurice à gauche du chemin quelques bâtisses sans prétention, l’endroit s’appelle L’épine. L’une des maisons appartient au sieur Joguet, propriétaire il loue sa maison à deux femmes, la première est âgée  d’une vingtaine d’années à la remarquable beauté et l’autre plus vieille qui semble être sa gouvernante.

Malheureusement la belle fleur est minée par un mal incurable et l’air de Saint Maurice accélère les méfaits de la tuberculose.

Luttant de toute sa jeunesse, la petite se débat contre les affres de la mort, assistée avec amour par la vieille dame. Hélas c’est sans espoir et l’enfant s’éteint le 8 mai 1875.

La vieille madame Coras, qui avait veillé sur la mourante envoya Améric Goumard le domestique et François Joguet le propriétaire à la mairie de Laleu dont dépendaient L’épine et Saint Maurice pour y faire la déclaration de décès.

Emile Béraud le maire prit la déclaration et vint vérifier que la dite était bien morte.

Joséphine Marie Ménard âgée de 20 ans est décédée à 8 heures ce matin en son domicile de l’Epine.

Elle fut portée en terre le  10 mai 1875 au cimetière de Saint Maurice et il ne semble pas qu’une foule nombreuse eut suivi le corps de la défunte.

Jusque  là rien que de plus banal, une jeune femme parmi d’autres décède de ce fléau redoutable à l’époque et que la balbutiante médecine ne pouvait encore guérir,

Le mystère autour de ces deux femmes commença donc après que Madame Coras eut demandé au tailleur de pierre de graver l’inscription suivante.

CI GIT

NORMA TESSUM ONDA

NÉE LE 18 SEPTEMBRE 1854

DÉCÉDÉE LE 8 MAI 1875

L’artisan intrigué par cette épitaphe bizarre eut comme réponse qu’il y avait eu substitution d’enfant et que Joséphine Ménard n’était pas la fille d’un pauvre tisserand de Saint Macaire les Mauges.

Le mystère commença et ce n’est pas les quelques affaires appartenant à la morte qui étouffèrent la rumeur qui commença à se répandre.

La petite serait en fait la fille du célèbre poète Alfred de Musset née de sa relation avec la tout autant célèbre écrivaine Georges Sand.

TESSUM serait en effet l’anagramme de MUSSET et Norma celui de roman, il ne restait plus à dire que ONDA était  presque celui de SAND et le tour était joué.

A cela s’ajouta la ressemblance de son  tombeau avec celui de son père présumé sis au cimetière parisien du père Lachaise

ressemblance des formes et de la lyre gravée sous l’épitaphe

La grande manipulatrice que fut Madame Coras produisit également des livres de Musset dédicacés à sa fille.

Un chroniqueur nommé Aurélien Scholl lança l’affaire quelques années plus tard et elle fit grand bruit.

Examinons maintenant le champs des possibles.

Josephine serait née d’une liaison de Musset avec George Sand, mais elle est née en 1854 et la liaison tumultueuse entre les deux écrivains s’est achevée définitivement en 1835. Il faut également rappeler que Aurore Dupin ( George Sand ) née en 1804 avait 50 ans et que les chances naturelles d’une maternité étaient somme toutes réduites.

En ce qui concerne les dédicaces il est plutôt cocasse de croire que le célèbre auteur eut dédicacé des livres à sa fille de 2 ans et demi, car il est bon de le rappeler Musset est mort le 2 mai 1857.

On voit donc que rien de bien sérieux ne vient étayer cette fable, Joséphine est bien née à Saint Macaire en Mauges dans le Maine et Loire de Charles et de Jamin Jeanne, elle fait partie d’une fratrie de 13 enfants et a été confiée aux soins de Madame Coras née Thomas qui possédait une maison dans le village. Cette dernière intrigante et demi mondaine éleva la petite à son image, elles vécurent ensuite à Paris comme de nombreuses femmes galantes. Il semble qu’elles fréquentèrent un certain nombre d’hommes politiques et que c’est pour les suivre dans leur emprisonnement dans les prisons de Charente Inférieure qu’elles s’installèrent dans la banlieue Rochelaise.

