NAISSANCES D’AUTREFOIS


VÉNUS DE WILLENDORF

Donner naissance est un événement aussi banal qu’extraordinaire. Banalité car chaque femme est à même de donner naissance ainsi que toutes les femelles du règne animal . Mais acte magique tout à la fois, car faire naître une nouvelle vie est d’une beauté fascinante et d’une complexité teintée de mystère.

Quelques soient les termes, accoucher, mettre bas, vêler, la magie de l’arrivée d’un nouvel être est fascinante.

Il en est ainsi de nos jours et il en était ainsi autrefois, même si l’enfant naissant n’avait pas tout à fait la même place qu’aujourd’hui.

Au 17ème siècle la conception était entourée d’un voile opaque, aucune connaissance médicale, aucune connaissance obstétricale et bien sur une méconnaissance totale des mécanismes génétiques amenant la conception.

Bien sur n’en doutons pas, la coutume, les informations transmises de mère à fille, l’expérience, la proximité animale et humaine faisaient que chaque femme acquérait une somme de connaissances.

Sans connaître les mystères de la vie,  nos ancêtres savaient pertinemment  que les enfants ne naissaient pas dans les choux, amenés par des cigognes.

                                               statuaire romaine

Claudine Landonneau en ce 28 septembre 1687 est sur le point de partir nourrir ses bêtes lorsqu’elle ressent les premières douleurs de l’enfantement.

Sans savoir qu’elle arrive à terme, l’expérience de cette 6ème grossesse l’avertit que le moment arrive.

Elle charge son fils Pierre Trémeau d’aller prévenir le père et sa fille, d’aller quérir la matrone au village tout proche.

En effet à cette époque on ignore qu’une grossesse dure 9 mois et une femme est enceinte lorsqu’elle ressent ce qu’on appelait l’animation, à savoir les premiers mouvements ressentis de l’enfant.

Pour rappel tout ce qui amenait à perdre l’enfant avant cette animation n’était pas considéré comme un avortement mais comme de la contraception.

Dans le petit hameau de Montjoumé du village de Bazoches sur

les contreforts du Morvan c’est l’effervescence, Pierre Trémeau l’aîné vient d’être prévenu par son fils, les mains pleines d’argile, il interrompt son travail de façonnage de tuiles et se rend immédiatement au chevet de sa femme.

Toute la petite communauté des tuiliers de Montjoumé est sur le qui vive, tant les liens entre tous sont forts.

Lorsqu’il arrive, la maison est déjà envahie par une cohorte de femmes, voisines , cousines, sœurs.

Petite maison semblable aux autre, une pièce unique, une cheminée, un coffre, quelques ustensiles de cuisine en terre cuite, un grand lit pour les parents et des paillasses le long des murs pour la ribambelle de gamins. L’étable séparée de l’habitation par une demi cloison de bois participe au chauffage de l’ensemble.

Claudine est allongée sur le lit, Pierre la rassure et se voit éconduire hors de la maison par une voisine.

En cette époque la présence des hommes n’était pas souhaitée, sauf exception où l’expérience du vêlage pouvait être utile où en cas de problème grave nécessitant la présence d’un chirurgien.

Le chirurgien qui ne s’y connaissait pas plus que la matrone , mais avait cependant des instruments qu’il était le seul autorisé à posséder . Ils étaient toutefois forts rares en campagne et le Morvan n’en comptait guère.

Instruments obstétricaux 1580

La présence des enfants était proscrite de même que celle des jeunes filles qui n’avaient jamais enfanté

La matrone arrive enfin et prend la direction des opérations, elle donne à chacun ses directives, faire chauffer de l’eau, confectionner un bouillon et calfeutrer la maison.

Sur le lit Claudine allongée se voit retrousser sa robe pour que la sage femme examine l’avancement de l’accouchement et évalue de façon empirique l’ouverture du col.

La matrone appelée aussi femme qui aide, mère mitaine, bonne mère, ventrière ou bien sage femme était de préférence une femme âgée, disponible, ayant eut une nombreuse progéniture.

Elle devait être agrée par le curé car elle pouvait administrer les serments du baptême en cas de danger de mort de l’enfant, elle devait être aussi agrée par la communauté paysanne.

Présente à tous les stades de la vie, elle pratiquait souvent la toilette des morts.

Aucune connaissance particulière n’était exigée, elle avait simplement la réputation d’avoir réussi quelques accouchements sans problème.

La prise de conscience des massacres commis par l’inexpérience et le manque d’hygiène ne viendra que peu à peu sous l’impulsion de femmes comme madame Du Coudray.

Claudine est maintenant en plein travail, elle a chaud, la petite maison en cette fin septembre est surchauffée par le feu dans la cheminée et la présence de tout un groupe de femmes.

A demi allongée entièrement vêtue elle souffre.

Un accouchement était un événement presque publique, beaucoup de monde  dans un espace complètement clos, pour que les mauvais esprits ne pénètrent pas.

Les femmes accouchaient devant tout le monde, mais entièrement habillée, la nudité n’existait pas en cette époque. L’enfant était donc sorti des jupes de sa mère ou de dessous les draps.

Poupées anatomiques  17ème siècle

Tout était en place maintenant, le cierge de la chandeleur brûlait sur le manteau de la cheminée et une ceinture de la vierge amenée par une parente était accrochée à une paterne.

La religion rejoignait la superstition.

Le cierge de la chandeleur était ramené de l’église tout allumé, cette fête liturgique en date du 2 février ( 40 jours après Noël ) consacrait la purification de la Sainte vierge.

Bizarrerie à mon sens de purifier une sainte, mais disons le , plus simplement ,cette cérémonie remplaçait les solennités païennes des lupercales et amburbales.

 » La grotte des lupercales aurait accueilli la fameuse louve  Romulus et Rémus. Les amburbales étaient une procession solennelle aux flambeaux où l’on promenait la future victime expiatoire ( hommes ou animaux ).

Quoi qu’il en soit, ce cierge consacré brûlait dans toutes les grandes occasions et apportait chance.

La parturiente donne enfin le jour à un petit être, la ventrière a lieu d’être contente, c’est un garçon, Claudine est heureuse.

Avec un ciseau, la bonne mère coupe le cordon ombilical, comme c’est un garçon elle le coupe de la longueur du sexe, si le bébé avait été une fille, le cordon eut été coupé  à ras.

La délivre est récupérée dans un pot, le petit n’est pas né coiffé quel dommage…..

