LA MORT D’UN SITE ET LA NAISSANCE D’UN AUTRE

Le marais  » perdu  » entre tradition et  »modernité  » au loin les fumées sont celles de la décharge d’ordure de la Rochelle (  70 ans de dépôt )

 

La Rochelle la Belle, la Rochelle la Blanche ceint de ses murailles séculaires, autour un havre où vient commercer une grouillante population.

A l’extérieur des murs au delà des fossés une autre couronne protectrice cerne la ville, une étendue d’eau morte telle un chaud vêtement protège la Belle Aunisienne.

Recouverts sporadiquement par les flots, travaillés par une nuée de pauvres hères aux pieds nus qui en extraient l’or blanc, ces damiers qui s’étendent sur le pourtour de la baie procurent subsistances.

Après ces marécages, on récolte le sang du Christ, le vin comme le sel est abondant.

Puis un jour la fière ville s’insurge contre son roi, Louis le juste et son cardinal cuirassé terrassent la rebelle huguenote, l’enceinte médiévale est détruite sauf nos majestueuses tours de la Chaîne, de la Lanterne, et Saint Nicolas.

La ville maintenant ouverte mais décimée par le terrible siège resta dans ses limites et nos marais continuèrent de fournir sel et complément d’alimentation.

Une autre muraille fut construite, nécessité militaire oblige par l’ingénieur Ferry, elle enfermera dans son carcan notre ville jusqu’au début du 20ème siècle. Notre marais  » perdu  » n’avait toujours rien à craindre de l’homme.

Quoi que ……

Une première digue qui partait de la tour Saint Nicolas fut construite dans les années 1780 s’avançant dans la mer et servant de chemin de halage aux bateaux qui sortaient de plus en plus difficilement du port du fait de l’envasement. Elle prit le nom de jetée du bout blanc qu’elle porte encore ( du nom du musoir peint en blanc qui se trouvait à son extrémité ).

Bien que n’ayant rien contre le marais la digue du bout blanc fut le premier attentat à notre zone humide

Le marais  » perdu  » était maintenant séparé de la mer sur sa face nord.

A l’arrière plan des tours, la digue du bout blanc, la digue qui mène au port des Minimes, le quartier de la  » Ville en Bois  » et en arrière plan le Marais perdu qui résiste encore

Le combat contre la nature reprit ses droits en 1840 par la construction d’une autre digue partant du bout blanc et se terminant au petit port de pêche des Minimes cette fois le marais était cerné et plus du tout en communication avec la mer .

L’arrivée du chemin de fer en 1857 puis la construction du bassin extérieur en 1862 (celui qui jouxte le célèbre aquarium ) entama le grignotage.

Un nouveau quartier Rochelais sortit de terre, construit sur les remblais extrait du creusement du bassin. Le quartier devint vite industrieux, des conserveries de sardines, des chantiers navals,une usine de briquette de charbon et une multitude d’activités annexes . La population se fixa sur place.

Le marais diminuait sous la pression humaine, les ordures de la ville y furent bientôt déversées ainsi que toutes les vases extraites du chenal. Les militaires remblayèrent une partie pour y construire une bute de tir. Le marais perdu entrait en une longue agonie

La population coincée entre la mer, le marais, la voie de chemin de fer et les usines de charbon vivait dans des conditions assez précaires, peu de points d’eau, la poussière de charbon, et les odeurs de la décharge. A vrai dire chacun tirait profit de son élément, le dépotoir servait de terrain de jeux aux gamins, et comme dans nos modernes bidonvilles tout et n’importe quoi étaient récupérés, vendus ou réutilisés.

Le marais servait aussi de garde manger annexe et les anguilles y pullulaient. La chasse et la pêche y étaient pratiquées par tous.

Ce vaste terrain de jeux était aussi le lieu d’affrontement entre les bandes rivales de gamins du village de Tasdon, des minimes et de la ville en bois, cette guerre des boutons impitoyable se terminait parfois par des blessures assez conséquentes.

Mais le marais déjà moribond passa l’arme à gauche lors de la décision de construire un port de plaisance au Minimes. On le combla complètement ou presque et les terrains furent vendus.

Fin d’un monde, les touristes remplacèrent les anguilles, les étudiants succédèrent aux aigrettes, les cinéphiles chassèrent les hérons et les barcasses des pécheurs furent remplacées par des voitures.

Bien sur me direz vous les résidences de luxe sont plus jolies qu’un dépôt d’ordures et que des eaux stagnantes mais la disparition des zones humides crées par la nature sera un problème écologique récurant dans les prochaines années.

Pour finir en guise de sourire il est symptomatique de notre société qu’un des endroits immobiliers les plus chers de La Rochelle soit construit sur un dépôt d’ordures et de merde. Comme quoi l’argent n’a effectivement pas d’odeur.

Bien évidement les habitants du quartier expulsés dans le début des années 1970 ne profitèrent pas des nouvelles constructions mais furent parqués dans la réserve de Saint Éloi,normale me direz vous pour des gens que l’on nommait » les peaux rouges » .

Amis d’ailleurs, ce quartier que vous connaissez ou que vous foulerez un jour n’est autre que celui du quartier de l’aquarium, de la médiathèque, du cinéma CGR, et des résidences qui les entourent.

Les anciens Rochelais se souviendront certainement de ce marais que l’on disait  » perdu  » et qui effectivement porte maintenant bien son nom.

 

Autre vue du beau marais, pêche et carcasses de voitures.

Petit clin d’oeil au papy de mes enfants qui dans les années d’après guerre roulant sans permis  » eh oui  déjà  » fut contraint par sa jeune épouse horrifiée par cette entorse au règlement d’aller jeter sa voiture dans le marais.

 

Les photos sont empruntées à la revue  » Paroles de Rochelais  », cette revue pour les amoureux de la ville de La Rochelle est à lire absolument.

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MELI-MÉLO ROYAL, OU LA GÉNÉALOGIE COMPLIQUÉE DE LA REINE ANNE

 

 

 

 

                                                            

Anne d’Autriche 1601 – 1666

                                                   

Philippe III   1578-1621                       Marguerite d’Autriche 1584-1611

           

Philippe II              Anne d’Autriche           Charles II d’Autriche        Marie de Bavière

1527-1598                1549-1580                                 1540-1590                       1551-1608

 

En 1615 une petite femme fit son apparition à la cour de France.