Madame Coras et Joséphine pour se donner des grands airs s’inventèrent cette filiation et c’est pour continuer cette supercherie que la survivante fit graver ce nom bizarre cette lyre et construire  cette tombe identique à celle du grand homme.

En tira t’ elle des fruits, là est la question, elle demeura à Saint Maurice quelques années mais s’éteignit en 1881 chez les petites sœurs des pauvres en la commune de Tasdon.

Sans cette tombe préservée, Joséphine Menard fille d’un petit tisserand de Maine et Loire serait oubliée depuis fort longtemps. Sa vie courte au demeurant  de demi mondaine en compagnie de l’intrigante Françoise Coras aurait disparu comme une poussière au vent de l’atlantique tout proche.

L’idée d’écrire un texte sur le sujet m’a été donnée par un membre du groupe Charente Maritime.

acte naissance Joséphine Menard alias Norma Tessum onda :https://www.archinoe.fr/v2/ark:/71821/038ad3688cdfd9ed4bb58a6cccdde939

acte de décès Joséphine Menard alias Norma Tessum onda :  http://www.archinoe.net/v2/ad17/visualiseur/registre.html?id=170027536

Acte de décès Françoise Thomas veuve Alphonse  Coras : http://www.archinoe.net/v2/ad17/visualiseur/registre.html?id=170022616

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JEAN LE VIEUX GABARIER

Assis hiératique sur un banc,  un vieil homme perdu dans ses pensées semble observer le paysage. Figé dans une immobilité inquiétante l’homme ressemble à un arbre séculaire. Seuls les yeux qui scintillent, témoignent encore d’une vie dans ce vieux corps noueux comme un cep de vigne du Cognaçais. Son visage est tracé de rides profondes, sa moustache grise est jaunie par l’usage du tabac, de sa bouche depuis longtemps édentée surgit parfois un sourire.

 

Son vieux chapeau le protège du soleil et de la pluie, été comme hiver il porte les mêmes vêtements de drap de laine. Ses deux mains, parcheminées, sillonnées de grosses veines bleues reposent sur le bâton qui lui sert de canne.

Jean Blanchard comme il se nomme sort chaque jour  de sa maison serpente dans les venelles du vieux village et va prendre position sur son banc, en chemin les chapeaux se lèvent, des mains se tendent, les femmes respectueuses le saluent d’un mouvement de tête, les enfants nullement effrayés lui donnent du bonjour  » père Blanchard  ». Il est l’aîné du village, le sage , la mémoire vivante.

Saint Simon hier

Au vrai ceux qui le respecteraient le moins seraient plutôt les membres de sa famille, il demeure chez sa petite fille Marie Blanchard épouse Dubois. Il a le gîte et le couvert, des chemises propres, il serait bien si ses deux arrières petit enfants étaient un peu moins turbulents.

A ses pieds s’écoule tranquille la rivière Charente, cette eau verte et claire est plus que de l’eau qui s’écoule, elle est son sang.Tous les jours de sa longue vie il les a passés à coté d’elle, s’en abreuvant, il en connaît les moindres détours, chaque arbre qui la borde lui est familier. Il pressent ses réactions, ressent ses sauts d’humeur et tel un goutteur de parfum en hume toutes les odeurs.

De son banc le vieillard cacochyme observe également avec attention des ouvriers qui s’activent sur les bords du quai.

Un squelette en bois se dresse, des hommes aux gestes surs s’affairent, il connaît tous ses ouvriers, la plus part on le même sang que lui dans les veines. Dans ce village de Charente nommé Saint Simon l’activité principale est la construction de gabares charentaises, de nombreux chantiers parsèment les quais. Les charpentiers de gabares y sont légion, Jean Blanchard était autrefois l’un d’entre eux. Ceux qui ne sont pas charpentiers, sont maîtres de gabare ou employés comme marins à leur bord. Le cours de la Charente semble être peuplé des habitants du village, on dit qu’un tiers des embarcations tirant sur le fleuve est enregistré au village.

