OU ÉTAIENT ENTERRÉS NOS ANCÊTRES ? ÉTUDE SUR UN PETIT VILLAGE DE LA MANCHE AU 18EME SIÈCLE

 

 

Alors que je relisais l’ excellent livre de Philippe Ariès  » l’homme devant la mort  » mes recherches généalogiques m’avaient porté dans une petite localité du département de la Manche nommée Teurthéville le Bocage. Le chapitre qui s’ouvrait à mes yeux traitait des inhumations et il me vint l’idée de vérifier les dires de l’auteur en étudiant le village de Teurtheville.

La question posée était simple, où étaient enterrés les habitants du village au début du 18ème siècle ?

Si à notre époque le dilemme se pose entre l’inhumation et la crémation, au 18ème siècle, le choix se portait entre un enterrement dans l’église,où sous les bâtiments appelés » charnier, » qui jouxtaient encore les murs du Saint endroit où bien évidement au cimetière.

Choix cornélien, non pas !!!! L’enterrement dans l’église était réservé à ceux qui pouvaient se le payer et les prix croissaient en fonction de la distance qui les rapprochait du chœur de l’église .

Plus on s’éloignait de ce saint endroit plus les prix diminuaient, les charniers qui étaient en quelques sortes des endroits intermédiaires entre l’église et le cimetière avaient également une cote assez élevée.

Les plus pauvres qui finalement n’avaient guère le choix finissaient dans la fosse commune, car les tombes individuelles n’étaient encore que très peu répandues.

Le plus égalitaire des endroits était encore l’ossuaire, car le sous sol de l’église était régulièrement vidé des restes solides des chers défunts afin de libérer de la place pour les nouveaux arrivants. Comme on vidait régulièrement la fosse commune pour faire place nette, les os des pauvres comme ceux des riches se trouvaient mêlés.

Voila pour les sanctuaires, mais que l’on ne s’imagine pas les lieux comme ils le sont maintenant, tristes, silencieux, chargés d’une tension émotionnelle et où chacun se recueille.

Non les lieux bien que remplis de morts étaient bien vivants, le cimetière était lieu de commerces, de rassemblements, de discussions, voir de fêtes. La fosse commune ouverte à tout va, ne semblait gêner personne.

La mort n’était point honteuse et tout le monde vivait avec.

La situation dans l’église était la même et en plus des services religieux elle avait les mêmes fonctions de rassemblement que le cimetière. Endroit privilégié aux sépultures, le sous sol des églises n’était que lieu de repos et le dallage que pierre tombale.

Dans ce chaos de dalles soulevées les émanations méphitiques empêchaient souvent les desservants de poursuivre leur messe et aux villageois groupés sur leur banc de les suivre .

ÉTUDE SUR LA PAROISSE DE TEURTHEVILLE LE BOCAGE

PROVINCE DE NORMANDIE

ANNÉE 1701 1705

Pour cette paroisse on distingue un certain nombre d’endroits bien spécifiques.

En premier lieu le cimetière.

En second l’église ou plusieurs lieux ont la faveur des paroissiens.

  • La nef

  • l’allée du haut de la nef

  • l’allée du bas de la nef

  • le chœur

  • la chapelle Saint Jacques

  • la chapelle de la sainte Vierge

  • le portail.

Précisons que le Chœur est réservé à l’élite de la noblesse locale et que l’inhumation dans la chapelle de la sainte Vierge est soumise à l’autorisation des patrons de la paroisse.

Année 1701

28 décès

14 au cimetière

5 dans la nef

3 dans la chapelle saint Jacques

5 allée du bas

1 allée du haut

50% d’inhumation dans l’église

Année 1702

18 décès

9 au cimetière

4 dans la nef

1 allée du bas

1 chapelle saint Jacques

1 chapelle de la vierge

1 dans le chœur

1 église sans précision

50% d’inhumation dans l’église

Année 1703

25 décès

13 au cimetière

3 dans la nef

1 Allée chapelle saint Jean

5 allée du haut

2 allée du bas

1 chœur

48% d’inhumation dans l’église.

Année 1704

25 décès

15 au cimetière

3 dans la nef

2 chapelle saint Jacques

1 chapelle de la Vierge

1 allée du bas

3 allée du haut

40% dans l’église

Année 1705

47 décès

30 au cimetière

10 dans la nef

4 allée du bas

1 allée du haut

1 chapelle Saint Jacques

1 sous le portail

36% dans l’église

Comme on peut le voir dans cette énumération l’habitude d’enterrer ses morts à l’église est bien ancrer dans ce village et l’on peut en conclure que seuls les plus pauvres avaient le droit à la fosse commune du cimetière.

Les habitudes perdureront comme l’indique les chiffres suivants mais diminueront de décennie en décennie

Année 1720

52% dans l’église

Année 1730

29% dans l’église

Année 1740

28% dans l’église

Année 1750

5% dans l’église

Année 1760

15% dans l’église

Année 1770

20% dans l’église

Comme on peut le voir une nette diminution au milieu du siècle puis une remontée juste avant les ordonnances royales interdisant les enterrements dans les églises.

Les dernières inhumations dans l’église de Teurtheville auront lieu en 1777 et seront au nombre de 3.

Le Seigneur du lieu sera enterré dans le chœur , une personne remarquable nommée Suzanne Peronelle sous le portail et un personnage dont l’action nous est inconnue  dans la nef.

Comme on peut s’imaginer le sol de cette église devait ressembler à un immense chantier où les odeurs nauséabondes devaient troubler les offices.