Portant les doux prénoms de Dona Ana Maria Mauricia elle ne parlait pas un traître mot de français et n’était jamais sortie de son pays mais allait pourtant devenir reine de France , gouverner notre pays en une période fort trouble et vivre avec son mari un enfer domestique.

Abandonnons tout de suite ses nombreux prénoms et appelons la désormais Anne d’Autriche, puisque c’est d’elle que nous allons parler.

N’ayant pas l’intention d’écrire un récit historique mais plutôt une rencontre généalogique, nous allons partir à la recherche complexe de ses ancêtres.

De haute lignée, son arbre rencontre un nombre d’implexes très important, les gens de la noblesse faisant fi de toutes considérations familiales pour choisir leurs épouses. Ces mariages politiques organisés sur l’échiquier européen avec l’accord de la papauté sont une invitation à la découverte de l’histoire de France et d’ailleurs.

Essayons donc d’y voir un peu plus clair.

Anne d’Autriche fut donc mariée au roi Louis XIII et fut donc la mère du grand roi soleil, quatorzième du nom. Pour l’instant c’est simple.

De quelle nationalité était Anne d’Autriche ? Autrichienne peut être et bien non perdu sut été trop simple elle était espagnole et tenez vous bien de la plus haute extraction car son père était le roi Philippe III .

Cette famille Habsbourg de Madrid conservait donc la nostalgie de ses origines Autrichienne.

On ne croit pas si bien dire car le nommé Philippe avait épousé une Marguerite d’Autriche qui cette fois était bien Autrichienne.

Maintenant tenez vous bien et prenez éventuellement des notes, Philippe III était le fils de Philippe II et de sa propre nièce la nommée Anne d’Autriche fille de sa sœur Marie et de Maximilien II empereur qui était pour faire simple le cousin germain de Philippe II et de sa sœur Marie .

Philippe II avait pour père Charles Quint et Maximilien II avait pour père Ferdinand I .

Charles Quint et Ferdinand I étaient frères, et voilà pour les hommes c’est simple non !!

Anne notre petite reine avait donc comme arrière grand père les deux empereurs

 

  Ferdinand I   arrière grand père d’Anne           

Charles quint arrière grand père d’anne   (1500-1558)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maintenant faisons le même chose avec la mère d’Anne qui je le rappelle se nommant Marguerite était la fille de l’archiduc Charles frère de Maximilien II et d’une princesse bavaroise qui était aussi sa nièce, fille de sa sœur Anne et donc petite fille de Ferdinand I

Anne descend donc de Charles Quint par son père mais descend de Ferdinand I par son père et par sa mère.

Bien nous allons nous arrêter là, mais avant une petite précision Louis XIII avait comme grand mère maternelle Jeanne d’Autriche qui était sœur de Maximilien II et de Charles et d’Anne.

Nos deux jeunes mariés sont donc cousins germain.

J’aime assez ce méli-mélo qui reprendra avec Louis XIV qui épousera ………

 

Généalogie simplifiée de notre héroïne du jour

 

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LE VIOL D’UNE VIE OU LE MALHEUREUX DESTIN DE MARIE THÉRÈSE


La famille Leroy habitait   » la voie du Chatel  », les hommes étaient le plus souvent des bergers.

 

Marie Thérèse Leroy regardait avec tendresse son petit bâtard faire ses premiers pas dans la cour de la ferme.

Nicolas avait maintenant 18 mois, période d’innocence où le petit avait grandit sans ressentir les problèmes qui assaillaient sa mère.

Cette dernière depuis la journée funeste de son viol revivait presque quotidiennement l’outrage qui lui avait été fait. Elle semblait encore ressentir la douleur physique occasionnée par les deux barbares, elle ressentait leurs mains qui l’empoignaient, elle ressentait encore au fin fond de son intimité la présence du sexe de ses agresseurs. Il lui semblait également sentir leur odeur. Ils étaient tapis dans l’ombre de son existence et depuis elle vivait dans un monde de perpétuelle angoisse.

Elle se serait peut être finalement accommodée du souvenir de ses violeurs si le regard de la communauté villageoise ne lui rappelait à chaque instant la dure vérité.

Tout d’abord l’homme qui devait l’épouser fit machine arrière, seul il aurait peut être accepter de prendre pour époux la femme qu’il aimait , mais le poids de sa famille fut plus fort que l’amour et la traînée et son bâtard n’entrèrent pas dans cette famille respectable.

Au sein de la communauté de Marigny en Oxois les choses était bien pire, elle fut marginalisée et rejetée . Il y avait toujours une place de libre à coté d’elle à l’église , au lavoir et à la fontaine les femmes faisaient silence quand elle arrivait .

Pour les hommes du coin la cause était entendue, elle avait du provoquer ces deux militaires et inventer un viol pour justifier de la sale graine qui poussait en son sein. Plus question pour l’un d’entre eux de lui proposer mariage. De toute façon elle commençait à être une marchandise en cours de dévalorisation du fait de son age. Les quolibets et les remarques grivoises accompagnaient souvent ses marches

Ce n’était plus une femme à marier, mais cela pouvait être encore une femme à baiser. Pensez donc cette femme à soldats ne devait pas se faire prier pour soulever son cotillon.

Marie Thérèse souffrait en silence, elle restait droite et digne. Son petit bâtard, elle l’avait gardé et l’élevait comme elle le pouvait. De nombreuses femmes victimes se débarrassaient alors des ces fruits mal venus. Malgré l’opprobre généralisée son employeur l’avait gardée et sa sœur qui la connaissait le mieux lui avait gardé sa confiance, Marie Thérèse n’avait donc pas rejoint la cohorte nombreuse de femmes qui pour survivre devaient vendre leur corps.

Elle n’était pas une prostituée, ni une fille à soldat et aucun homme ne l’avait touchée depuis son agression.

Mais à la fin de l’été 1800 un jeune journalier de passage pour les travaux des champs vint lui conter fleurette.

Il était doux , gentil, attentionné et semblait ne pas s’occuper des ragots des autres ouvriers agricoles.

Aux mots doux , succédèrent les tendres caresses, Marie Thérese pour la première fois baissa sa garde et ne freina pas dans la paille chaude les tendres ardeurs du vigoureux paysan.

Ils se revirent et par une magie à chaque fois retrouvée leurs corps dans une unions parfaite ne firent qu’un.