La délivre est la placenta, il était enterré par le père au pied d’un arbre fruitier pour attirer la prospérité.

Être né coiffé ne signifiait pas avoir des cheveux mais avoir une partie de la membrane fœtale collée au sommet du crane. C’était censé porter chance .

La matrone décide devant le beau visage du bébé de ne pas le remodeler, le petit Pierre, car c’est le nom original qui lui est donné ( prénom du père et d’un des frères ) a sa première chance de survivre.

Les matrones prenaient souvent la liberté de remodeler le crane de l’enfant ( en fonction des régions ).

Elles pratiquaient aussi l’allongement des tétons si c’était une petite fille en vue d’une meilleure production de lait maternel.

Le petit Pierre est ensuite lavé avec un mélange de beurre fondu, d’eau chaude et d’eau de vie, puis massé avec du vin ou du vinaigre.

Il est ensuite emmailloté et ne recevra plus de soins corporels avant longtemps.

Pierre le père repart au labeur et chacun regagne son ouvrage, la sage femme est payée en nature ( lapins, volaille, œufs ).

Claudine reprit rapidement son activité et mit au monde 7 autres enfants. Elle résista à toutes ses maternités et à la matrone. Elle était sûrement d’une vitalité exceptionnelle et mourut à 70 ans. Des 13 enfants, 7 au moins firent souches, 3 moururent à la prime enfance et le destin des 3 autres reste ignoré.

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UN CONSCRIT DE CHARENTE INFÉRIEURE EN 1813, LA BATAILLE DE DRESDE ( ÉPISODE 5)

Concernant papa François, Napoléon se leurrait encore et pensait que son armée de l’Adige aux mains d’Eugène et son armée de Mayence en cours d’organisation sous Augereau allaient changer quelques choses en impressionnant les Autrichiens.

Mais le maestro de la diplomatie Metternich savait au fond de lui même que l’empire français allait s’écrouler et ce n’est pas la colère mémorable de Napoléon qui le fit changer d’avis

Les Français prirent leur ligne sur l’Oder, et le 6ème corps s’installa dans la région de Buzlau.

Il en avait de bonnes le Napo, cantonner dans un pays hostile n’avait rien d’un amusement, il fallait en permanence se garder et surtout ne pas s’isoler car nos alliés les Saxons ne nous portaient guère dans leur cœur. La montée d’un nationalisme allemand n’était pas perçue par l’aigle corse mais sur le terrain l’histoire ne se contait pas de la même façon.

Quoi qu’il en soit il aurait dû se douter notre génie ,que la présence française en Allemagne, en Hollande en Belgique, en Pologne, en Espagne et en Italie ne pourrait satisfaire les peuples et leurs gouvernants.

Antoine ne moissonna pas les champs familiaux, mais travailla aux terres de Saxe, cela lui rappela le labeur d’en-tant et lui fit oublier un peu les longues marches en colonne.

La satisfaction du ventre accomplit, les soldats pouvaient rêver à une promise. Il n’était pas question de toucher aux paysannes saxonnes, les coups de fourches et de fusils calmaient les téméraires. Heureusement une cohorte de femmes, avenantes bien qu’un peu vénales, suivait les armées au plus près des lignes.

Antoine avait cédé à la tentation et avait perdu sa virginité avec une forte italienne qui avait fait toutes les campagnes du Buonaparte. Ces femelles redoutables faisaient plus de dégâts que l’ensemble des canons prussiens et nombres de soldats se trouvaient plombés. Périodiquement les officiers les chassaient, mais telle une nuée de sauterelles, revenaient à la satisfaction de tous.

Cette paix de Pleiswitz fut le tournant de l’empire, au congrès de Prague qui suivit rien ne sortit de bon et l’Autriche rejoignit la coalition. Les choses s’aggravaient pour les Français, une lutte disproportionnée allait s’engager entre l’Europe et Napoléon.

L’empereur fit de Dresde une immense place de guerre et consolida les débouchés de Bohême.

Trois immenses armées allaient s’abattre sur les Français, celle du Nord commandée par le traître et forte de 110000 hommes, celle de Silésie de 1400000 sous Blucher et enfin celle Austro-russe de Bohême forte de 250000 hommes.

Napoléon dispose de 300000 hommes plus l’armée de Davout occupant Hambourg.

Antoine est toujours aux ordres des mêmes généraux, seul le chef du 15ème a changé en la personne du colonel Rougé son régiment est de 1407 soldats, les visages connus se raréfient.

Les débuts de la campagne s’effectuent sous des pluies diluviennes, Napoléon comptait prendre Berlin mais Oudinot fut battu à Gross beeren par Blucher , l’idée d’avancer en colonne distincte à l’opposé de la tactique impériale ne fut pas une bonne idée.

Les alliés quand à eux, conseillés par le grand général Moreau et par le transfuge Jomini décidèrent de porter leurs troupes sur Dresde.

Cette ville défendue par Gouvion Saint Cyr devait être secourue rapidement.

Les alliés ne profitèrent pas de la faiblesse de la défense de la ville et laissèrent Napoléon la secourir.

Le 26 août 1813 les coalisés attaquèrent enfin, mais le grand Napoléon fit merveille et repoussa toutes les attaques.

Pendant ce temps Antoine avalait les kilomètres et volait au secours de son empereur.

Bon, relativisons, il ne savait pas ou il allait, était épuisé, trempé et ses pieds couverts d’ampoules.

Le 6ème corps arriva dans la nuit du 26 et prit position au faubourg de Dippoldiswalde. Tous s’effondrèrent sur place pour dormir quelques heures le ventre vide .

Cherchant un abri sommaire pour se protéger de la pluie Antoine trouva un sommeil tourmenté qui ne dura que très peu de temps. A l’aube chacun était en place Marmont était au centre avec Ney et la garde, Napoléon fit attaquer par les ailes où le grand Murat de retour fit merveille avec la cavalerie. Ce fut aussi bientôt le tour de la brigade d’Antoine de combattre. La pluie froide et dense rendait chaque mouvement difficile, les hommes serrés avançaient au son du tambour. L’objectif était un village nommé Plauen. Pour Antoine ce n’était que quelques masures noyées sous la pluie et desservies par des chemins boueux. Il n’en vit d’ailleurs pas plus ayant tiraillé toute la journée il apprit en fin de journée que les Français avaient remporté une grande victoire, les coalisés se sauvaient de toutes parts.

Ce fut l’une des dernières fulgurances de génie de Napoléon, cette belle victoire ne fut pas suivie par une belle poursuite.