Certaines inhumations se faisaient dans des caveaux construits sous des chapelles particulières, mais la majorité n’avait le droit qu’à un espace clos de pierres plates, soit directement sur le sol recouvert par une stèle qui faisait office de dallage dans le saint Edifice.

Les emplacements ne portaient pratiquement jamais de nom et seule la mémoire familiale permettait de s’y retrouver. Les fossoyeurs sur les indications approximatives des parents tentaient des regroupements familiaux. Au vrai ils ne s’embarrassaient guère de scrupules, soulevaient la dalle avec un crochet, déterraient les ossements qui les gênaient, et les empilaient à l’ossuaire pour placer la nouvelle dépouille vêtue de son seul suaire.

On imagine à peine avec nos sensibilités modernes les dizaines de corps en décomposition à peine enfouis sous ces dallages séculaires, émanations, explosions de gaz, bruits, en bref un vrai film d’épouvante. Cela ne troublait guère tant l’enterrement ad sancto avait les faveurs.

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LE RÔLE D’ÉQUIPAGE DE LA  »BRETONNE  » OU LES NOUVEAUX CONVERTIS DE LA ROCHELLE

Le havre de La Rochelle

 

A l’abri dans le havre, les marin de la  » Bretonne  » s’affairaient au départ. Le travail était rude car le chargement de la cargaison était important, principalement de l’eau de vie de xaintonge mais aussi du sel . Ce dernier acheté au havre de Brouage avait été déchargé depuis la anse de chef de baie par des petites barques qui pénétraient plus aisément dans le vieux port de La Rochelle . La tendance naturelle à l’envasement avait été accentuée par la construction de la digue Richelieu et sa destruction imparfaite.

La  » Bretonne  » navire de taille moyenne attendrait une bonne marée pour s’extraire du chenal.

Si les matelot trimaient et suaient sang et eau le capitaine Abel Ruelle gueulait à pleins poumons pour faire accélérer ses hommes.

Malgré ses 28 ans, le jeune capitaine était fort expérimenté et très respecté dans le monde fermé des marins. Ayant commencé comme pilote dans les eaux pernicieuses des pertuis, il avait acquis un savoir qui lui permettait maintenant d’obtenir des commandements pour des voyages à travers l’Atlantique.

Abel vivait dans la paroisse Saint Sauveur avec sa femme Magdeleine Deloze, ce quartier tourné vers la mer abritait de nombreux marins .

Le capitaine attendait son second pour pouvoir aller rejoindre son épouse avant le grand départ. On ne pouvait laisser les matelots sans surveillance.

Justement Samuel Miot, 32 ans pilote et second du navire sortait de chez lui. Il n’avait guère de chemin à faire car le quartier Saint Jean du Perrot n’était qu’à une encablure du quai.

Ils se passèrent les consignes, Abel avait confiance en cet homme qui outre son professionnalisme sans faille était aussi son beau frère.

Capable aussi de diriger les manœuvres, Nicolas Texier contremaître, un vieux loup de mer de 56 ans originaire de La Tremblade, les cheveux noirs, le teint halé, le visage raviné par de nombreuses rides, il ressemblait à un pirate Maure . Chacun se méfiait dans les tavernes de sa poigne vigoureuse.

Devisant avec Jean Chevalier ils arrivaient de concert pour s’embarquer.

Jean était tonnelier, profession éminemment stratégique à bord où tout ce qui était périssable se transportait dans des tonneaux, il avait lui aussi de nombreuses années de navigation et ses 55 ans ne lui pesaient encore pas trop.

Lui aussi était de la paroisse Saint Jean du Perrot sa femme Anne Christoleau s’occupait de leur nombreuse progéniture . Très proche de la famille Ruelle, le frère du capitaine avait même été le parrain de sa fille Anne .

Samuel Bineau nouveau converti de la paroisse de Ruffec âgé de 20 ans et André Chevalier également fraîchement converti de La Tremblade et âgé de 37 ans chargeaient des barriques sur le navire.

Jean Depat matelot de 22 ans également nouveau converti était de la paroisse d’Esnandes de taille moyenne, il était en train de vérifier une voile.

Outre le fait qu’ils étaient tous les six habitués à naviguer ensemble, un point commun les rassemblait, ils avaient les mêmes convictions religieuses.

Leurs croyances étaient jusqu’à très peu de temps celle des protestants, mais sous la pression du roi soleil et de ses sbires ils avaient abjuré et étaient devenus des nouveaux convertis.

Bien évidement leur foi était toujours la même mais ne pouvant fuir comme beaucoup ils avaient longtemps fait face et résisté aux persécutions multiples et variées.

Mais quand l’édit de Fontainebleau de 1685 avait annulé le fameux édit de Nantes il fut très difficile même en se cachant de résister à l’oppression.

Abel et les siens résistèrent courageusement mais vint le temps des dragonnades et tous abjurèrent pour que l’odieuse occupation de la soldatesque cesse enfin.

Les nouveaux catholiques se coulèrent dans le moule de la religion catholique apostolique et romaine poussant même le manichéisme à venir écouter les prêches du grand Fénelon. Ceci fait ils s’abstenaient de l’eucharistie et de toutes communions .

A bord entre soi il était en théorie plus facile de lire les psaumes mais le problème était de composer un équipage entièrement dévoué au calvinisme.

Malheureusement en ce mois de février 1687 ce n’était pas le cas car les autres membres de l’équipage étaient tous de foutus papistes.