Hélas le journalier comme les beaux jours disparurent pour laisser place à l’hiver.

Quelques mois passèrent et l’inquiétude de Marie Thérèse grandit, plus de menstrues, des nausées et un ventre qui s’arrondissait. La graine de l’amour léger avait germé et son fruit apparaissait au tout à chacun.

Elle n’eut pas à l’annoncer, tous le virent. La situation était dramatique, plus l’excuse du viol, elle avait été consentante et avait cédé à la tentation.

Encore une fois la défiance et la haine, mais encore une fois le soutien d’indéfectible de sa parentèle proche.

Elle alla déclarer comme la loi l’obligeait sa grossesse aux greffes de la mairie. Le maire, en ce 19 germinal an IX prit la déclaration résignée.

Cette déclaration obligatoire datait du roi Henri II ( celui qui prit une lance dans l’œil ) pour prévenir tout avortement ou tout infanticide. La femme déjà fautive au yeux de tous était passible de la peine de mort en cas de non déclaration, bien sur nous étions sous le consulat et bien que la loi ne fut pas très favorable aux femmes les condamnations n’avaient plus cette sévérité.

Le 15 prairial an IX madame Lolliot l’accoucheuse aida à mettre au monde un fort garçon que sa mère nomma Étienne Pierre. Le nom du père fut gardé secret, Etienne Verneau manouvrier et Agathe Lassé femme Caron servirent de témoin.

Un deuxième petit bâtard babillait au hameau de Voye Chatel.

On ne nourrissait pas les bêtes à rien faire et Marie Thérèse reprit ses activités de servante de ferme.

Le travail était dur et les relation avec le reste du personnel de la ferme conflictuelles. Elle logeait maintenant dans un galetas prêté par le maître des lieux. La promiscuité avec les deux petits garçons était certaine mais un toit est un toit et Marie fit abstraction.

Un jour qu’elle donnait à téter au petit Étienne et que Nicolas crapahutait avec les enfants du fermier, ce dernier entra dans la petite pièce .

Marie eut honte de ce sein dévoilé et sentit le rouge aux joues, que venait faire son maître dans cette mansarde ?

Le brave fermier lui mit le marché en main, sa productivité laissait à désirer et il ne savait pas si il allait pouvoir la garder.

Il lui expliqua que la pression villageoise était forte et que le curé faisait pression sur lui pour qu’il la jette dehors.

Marie Thérese sentit la terre s’ouvrir sous ses pieds, elle se voyait jetée à la rue, mendiant son pain avec ses deux petits.

Le bon fermier la rassura aussitôt et fort d’une grande mansuétude à son égard, il pensait qu’un arrangement ou un effort d’une autre nature lui permettrait de les garder à la ferme.

La pauvre ne comprenait guère ce qu’elle pouvait faire de plus, car elle travaillait déjà comme une forcenée.

Son patron fut plus explicite, il lui demanda de poser son bébé et baissa son pantalon.

Le cycle des souillures commença, pour une paillasse, de la soupe et un toit pour ses deux garçons la servante servit.

Elle vécut comme cela, la patronne se doutait du manège et redoublait de méchanceté à son encontre. Le maître au début profita à tout moment du corps de la jeune femme mais un événement lui freina ses ardeurs.

Marie Thérèse était fertile et un autre fruit se développait, chacun se doutait que le fermier était le père tant les fréquentations masculines de Marie étaient inexistantes. Personne ne pipa mot et Marie reprit le chemin de la mairie pour la sacro sainte déclaration qui fut prise par l indéboulonnable Monsieur Petit en date du 9 pluviose an XII. Le 12 floréal an XII naquit le petit Louis François, madame Lolliot servit comme précédemment de sage femme, Louis Taupin manouvrier et Nicolas Badie cordonnier servirent de témoins.

Fille mère pour la troisième fois, le diable l’habitait sûrement et les femmes se signaient à son passage. Le soupçon de paternité qui pesait sur le fermier fit taire l’ensemble de la communauté et Marie Thérèse continua son labeur et son malheur.

Il ne chassa pas son fils illégitime et son esclave mais la patronne devint encore plus dure et Marie Thérèse endura les pires tourments

L’ardeur amoureuse du maître ne faiblissait pas et Marie Thérèse devint à nouveau mère, le petit Jean Denis naquit le 27 février 1807 par les soins de l’éternel Lolliot.

La déclaration de grossesse n’avait pas eut lieu pour cette dernière maternité.

Louis Nicolas Geoffroy Marchand épicier et Armand Vilcoq bourrelier firent office de témoins.

Quatre enfants naturels c’était un record pour le village et pour l’époque, ils poussèrent comme des mauvaises plantes solides et vivaces au milieu d’un parterre et firent souches en la dure terre de champagne.

Seul le petit dernier n’eut pas ce privilège et mourut encore aux langes.

Le calvaire de cette vie de chienne cessa pour mon arrière grand mère à l’age précoce de 41 ans en cette belle année de félicité impériale que fut l’année 1810.

Le plus vieux des enfants avait 13 ans et le plus jeune pointait sur ses 6 ans, les trois enfants furent placés dans la famille et firent souche en Seine et Marne et dans l’Aisne.

Bien sur le récit narratif est inventé, seuls les fait si rattachant sont identifiables dans les actes d’état civil. D’autres scénarios auraient put se produire, mais l’essentiel n’est pas la. Par la vie de Marie Thérèse Leroy paysanne de Marigny en Oxois j’ai ouvert une petite fenêtre sur la condition féminine pendant l’époque Napoléonienne.

Les femmes violées en cette période de grands mouvements militaires étaient légion et les agresseurs peu ou pas punis.

La société Napoléonienne était patriarcale et les femmes soumises à l’autorité paternel, puis à l’autorité conjugale.

Les filles mères étaient souvent jetées à la rue et alimentaient en permanence les marchés urbain de la prostitution.

Le cas de Marie Thérèse n’est donc pas isolé et le scénario de la pauvre fille qui sert d’objet sexuel à son employeur est envisageable.

Peut être a t’ elle vécu en concubinage, mais ce genre de vie était marginale dans une communauté villageoise au début du 19ème siècle.

Peut être que chaque enfant est le résultat d’un amant de passage.

Mais quelque soit le scénario cette pauvre femme a du souffrir dans son être et dans sa chair.

Son viol par  2 individus fut le catalyseur de son triste destin et influa à n’en pas douter de façon négative sur le cours de sa vie.