La première préoccupation d’Antoine comme des autres fut de se nourrir et de se sécher. Tout était trempé, le pain , la farine n’étaient qu’inconsistance. Le plus dur fut d’allumer des feux avec le bois trempé. Le parquet et les meubles brisés d’une demeure saxonne firent un excellent combustible et chacun repu d’une infâme bouillie faite de farine et de viande s’effondra le fusil à proximité pour une nouvelle nuit à la belle étoile.

Puis tout se délita, les généraux de Napoléon perdirent leur bataille, la Katzbach, Kulm, Dennewitz portèrent de rudes coups à la belle armée française.

Les marches et les contre marches firent le reste pour anéantir l’armée de Napoléon, la pluie, la faim, la misère s’acharnèrent sur les Marie Louise. Chaque jour des soldats mouraient d’épuisement ou achevés par les cosaques et les paysans. Mais un nouvel ennemi terrible se dressa, le redoutable typhus fit son apparition, des milliers de jeunes affaiblis par la misère en moururent.

Napoléon au regard de tous ces événements sut qu’une confrontation générale se dessinait et qu’elle déciderait du sort de l’Europe et de son empire.

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UN CONSCRIT DE CHARENTE INFÉRIEURE EN 1813 LA BATAILLE DE BAUTZEN ( ÉPISODE 4 )

Bataille de Bautzen 1er jour

Bataille de Bautzen 2ème jour

Lutzen fut une victoire indéniable, mais une victoire sans lendemain.

L’empereur prit le parti de se diriger sur Dresde en poursuivant les Russes et les Prussiens dont l’enthousiasme était descendu d’un cran.

Le 11 mai Antoine en grande tenue traversa Dresde puis franchit l’Elbe, ce magnifique défilé ordonné par l’empereur pour impressionner les saxons ne masquait pourtant guère les réelles difficultés. Tout ce qui n’était pas présentable fut détourné de la ville et prit un autre chemin.

La présence d’un aussi grand nombre de troupes sur une si petite étendue provoquait un manque dans le ravitaillement. Les soldats partirent comme de coutume en maraude, Napoléon s’énerva un peu et ordonna des mesures de discipline à l’encontre des pillards. Mais comme on dit un sac vide ne tient pas debout, les soldats continuèrent sans trop se préoccuper du règlement.

Une série de combat émailla la retraite des alliés et chacun se mettait en place pour une bataille que tous espéraient la dernière.

Antoine qui n’avait pas revu le feu depuis Lutzen fut de nouveau confronté à l’ennemi le 20 mai lors du franchissement de la Sprée. Sous les yeux du général Coehorn, la brigade passa sous le feu de la mitraille, encore des morts et des blessés. Le général reçut même une bordée dans son chapeau.

Les coalisés acceptèrent donc une nouvelle bataille aux pieds de la petite ville de Bautzen, inférieurs en nombre ils tentèrent malgré tout leur chance pour des raisons politiques.

Antoine qui n’avait pas tiré un coup de feu depuis Lutzen espérait que la bataille qui allait s’engager serait la dernière et qu’il pourrait rentrer en Charente pour y faire les moissons.

Napoléon pensait aussi faire un coup génial, à la vérité,  la tactique était surement la bonne, mais tout ne se déroula pas comme sur la carte.

Les alliés avaient leur position étendue sur 15 kilomètres, beaucoup trop étirée pour leurs 90000 hommes et leurs 15000 cavaliers. Le relief était accidenté et les troupes réparties en 4 masses distinctes avaient des communications difficiles entre elles. Le point faible était la droite du dispositif.

L’œil expert du génie de la guerre, vit la chose et ordonna.

Le maréchal Oudinot et le maréchal Macdonald se jetteraient sur la gauche ennemie pour la fixer.

Le général Bertand appuiera le mouvement sur la gauche et se reliera aux troupes de Ney.

Marmont remplacera Bertrand sur sa position et se positionnera entre ce dernier et Macdonald.

Tout est en place, Oudinot et Macdonald attaquent vivement la gauche ennemie, au centre Antoine avec son corps restent immobiles. De l’endroit où il se trouve à Nieder Kayna il aperçoit le petit bonhomme ventripotent en uniforme vert des colonels de chasseur de la garde, et son état major chamarré d’or et de plumes. Sa présence est réconfortante à tous.

La majeure partie de la journée verra les combats du coté d’Oudinot, Napoléon n’a pas encore toutes ses troupes à disposition pour tenter la manœuvre d’encerclement qu’il a prévue.

La mission du maréchal Ney était en ce jour primordial, il devait attaquer la droite de l’ennemi et l’encercler en lui coupant toutes ses lignes de retraite.

Mais soit mauvaise analyse du  » brave des braves » ou ordre imprécis du maître, la manœuvre ne se fit pas correctement et encore une fois les coalisés ne furent pas détruits .

Le rouquin ou le rougeot n’avait certes pas l’œil affuté sur le champs de bataille et il n’en n’était pas à sa première bévue. Il faut dire aussi à sa décharge que les ordres de Napoléon n’étaient pas toujours très explicites. En ce jour il aurait certainement dû écouter le général Jomini son chef d’état major et l’un des plus grands stratèges de la période.

Antoine au cours de la journée ne bougea qu’une seule fois vers midi en prenant la direction de Jenkwist. Le mouvement fut bref et la batterie du 6ème corps et celle de la garde se mirent à tonner.

Antoine ne brûlera aucune amorce et subira comme ses copains les boulets des contres batteries russo-prussienne. Encore des morts et des mutilés.

En fin de soirée les Français occupaient le champs de bataille, donc selon les critère de l’époque ils étaient vainqueurs.

Mais bis repetita, la nuit vint et l’orage survint, l’ennemi ne fut pas poursuivit.

Le lendemain la proie Napoléonienne s’était envolée, l’absence de cavalerie fit que la bataille de Bautzen ou Wurschen ne fut que la répétition de celle de Lutzen.

En vérité encore un joli massacre, près de 20000 morts ou blessés. Napoléon devrait encore une fois compléter ses rangs et tel un ogre dévorant ses petits faire venir de la chair fraîche de France.

Antoine ne goutta guère ces journées éreintantes, épuisé, affamé et trempé il campa sur place avec sa compagnie, Monsieur de  »Cul fier » ne vint pas les voir et dormit bien au sec.

Le lendemain 22 mai on se mit en branle, personne n’était très frais et des malades restèrent en arrière.