Nicolas Téronneau le charpentier était un catholique ancien de La Rochelle, âgé de 23 ans, brun et petit il était bon dans son travail mais dans le quartier Nicolas sa réputation de curaillon le précédait il fallait donc s’en méfier.

François Cossaud de la paroisse de Saint Nicolas était un ancien catholique de La Rochelle, 35 ans surnommé le rouquin, il était peu connu par Abel, il faudrait par conséquent faire attention.

Jean Rossé, 22 ans petit le poil noir venait de Saint George d’ Oléron et se disait catholique de tout temps pour bien se démarquer des fraîchement convertis .

Le petit mousse de 16 ans nommé Pierre Gautre de la paroisse Saint Jean du Perrot et voisin de Samuel Miot était également un papiste de tous temps.

Il faut dire qu’à La Rochelle protestants et catholiques se côtoyaient journellement.

Le dernier membre d’équipage inconnu de tous et dont les convictions religieuses n’étaient point connues du capitaine était aussi d’Oléron mais de la paroisse de Saint Denis.

Le bateau avec ses membres d’équipages aux opinions bien divers fut bientôt près et appareilla pour Plaisance ( Terre Neuve ) . Les cales pleines de sel et d’eaux de vie, il reviendrai chargé des morues pêchées sur les bancs de terre neuve par une importante flottille de pêche.

 

Port de La Rochelle,  18ème siècle tableau Horace Vernet

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BABI YAR OU LE RAVIN DES BONNES FEMMES

Dans l’herbe

folle au ravin des bonnes femmes

Les arbres dirait-on profèrent des menaces

tels des juges.

De silence sont faits tous les cris de ce lieu

Je me découvre

et sens grisonner mes cheveux.

Je deviens à présent

cette plainte muette

qu’exhalent par milliers les morts inhumés là.

Je suis

chaque vieillard fusillé

sur ce tertre.

Je suis chaque bambin fusillé

sur ce tertre.

Longtemps j’aurai mémoire,

oh ! Longtemps de cela.

Eugène Evtouchenko

Magnifiquement triste que ce texte, mais qu’évoque t’ il ?

22 juin 1941 des millions d’hommes s’élancent, le loup hitlérien se jette sur l’ogre Russe.

Comparses en dépeçage les deux tyrans vont s’entre-tuer par l’intermédiaire de leur peuple. Jamais confrontation plus massive n’a eu lieu, le choc est terrible. Guerre sale, mais y’ en a t’ il eut des propres, tous se tuent avec application, les rouges plient et reculent.

Rapidement l’Ukraine est libérée du monstre bolchevique, pour être assujettie à la peste brune.

Hitler et ses sbires décrètent annihilation de l’ennemi  » Judéo Bolchévique  ». Il faut en finir, des groupes d’interventions  » Einsatzgruppen  » sont formés pour exterminer les juifs de l’union soviétique ainsi que les commissaires et partisans communistes .

Comme en Allemagne, comme en Pologne il faut en terminer avec cette « vermine »

L’avance est si rapide que la fuite est vaine, Kiev, capitale du pays tombe le 19 septembre 1941. Plus de 600 000 soldats russes sont faits prisonniers, futures victimes des Allemands et pour les survivants de leur propre camps ( mais cela est une autre histoire ).

Les russes en fuyant sabotent la ville et offrent la population en victime expiatoire à la fureur des nazis qui perdent des milliers d’hommes ensevelis sous les pièges du NKVD.

Les juifs qui de toute façon devaient périr, furent tenus responsables des attentats. Le 25 septembre la décision de détruire l’ensemble des juifs de Kiev et des environs est prise.

La grande action peut commencer et Paul Blobel chef du commando spécial 4 A passé maître en la matière peut avec l’aide de la Wehrmacht organiser son joli holocauste.

Ordre est donné pour que le 29 septembre jour du Yom Kippour la population Juive se réunisse en un point déterminé.

Le jour dit, une foule compacte se presse, chacun a appporté son argent, ses bijoux, ses vêtements d’hiver entassés dans des valises disparates. Inquiet, paniqué, ce troupeau pense transhumance et éloignement des zones de combats. Oui pourquoi pas, mais pourquoi seulement les juifs se demande t’ on .

Près de Kiev un ravin, 150 mètres de long , 30 de large, 15 de profondeur, on y conduit la foule, ignorante de sa destination.

Le nombre des moutons que l’on mène à l’abattoir est si grand qu’il annihile toute velléité de résistance, personne ne sait où il va et personne ne soupçonne l’ ignominie des événements qui va suivre.

Les maîtres d’œuvres sont les membres du sonderkommando de Blodel, aidés de SS, de membres de la Waffen SS et aussi de partisans Ukrainiens.

Tout est en place, nous avons notre lieu nommé le  » ravin de la bonne femme  »ou  » Babi Yar  » en Russe, nos soldats assassins, nos efficaces organisateurs, nos lâches collaborateurs locaux et plus de 30 000 juifs.

Au fil des arrivées, on demande à chacun de déposer ses bagages, les ordres fusent, les coups tombent, les chiens gueulent.

On s’exécute, mais pourquoi laisser ses bagages quand on a eu tant de mal à les trimbaler sous cette horrible chaleur.

Les SS deviennent hargneux et ordonnent aux futurs martyrs de se mettre nus. On résiste un peu, mais les matraques, les chiens qui mordent et les premiers coups de feux qui partent, ont raison de la pudeur.