Dans ce village chacun est cousin, neveu, frère ou fils, l’endogamie professionnelle y est très forte et les lignées de marins ou de charpentiers de gabares se succèdent sur les bords du fleuve éternel. Au 12ème siècle déjà des charpentiers travaillaient à Saint Simon et Jean,malicieux faisait croire à son fils crédule que la vieille pierre sculptée symbole du village représentait un  » Blanchard  ». La famille de Jean ne faisait pas exception au phénomène bien que sa petite fille Marie fut mariée à un boucher.

Les gabares que Jean saluait en levant sa canne était le moteur économique de la région, chargées de vin, de bois, elles descendaient aidées par le courant jusqu’à Rochefort et Tonnay Charente. Celles construites à Saint Simon l’étaient à franc bord puis calfatées, elles pouvaient porter gréement. Souvent halées, soient par des animaux soient par des hommes ( souvent des femmes à Saint Simon ), elles remontaient le courant chargées du sel, venu des marais salant des environs de Rochefort.

 

construction à franc bord

Jean avait abandonné le travail depuis bien longtemps, mais ces coques de bois le rendait nostalgique de sa vie passée.

Nous étions au crépuscule du second empire, Jean était né sous le règne du bien aimé Louis XV en 1770, il avait connu bon nombre de changements, mais lui inexorablement avait poursuivi son labeur de charpentier, l’odeur du bois, les gestes ancestraux et puis l’amour de sa vie, la belle Charente. Âgé de 96 il savait qu’il devait partir au paradis des mariniers, son fils et sa femme étaient morts depuis longtemps, même si sa petite fille était adorable il savait qu’il gênait, il avait fait son temps. Son petit fils Pierre avait perpétré la tradition familiale en devenant marin, mais signe des temps il était devenu receveur buraliste. Il n’en revenait pas un Blanchard qui ne travaillait plus sur les bords de la Charente, non décidément il était grand temps.

Mais Jean eut le bonheur de partir avant les changements qui l’auraient à coup sur brisé. A voir toutes ces gabares voguer sur le fleuve, il ne pouvait imaginer qu’un concurrent allait tuer la navigation fluviale. La ligne de chemin de fer entre Cognac et Angoulême fut ouverte en 1867, c’était la chronique d’une mort annoncée pour la batellerie. Puis vint le coup de grâce avec le transport routier. Les belles gabares cessèrent de glisser sur l’eau et depuis Jean se retourne sans cesse dans sa tombe.

Saint Simon aujourd’hui

Ce texte est écrit pour Maël mon petit fils, qui a un peu de sang de marinier qui lui coule dans les veines et qui un jour peut être voguera sur les ondes vertes du beau fleuve qui a nourri ses racines familiales.

                                                   Gabare de saint Simon reconstitution

ARBRE SIMPLIFIE

Pierre Blanchard dit Caillias 1737 – 1820,   marin sur gabare

Jean Blanchard 1770 – 1866, charpentier de Gabare

Pierre Blanchard 1807 – 1855, marin sur gabare

Marie Blanchard 1832 – 1876

Géronime Dubois 1855

Jeanne Fougeret 1885

Édith Aubinaud 1909 – 2000

Albert Maurin

Nicole Maurin

Émilie Vaillant

Maël Chabot

NOTA :  lien sur Saint Simon https://www.village-gabarrier.fr/visites-et-decouverte/village-de-saint-simon-en-charente/historique-du-village-gabarrier-de-saint-simon

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LES VOLEURS DE BONBONS

 

Le 8 mai 1855 lorsqu’il entra dans la maison de correction d’Angoulême, Jean Barraud dressait fièrement la tête, toisant Mr Barré l’huissier de la prison.