Un combat de cavalerie eut lieu à Reichenbach entre les français et l’arrière garde de Miloradovitch. Le jour fut funeste pour l’empereur car un boulet lui enleva son ami Duroc, compagnon des premières heures le grand maréchal du palais laissa un grand vide dans le cœur de Napoléon.

Antoine sut qu’une huile avait été tuée mais sa vision des choses très réduite l’amenait à relativiser tout ce qui n’était pas directement lié à sa subsistance et à sa survie.

Puis l’on parla d’armistice, les coalisés ne pouvaient plus supporter une troisième défaite, il devait se refaire et amener des renforts. Ils attendaient en outre que l’Autriche se déclare.

Napoléon qui n’ignorait rien de tout cela commit la faute d’accepter cette suspension hypocrite des combats, mais il comptait avec cette trêve se refaire une cavalerie digne de son nom pour enfin conclure sur une autre bataille décisive.

Bautzen se trouve en Allemagne dans la province de Saxe, vue actuelle de la ville

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LE SONGE DU VIEUX MONSIEUR

Assis dans son fauteuil face au couloir le vieil homme regardait l’infirmière s’éloigner. La lourde auxiliaire de vie en blouse blanche et crocs rose avait laissé la place à une sublime apparition. Une jeune femme, grande, les cheveux blonds remontés en arrière lui fit signe et d’un geste lui demanda de la suivre. Son sourire et son appel lui firent retrouver l’usage de ses jambes.

Ils progressèrent tous deux dans un long couloir blanc éclairé de lumière vives, des rires d’enfants accompagnaient leur marche.

Puis un grand jardin, une terrasse et une baie vitrée par laquelle ils pénétrèrent dans une grande pièce aux pierre apparentes. Les rires d’enfants avaient disparu, la belle enlaça le vieux monsieur.

Il sentit sa poitrine qui fit frémir son torse décharné. Son parfum l’envoûtait, le corps du vieillard semblait renaître. Elle monta un escalier de bois blanc et pénétra dans une chambre, elle le fit asseoir sur le lit.

La fleur commença son effeuillage, un à un les vêtement tombèrent. Impudique au regard, la belle souriait, ses seins triomphants semblaient une invitation, la lumière du jour tardait ses rayons sur sa toison. Les lèvres ouvertes où de fines perles d’eau de désir venaient luire appelaient les mains du vieillard.

Il tendit les mains pour la caresser.

Un bruit sec sur le carrelage le réveilla de son songe, son livre était tombé, le couloir était vide, un silence lourd ponctué par les cris plaintifs de voisins prit de démence, seul dans sa chambre il devra attendre. De longues minutes  s’écouleront avant que quelqu’un se penche pour lui remettre en main. Sablier inexorable du temps perdu, l’écrasante solitude achève la vie de l’être qui l’a subi

Les larmes coulèrent le long de son visage empruntant le chemin sinueux de ses rides, mais il sentit bientôt qu’on lui redonnait son livre. Un baiser lui sécha les larmes, ne pleure pas papy je suis là.

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UN CONSCRIT DE CHARENTE INFÉRIEURE EN 1813 A LA BATAILLE DE LUTZEN ( ÉPISODE 3 )

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Nous étions maintenant en avril 1813, Antoine Delavaud avec son corps se trouvait  échelonné entre Fulda et Eisenach, rejoint par la Garde impériale.

Le commandement de ce groupe fut provisoirement attribué au  Maréchal Bessières duc D’Istrie. Non pas que le duc d’Istrie dépassa en compétence le Maréchal Marmont, la différence se trouvant simplement dans les dates de  nomination au maréchalat. Le premier fut englobé en  1804 dans la première vague de nomination et le second le fut en 1809 en récompense de son action pendant la campagne d’Autriche.

Le scénario final se décidait, seul le maestro manquait, il attendait le dernier moment pour arriver afin de créer la surprise. Sa présence valait bien un corps d’armée entier.

L’armée du Main allait se regrouper en Saxe avec l’armée de l’Elbe du prince Eugène et l’ensemble devait fondre sur la ville de Dresde pour couper la ligne des alliés. Les russes et les prussiens imprudemment avancés offraient une cible parfaite à la stratégie guerrière de Napoléon.

Ce nouveau coup de génie du dieu de la guerre allait il réussir ?

Sur le papier la troupe était belle, Ney le  »brave des braves » commandait le IIIème corps, le général Bertand qui commandait pour la première fois un corps d’armée avait le 4ème, Marmont nommé  »monsieur du cul fier » dirigeait le 6ème, Bessieres avait en charge la Garde Impériale, MacDonald était à la tête du 11ème corps et Lauriston du 5ème et Oudinot prendrait le  12ème.  Mais  cette armée de gamins encadrés par les survivants des précédentes campagnes, cette cavalerie famélique montée par des paysans qui parfois avaint du mal à se maintenir en selle, pourra t elle faire face à des armées au nationalisme exacerbé par la rancune et l’occupation Française. La cavalerie faible et peu nombreuse inquiétait particulièrement Napoléon, comment terminer une campagne sans poursuivre des ennemis défaits ?

Il comptait sur sa forte artillerie pour faire la différence sur le champ de bataille, mais cette dernière ne pourrait faire ni  prisonniers ni  poursuivre des troupes en fuite.

Au niveau de l’encadrement, Ney était toujours aussi téméraire mais toujours aussi peu réfléchi, Bertrand et Lauriston débutaient en tant que chef de corps et Marmont n’avait jamais fait preuve d’un grand art dans la stratégie. Oudinot le maréchal aux  trente blessures n’était qu’un exécutant.

A vrai dire les stratèges manquaient cruellement, Davout commandait la  32ème division militaire avec maestria et fermeté mais manquera à Napoléon  quand l’heure des revers sonnera. Le Maréchal Suchet était en Espagne et Masséna avait prit sa retraite.

Le patron arriva donc le 17 avril à Mayence, sa  »bonne femme » comme il la nommait devint régente sous la surveillance de la  »girouette » Cambaceres.

Antoine continuait l’entraînement avec ses camarades mais se rapprochait aussi des lignes ennemies.

Il cantonnait maintenant près de Gotha et les tours de garde pour verrouiller les passages sur la Saale se succédaient.

Son bataillon n’avait pas encore tiré un seul coup de feu mais la division du général Bonet un peu plus en pointe avait déjà échangé quelques boulets de canon.