Les enfants hurlent et pleurent, les femmes se lamentent en cachant pudiquement leur intimité. Les hommes têtes basses se résignent, des vieilles fripées aux  seins lourds courent apeurées en tous sens, des vieillards aux  jambes frêles le dos courbé  par les ans s’affaissent et s’effondrent sous les coups .

Les soudards s’amusent des nudités des femmes et les forcent à lever les bras pour bien voir leurs anatomies. Celles qui refusent sont battues, les matraques , les poings, les crosses s’abattent et fracassent les corps.

Des hommes se rebellent, et sont domptés d’une courte rafale, on les pousse dans le trou béant.

Mais le labeur n’attend pas, le troupeau s’entasse et l’on murmure.

Les Allemands font descendre les malheureux dans le ravin et les font allonger face contre terre.

Les mitrailleuses et les pistolets entrent en action.

La besogne et immense mais nos bourreaux sont efficaces le premier jour 22 000 juifs périssent.

Un bon repas, de l’alcool et quelques femmes forcées viennent redonner des forces à nos fiers soldats exténués. Au bout du 2ème jour les 33 000 juifs de Kiev sont exterminés.

Paul Blodel fier de sa besogne pourra s’enivrer à loisirs, l’ignominieux objectif est atteint

La tuerie sur le site se poursuivra pendant plusieurs mois et l’on estime à 100 000 le nombre des victimes.

Cette Shoah des balles n’eut pas que des juifs comme victimes mais également de nombreux Tziganes, Polonais et Ukrainiens.

La tombe de ces malheureux fut profanée en 1943 par les sbires du sale Blodel qui en un immense charnier tenta de faire disparaître les corps.

Staline lorsque ses troupes reprirent le pays fit peser une chape de plomb sur les événements de Bari Yar noyant les victimes de l’holocauste dans l’ensemble des pertes humaines soviétiques.

On en parla plus jusqu’aux beaux jours de la Perestroïka ou enfin quelques stèles vinrent honorer la mémoire de tant de victimes.

Hitler, Himmler, Borman ( peut être ), Goering se suicidèrent et Boldel fut condamné à mort et pendu en 1951.

Les simples exécutants qui ont survécu à la vengeance soviétique et aux tribunaux ont- ils eut des difficultés à dormir et à se regarder dignement dans une glace ou se réfugièrent ils derrière l’exécution d’un ordre donné ?

Ayons enfin une dernière pensée pour les victimes innocentes de la folie humaine.

Ps : Lire bien évidement sur le sujet les  » Bienveillantes  » de Jonathan Littell.

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LE MORT DE LA TOMBE 36

Vandières et Chatillon sur Marne

 

Daniel était pour le moins un drôle de zigoto, né à Coulommiers petite ville de Seine et Marne en 1882 il était le 8ème enfant vivant d’un couple d’ouvriers agricoles.

Petit dernier de la fratrie, le travail agricole ne l’intéressait guère et une première petite condamnation pour outrage vint démarrer sa petite chronique judiciaire.

Il n’avait que 18 ans et l’affaire jugée au tribunal de Coulommiers ne lui valut qu’une amende de 25 francs.

Il n’empêche qu’il préféra s’engager au 18ème régiment de chasseurs à cheval, il y passa 4 ans devint 2ème classe et n’eut pas droit au certificat de bonne conduite.

Il n’avait pas eu le temps de finir son service qu’une demoiselle de Chailly en Brie se trouva grosse de ses œuvres. Il épousa Lucie Eugénie en 1906 .

L’armée ne l’avait guère assagi car une 2ème condamnation en 1907 lui coûta 50 frs, il ne s’agissait que de coups et blessures et bris de clôture mais enfin ce rejeton de la famille Tramaux ne pouvait rester tranquille.

La famille installée à Beautheil s’agrandit et 4 enfants se partageaient l’affection des  leurs parents.

La tranquillité du couple se trouva bientôt troublée car en 1913 Daniel Trameau fut condamné à 3 mois de prison pour abus de confiance.

Vraiment cet arrière grand oncle n’était pas fréquentable.

Voila pour la présentation sommaire de notre futur héros qui était l’oncle du fameux Fernand notre zouave de la chronique.

Nous sommes en juillet 1918 les Allemand libérés du front Russe vont tenter de percer les lignes françaises une dernière fois

Lorsqu’il prit position le 3 juillet 1918 dans le secteur de Vandières le long de la Marne, Daniel savait que sa division, la 8ème du 4ème corps d’armée avait vocation au sacrifice. Les boches ne devaient pas passer la Marne. Affecté au 3ème bataillon du 115ème régiment sous les ordres du commandant Herique, enterré en lisière du bois Rarey il servait de couverture à l’assemble de la position.

Daniel pas plus que dans le civil n’était un bon élément dans l’armée, certes brave et courageux faisant son devoir, il n’était pourtant pas de ceux qui en rajoutaient tel son neveux Fernand un zouave fanatisé couvert de blessure.

D’ailleurs il avait pas mal bourlingué et changé souvent de régiment. D’un groupe spécial à la mobilisation ,il était passé au 169ème régiment d’infanterie, puis au 4ème , puis au 140 régiment territorial, puis enfin au 115ème.

La hiérarchie se méfiait de lui car nommé caporal le 1 septembre 1915 il avait réussit à se faire casser de son grade à peine 4 mois plus tard.