Ce dernier blasé eut un petit sourire, des morveux il en avait vu passer, des fiers , des insolents, des goguenards , et des irrespectueux. Mais tous furent matés et ce chef de bande qui a encore du lait qui lui suinte du nez n’en serra pas l’exception.

Costaud mais de la taille moyenne de 160 centimètres, les cheveux blonds en bataille et des yeux d’un bleu translucide Jean du haut de ses 16 ans portait beau. Son visage plein plaisait aux pissouses de son quartier et les jeunes servantes portant le linge de leur maîtresse ricanaient sur son passage en prononçant des mots salaces.

Le beau sourire du gamin s’effaça lorsqu’une monumentale gifle s’abattit sur lui.

  • Enlève ta casquette en ma présence
  • Et donne moi ton nom
  • Barraud Charles Jean
  • tu rajouteras Monsieur où je t’en recolle une autre.
  • Oui Monsieur
  • Nom et prénom de tes parents
  • Jean et Anne Nadeau
  • Ta date de naissance
  • 7 février 1839 à Angoulême quartier des Boulettes.
  • Et tu fais quoi à part voler?
  • J’suis charpentier, comme mon père.
  • Ton père c’est un voleur aussi.

A cette évocation Jean serra les poings, son père était sacré.

  • Bon maintenant fous toi à poil que je te contrôle.

Jean avait déjà subit cette humiliation devant les pandores, il décida de se la jouer bravache.

Il ôta sa blouse bleu puis son paletot et son gilet de corps marron. Maintenant torse nu, le fier à bras hésita mais le regard de l’huissier lui fit comprendre qu’il fallait mieux obtempérer. Il quitta son pantalon de drap brun qui rejoignit en un tas sa cravate et ses souliers. Nu comme un ver il cacha son sexe avec ses mains. L’huissier n’en avait pas fini le règlement prévoyait la fouille à corps.

Lorsqu’il en eut fini le premier délinquant pleurait de rage et d’humiliation, Mr Barré en fut fort satisfait il n’aimait pas les petites frappes.

Jean Barreau doit rester 15 jours à se repentir de son larcin.

Ses complices lui emboîtent le pas et subissent le même sort, interrogation, déshabillage et doigté habile.

Tout d’abord le petit Blandail Jean, il n’a que 14 ans et se demande bien se qu’il vient faire dans cette galère. Il est né à Chateauneuf sur Charente non loin d’Angoulême ,ses parents André et Marie Verdaud ne sont pourtant pas des loqueteux. Le petit apprend le beau métier de relieur.

Son père lorsqu’il a connu son méfait a bien failli le tuer à coups de ceinturon . D’une taille moyenne de 155 centimètres, le poil châtain et le nez épaté. Il a prit soin de retirer sa casquette de drap chaude et évite ainsi une correction. Lui aussi à une blouse comme la plus part des ouvriers , elle est de coton violet, son pantalon est d’étoffe grise et sa chemise est en coton. Ses souliers sont neufs. Le jour du jugement il a écopé de la moitié de la peine de son copain Jean, quelle mansuétude de la part du juge sans doute attendrit par son age.

Le suivant qui se retrouve les fesses à l’air est Simon Marias, il est charpentier avec Barraud, une mauvaise graine de 17 ans fils d’un journalier sans le sou, il habite rue de Limoges dans une maison triste et sans confort, né à Angoulême le 9 avril 1838 il est petit car il toise à peine 150 cm, mais ses yeux gris durs et métalliques impressionnent et il ne se laisse impressionner par personne.

Il est l’instigateur du vol s’en vante devant le juge et se prend 15 jours.

Il est vêtu comme les autres, blouse, pantalon d’étoffe et souliers.

Chaudier Victor est maréchal ferrant et demeure aux Poncets dans la ville même, il a 17 ans et est né à Malaville le 12 décembre 1837, son père a exercé les métiers de tisserand et de tonnelier.