Maintenant tout le monde est prêt, la farine pour le pain a été collectée, la solde est à jour et les empanachés sont présents avec leur état major dans les châteaux environnants .

En avant ran tan plan on va leur percer le flan. Les sauvages russes et les prussiens pleins de morgue, comme si Iéna et Auesterded n’avaient jamais existé, allaient voir de quoi étaient capables les jeunes Marie Louise galvanisés par le petit tondu.

Tout était prêt maintenant pour la grande confrontation, la division d’Antoine se trouvait maintenant entre Erfurt et Weimar.

Le 28 avril, la division au complet fut rangée dès potron- minet en grande tenue , le froid était vif, Antoine et ses copains étaient frigorifiés, certains s’écroulèrent. Le temps paraissait long quand soudain une clameur accompagna l’arrivée d’un groupe de cavaliers. Enfin Antoine allait voir le dieu de la guerre, descendu de cheval ce dernier parcourut les rangs. Allait- il se fixer devant lui ou bien même lui adresser la parole, il n’eut pas cette chance, mais put à loisirs embrasser du regard le maître de l’Europe. Napoléon fut content et félicita les cadres, chacun hurla un fier vive l’empereur , tous étaient prêts à mourir pour lui.

Le 2 mai Antoine allait recevoir son baptême du feu, les disposition pour lui étaient les suivantes, le 3ème bataillon était commandé par le chef de bataillon Aubry et le régiment par le major Plazanet.

Placé au sein de la 2ème brigade du général Coéhorn. Le commandement suprême de la division était aux mains du baron Friederich.

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En cette fin de matinée du 2 mai les forces sont en présence, le IIIème corps de Ney avec la division Souham en pointe au village de Grobgorschen va subir le premier assaut.

Le général  »Vorwarts  » se jette sur les Français mais surpris par l’importance du dispositif qu’il a devant lui ne peut obtenir le résultat escompté.

Antoine au son des tambours approche du village de Starsiedel. Il entend la canonnade et les tirs nourris des prussiens sur la pauvre division Souham. Comme des automates mus par un remontoir, chacun prend position. Marmont le bras en écharpe, majestueux sur son cheval place son corps en carré de bataillon. La division d’Antoine est un peu en retrait derrière le village, la division Girard du corps de Ney décale sur sa gauche, formant maintenant une ligne avec le reste du IIIème corps .

Ils sont maintenant en place nos héros, et Marmont donne l’ordre de s’avancer en direction de Pegau

Ayant avec bonheur gardé la formation en carré il reçoit de plein fouet les attaques de cavalerie prussienne.

Le maréchal manque d’être pris, la lutte est impitoyable, Antoine est terrifié, des boulets de canon fauchent des rangs entiers, il faut serrer les files.

Éclaboussé de sang et de cervelles il s’applique à reproduire les gestes appris par les anciens. Les bruits lugubres des tambours galvanisent les âmes défaillantes, partout de la fumée. Les blessés s’écroulent et leur forces s’épuisent en un dernier râle. Les morts les yeux grands ouverts semblent appeler les survivants à les rejoindre.

Antoine est maintenant baptisé, sa baïonnette ensanglantée témoigne de la fureur de son engagement.

Un immense cuirassier au cheval baie est venu s’empaler sur la barrière infranchissable des gamins de l’empire. Il est là maintenant aux pieds d’Antoine face contre terre.

Le gros de la bataille s’est déplacé vers le centre, Ney est prêt à craquer.

Mais la bataille continue aussi du coté d’Antoine pendant 4 heures trente, ils subissent l’assaut de 7 charges de cavalerie. Chaque fois repoussées ses charges laissent néanmoins de grands vides dans les rangs.

Aucun moment de répits car les boulets continuent de tomber. Antoine est épuisé, prêt à s’écrouler, mais chaque fois d’un mot les officiers  font relever la tête aux défaillants.

La batterie du 6ème corps et celle du 3ème font également pleuvoir leurs averses meurtrières.

Ivre de bruit et de mort, Antoine entend une rumeur qui monte sur le front, l’empereur arrive, vive Napoléon . Tous se redressent , il est là, les prussiens et les russes ne passeront pas, Wittgenstein et Blucher ont perdu l’occasion de vaincre. Maintenant qu’il est présent avec les vieux bonnets de la garde rien de mal peut arriver, de 15 heures à 18 heures c’est encore les troupes de Ney et de Marmont qui soutiennent le gros de l’effort mais fanatisés par la présence impériale ils font front avec courage et abnégation.

Vers 18 heures le 4ème corps de Bertrand et le 11ème de Macdonald arrivent sur le champs de bataille, les russes et les prussiens privés de leur stratège Scharnhorst tentent inutilement des ultimes manœuvres. Le corps d’Antoine subit une dernière attaque, encore des morts, le bataillon s’amenuise

les camarades de cantonnement ne l’entourent plus, la fatigue, le froid et aussi la faim commencent à le tenailler. Il entend maintenant un vacarme insensé, tel des milliers d’orages printaniers la grande batterie de la garde dirigée par le général Drouot fait vomir un déluge de fer et de feu sur les troupes déjà défaillantes de la coalition.

La nuit arrive, Napoléon le grand ordonne l’estocade, un cri s’élance  » La garde au feu  ». Suivant les immortels, toute la ligne française s’ébranle, la fatigue et la peur évacuées , on va leur percer le flan tire lire.

Avance irrésistible qui sera seulement arrêtée par la nuit, les Français vainqueurs bivouaquent sur le champs de bataille, les alliés se positionnent derrière la rivière Flossgraben.

Le vieux Blucher tentera un dernier Hourra en pleine nuit mais les soldats sur leur garde le repoussèrent rageusement.

La nuit fut lugubre, Antoine comme ses copains s’effondra à même le sol, au milieu de milliers de cadavres et de blessés agonisants. Vaste cloaque de boue, de sang et de chairs humaine, ce cantonnement hantera la mémoire d’Antoine jusqu’à la fin de sa vie.

L’empereur louera la vaillance des nouvelles recrues, mais ne pourra faute de cavalerie exploiter cette belle victoire obtenue au détriment du sang de la jeunesse Française.

Les Français perdirent environ 18000 hommes soit blessés ou morts et les alliés environ 15000 .

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Maréchal Marmont

          1774 – 1852

           Duc de Raguse

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UN CONSCRIT DE CHARENTE INFÉRIEURE EN 1813, LA MARCHE VERS MAYENCE ( épisode 2 )

grenadier-1813

Le 16 novembre 1812, nos paysans militaires partirent en direction de Brest, lieu de dépôt du régiment. En vérité cela faisait une belle promenade de 430 km, nous étions en novembre et la pluie était de la partie.