Jusqu’à présent il avait eut une chance insolente, pas une égratignure, pas une seule maladie, à peine quelques poux . Les bombes et les balles ainsi que les gazs l’avaient épargné. La campagne de la Marne, Verdun et le Cornillet n’eurent point raison de notre Seine et Marnais.

L’ éminence d’une attaque se faisait sentir depuis plusieurs jours et chacun anxieux en redoutait la venue.

Le 15 juillet 1918 à 0 h 10 un violent tir se déclencha, toute l’artillerie Allemande semblait s’être donnée rendez vous au même endroit. Les torpilles de gros calibre, les obus à araine ainsi que les obus à gaz s’abattaient comme une nuée de sauterelles sur les malheureuses tranchées françaises. Casqué de son Adrian et ayant positionné son masque à gaz, Daniel comme les autres faisait le gros dos en chiant dans son froc. La terre tremblait et se soulevait, enterrait et déterrait des morceaux de cadavres, la fumée épaisse empêchait les soldats de se voir, le bruit assourdissant abrutissait les poilus qui résignés attendaient la fin du matraquage. Des imprudents ou des malchanceux sans leur masque à gaz hurlaient de douleur, les poumons brûlés par l’ypérite. Les morts se comptaient par centaines.

L’artillerie Française contre balança celle des teutons et le duel se prolongea pendant de longues heures. Daniel ivre de bruit, de peur et de fatigue sentait encore que cette fois- ci il passerait à coté de la sanction finale.

Mal lui en prit de penser cela, la faucheuse l’a t’ elle entendu, qu’un énième obus tomba à proximité. Une violente douleur, de la terre dans la bouche, du sang chaud s’écoulant d’un plaie béante, Daniel Trameau n’était plus. Ses restes mortels furent dégagés quelques jours après que la dernière offensive Allemande de la guerre fut repoussée.

Il repose maintenant en paix au cimetière de Dormans dans la tombe numéro 36.

Dors tranquille oncle inconnu,

Mort pour la France, héros méconnu.

Pour que ton sacrifice soit reconnu

Je te ressuscite un instant pour que ta vie soit lue

PS : 1200 hommes du 115ème régiment périrent lors des combats de Vandières, bois de Rarrey et Chatillon sur Marne

 

Mémorial de Dormans  ( Marne )

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DANS L’INTIMITÉ DE LA MORT ( SUITE )

 

Église Montsauche les  Settons

Françoise est pétrifiée, sa sœur la refoule au fond de la pièce, elle prend soudain conscience que son père est mort. L’événement est si soudain, si brutal, ce fier et dur personnage balayé en quelques jours, les pleurs l’envahissent.

Mais maintenant tous s’affairent et personne ne porte attention au chagrin de la petite fille.

Dans le voisinage la nouvelle se répand et Andoche  l’oncle est envoyé quérir le curé.

Marie trop jeune pour connaître les rituels funéraire en usage fait appelle à la matrone du village qui de sage femme se transforme souvent en ordonnanceur funéraire.

Les femmes du voisinage et la parentèle ont investi les lieux. Le corps de Jacques est d’abord allongé correctement les mains jointes sur le ventre.

Marie sort des draps du grand coffre et en tapisse l’endroit. Elle met de coté une grande pièce en lin que Jacques de son vivant avait choisi comme linceul.

Il convient à présent de préparer le corps avant le défilé des proches. La matrone décide de procéder à la toilette de Jacques avec l’aide de Marie. Il faut bien apprendre ce genre de rituel, la vie est très peu de chose. Afin de préserver au défunt un minimum de dignité on demande aux visiteurs de sortir de la chaumière.

Françoise est mise à contribution, va chercher de l’eau et la met en chauffe dans l’âtre de la cheminée.

Il ne faut pas traîner car bientôt 3 heures que le Jacques est passé et sa nuque commence à se faire raide.

Les deux femmes enlèvent la chemise maculée, le corps nu de Jacques se dévoile aux yeux de ses deux filles et de la rude matrone qui tout à son labeur n’a pas fait sortir la petite Françoise.

Dans la chambre un silence juste troublé par le crépitement d’une bûche de chêne qui se consume rajoute à l’impudicité du tableau. Marie parcourt des yeux le corps de son père, ne voit pas en lui un mort mais un homme et c’est avec timidité et sur l’insistance de la vieille qu’avec un morceau de lin qu’elle a plongé dans la cuvette d’eau tiède que lui tient Françoise qu ‘elle nettoie son père.

Françoise hypnotisée ne peut détourner les yeux et de grosses larmes coulent sur sa joue.

Nettoyé, purifié par l’eau, les yeux clos et vêtu de sa chemise la plus neuve, Jacques est de nouveau visible.

L’eau impure du lavage est jetée à l’extérieur, ainsi que toutes les eaux se trouvant dans la maison. L’âme de Jacques en montant au ciel ne doit pas se mirer dans ces miroirs aqueux .

Un cierge Pascal est allumé près du défunt, une petite coupelle d’eau bénite au Rameau et que chaque ménagère possède en réserve est placée au pied du lit avec à ses coté une branche de buis.

Jacques sur son lit, impavide, semble dormir , un léger rictus ressemble même à un sourire.

Tous, famille, amis, voisins, connaissances, défilent devant le lit mortuaire, se saisissent du goupillon de buis le trempent dans l’eau bénite et font le signe de croix.

Cette aspersion rappelle le baptême, comme le cierge allumé évoque la flamme de la vie.

La veillée commence, l’enterrement aura lieu demain.