Portant fièrement ses 160 centimètres, les cheveux d’un noir profond il est vêtu avec élégance, casquette brune, gilet rond, pantalon de drap noir et gilet de dessous bleu. Autour de son cou une cravate de soie à petites raies rouges. Ses pieds sont chaussés de sabots. Lui aussi doit purger 15 jours de maison de correction.

Le dernier a se retrouver nu devant le gardien se nomme Colin Jules, il a le même age que les autres puisque né à Linars le 22 juin 1839, il vit rue de Saintes à Angoulême avec sa mère car son père n’est plus. Il exerce le métier de tisseur de toile métallique, c’est le mariole du groupe, toujours à faire rire.

Jules ,la goule couverte de tache de rousseur se permet quelques pitreries . Mr Barré lui fait comprendre que sa petite taille ne le protégera pas de ses codétenus concupiscents et qu’il arrêtera bien ses singeries entre des mains expertes.

Il n’a que 8 jours à faire, le juge lui ayant trouvé l’excuse d’être orphelin de père.

Nos lascars sont maintenant incarcérés, certes la peine est courte, mais était elle nécessaire, qu’avait bien pu faire cette bande de gamin pour encourir l’ire de la justice.

 

Quelques jours plutôt Barreau et consort avaient repéré en traînant leurs souliers dans le viel Angoulême une devanture bien affriolante. En vrai chef de clan Jean distribua les rôles, les plus jeunes ferraient diversion dans la boutique et le guet dans la rue. Lui avec Chaudier, Colin et Marias s’occuperaient du butin.

N’allez pas croire tout de même que nos voyous allaient s’en prendre à la caisse , non que nenni. Ces enfants de milieu très modeste ne furent attirés que par des fruits confits et des pâtisseries. Tous donc se mirent en place, les petits surveillaient et devaient siffler en cas d’arrivée impromptue de la maréchaussée et les aînés pénétrèrent dans la boutique.

La présence de ce groupe dépenaillé dans la belle boutique suscita un vif désarrois et une vive inquiétude chez les vendeuses. La patronne impassible à sa caisse montait bonne garde.

Pendant que certains faisaient mine d’acheter en hésitant les divines confiseries, nos malfrats en herbe commencèrent le pillage en fourrant le maximum de marchandises sous leur ample blouse d’ouvrier. La grosse boulangère en cerbère experte donna l’alarme. Les gredins s’enfuirent à toutes jambes. Sortant du laboratoire , le patron et ses ouvriers se lancèrent à la course derrière les voleurs.

Les plus jeunes, pieds nus ou en sabot se firent derechef rattraper. Ils furent remis dans les mains de la gendarmerie qui à force de taloches les fit donner leurs aînés. La justice fut rapide, les responsables furent arrêter, déférer puis juger.

Les peines allèrent de 15 jours à 8 jours et les plus jeunes furent en raison de leur age relaxés.

Jugeons que les temps ont bien changé, de nos jours les cols blancs qui volent des millions ne vont pas en prison et nos vendeurs de mort sont mis sous bracelets.

Au 19ème siècle des enfants qui volaient des bonbons ou des ménagères qui chapardaient un bout de pain était lourdement condamnés et emprisonnée ainsi va le temps ainsi va la vie.

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LE BERCEAU DE LA PETITE MORTE

 

En ce 18 mars 1755 un feu crépite dans la cheminée de la petite maison de François Sulpice Cordelier, une pièce unique, un lit entouré de rideaux, une table, deux bancs et un petit berceau en osier. Du sol de terre battu une humidité malsaine remonte et pénètre les êtres comme les choses.

François est manouvrier et sabotier à Jouy sur le Morin dans la province de Brie, les temps sont durs, peu d’ouvrages et beaucoup de bras font baisser les salaires, ce n’est pas la misère absolue car les ventres sont malgré tout remplis mais cette sourde malnutrition est source de nombreuses maladies.