Le groupe était maintenant assez étoffé, quelques vieux soldats remontés d’Espagne, la peau tanné et l’âme dure furent chargés d’encadrer les jeunes recrues. Pour eux une sinécure, pas de guet-apens, pas de population hostile, presque des vacances par rapport à cette maudite Espagne qui a englouti les forces vives de la nation.

Seul un capitaine, vieux, impropre au service était monté sur un cheval. Encadré par quelques tambours la troupe disparate repassa sous la porte Dauphine et prit la direction de la Vendée.

Encore aucune trace d’équipement militaire, chacun était vêtu de sa tenue de paysan, certains en souliers d’autres en sabots, un pauvre hère marchait même pieds nus.

Les vignobles à eau de vie laissèrent place aux labours. La colonne s’allongea et l’arrêt dans le village de charron fut la bienvenue.

Les instructions du Capitaine étaient claires, amener l’ensemble des conscrits à bon port, il n’était pas question d’en perdre dès la première étape.

Logés chez l’habitant avec un bon de logement, l’accueil était bon, on était encore au Pays.

Une soupe, un bol de lait caillé, le lit du fils de la maison, entourés de jeunes filles curieuses, le gîte était bon.

Le lendemain au Brault ils passèrent la sèvre Niortaise et entrèrent dans les marais. Ce paysage plat et désolé, balayé par les vents, ponctué par quelques huttes dans les roseaux s’étirait sans attrait dans une vaste platitude. Le clocher de Luçon en ligne de mire nos soldats en sabots malgré les éléments déchaînés marchaient encore de bon cœur. Groupés par affinités ils devisaient en cheminant.

A Luçon ils récupérèrent d’autres camarades, un peuple de hutiers et de cabaniers qui s’exprimaient dans un langage qu’ Antoine avait du mal à comprendre.

Puis ce fut la traversé de la Vendée, tout y respirait la différence, la langue, les costumes et le paysage. La région portait encore les stigmates de la guerre civile, des villages ravagés, des métairies abandonnées.

Ils firent halte à Napoléon Ville, nouvelle préfecture qui remplaçait Fontenay le Comte.Vaste chantier qui par la volonté d’un seul transformait un petit village en capitale  de département. Des rues tracées au cordeau imprimaient à peine le nouveau ordonnancement de cette nouvelle ville, géographiquement choisie pour surveiller le rude peuple Vendéen.

Les étapes devenaient maintenant difficiles et certains traînaient la jambe. L’arrivée à Nantes stupéfia nos culs terreux, l’immensité de la ville contrastait avec tout ce qu’ils avaient déjà vu. Là aussi ils reçurent un bon de logement mais hantèrent les rues de la vieille ville un moment avant de trouver leur gîte. L’étape devait durer 2 jours afin de permettre aux plus faibles de rejoindre et de reprendre des forces.

De la vie militaire toujours rien, de la marche et encore de la marche. La troupe s’agrandissait au fur et à mesure de la progression vers la pointe Bretonne. Un nouveau dialecte avait succédé à celui du sud de la Loire encore plus bizarre et impénétrable.

Antoine ne soupçonnait aucunement une telle disparité linguistique.

C’eut pu être un voyage initiatique si l’état de faiblesse de certains marcheurs, n’avait pas été inquiétant.

Joseph son copain de Ferrières se traînait lamentablement, une fièvre récurrente et une toux persistante l’affaiblissaient considérablement.

Puis ce fut la délivrance, le 8 décembre 1812, Brest la maritime se montra à leurs yeux.

A la caserne siège de leur dépôt, les conscrits furent triés en fonction de leur taille, Antoine avec son mètre soixante quinze se retrouva au 3ème bataillon de grenadier, il fut avec regret séparé de ses compagnons.

Joseph Feutre mal en point fut admis à l’hôpital maritime de Brest, ils ne se revirent jamais car le compagnon de son enfance s’éteignit 8 jours après son admission.

Un grand nombre de jeunes mouraient dans cet hôpital, victimes de fièvre ou de fatigue.

Ces morts ainsi que les déserteurs obéraient les beaux chiffres du duc de Feltre ( Général Clarke,  ministre de la guerre )  qui s’exposait alors à de sévères mercuriales de la part du maitre .

Chacun se vit attribuer un uniforme, 2 paires de soulier, un fusil et un sabre briquet, une giberne , et une baïonnette. Un drôle de fourniment, heureusement les anciens sous la promesse de quelques tournées vous aidaient.

Quelques jours d’instruction militaire, les troupes sous la direction des officiers s’exercèrent aux déplacements en rangs serrés et  au maniement d’armes.

La nouvelle du départ arriva, direction l’Allemagne, miséricorde c’était  le bout du monde.

D’ailleurs les cadres du régiment étaient nerveux, des bribes de nouvelles arrivaient parcimonieusement. L’empereur serait à Paris et son armée fort mal en point.

La vérité fut cachée et Antoine et ses camarades ne connurent l’ampleur de la catastrophe qu’en remontant sur leur ville de destination. En effet en cette fin d’année 1812, la situation n’était guère à l’avantage des Français.

La grande armée cosmopolite de juin 1812 n’était plus maintenant que l’ombre d’elle même, 400000 hommes engloutis par le feu, les pluies, le froid, la faim, la maladie et les combats. L’artillerie était entièrement à refaire, et la cavalerie annihilée par la mort de milliers de chevaux, n’était qu’un fantôme de sa gloire passée.

Napoléon revenu en catastrophe après le passage de la Bérézina s’efforçait avec son génie coutumier de reconstituer une armée cohérente qui irait soutenir les résidus de la grande armée en Allemagne.

L’empereur à son départ avait laissé le commandement à son beau frère Murat, ce ne fut pas un bon choix, ce roi d’opérette entendait plutôt sauvegarder son royaume. Eugène le fils adoptif ou le beau fils se retrouva à la tête de ce commandement désespéré, il fit se qu’il put mais ayant toujours agit en sous ordre, la tâche le dépassa complètement.

Le prince d’Eckmuhl eut certainement prévalu.

Évidemment Antoine au fin fond de la Bretagne ne savait strictement rien de tout cela, comme chacun il avait le sentiment diffus que les choses ne tournaient plus très rond, cela s’arrêtait là.