Marie n’est pas seule, les voisines l’assistent et fournissent le repas. Autour de la grande table, Françoise ingurgite avec peine sa soupe, Andoche discute près de la cheminée et fait part à sa femme Benigne du coût financier de l’inhumation et  des dispositions qu’il va vont devoir prendre pour accueillir les 3 fillettes orphelines . Au début les chuchotements étaient de rigueur mais à force verres , le ton monte un peu et une ancienne doit amener les veilleurs à plus de discrétion.

Françoise tombe de sommeil et on lui intime l’ordre de rejoindre son lit, comment dormir avec le corps mort de son père étendu à quelques mètres. Pourtant elle s’endort agitée de mauvais rêves.

Au matin les vaches mugissent, les voisins solidaires se chargent de  la traite . Pieds nus en chemise la petite s’approche silencieusement de son père. Son visage a changé, le sourire a disparu, les traits semblent tendus par la douleur, le teint est glabre. Françoise hurle et sort de la maison à moitié nue. Le froid de la neige sur ses petits pieds la calme aussitôt et honteuse va rejoindre son aînée  pour se blottir dans son jupon

Le moment de se séparer du corps va bientôt arriver, une habile couturière du hameau est appelée à la rescousse et Jacques est cousu dans son linceul de lin blanc.

.

Un charpentier du village apporte enfin le cercueil, fait de bois léger, on y dépose feu Jacques Loriot. Andoche glisse auprès de son frère une petite piécette afin que vieille tradition païenne il puisse traverser le styx en payant sa traversée à Charon le passeur .

Le cercueil est placé sur une charrette et le convoi se forme, au loin les cloches sonnent le glas.

Le son court de vallée en vallée, c’est un homme, les cloches retentissent 9 fois.

Le curé avec ses enfants de cœur se placent devant et chantent le miséréré.

Le chant ne dure qu’un temps, 1 h 30 de marche, il fait froid, le vent souffle toujours, et la neige ralentit l’allure. Décidément le bon curé préfère les morts estivales.

Pendant la longue procession les langues vont bon train, le froid, les bêtes , les récoltes, not bon roi, le Louis qui a engrossé la Marie, tout y passe et Jacques Loriot raide dans son linceul n’est déjà plus l’objet de toutes les attentions.

Enfin l’église, on se réchauffe un peu, le curé entonne le requiem puis l’absoute. Jacques est ensuite conduit vers sa dernière demeure.

Depuis quelques années les enterrements dans l’église n’ont plus lieu et le cimetière est la seule destination. Le laboureur Loriot a émis le souhait d’être enseveli près de la croix centrale du cimetière à proximité de sa femme Emilande et de  ses 3 enfants décédés . Le curé moyennant finance y a consenti. Le fossoyeur eut un peu de mal à retrouver l’emplacement exact car aucune marque n’en indiquait l’endroit. Approximativement il creusa mais trouvant place prise et dut évacuer quelques vieux os. L’affaire se compliquant  car le sol gelé ne se laissa  pas  faire. Le trou n’était guère profond.

Andoche  en chef de famille régla le charpentier, le fossoyeur et paya à son défunt frère quelques messes. Jacques et Émilande se retrouvent après 3 années de séparation au paradis des Morvandiaux, leur âme à défaut de leur corps réunis pour l’éternité.

Un conseil de famille régla le sort  des enfants et Françoise fonda quelques années plus tard une famille dont votre narrateur est issu en ligne directe.

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DANS L’INTIMITÉ DE LA MORT

 

Groupées autour de l’âtre, Françoise,  sa sœur Marie l’ainée de la famille et Madeleine la petite épluchent des châtaignes en attendant le retour du père à la  maison. Au dehors une bise glaciale agite la cime décharnée des arbres, la neige qui est tombée abondamment les jours précédents volette et créait une atmosphère ouateuse de fin du monde.

Les bêtes sont rentrées à l’étable et apportent à la maison une douce chaleur animale. La demeure des Loriot sise au hameau de Bonin près de Montsauche est une chaumière Morvandelle. La demeure ne respire pas l’aisance, un toit de paille, lucarné par une petite ouverture qui donne sur un grenier à foin et accessible seulement de l’extérieur par une simple échelle, une pièce principale avec une noire cheminée, une table et deux bancs, un grand lit pour Père et un autre plus petit pour  Madeleine et moi. Marie la grande  sœur âgée seulement de 14 ans dort dans un appentis sans chauffage qui jouxte l ‘étable. Le sol de terre battue laisse en ce froid de janvier passer l’humidité. Un triste jour passe avec peine à travers les carreaux de papier huilé. Jacques le père est un petit laboureur laborieux qui possède quelques arpents et un attelage à deux bœufs. Bien évidement dans cette contrée la petitesse des exploitations ne fait pas d’un laboureur un coq de village, il surnage simplement au dessus des ménagers qui eux ne possèdent que leurs bras.

Françoise sursaute quand elle entend claquer les sabots de son père sur les marches de pierre du petit escalier qui dessert la maison. Le maitre des lieux  pénètre  dans la maison et salue tout le monde à la cantonade. Une monstrueuse quinte de toux secoue alors Jacques, cela fait plusieurs jours que ce dernier tousse et rien ne semble vouloir ralentir sa toux persistante. Le père crache alors au sol un glaire sanguinolent qu’il écrase de la pointe de son sabot. Chacun se met à table mais le souper est morne et triste , le père est épuisé et contrairement à son habitude ne touche qu’à peine à sa pitance . Ce soir là personne ne traîne et chacun retrouve sa couche. Dans le noir tous enlèvent les habits de jour . Françoise en chemise se blottit contre sa petite  sœur , elle aime le contact de sa puinée  qui parfois la repousse quand ses pieds sont trop froids mais qui, elle le sait l’attirera de nouveau vers elle en râlant. Françoise inquiète, questionne sa sœur qui pour être plus jeune faisait souvent preuve de plus de maturité

  • Il a quoi papa ?
  • Rien dors, juste de la fatigue, cela ira mieux demain.