La situation d’un mère célibataire avec 4 enfants est déjà laborieuse en notre temps de félicité sociale alors imaginez le calvaire il y a 200 ans !!

Ce texte fait suite à l’histoire du viol de Marie Thérèse  que je vous mets en lien.

https://pascaltramaux.wordpress.com/2015/05/16/une-sinistre-histoire-de-viol-1797-dans-un-village-de-laisne/

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LA MORT DU MENDIANT QUI N’EN ÉTAIT PEUT ÊTRE PAS UN

Village de Cebazat d’où était originaire notre mendiant

En ce dimanche 7 décembre 1760, l’homme qui cheminait lentement sous la pluie se disait qu’il ferait bien de trouver un gîte pour la nuit. La nuit tombait rapidement en cette maudite saison. Il était trempé et couvert de boue.

Il venait de Paris et se rendait à Orléans, arrivé au bourg de Loury il était maintenant presque arrivé à son but. Comme la raison lui commandait de ne pas traverser la forêt d’Orléans en pleine nuit il s’était arrêté dans un cabaret du village pour y boire une chopine. Seulement voilà notre Barthélémy ne savait guère s’arrêter et le petit vin de Loire lui avait fait perdre la notion du raisonnable.

A sa question de savoir ou il pourrait dormir, le cabaretier lui donna conseil de se rendre à la ferme de la Houssay sur la route d’Orléans. Le fermier, un brave homme nommé Louis Paty se faisait gloire d’héberger les mendiants et les pèlerins de passage.

Loury et la ferme de la Housset

Il n’était pas à son avantage quand il pénétra dans la cour de la ferme, trempé, éméché et couvert de la boue sale des chemins royaux.

Il demanda le gîte et le couvert et Louis Paty le fit entrer dans l’écurie. Notre ivrogne se mit en devoir de nettoyer ses nippes, mais perdit l’équilibre et se retrouva par terre.

Louis toujours compatissant le conduisit alors dans la grange et lui indiqua l’endroit où il devait dormir.

Il lui prodigua les recommandations d’usage, pas de feu, ni de pipe et se retira pour continuer son labeur.

Le fils du fermier le petit Louis âgé de 5 ans se glissa alors dans la grange pour observer le curieux bonhomme. Assis dans l’avoine vêtu d’un vieil habit de soldat, d’une mauvaise veste grisâtre, d’un gilet et d’une mauvaise culotte.

Ses mollets étaient entourés de vieilles guêtres et sur sa tête un bonnet de laine couvert par un vieux chapeau. Il était effrayant mais l’enfant était attiré inexorablement par ce voyageur peu commun. Quel âge avait ce personnage ? Accoutré comme cela et couvert de crasse il était difficile de se prononcer.

Barthélémy grommela, il avait froid et la couche d’avoine ne lui semblait pas faire un si bon matelas.

A l’étage supérieur le lit serait sûrement de meilleur qualité car la couche d’avoine plus épaisse.

Il se leva et grimpa à l’échelle, arrivé presque en haut à environ 12 pieds, le petit Louis le vit basculer dans le vide et s’écraser au pied de l’échelle. Le gosse hurla et sortant de sa cachette se dirigea vers le mendiant. Celui ci ne bougeait pas et du sang lui sortait abondamment de la bouche.

Louis sortit en catastrophe et s’en alla prévenir son père.

Le fermier lâcha son labeur et fit diligence  pour constater que le voyageur ne bougeait plus et qu’il saignait de la bouche, il envoya quérir le curé pour que les sacrements lui soit administré. Il n’était pas médecin mais il se doutait que le pauvre diable était passé dans l’autre monde.

Au bout d’un long moment le prêtre arriva mais constata évidement qu’il ne servait plus à rien.

Les autorités arrivèrent rapidement  et vers 7 heures du soir le procureur fiscal et Louis Boys le bailli de haute , moyenne et basse justice accompagnés du greffier Petit  constataient le décès.

Mais qui était donc ce bonhomme sans âge couvert de ses oripeaux, comme le chemin royal de Paris 0rléans en fournissait quotidiennement ?

Mendiant, marchand, pèlerins, journalier, compagnon, une fouille s’imposait, le Bailli retourna les poches du mort et découvrit avec dégout une paire de mitaine usagée et un mauvais mouchoir.

Le bougre possédait également 10 liards, un couteau et une tabatière de fer blanc. Toujours rien sur son identité, restait le sac qui fut prestement vidé. On y trouva une vieille chemise, 2 mouchoirs, une boucle de fer et enfin un portefeuille où se trouvait un peigne d’ivoire.

Dans un autre portefeuille, le bailli trouva la solution, un certificat du curé de Cebazat dans le diocèse de Clermont Ferrand affirmait que le nommé Barthélémy Reddon était un honnête homme et un bon chrétien. Ce viatique était  daté du 3 novembre 1755. On trouvait aussi une lettre adressée à Paris au sieur Barthélémy Reddon par son épouse Marie Bannière du village de Cebazat.

Notre mendiant avait donc un domicile à Paris, était bon chrétien, donc inséré dans la communauté et de plus à une épouse qui visiblement en date du 29 octobre 1759 était encore en contact avec lui.

Nous n’étions  déjà plus sur le vagabond solitaire et sans attache. En outre en poursuivant on découvrit 4 quittances signées par un nommé Frary en paiement d’un loyer d’une maison.

Le mendiant n’était donc pas entièrement sans ressource, que faisait il sur cette route c’est un mystère qu’il emportât le 9 décembre 1760 dans sa tombe du cimetière du petit village de Loury.

J’ai continué un peu l’enquête dans son village de Cebazat et j’ai retrouvé la trace de son épouse Marie Bannière qui s’avère être décédée avant lui le 23 avril 1760.

Le 5 mai 1761 un fils de Barthélémy et de Marie s’est marié dans ce village d’Auvergne, il se nommait Michel Reddon et avait obtenu l’accord de son père qui demeurait à Paris pour cette union.

Le fils avait il obtenu l’accord paternel juste avant que ce dernier ne prenne la route qui lui sera fatale.

Autre petite observation le rapport établit que Barthélémy semblait avoir une quarantaine d’années, c’est peu probable car sa femme Marie est décédée à l’âge de 60 ans.

Barthélémy Reddon n’était certainement pas un mendiant comme nous l’entendons aujourd’hui mais sûrement un itinérant qui voyageait pour gagner son pain.