En attendant il était fier de son fusil modèle 1777, conçu en son temps par l’ingénieur Gribeauval et de sa meurtrière baïonnette. Efficace mais un peu lourd quand on le portait plusieurs heures et a vrai dire assez encombrant par sa longueur.

Pour les exercices une sorte de tenue de travail était utilisée, il fallait économiser le bel uniforme. Chaque incorporé n’était pas encore muni de tous ses effets, la toile manquait, et les fusils aussi.

Le départ se fit, 1056 km, plusieurs mois de marche avec un barda de près de 30 kilos.

La musique en tête, encadré par des gendarmes à cheval, ( pour se prémunir des désertions en passant par l’indompté Bretagne ), le long convoi se mit en route, marche ou crève, sera le leitmotiv pour les semaines à venir.

Napoléon le stratège a gagné ses batailles avec les jambes de ses hommes.

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Les » Marie Louise » de  1813-1814, courageux et déterminés, mais surtout inexpérimentés

En attendant tout se délitait, les lignes de défense prévues par le génie corse reculaient, du Niémen à la Vistule, de la vistule à l’Oder, de l’oder à l’Elbe, puis de l’Elbe à la Saale. Les prussiens encouragés par la trahison de Yorck avaient déclaré la guerre, les saxons étaient peu sûrs et les hollandais se soulevaient sporadiquement. Le traitre Béarnais était passé dans le camps des Russes, la perfide Albion déversait son or et ses fusils et beau papa François dirigé par le maitre diplomate Metternich, retournait doucement sa veste. Les russes poussaient toujours plus loin leur avant garde et la seule apparition de quelques cosaques déclenchaient souvent une panique générale.

En bref un monde s’effondrait et Napoléon tentait d’arrêter le sable avec ses mains. Faisant flèches de tous bois, troupes de Marine, Gardes Nationaux, cadres de l’armée d’Espagne, conscrits des levées antérieures, tout était bon pour reconstruire son instrument guerrier.

Pendant ce temps Antoine Delavaud marchait en une longue colonne, les plus faibles avaient maintenant disparu, laissés dans les hôpitaux ou chez l’habitant. Lors des haltes un peu importantes des exercices étaient organisés, mais l’ensemble était encore loin d’être cohérent. Les mouvements d’ensembles étaient hésitants et personne n’avait encore fait de tir à la cible.

Le 15ème de ligne n’était évidement pas seul sur la route, plus on approchait, plus les masses humaines de chairs fraîches augmentaient. Des cavaliers, des trains d’artilleries, la Garde impériale, des caissons de munitions, des généraux empanachés avec leurs domestiques et leurs aides de camps, tous s’empressaient.

Puis enfin la délivrance, Mayence et le mythique fleuve frontière.

Petite ville de garnison et dépôt avancé cette dernière présentait un indescriptible désordre, des milliers d’hommes y arrivaient et en repartaient chaque jour. L’intendance avait du mal à suivre, encore et toujours des bons de logement. Mais comment loger une telle masse de soldats, Antoine et sa compagnie furent entassés dans une maison bourgeoise déjà surchargée. Ils se casèrent comme ils purent, puis se rendirent dans la ville pour y trouver pitance.

Une foule cosmopolite et bigarrée s’y trouvait, des uniformes de toutes les formes et de toutes les couleurs. Grenadiers, fusiliers, vélites, flanqueurs, cuirassiers, hussards, chasseurs, dragons, artilleurs, ouvriers, chirurgiens tous erraient dans les vieilles ruelles en quête d’une hypothétique bonne fortune. Toutes les couleurs  et la diversité des tissus faisaient penser à une ville orientale.  Antoine y entendait pour la première fois la langue chantante des Italiens, celle rude des Polonais, celle gutturale des Allemands et des Alsaciens. Il fut même surpris d’y entendre de l’espagnol et du russe. Autour de cette Babel gravitait un essaim de cantinières et de femmes de mauvaise vie. Antoine ne céda pas à la tentation et ne fut pas contaminé d’une chaude de pisse  comme bon nombre de ses copains. Il se délecta simplement d’un verre d’eau de vie qu’ici on appelait schnaps. Les maigres piécettes qui lui restaient , il les gardait précieusement comme un dernier viatique.

Mayence était une destination transit, il n’y resta guère et sut enfin sa destination finale.

Heureusement il n’avait guère de kilomètres à faire car son bataillon rejoignit  la ville d’Hanau ou se trouvait cantonné le corps d’armée qui allait désormais être le sien.

Antoine ignorait qui était le maréchal Marmont chef du 6ème corps, il savait seulement qu’il était duc de Raguse et un des proches de l’Empereur.

Constituée de 3 divisons d’infanterie et d’une de cavalerie, Antoine et son régiment échouèrent dans la 22ème ,commandée par le Baron Friedrich. En outre il aperçut pour la première fois le commandant de son régiment le colonel Levavasseur. Un corps de  60000 hommes réunit entre Hanau et Fulda et qui constituera avec d’autres l’armée du Main.

Cette fois la vie militaire se faisait  enfin sentir dans toute sa rigueur, plus de billets de logement mais un campement spartiate dans des tentes perçues à Mayence. La vie était dure, corvées, et exercices militaires se succédaient, Antoine tirait enfin à la cible.

Des mouvements en bataillons et en régiment furent organisés afin de familiariser les troupes aux déplacements de masse, vaste chorégraphie que ces passages de la colonne à la ligne ou de la ligne aux carrés. Répondant aux sons de la musique régimentaire et au code des fanions, chacun s’efforçait de s’intégrer dans cette masse qui le jour de la bataille serait l’ultime rempart.

Le magnifique Maréchal Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont duc de Raguse était même venu les passer en revue. Quelle fierté, il ne restait plus que le baptême du feu tant attendu

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UN CONSCRIT DE CHARENTE INFÉRIEURE EN 1813 ( 1er épisode )

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Les tombes des soldats de la grande armée Napoléonienne sont relativement rares et leur découverte au hasard d’une allée de cimetière revêt un caractère assez magique.

Lorsque un jour d’hiver cherchant la tombe d’un soldat de la seconde guerre, la stèle d’un vaillant grognard m’est apparue .

Son épitaphe relatait sommairement sa vie, mettant en avant sa magistrature communale et son élévation à la dignité de chevalier de la légion d’honneur. Ces renseignements attisèrent ma curiosité et l’opportunité d’écrire une jolie histoire se faisait jour.