La nuit est abominable, le père tousse, crache et geint toute la nuit, Françoise épuisée s’endort tout de même mais  Marie ne ferme point l’œil  et décide de rester à proximité de son père qui curieusement ni oppose aucune résistance.

Cette situation rappelle à Françoise de mauvais souvenirs, sa maman Emilande est morte il y a à peine  3 années. Marquées au plus profond de leur être les fillettes avaient courageusement épaulé leur père et tenté de remplacer leur mère dans les tâches ménagères et les petits travaux de la ferme.

Au petit jour la petite est surprise par l’absence de bruit, son père ne se lève pas. Elle s’approche timide vers l’impressionnante forme immobile, elle est seule avec lui les autres membres de la famille se sont évaporés. Elle a peur mais près de la couche tend la main pour secouer son père.

  • Papa, papa, lève toi, il fait jour

D’un râle son père lui répond.

  • Tu es grande, tu aideras ta sœur
  • Oui père.

Françoise qui aide déjà son ainée considérablement se demande ce qu’elle peut faire de plus. L’inquiétude la gagne, elle sent confusément que quelque chose arrive.

Après une longue attente, Marie revient enfin avec Madeleine mais aussi , accompagnée par monsieur le curé, ses voisines,  par son oncle Andoche et par sa tante Benigne

Pourquoi tant de monde en ce matin autour de son père ?

Françoise avec Madeleine sont expédiées  dehors sans autre explication et rejoignent la meute de chiards qui la goutte au nez se balancent des boules de neige.

Au cours de la matinée, un homme arriva sur une mule et pénétra dans la chaumière. L’une des plus grandes reconnut le bonhomme.

  • C’est le notaire
  • Qui ?
  • Le notaire que je te dis, ton père va crever.
  • Mais non c’est pas possible.
  • Je te dis que oui, il va tester, mon père quand il est passé à fait de même.

Françoise rejoint en pleurant sa sœur Marie et lui demande explication. Cette dernière gentiment lui expliqua que son père était gravement malade et qu’il devait mettre ses affaires en ordre par un testament.

La journée se passe, l’oncle  Andoche  va à ses occupations, sa sœur et des familiers se relayent auprès du moribond. Ce n’est qu’un va et vient dans la maison, les voisines que son père pourtant n’apprécie guère passent le plus clair de leur temps à psalmodier autour du lit du mourant.

Françoise sans se faire remarquer se cale dans un coin de la pièce et observe. Le père tousse encore et encore, un sang moussu sort de sa bouche. Il fait froid mais son corps ruisselle. Une toux plus forte et il se vide. L’odeur est infecte, la sueur, le sang, la merde et la mort repoussent les âmes compatissantes des voisines.

Marie se dévoue inlassablement et aide sa tante Benigne, elles  vident la cuvette plein de crachats, essuient le visage émacié du mourant, changent la chemise maculée d’une verte diarrhée, torchent enfin le pauvre homme qui s’en doit de partir en public mais dans la dignité.

Françoise est pétrifiée, les heures passent,  elle pleure en silence, soudain, le son lugubre d’une clochette retentit au loin.

Tous s’immobilisent, les voisines se taisent, le père se redresse sur sa paillasse, Marie la femme de la famille sort et s’en va accueillir le nouvel arrivant. Le père Layon frigorifié et râlant avec son enfant de cœur qui agite frénétiquement une clochette se dresse dans l’entrée.

Le bon prêtre ne s’intéresse au moribond qu’après s’être réchauffé d’un coup de gnôle . Jacques reçoit avec stoïcisme l’extrême onction, si jusqu’à présent il pouvait espérer une rémission, la prière des agonisants lui ôta tout espoir. En général le curé ne faisait pas 5 km dans un froid glacial pour rien.

Du fait l’agonie ne se prolonge guère, Jacques appelle chacun à tour de rôle, quand vient le tour de Françoise, seul un mince filet de voix est encore perceptible. Il saisit la main de la fillette et lui susurre quelques recommandations. Un dernier spasme, sa poigne autrefois si terrible étreint à peine le frêle bras de l’enfant. La bouche se tord, un mince filet de bave s’écoule, la tête se penche sur le côté. Benigne écarte la petite, le père est mort. Nous sommes le 13 janvier 1780. Jacques Loriot, laboureur 43 ans n’est plus.

Marie  15 ans , Françoise 11 ans et Madeleine 9 ans après leur mère Emilande Munier décédée en 1777 perdent donc leur père et vont devoir affronter la vie sans leur soutient.

Note : – Il était d’usage de faire son testament, même dans les familles les plus modestes. C’était presque une obligation chrétienne et la sépulture en terre sacrée pouvait être refusée en cas de refus d’en faire un.

            Avec le temps cet acte généralisé pour tous laissa place aux dernières volontés orales du défunt.

            – L’extrême onction était à l’origine une prière au malade pour qu’il guérisse, puis devint une prière d’imploration pour avoir une bonne mort.