Dehors souffle un vent froid qui apporte des pluies, de grosses gouttes viennent s’écraser sur la seule fenêtre de la pièce. Dans ces conditions le jour ne délivre qu’une faible lueur dans la demeure .

Marie Angélique Legay, 37 ans sa femme est grosse pour la cinquième fois, elle est proche du terme, énorme elle ne peut plus guère se déplacer et ses sorties se résument à se soulager car le bébé comprime sa vessie. Elle a depuis longtemps abandonné les tâches domestiques et agricoles, incapable qu’elle est de se mouvoir sans douleur et grande fatigue.

Son petit garçon Pierre âgé de 6 ans l’aide comme il peut, mais irait bien gambader en extérieur mais sentant confusément que sa présence soulage sa mère, il ne la quitte pas d’une semelle. Les deux premières petites du couple ont étés placées momentanément en nourrice chez une tante.

Les adultes sont aux champs et seule la matrone du village passe de temps en temps, elle l’ a déjà accouché de ses deux premiers. Guérisseuse, sage femme, elle est là aussi lors des décès, fait la toilette des morts et participe aux veillées, tout le monde lui fait confiance.

Marie Angélique sent que le bébé peut venir à tout moment, elle a mal, s’essouffle et ses jambes sont gonflées.

Mais ce qui la préoccupe le plus c’est le petit être de chair et d’os qui semble dormir dans le panier d’osier sis à coté de son lit de parturiente.

Sa petite fille de 27 mois a de la fièvre, tousse et sécrète une morve épaisse qui l’empêche de respirer. L’intervention de la matrone guérisseuse n’a rien changé à l’affaire. La maman est inquiète.

Magdeleine a pleuré toute la nuit, ou plutôt gémit toute la nuit. Ce matin son visage est détendu, un petit sourire lui donne un air mutin, Marie en sourit d’aise, le mal s’est’ il extirpé du corps de la petite?

Elle s’approche du berceau, le bébé immobile la regarde, elle entonne une comptine et bouge un peu la nacelle d’osier.

 » Fait dodo colin mon p’tit frère , fait dodo, t’auras du lolo  »

Impavide la petite regarde sa mère.

 » Fait dodo colin mon p’tit frère , fait dodo, t’auras du lolo  »

L’inquiétude puis la panique s’empare soudain de la maman. Elle touche sa petite, qui n’émet aucun son.

Marie Angélique hurle de toute son âme, froide et raide comme une bûche , sa fille  est morte.

Marie Angélique s’effondre aux pieds du petit corps, Pierre comprend immédiatement et s’en va prévenir son père qui travaille à confectionner des sabots non loin de là.

Tout le monde rapplique et s’occupe de la maman éplorée, pour la petite rien à faire François prend un drap dans le buffet et en forme un linceul. Il est déjà trop tard pour l’inhumer,on attendra le lendemain.

La soirée fut sinistre, à la seule lueur du feu de cheminée quelques femmes du voisinage veillent  sur le corps de la petite défunte et sur la future parturiente.

François prit un peu de repos en s’allongeant avec son fils.

Le lendemain, on enterra la petite, un trou, quelques pelletées de terre recouvrant le linceul de drap blanc et la cérémonie fut achevée, le curé Corbie avait fait son office.

En soirée, Marie Angélique perdit les eaux, le travail commença, assistée de la sage femme et des voisines. Ce fut long et douloureux, la nuit fut nécessaire. Au matin une petite poupée de chiffon déchira les entrailles de sa mère et vint rejoindre la communauté. Marie Angélique était exsangue, une hémorragie se déclara , les traits tirés, le teint livide et blafard, les yeux cernés d’un bleu d’insomniaque. Elle s’endormit vaincue par une lutte par trop inégale contre dame nature.

