LA GUERRE EN CARICATURE ( SUITE )

Comme la semaine dernière je vous soumets une autre caricature cinglante d’Albert Robida.

 

Un officier allemand au casque à pointe visé sur la tête, la croix de fer au jabot morigène un pilote sur le peu de civil qu’il a tué.

Le pilote lui rétorquant que ne trouvant pas de  » Lusitania  » dans les plaines picardes, il était obligé de tuer en détail.

Mais qu’est donc que ce  » Lusitania  » dont fait référence notre caricaturiste.

Ce nom fait référence au paquebot transatlantique britannique armé par la  » Cunard  » et coulé lâchement par un sous marin Allemand.

Ce fait tragique eut lieu au large de l’Irlande le 7 mai 1915. Ce crime contre un navire qui transportait 1200 passagers civils marque un tournant dans l’opinion pacifiste du peuple américain.

La présence à bord de 200 américains y fut évidement pour quelque chose et ce peuple éminemment nationaliste, fermé sur lui même et se moquant de la guerre entre Européens vit dans le martyr des siens matière à interrogation.

Bien entendu leur entrée en guerre contre les empires centraux se fit attendre jusqu’en 1917 mais la menace de leur implication guerrière calma un peu les entreprises navales de l’Allemagne.

Quoi qu’il en soit, le bilan fut lourd et 1200 victimes périrent dans les eaux froide de l’atlantique.

Pour se défendre l’amirauté allemande argua que le navire cachait en son sein des munitions et des canons. De fait la bateau explosa de façon étrange.

En la matière et ce fut prouvé bien longtemps après le premier lord de l’amirauté Winston Churchill, n’avait pas les fesses très propres car effectivement et en dépit des conventions ce cargo transportait des armes de la poudre et des munitions diverses.

Alors oui le crime est bien Allemand car aucune information en leur possession les avisait d’un tel transport mais les explosions de munitions empêchèrent la majeur partie des canots d’être mis à l’eau ce qui provoqua une effroyable tragédie.

Voyons maintenant un autre dessin, on y voit un soldat allemand s’acharnant sur une femme qui tient un drapeau.

 

Il est intitulé départ pour la guerre fraîche et joyeuse .

Une citation du grand Hindenburg vient ponctuer l’ensemble.

 » Plus une guerre est impitoyable , plus elle est humaine en réalité, car ça va beaucoup plus vite  »

Belle maxime en vérité, heureusement que ce grand soldat ne possédait pas la bombe atomique.

Impitoyable et rapide, voyons en quelques lignes qui est ce brave homme

Paul von Hindenburg est né en 1847 à Posen, dans une famille aristocratique. Il rejoint comme ses ancêtres la carrière militaire et participe à l’expansion Prussienne au sein de l’armée, Sadowa et la guerre de 1870 .

La guerre de 1914 le trouvera dans les sommets de l’institution militaire et sa victoire contre les russes à Tannenberg le fera entrer dans la légende.

Il prendra ensuite le commandement de l’armée Allemande et avec son compère Ludendorf . Il exercera de fait une dictature militaire.

La défaite Allemande n’entachera pas sa popularité et il sera élu président en 1925, fonction qu’il exercera jusqu’ à sa mort en 1934.

Il n’empêchera aucunement le développement de la peste brune et Hitler se coulera très facilement à sa place .

Bien entendu ce brave innocent tant sa gloire était grande ne fut nullement inquiété et sa notoriété nullement entachée.

Cette guerre aux 22 millions de morts n’eut donc aucun criminel, humaine et rapide, il avait donc raison notre brave hobereau prussien.

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L’HISTOIRE PAR LA CARICATURE

Alfred Robida  1848- 1926

Je viens d’acheter sur une brocante un livre édité en 1918, écrit et illustré par Alfred Robida ce document titre le  » Vautour de Prusse  »

Il traite de la montée hégémonique de la Prusse jusqu’à son effondrement en 1918.

Les illustrations sont féroces et pourraient trouver place dans Charlie Hebdo sans aucun problème.

Je ne résiste pas à vous en publier quelques unes avec un petit texte de mon cru pour en extraire modestement la quintessence historique.

Bien évidement avant de commencer, gloire à l’auteur maintenant oublié que je vous présente en quelques lignes.

Albert Robida est né à Compiègne en 1848, destiné au notariat il s’ennuie rapidement et dès 1866 il propose ses talents de dessinateur au  » Journal amusant  ». Son coups de crayon et sa plume font qu’il collabore rapidement dans plusieurs revues.

En 1879 il crée le personnage de Saturnin Farandol, précurseur de Tarzan.

En 1880 il fonde une revue nommée Caricature, prolixe il officie comme illustrateur dans des guides touristiques, des ouvrages historiques et même des classiques littéraires.

Il est en outre l’auteur d’une trilogie d’anticipation qui le place largement au niveau de Jules Verne.

Son œuvre est immense, 60 livres, 200 livres illustrés, participation à 70 revues de presse et environ 60000 dessins.

Il s’éteint en 1926 et repose au cimetière de Croissy sur Seine.

Passons maintenant à la première caricature que je trouve assez féroce.

 

On y voit un sous marin Allemand que nous appellerons U boot et au loin un navire hôpital.