A l’époque en question tout étranger était facilement prénommé mendiant, et trouvait quand même de quoi se loger.

Essayer donc maintenant !!!!!

** Louis Paty le fermier qui hébergeait les vagabonds dans sa ferme est né en  1728 et est mort en  1784, il était marié à Marie Elisabeth Houdas.

L’enfant qui assista à la scène se nommait Louis comme son père et est né en  1755.

L’histoire de Barthélémy est relatée dans le registre paroissial du village de Loury.

 

 

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ROBERT PIERRE

Dans la nébuleuse céleste,dans le flou intemporel du rien s’élèvent des flammes, immense brasier rougeoyant au milieu du néant.

La chaleur est intense, les bras du feu montent, s’abattent, vivent et meurent sans cesse renouvelés par un combustible invisible.

Âtre sans foyer, chaleur perdue, feu sans joie, crématorium sans fleur, brûlot sans bois, écobuage sans taillis nous sommes au purgatoire des âmes.

Sans cesse alimenté par les péchés humains, par nos vilenies, nos mauvaises pensées, nos traîtrises, meurtres,viols, concupiscence, gourmandises, convoitises, bassesses, mensonges cet immense incendie brûlent d’une éternelle incandescence.

Ce carburant immatériel brûle à merveille, il est inépuisable. A l’instant même, l’âme d’un paysan fanatisé par un iman fanatique et qui vient de se faire sauter sur un marché se consume en même temps que celle de quelques unes de ses victimes, un marchand qui a dénoncé un confrère pour avoir sa place, une femme au corps brûlant qui s’est donnée à un de ses amants, homme fruste qui a violé un enfant, un élu qui a détourné l’argent public, le choix est large l’arrivage incessant.

Noria purificatrice, chaque âme noire est lavée de toutes impuretés et renvoyée sur terre.

Cycle ressemblant à celui de l’eau, les mânes sont identiques depuis leur funeste création. Le créateur renvoie indistinctement l’âme des êtres purifiés. Mais le retour est aléatoire et d’humain l’on devient animaux et d’animaux l’on devient humain.

Mais certains n’expient jamais et auprès du créateur restent à demeure.

Maximilien déambulait nerveusement autour du brasier depuis un long moment, sentant qu’on l’observait, il se retourna vivement. Joseph Djougachvili dit Staline le regardait goguenard.

  •  » Salut maximilien tu vas bien
  • Je vous ai déjà dit de ne pas me tutoyer , nous n’avons pas élevé les cochons ensemble, nous n’avons aucun point commun et rien ne vous autorise à cette familiarité.
  • Mais bien sur que si l’incorruptible que nous avons des points communs et le principal est que nous soyons tous deux autour d’un feu à expier les mêmes sortes de fautes.
  • Et puis cesse de marcher en long et en large, nous ne sommes pas au comité.

Maximilien Robespierre réajusta sa cravate, expiation ou pas ,l’élégance chez lui devait rester de mise. Joseph dont la mise était moins raffiné se mit à rire.

  •  » Ta cicatrice thermidorienne te démange ou bien est -ce le coup habile du gendarme Merda ?.

Malgré son ancienne profession d’avocat, Maximilien n’avait guère de talent oratoire, il ne sut que répondre au fiel du père du peuple.

Joseph enfonça le clou et lui demanda si le froid de l’acier tombant sur sa nuque le gênait encore.

L’arrivée de son ami lui fit l’économie d’une réponse bafouillée, il ne faisait aucun doute que dans une joute oratoire, le georgien ne terrasse le précieux Arrassien .

Il n’en était pas de même de Saint Just, l’archange de la terreur au jeu des mots était redoutable et Staline ne le taquinait jamais car voulant garder le dessus, les réparties cinglantes du jeune apôtre l’en dissuadaient.

  • Viens avec moi Maximilien laissons cet assassin.

Joseph n’aimait pas qu’on le traite ainsi, plusieurs années de despotisme l’avaient habitué à une certaine veulerie de la part de ses semblables.

Il considérait de toute façon que la mort des quelques 40 millions d’êtres humains dont il était responsable était un mal nécessaire à l’élaboration d’un communisme international.

Il se dirigea en maugréant vers une autre partie du cercle. Un petit gros en redingote, assit sur un rocher regardait par delà les flammes , l’arrivée des nouveaux repentants

  • Toujours sur ton rocher Naboulione, toi aussi tu estimes que ta place n’est pas autour du feu

La réputation de polémiste de Joseph dissuada l’empereur déchu de toute réponse, il resta dans ses pensées refaisant le monde à son image. Cette fois ci le siège de Saint Jean d’Acre s’était déroulé à merveille et cet imbécile de Phillipeau avait trouvé la mort rapidement et rien n’arrêterai désormais sa marche triomphale dans les pas d’Alexandre.

Le tyran rouge ne trouvait personne avec qui se chamailler, le couple Ceaucescu qui pleurait sur leurs beaux manteaux troués par les balles vengeresses du peuple, menu fretin, dictateur de bas étage, sous produit de son empire à lui ne valait pas la peine de dépenser de la salive.

Plus loin Adolf et Benito réajustaient leurs uniformes.

  • Tu te prépares pour Nuremberg, je te rappelle qu’ici tu n’as pas de public, fini les défilés aux milliers de torches, les parades militaires grandioses, les bras tendus et les chemises grises.
  • Ta Riesenthale n’est plus là avec sa caméra.
  • Et toi Benito, ta Clara Petaci a t’ elle aimé le sort que lui ont fait subir les partisans.
  • Comme public vous n’avez plus que des tyrans, des assassins, des des fourbes, des lâches et des traîtres.

Les 2 ténors de la haine baissèrent la voix et regardèrent méchamment l’intrus.

  • Passes ton chemin, traître, vil inférieur, suppo de race impure.
  • Peut être qu’un jour nous aurons de nouveau du public
  • Vas tourmenter d’autres âmes.

Staline perplexe poursuivit son chemin, il n’aimait guère cet Autrichien qui lui rappelait sa propre vilenie face au peuple Polonais et sa complète responsabilité dans les meurtres de Katyn. Joseph était perplexe ou ces 2 fous avaient il bien pu prendre l’idée qu’un jour d’autres malheureux défileraient sous leur tribune.