La petite fut menée derechef à l’église par la marraine Marguerite Dorges qui lui donna son prénom et le parrain Nicolas Mullot, François resta au chevet de sa femme. Le vicaire Le François fit entrer le bébé dans la communauté catholique, on pouvait être tranquille si elle trépassait, elle n’irait pas rejoindre les limbes.

De retour de l’église, on mit la petite aux seins, cela ne fit qu’accentuer la fatigue de la mère, le bébé s’accrochant aux mamelles nourricières avec une avidité gloutonne sentant peut être confusément que cette substance maternelle allait bientôt se tarir à tout jamais.

De fait la situation s’aggrava rapidement, Marie Angélique ne se remettait pas de son accouchement difficile, la fièvre survint.

 » Fait dodo colin mon ptit frère , fait dodo, t’auras du lolo  »

 » Fait dodo colin mon ptit frère , fait dodo, t’auras du lolo  »

On dut rapidement trouver une solution pour la petite et une nourrice aux seins généreux lui fut trouvée dans le village.

Il n’y avait guère de remède que le temps, tout le monde retourna au labeur, il fallait bien nourrir son monde.

Marie Angélique alterna les périodes de lucidité et d’inconscience. Mélangeant le jour et la nuit, elle confondait les gens, François devenait son père, son petit Pierre devenait son frère.

Le délire l’amenait aussi à entonner une comptine en berçant la nacelle d’osier, inlassablement elle chantait pour sa petite fille et berçait avec amour l’enfant pour qu’il s’endorme. Souriant et chantant face au berceau vide, elle confondait sa chère Magdeleine avec la petite Marguerite. Hélas sa douce mélopée n’arrivait pas jusqu’au tertre de terre fraîche ou gisait sa petite. La fièvre empira et les moments de lucidité disparurent.

 » Fait dodo colin mon ptit frère , fait dodo, t’auras du lolo  »

 » Fait dodo colin mon ptit frère , fait dodo, t’auras du lolo  »

Le 26 mars 1755, une dernière fois sa main se posa sur le berceau et un dernier filet de voix entonna la complainte pour un enfant mort.

 » Fait dodo colin mon ptit frère , fait dodo, t’auras du lolo  »

Elle s’éteignit en souriant, ses petites dormaient enfin.

Comme de coutume, elle fut porter en terre le lendemain, 37 ans de labeur et d’amour.

François Sulpice Cordelier se remaria en Novembre de la même année et eut 3 autres enfants.

Mais la malédiction continua, le 2 janvier 1757, la petite Marguerite âgée de 21 mois rendit aussi son âme à Dieu et fut ensevelie à coté de sa mère et de sa sœur.

Aujourd’hui sur la place désertée par les tombes , on peut entendre certains jours un doux chant s’élever, presque une prière, un léger murmure. C’est  la berceuse lancinante d’une maman à ses enfants morts.

 » Fait dodo colin mon ptit frère , fait dodo, t’auras du lolo  »

 

Source : registre paroissiaux de Jouy sur le Morin

Madeleine Denise :  Née le 03/12/1752, morte le 18 mars  1755.

Marguerite Cécile : Née le  20 mars  1755, morte le  02 Janvier  1757

Marie Angélique Legay, née en 1718, morte le  27  mars 1755

 

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LES AMOURS AU PÂTI

 

Autrefois en Vendée, les mœurs étaient fort libres du moins à la campagne, des rituels de rencontres et de fréquentations rythmaient la vie amoureuse des Paysans.

J’ai fait revivre à travers un couple de mes ancêtres la fréquentation qui se déroulait dans la chambre commune de la famille de la demoiselle. Les amours y étaient déjà fort poussés, embrassades, caresses, plaisir d’Onan.

Mais un autre lieu pouvait abriter les amours coquins de nos bocagers.

En ce temps lointain d’avant les remembrements, les terres étaient entourées par des haies qui poussaient sur des talus. Façonnées de mains d’hommes ces damiers impénétrables formaient un doux écrin pour des amours pas très sages.