            – La mort se devait d’être publique, elle n’était pas cachée comme de nos jours dans les froides chambres d’hôpital.

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UN ENFANT DANS CHAQUE PORT

 

 

 

Lorsque l’on fait de la généalogie, on est amené à découvrir des secrets de famille bien cachés. La vue d’ensemble des registres, des sites de données et des arbres en ligne nous permettent de visualiser les situations avec un recul que n’avaient pas les principaux intéressés.

Je m’en vais donc vous conter une petite découverte, pépite généalogique qui permettra un jour qui sait à une famille de retracer son parcours et à compléter le chaînon manquant.

Suzanne Besselievre petite fille de 7 ans née au Havre en 1884 se tient fièrement sur le quai, il fait froid mais elle n’en n’a cure. Elle tient dans sa petite menotte la main rugueuse et calleuse de sa grand mère Marie.

Sur les pavés mal joints de l’avant port les marins s’affairent, les filets et les caisses à poissons partout encombrent, les charrettes amenant les provisions attendent leur déchargement, les chevaux piaffent d’impatience.

Jules Besselievre est l’un des marins qui s’affairent, son bateau est bientôt prêt à lever l’ancre et à hisser les voiles.

Du pont il aperçoit sa petite fille et sa mère, à peine un regard, aucun signe, l’homme est dur, habitué aux longues absences il n’aime guère les effusions sentimentales d’un départ.

Pourtant ce voyage à un goût particulier, il est le premier qu’il effectue après la mort de sa femme le 10 janvier 1891 précédent. Il sait pouvoir compter sur sa mère pour la garde de sa petite.

Sa défunte femme répondant au jolie nom d’Osithe Orange ne lui avait apporté que bonheur, à chaque retour de mer il retrouvait la douce tiédeur de sa couche et la tendre douceur de ses mains.

Elle lui faisait oublier pendant les brefs instants ou il était à terre la réalité cruelle de la vie en mer.

Il aimait évidement retrouver sa fille qu’il caressait de ses mains de fer et qu’il faisait sauter sur ses genoux, mais depuis la disparition de sa femme les choses avaient changé. Il se sentait seul et l’aventure en mer lui laissait un goût amer. Mais c’était son métier il lui fallait pourtant repartir.

Âgé de presque 40 ans, Jules Achille Besselievre était né le 23 janvier 1852 à Ingouville, village maintenant englobé dans la ville du Havre, son père marin comme lui était mort depuis longtemps. Sa mère s’était remariée avec un paisible employé des chemins de fer. Il demeurait avec Osithe au 95 rue de Perry. Sa mère et son beau père habitaient non loin de là au passage des moulins près du port.

La petite pleurait chaque jour sa mère et le départ de son père n’arrangeait rien à l’affaire. L’amour que lui portait la rude Marie Maillard ne comblait pas celui de sa maman.

Puis le bateau s’éloigna du quai, elle sortit son mouchoir et l’agita, aucun geste ne lui répondit mais elle lui sembla voir son père sourire.

Elle ne le revit jamais et pendant de longues années elle fit station sur le quai, les yeux embués de larmes dans l’attente d’un hypothétique retour du père aimé.

Mais aucune nouvelle ne lui parvint, était il mort, noyé dans les mers incertaines, dans quelle infortune s’était il aventuré ?

Ses compagnons de mer rentrèrent, interrogés ils restèrent bien vagues dans leurs déclarations.

Le bateau n’avait pas coulé, il n’était pas tombé en mer. Elle ne peut rien obtenir d’autre.

Les années passèrent sans lui, le souvenir de sa silhouette s’estompa.

Devenue femme elle épousa un employé des chemin de fer nommé Albert Didier.

Nous étions en 1909 dans la ville de Saint Germain en Laye. Marie, la grand mère, ne put assister à la cérémonie en raison de son grand âge.

Elle dut déclarer aux autorités que l’adresse de son père lui était inconnue et qu’il avait disparu de sa vie voilà fort longtemps. L’ officier d’état civil de l’époque ne fut guère regardant et consigna cette absence de renseignement dans l’acte de mariage.

La vie continua sans son père et elle aussi fonda une famille

Elle mourut très vieille en 1965 et resta dans l’expectative tout le long de sa vie, regrettant de n’avoir su.

Hors donc en ce mois d’août 2017 mes recherches sur la famille Besselievre avance à grands pas.

 

Ma défunte femme Nicole Besselievre pure Rochelaise avait comme arrière grand père un nommé Jules Achille, ce brave homme marin comme tant d’autre dans la blanche cité venait d’un village de Normandie appelé Ingouville, il avait convolé en 1895 en justes noces avec une demoiselle de la ville.

Mariage régulateur de situation car le fougueux marin avait engrossé la belle Estelle Marmagne dix huit mois auparavant.

Amour réel où amour d’un soir, notre Jules le Havrais puisque s’est de lui dont nous parlons resta donc sur La Rochelle. Bien obligé de déclarer qu’il était veuf, se vanta t’ il pour autant d’avoir déjà progéniture et qu’une petite fille l’attendait dans les brumes Normande.

La tradition familiale n’eut pas connaissance de ce fait et Jules Achille et Estelle Marmagne eurent 4 autres petits Besselievre.

Secret de famille ressortit d’un vieux grimoire qui peut être permettra un jour à une famille de retrouver un lien avec son passé.

La descendance de Jules Achille est fort nombreuse mais il me serait plaisant de connaître celle issue de la petite fille abandonnée au Havre.

 

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