Sa main valide derrière son dos il poursuivit sa patrouille haineuse. Un peu en retrait se tenait le grand timonier.

Les 2 hommes ne conversaient jamais ensemble, pourtant ces 2 déclencheurs de famines avaient de multiples points communs, le communisme, les purges sanglantes, les déplacements de population, l’industrialisation forcée, les millions de morts et un mépris commun pour l’âme d’autrui.

Mais rien ni faisait, Staline qui avait aidé Mao a créer son empire démoniaque ne supportait pas que le sien se soit écroulé et que celui du chinois perdure encore.

  • Alors TSÉ TOUNG tu viens de terminer ta longue marche .,,,

Mao qui ne parlait que son dialecte natal et qui de toute sa vie n’avait fait aucun effort pour apprendre une autre langue regarda le petit père du peuple sans rien comprendre.

Staline continua son chemin en ricanant et croisa POL POT qui regardait fixement les flammes.

Décidément en forme, Joseph lui lança.

  • Tu as reconnu quelqu’un mon pote.

Ce dernier jeu de mot ne s’entendait pas en Cambodgien mais seulement en Français, il ricana tout seul.

Son français ,notre bon Georgien le tenait d’un autre petit Adolphe, le nain au toupet ordonnateur du massacre des communards, politicien rusé, défenseur des bourgeois et pourfendeur des ouvriers révoltés qui était lui aussi passé par le doux foyer des âmes perdues.

Pol Pot nouvellement arrivé ,n’avait encore pas pris l’habitude des tournées pleines de fiel de Staline. Il ne fit donc que sourire et salua d’un mouvement de buste son ancien maître.

Un peu plus loin, une conversation animée l’attira, PHILIPPE II polémiquait avec un évêque en se demandant si les indiens avaient une âme et si la controverse de Valladoid fut une bonne chose.

Chacun y allait de ses théories, Joseph dont la seule idée maîtresse était l’asservissement des peuples à son profit ne comprenait guère cette idiotie. De toute manière, les esclaves amérindiens avaient été remplacés par des esclaves africains et pour lui c’était la moindre des choses.

Staline pensait que dans le pays des âmes il était le seul à être sensé. Il ne doutait de rien notre tyran.

Comme tous les jours il se dirigea vers le juge suprême pour lui faire son rapport sur les cancans du foyer et voir si le maître en récompense ne pouvait abréger sa rédemption.

  • Comment notre maître à tous se porte t ‘il ?
  • Bien bien Joseph, ta tournée s’est bien passée ?
  • Tu as tourmenté tout le monde je présume.
  • Non non juste se pédant d’avocat Français.
  • Tu es vraiment injuste avec lui, quelques parts tu lui dois un peu non.
  • Robespierre n’était pas communiste.
  • Oui je sais il était pour le respect de la propriété individuelle, mais la révolution française a ouvert la porte à d’autres révolutions y compris celle de Vladimir Ilicht.Le fait que le maître ne mentionne que Lénine et non lui comme fondateur de l’empire bolchevique le fit grincer des dents.
  • Aucun lien mon bon maître, entre la révolution populaire des soviets et la révolution bourgeoise des avocaillons du siècle des lumières.

Voyant qu’il ne pourrait convaincre Staline il changea le corps de la conversation.

  • Alors que racontes tu sur des compagnons de purgatoire.
  • Rien d’intéressant.
  • Mais si, mais si…
  • Adolf et Bénito répètent leur sketch.
  • Oui je sais le même depuis 60 ans
  • Bonaparte rêve
  • Mao rit jaune
  • Très mauvais, continue
  • L’espagnol radote des insanités sur les indiens
  • Encore, il faudra que je lui en parle sinon je vais le garder pendant des millénaires
  • Mais le plus intéressant ce sont les messes basses de Saint Just et de Robespierrre, ils complotent.
  • Que veux tu qu’ils mijotent, ils parlent de leur passé.
  • A propos de mon passé mon juge, il faudrait peut être penser à une révision de mon procès, je vous sers admirablement.
  • Quarante années et quelques ragots ne peuvent racheter 20 millions de morts, va et laisse moi.

Staline s’en fut en laissant le juge suprême s’interroger sur les discussions en catimini des 2 guillotinés de thermidor.

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LE CRECELLAGE

église saint Crespin de verdelot

En ce jeudi de pâques 1832, Joseph Perrin et son cousin Nicolas observent avec attention le clocher de l’église Saint Crépin . Ils sont descendus tous deux du hameau de Pilfroid où ils demeurent pour observer dans le bourg de Verdelot le départ des cloches pour la sainte ville de Rome.

Demain et pour la première fois accompagnés de leurs aînés, ils iront par les rues et les chemins annoncer au moyen de tartelloire , de crécelles et de tic toc maillet les différentes messes qui ponctueront les festivités Pascal.

Cette histoire de cloches, nos deux naïfs ni croient guère, mais ce genre de chose est plutôt à vérifier soit même. Joseph a interrogé sa mère sur le sujet et elle lui a certifié que toutes les cloches du royaume partaient pour être bénites par le pape, méfiant il demanda confirmation à son père Nicolas .

Le berger lui répondit goguenard que sa mère en matière de cloches s’y connaît mieux que lui et qu’il n’avait qu’à vérifier lui même.

Mais le temps passe et les babillardes ne bougent pas, il leurs faut rentrer car la nuit sera courte

Bon pour ceux et celles qui croient que les cloches partent vraiment à Rome, je me dois de les détromper. On bloquait simplement les cloches pour les empêcher de sonner, pour marquer le deuil de Jésus. Imaginez un peu le nombre de cloches à bénir, le bon Grégoire XVI n’aurait pu y pourvoir.

Plus sérieusement les cloches se taisaient après le Gloria de la messe de la sainte Cène et se faisaient entendre de nouveau le dimanche de Pâques pour fêter la résurrection.

Bien pendant que j’y suis, un petit rappel pour les mécréants ou pour ceux dont le catéchisme est loin.

Samedi après vêpres fin du grand carême et célébration du réveil entre les morts de Lazare qui préfigure la résurrection universelle.

Dimanche des rameaux, entrée de Jésus dans Jérusalem, son royaume sur terre est proclamé.

Jeudi saint, Jésus réunit les apôtres et leurs présente l’Eucharistie.

Vendredi saint, Jésus est arrêté, condamné et crucifié.

Dimanche, résurrection et apparition du Christ.