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Porte Dauphine avec les casernes en second plan.

1812

L’ocre Corse dévore ses enfants.

Alors que la grande armée ne s’est pas encore consumée dans les steppes Russe, il appelle déjà son armée de demain.

Les décrets tombent et les Senatus consultes se succèdent.

Celui du 1er septembre demande 120 000 hommes à prendre dans les classes 1813.

La conscription en cette époque était régi par la loi Jourdan- Delbrel. Chaque jeune homme de vingt à 25 ans était inscrit sur une liste on les appelait les conscrits.

Chaque commune avait établi la sienne. Ensuite venait le temps du tirage au sort, le maire en présence des conscrits, d’un officier de recrutement ou de gendarmerie mettait dans une urne autant de bulletin qu’il y avait de conscrits. Chaque jeune homme puisait son bulletin à tour de rôle et plus le numéro était élevé plus les chances de ne pas partir étaient élevées. C’était bien sur vrai au début de l’empire mais en 1812 les levées étaient plus importantes et les chances de ne pas partir s’amenuisaient .

Lorsqu’on avait tiré le mauvais numéro on passait le conseil de révision. Visite rapide, taille requise 1 m 54, aucune infirmité et le tour était joué.

La mascarade se poursuivait ensuite dans la rue où la musique militaire jouait la sarabande, on accrochait ensuite un petit ruban à son chapeau et l’on finissait dans une auberge pour boire et chanter.

La fièvre retombait rapidement et c’est avec anxiété que les futurs partants attendaient leur feuille de route.

A Ferrières petit village de la province d’Aunis le scénario fut en tous points conforme à ceux des autres villages Français.

Antoine Delavaud né le 7 décembre 1793 dans la commune était donc de la classe 1813, fils d’un cultivateur il était très attaché à sa terre et rechignait à la quitter.

Ce jour là sous les yeux d’André Dubois le maire, il tira un mauvais numéro. D’une taille avoisinant les 1 mètre 75, musclé par les travaux des champs, notre paysan n’avait aucune chance de se faire recaler au conseil de révision.

L’un des gendarme lui prédit même qu’il se retrouverait dans les grenadiers.

Il se retrouva bon pour le service qui était d’une durée de 5 ans, autant dire une éternité

Il ne possédait pas les 1500 francs qui lui aurait permis de trouver un remplaçant, si toutefois il avait pu en trouver un. Ces derniers se faisaient très rares, la conscription légère au début de l’empire pesait maintenant de tout son poids sur la jeunesse française et les pauvres bougres attirés par la somme rondelette du remplacement se faisaient plus que discrets .

Antoine Delavaud se retrouva le numéro 55 sur la liste de désignation du canton de Courçon

Ce jour là Antoine ne fut pas le seul du village a être appelé sous les drapeaux, Feutre Joseph, Drapeau Jean et Jousselin Henri furent également requis au service.

En novembre 1812 chacun reçut sa feuille de route. Le premier rassemblement se trouvait à La Rochelle mais la destination finale était le dépôt de la ville de Brest.

L’ensemble des conscrits du canton de Courçon , de Surgères et d’Aigrefeuille se vit attribuer la même destination.

Le régiment qui allait accueillir nos conscrits Aunisiens était le 15ème régiment de ligne.

Le jour du départ, la famille et les amis des 4 infortunés de Ferrières se réunirent pour leurs souhaiter bonne chance.

Après avoir moult fois embrassés leurs proches, ils prirent la route.

Antoine embrassa sa mère Marguerite et donna une accolade à François son père.

Il ne reverra plus ce dernier.

Le cœur gros et plein d’anxiété ils s’ éloignèrent du clocher de leur petite église.

La Rochelle, la maritime était à 5 heures de marche, une peccadille pour ces paysans rompus à la marche.

Rejoints sur la route impériale Paris La Rochelle par un gars du Gué d’Alleré et par les conscrits de Saint Sauveur D’Aunis, ils formèrent bientôt un petit groupe.

Sur leur gauche les moulins de Saint Sauveur dressaient leurs ailes comme pour un adieu, un peu plus loin celui de Nuaillé d’Aunis les salua également.

Ils arrivèrent bientôt dans le village de Nuaillé, au delà de ces marécages, la terre incognita commençait pour certains.

Ensuite poursuivant les mornes paysages, ils laissèrent Loiré sur leur gauche puis Usseau sur leur droite. Ils avaient parcouru la moitié du chemin et cassèrent une croûte.

Ils traversèrent enfin le village de Dompierre, encore un effort et la belle cité leurs tendrait les bras.

Les Brandes, La Motte , La Vallée, Beaulieu puis après une légère montée, des moulins en grand nombre. Ce lieu élevé, appelé des Justice offrait une vision grandiose de la fière cité.

Antoine était déjà venu, mais d’autres découvraient cet univers aussi lointain que proche pour la première fois.

Ces tours de pierres blanches, ces clochers nombreux et ces remparts suscitaient l’admiration. La ville ceinte de murs, s’ ouvrait  aux campagnes environnantes par des portes, Royale, Dauphine, Saint Nicolas et porte Neuve. Antoine Delavaud et ses comparses se présentèrent à la porte Dauphine qui desservaitla les routes menant à Nantes et à Niort . Non close en cet après midi, les sentinelles leurs indiquèrent la direction à prendre.

Rien de plus simple, les casernes se trouvaient juste à coté, nommées la jeune et la vieille ou Bravoure et Subordination en référence à la date de leur construction ou à la dénomination révolutionnaire, ces bâtiments typiques de l’architecture de Vauban se dressaient fièrement dans l’axe de la triple porte construite par Ferry

Accueillis par des ordres gutturaux avant goût de la vie militaire nos jeunes conscrits inaugurèrent leur vie militaire.

Un coin de paille et une soupe furent leur ordinaire.

Chacun se groupa par village et par canton, on était entre Pays.

Ils apprirent par les premiers arrivés qu’ils repartiraient rapidement . La Rochelle n’étant qu’un lieu de transit . La majorité des conscrits de la région rallièrent dans la journée.

Très peu de défections ou désertions, le Pays avait bon esprit et la peur des représailles contre les proches annihilait toute velléité de jouer à cache cache avec les gendarmes.

Antoine n’avait pas connu la royauté et les exploits des grognards avaient été son catéchisme.

Antoine, Joseph, Jean et Henri se casèrent où ils purent pour dormir et d’un sommeil agité par des mauvais rêves passèrent leur première nuit sous l’état militaire.

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