Le dimanche comme il est ordonné par notre curé est un jour de repos pour l’ensemble de la communauté. Les filles et les garçons se rendaient à la messe puis à Vêpres. Dans leurs habits du dimanche tous et toutes étaient à leur avantage. Sans douter de la foi profonde des ouailles, la messe était aussi le lieu où chacun se jaugeait, s’admirait et se faisait voir, un lieu de drague dirait on maintenant.

L’après midi du dimanche était généralement libre mais il fallait toutefois s’occuper des bêtes et à la bonne saison les faire paître. Cette occupation qui prenait sur le temps libre était voyez vous fort recherchée. Les bergères qui rechignaient en semaine au labeur acceptaient volontiers cette tâche.

Et pourquoi donc me direz vous ?

Eh bien par une petite historiette je vais vous en conter la raison.

Armance Tailler demeurait en ce beau 19ème siècle finissant au hameau de la Gendronnière sur la commune du Girouard née en 1881 d’un couple de métayer elle allait sur ses 18 printemps.

En ce mois de juin elle se porta volontaire pour garder les vaches. Elle destina son troupeau à un pâti à proximité de la ferme. Les vaches n’ayant que le souci de se repaître, elle s’installa sur un tapi de genets et attendit . Elle était bonne aise, doux matelas, soleil et ombrage . Elle pouvait donc attendre en toute quiétude l’arrivée d’un galant éventuel. Les dimanches précédents plusieurs garçons l’avaient raccompagnée et lui avaient même volé quelques baisers. Elle n’avait point accepter la visite de garçon dans sa chambre alors que sa sœur avait déjà abusé du procédé.

Alors que plus d’unes avaient remonté leurs cotillons à 18 ans elle avait été presque sage. Au vrai elle attendait avec impatience un garçon nommé Victor Martineau , domestique de ferme à la Florencière chez Joseph Rousselot sur la commune de la Chapelle Achard.

Quand il arriva ce fut un enchantement et Armance fort troublée. Victor de 9 ans plus âgé prit les choses en mains ( si j’ose dire ). Bien à l’abri des regards ils commencèrent à échanger des baisers langoureux, la fièvre des corps leurs vint et de tendres caresses furent échangées.

Armance se porta bien souvent volontaire et les deux amoureux sous couvert de la haie protectrice s’aimèrent bien d’avantage. Il y avait déjà plusieurs dimanche que Victor avait passé la main sous les jupons de la belle mais ce jour de sa main expérimentée, il fit découvrir à Armance la volupté. Ne voulant point être en reste, Victor guida son amoureuse sur le chemin de la réciprocité.

Semence avait coulé hors du sillon, pas de danger.

Victor fit une demande qui après avoir été agréée amena aux épousailles .

Toujours à l’abri du pâtis il purent en faisant attention mettre Rameau avant Pâques, vierge et honnête pour tous elle avait tout de même goûté au plaisir d’un amour débridé.

Armance retrouva tel dans l’amour conjugal les même transes de bonheur, plus de haies, plus de genets, libre jeunesse envolée.

Ils se marièrent et n’eurent que peu d’enfants mais cet amour paysan a fait jaillir un certain nombre de descendants dont ma tendre moitié est issue.

Chaque bergère était reine en son pâti, recevait qui elle voulait. Les galants pouvaient être parfois en grand nombre et cette sorte de cour pouvait durer plusieurs années. Les mères qui avaient gardé les vaches en leur temps prodiguaient des conseils et n’ignoraient rien des amours des champs. Les pères qui avaient arpenté toutes les haies des villages environnant ne redoutaient que les grossesses intempestives et le déshonneur

Ces amours champêtres finissaient presque toujours par un mariage, la jeunesse était terminée il fallait maintenant enfanter.

Libre de s’aimer hors le coït, ces coutumes jamais vaincues par le clergé moururent de leur belle mort avec les changements de mentalité et la fin du 19ème siècle en  »1914  ».

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