Évidement je simplifie à dessin.

Joseph ne trouve pas le sommeil facilement, tout est prêt pour le lendemain, son père lui à confectionné un tic toc maillet qui ne fait pas le même bruit qu’une crécelle mais qui produit une mélopée tout aussi énervante et bruyante. L’ instrument se compose d’une petite planche , percée en son milieu et dans lequel vient s’adapter un manche d’une vingtaine de centimètres, à l’extrémité supérieure, saillant légèrement au dessus de la planche s’adapte à l’aide d’une charnière un maillet de bois très court. Lorsqu’on agite l’instrument le maillet vient frapper la planchette et produit le bruit escompté.

C’est que Joseph est maintenant enfant de chœur, au grand bonheur de sa mère et au désespoir de son père qui ne croit pas aux bondieuseries et qui regrette pour cet aspect des choses la période révolutionnaire.

Il faut bien dire que Nicolas Perrin n’est pas très recommandable, ces bergers de Pilfroid sont tous un peu sorciers, heureusement Marie Louise Cré sa femme a une religiosité à toutes épreuves.

C’est donc avec fierté que sa mère le voit revêtir la robe blanche et avec raillerie que son père le regarde agiter l’ostensoir .

Mais peu importe c’est avec les premières lueurs du jour qu’il se dirige sur le village pour rejoindre la troupe de sonneurs.

Ils sont une dizaine à avoir bravé la fraîcheur matinale, il ne faut maintenant plus traîner et sous la direction d’un grand il commence leur parcours.

Le bruit devient vite effroyable dans les rues du bourg, les crécelles émettent leur son strident et les tartelloires leurs répondent, les tic toc maillet semblant faire la balance.

En ce vendredi Saint le but des jeunes  » crécelleurs  » est donc d’aviser la population des différents offices qui auront lieu pendant le triduum Pascal

Le triduum Pascal commence par la messe vespérale du Jeudi Saint qui commémore la Cène.

Il n’y a pas de messe le Vendredi Saint mais on célèbre la passion, la mort sur la croix , puis la on termine par la communion ( avec les hosties consacrées le jeudi Saint ).

Le samedi verra la veillée Pascal du début de la nuit jusqu’à l’aube du dimanche de Pâques

Le dimanche de Pâques sera consacré jusqu’aux Vêpres à la commémoration de la résurrection du Christ.

En plus seront chantées les différentes prières , première, seconde, ténèbre.

On le voit nos petits paysans ne vont pas chômer avec toutes ces prières et offices à annoncer.

Joseph et ses compagnons vont donc sonner toute la journée parcourant l’ensemble du territoire de la commune qui est fort étendu, rien n’échappe aux carillonneurs de Pâques, hameaux, moulins, fermes isolées. A peine terminé qu’il faut bientôt recommencer pour un autre office. Les jambes sont lourdes les tympans un peu fêlés mais quelle fierté. Il semble même à Joseph que certaines petites paysannes le regardent d’une tendre façon.

L’exercice se termine à minuit par une prière devant la porte principale de l’église , à genoux nos enfants de chœurs entonnent le Vexilla Régis. Mais l’épreuve ultime sera de répéter cette prière devant la croix du cimetière. Joseph est terrifié mais la chaleur du groupe lui fait surmonter ses craintes, aucun revenant, pas d’âme d’enfant en errance ni de feux follets s’élevant entre des vieilles pierres. Le périple s’achèvera aux pieds d’une croix sur le chemin menant à Montdauphin.

Après cette journée bien remplie, il ne restait à nos musiciens que d’aller chercher leur récompense.

Joseph épuisé mais heureux de cette aventure passe maintenant avec ses camarades dans toutes les maisons ou ils chantent  » o crux avé  », les propriétaires régalent les enfants de piécettes ou bien d’œufs et de farine.

Malgré la nuit avancée ils sont toujours bien reçus. Le lendemain matin marchant toujours ils continuent leur collecte dans les hameaux plus lointains.

En fin de journée les paniers et les poches sont pleins, la répartition est effectuée par les plus grands, sans souci d’équité, mais peu importe, Joseph sait qu’un jour son tour viendra de faire la répartition lui même.

Quelle journée de liberté absolue ou il a déambulé toute la journée et toute la nuit sans contrôle parental en faisant un tapage digne des plus grands charivaris, Joseph s’en souviendra toute sa vie et sourira quand il accordera l’autorisation de faire de même à ses enfants.

La collecte se faisant une partie de nuit les habitants préparaient les dons et les laissaient en évidence pour les petits sonneurs. Personne ne dérogeait à la tradition, même les froids huguenots peu adeptes de ce genre de billevesées.

Il y a lieu de s’étonner aussi de la liberté accordée à des jeunes enfants de se promener en pleine nuit pour collecter des œufs et de l’argent, autres temps autres mœurs.

Il est maintenant impensable de concevoir ce genre de chose et je ne parle évidement pas de la visite nocturne au cimetière.

O crux avé spé unica,  » salut o croix unique espérance  » est la sixième strophe du Vexilla régis.

Les œufs et la farine étaient souvent vendus et l’argent partagé.

Dans certains villages la recette était donnée au curé.

La tradition semble revivre dans quelques communes de France.

Le rituel décrit était celui de Seine et Marne et peu varier en fonction des régions.

 

Je me suis servi du livre de Jules Grenier  » la brie d’autrefois  » comme base de renseignements.

la Tartelloire et le tic toc maillet étaient utilisés au même titre que les crécelles, mais je n’ai malheureusement aucune photo

 

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LA FESSÉE DE THÉROIGNE


Théroigne de Méricourt approche de l’entrée de l’assemblée. Une détermination farouche se lit sur son visage. Une bande de tricoteuses, ignobles mégères, à l’haleine empestée de mauvais vin et aux mains calleuses barrent l’entrée.

Théroigne bien déterminée à pénétrer dans le saint lieu tente de forcer le passage.

Les hideuses poissardes la traitant de Brissotine forment un impénétrable barrage.

La raison aurait du prévaloir et l’amazone de la révolution faire volte face.

Elle en appelle à la garde et la fureur des femmes du peuple se porte à son comble.

Une gaillarde à la forte corpulence saisit à bras le corps la pauvre Théroigne. Chacun pour cette fessée patriotique y mit du cœur à l’ouvrage, la robe de Théroigne fut remontée et bloquée sur les cuisses d’une mégère le cul impudiquement dévoilé.

Un attroupement se forme aussitôt, les gardes concupiscents poussent par leurs cris les tricoteuses à accomplir leur méfait. Des badauds s’avancent excités et des femmes richement parées aux combles de l’ignominie encouragent par de fortes acclamations les horribles poissonnières.

Les coups s’abattent avec violence sur les blanches fesses, chacune armée de futaie lui cingle le postérieur.

La foule excitée par la correction se densifie, Théroigne hurle, les femmes la fessent, des députés pétrifiés où excités par le spectacle n’osent ou ne veulent intervenir.

Le martyr continue, le cul rouge sang, le visage noyé de larme, l’humiliation au cœur, Théroigne subit encore et encore. L’une des brutes veut la mettre entièrement nue pour que le reste de son intimité soit dévoilée à la foule concupiscente. Mais arrive maintenant l’idole des parisiennes, lui seul peut faire cesser cet honteux spectacle.

Marat par une intervention autoritaire fait arrêter la fessée.

Les folles à sa dévotion lâchent Théroigne. Le silence se fait, l’amazone de la révolution baisse sa robe et s’enfuit morte de honte.

Marat à peine rentré dans la chambre sacrée ,que la nouvelle croustillante se repend dans le tout Paris.

La belle et la fière Théroigne de Méricourt a reçu une fessée cul nu devant une attentive assemblée par les représentantes du peuple vengeur.

Théroigne 1788

Cette volée de futaies précipita la chute de cette première féministe et l’entraîna dans les abîmes de la folie.

Mais qui était réellement cette femme ?

Née à Marcourt dans l’actuelle Belgique en 1762 dans une famille de laboureurs son véritable nom est Anne Josephe Terwagne.

Son enfance est celle d’une fille de paysans jusqu’au décès de sa mère lorsqu’elle a 5 ans, placée dans différentes familles puis dans un couvent, elle reviendra chez son père à l’age de 12 ans. Cela ne se passa pas au mieux avec sa nouvelle belle mère et elle se sauva pour devenir vachère puis servante. On imagine la proie qu’elle devait être. A l’age de 17 ans la vie lui sourit en la personne de madame Colbert qui la prend comme demoiselle de compagnie et l’éduque. Elle apprend à lire et à écrire, à jouer de la musique et enfin à chanter.

Elle s’émancipe bientôt et commence sa vie de femme. A Paris puis à Londres, elle tente une carrière de chanteuse. Séduite par un officier elle devient mère, sa carrière ne décolle pas et elle se retrouve en Italie ou elle vit à la façon d’une demie mondaine. De ses aventures multiples elle contracte la syphilis. Cette femme libre de son corps, sans attache ( sa fille est morte en 1788 ) est attirée par le chant des sirènes révolutionnaires.

Elle rejoint Versailles et se fait remarquée par sa présence assidue dans les tribunes dans la nouvelle assemblée nationale. Vêtue en amazone, entièrement de rouge , de blanc ou de noir on la surnomme déjà la bacchante révolutionnaire.

Elle se fait maintenant appelée Théroigne. Elle détonne  auprès de la gente féminine qui n’est guère préparée à une émancipation quelconque.

Cette femme qui s’habille en homme et parle de politique se prête à la moquerie ou à la haine. Les femmes de cette fin du 18ème siècle ne sont pas mures pour porter culottes et parler d’affaires.

Elle ne fait pas partie du cortège qui ramène la famille royale sur Paris. Elle rejoint alors la capitale et ouvre un salon rue du Bouloy.

Les révolutionnaires influents se pressent dans le sillage de celle qu’ils nomment la belle liégeoise. Siéyes l’inventeur du tiers état, Petion, Brissot, Fabre d’Eglantine, Romme fréquentent assidûment l’endroit.

La belle est la cible des contress révolutionnaires qui la couvrent d’ordures et d’ignominies dans leurs brochures. Ils lui font une réputation sulfureuse et elle devient la catin du peuple.

Pensez donc une femme qui porte culotte, assume sa sexualité, demande l’égalité homme femme est une personne un peu en avance sur son temps et forcément incomprise ( y compris par les femmes ).

N’ayant plus la cote et les finances au plus bas, elle rentre en Belgique fin 1790, mais manque de chance elle est arrêtée par les autrichiens. Soumise à interrogatoire et emprisonnée elle n’est libérée que 9 mois plus tard sur intervention de l’empereur d’Autriche.

La santé altérée par l’emprisonnement et la syphilis elle revient à Paris en fin d’année 1791.

Sa popularité est de nouveau au plus haut, elle fait son entrée au club des jacobins au coté de son ami Brissot chef de file des Girondins.

Elle est pour l’entrée en guerre et tente de créer une phalange d’amazones, elle milite pour l’égalité homme femme.

En août 1792 elle participe activement à la prise des tuileries, mais encore une fois la presse se déchaîne et elle est même accusée du meurtre d’un pamphlétaire royaliste.

Elle est rappelons le une amie de Brissot et est à ce titre considérée comme une girondine.

Brissot est  l’ un des chefs de file de cette mouvance politique et lutte avec opiniâtreté contre la faction des montagnards aux mains de  Marat, Robespierre et Danton ( pour simplifier ). La Gironde et la Montagne sont des factions Républicaines qui s’opposeront de  septembre 1792 à  juin  1793. La lutte sera fatale à la Gironde et une grande partie des députés périront sous  la pression de la terreur montagnarde.

Puis arrive en mai 1793 cette déconvenue qui lui sera fatale et qui l’entraînera avec sa neuro syphilis vers une aliénation mentale et un internement qui durera de 1794 à 1817 l’année de sa mort

Avec Olympe de Gouges, elle représente l’avant garde du féminisme. Olympes sera guillotinée et Théroigne deviendra folle, qu’elle triste fin pour 2″ grandes dames ».

Notons que Théroigne inspirera de nombreux auteurs dont le grand Baudelaire, elle inspirera également Eugène Delacroix dans son tableau la liberté guidant le peuple.

Décriée par les hommes pour ses positions avant-gardiste elle n’en fut pas moins outragée par des femmes. Mais gageons que les tricoteuses dispensatrices des fessées révolutionnaires péchaient par un manque d’éducation notoire qui les empêchaient de percevoir le travail d’opinion qu’effectuaient ces femmes d’un autre temps.

Théroigne en  1816

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