Le capitaine du navire déclame à son équipage :  » Un navire hôpital ! Envoyez la torpille, vous aurez tous la croix de fer.

Cette caricature nous amène évidement à parler du comportement odieux et disons le ,criminel de l’armée Allemande pendant la grande guerre.

Même si ce ne sont pas les allemands qui ont inventé le crime de guerre, l’industrialisation de la violence, le développement des technologies, l’invention de moyens de destruction massive et disons le l’absence de tous scrupules font que les crimes perpétrés sont particulièrement odieux et meurtriers.

L’utilisation d’un nouveau engin de mort appelé « le sous marin » et en allemand » U boot » amena une série d’ignominies.

Ce navire inventé depuis un moment déjà ( 1624 ) a commencé sa carrière destructrice en 1864 pendant la guerre de sécession .

L’arrivée magnifique de ce joli conflit va lui permettre de se moderniser à une vitesse plus rapide que jamais.

Notre fier état major prussien possédait à l’entrée de la guerre 24 submersibles et proclama rapidement que la guerre sous marine serait totale .

Le terme n’est guère ambiguë, le bon Kaiser autorisant ses navires à couler bateaux civils comme bateaux militaires.

Nos zélés capitaines ne se le firent pas dire deux fois et les navires marchands furent rapidement passés par le fond.

Le comble fut rapidement atteint lorsque les U boot s’en prirent aux navires hôpitaux.

Théoriquement ces bateaux étaient protégés par la convention de Genève dont les Allemand avaient été signataires.

Cette convention de 1864 à l’initiative du suisse Henri Dunant préside à la création d’un droit international humanitaire et à la création de la  » Croix Rouge internationale  »

L’article premier stipulait que les ambulances et les hôpitaux militaires étaient reconnus comme neutres.

Article limpide, mais malheureusement dans la société humaine le droit semble être fait pour être bafoué.

Les Allemands s’en firent une spécialité au 20ème siècle et le 1er février 1915 le navire hôpital Anglais Asturia fit l’objet d’une première attaque du genre . Les torpilles le manquèrent cette fois là, mais qu’on se le dise pas de répit pour les navires marqués de la croix rouge.

De nombreux navires hôpitaux furent coulés pendant cette période et les Anglais pour faire face à cet ignoble comportement firent monter à bord de ces bateaux réputés neutres des officiers prussiens comme bouclier humain.

La guerre se termina le Kaiser et son nigaud de fils s’exilèrent sans pour autant être jugés comme criminels de guerre. Les capitaines de U boot ne furent guère inquiétés et beaucoup viendront rejoindre la dynamique équipe du bon Adolf.

La caricature parle d’elle même et le talent de Robida transparaît dans ces quelques traits.

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L’INFÂME ATTRACTION OU L’EMBARQUEMENT DES BAGNARDS

 

Aux pieds du palais de justice de la Rochelle piétinait depuis de longues minutes une foule impatiente. Des ouvriers en blouse, casquette visée sur le chef et des marins en uniforme bleu, bachis de travers et pompon rouge au vent devisaient .

Des bourgeois en paletot, portant chapeau melon courtisaient discrètement des jeunes femmes en crinoline. Des vendeuses de sans sel avaient posé quelques instants leurs carrioles et en leur patois bretonnant du quartier grec,commentaient chaudement les événements qui leur valaient cette pause dans leur tournée. Des marmots du quartier Saint Nicolas pieds nus et dépenaillés moquaient un garçonnet huguenot en tenue de marin. Des mères de bonne famille attirées par le spectacle tentaient de soustraire leurs petites filles aux propos salaces des sardinières et des soldats.

Un groupe de gendarmes en armes commençait à s’impatienter de l’attente.

Puis soudain une porte donnant sous les arcades de la rue du Palais s’ouvrit en grand fracas, le spectacle pouvait commencer.

Prison de la ville depuis 1625, l’endroit pouvait accueillir environ 150 détenus, 6 cellules voûtées leurs assuraient une grande promiscuité et une grande précarité. Outre les petits délinquants locaux, marins bagarreurs, filles de joies racoleuses et pochetrons, le lieu était un dépôt de transit pour le pénitencier de Saint Martin de Ré.

La foule en dehors n’attendait certes pas la sortie des donneuses de joie aux gueules fardées , ni celles des marins avinés, mais plutôt les bagnards en partance pour la Guyane ou la Nouvelle Calédonie via Saint Martin de Ré.

Attraction gratuite qui avait la certitude de faire son plein de spectateurs et qui cette fois était assurée d’une grande affluence.

Cette foule des grands jours n’était due qu’à la présence de deux hommes.

A la vue de la dizaine de prisonniers  qui sortait, le silence se fit, aucune animosité à leur égard, juste de la curiosité que personne ne s’avisait de trouver malsaine.

En pantalon et en veste de drap grossier, couverts d’un béret, chaussés de sabots de bois, portant un léger paquetage et les mains entravées de menottes, ils se rangèrent dociles entre une haie de gendarmes et de militaires.

Les vedettes du jour qui attiraient particulièrement les regards,  se nommaient Dieudonné Eugène et  Deboé Jean.

Eugène Dieudonné

 

C’était on peut le dire des sortes de gloire tant la couverture médiatique de ces années 1912 et 1913 avait valorisé leurs actions.

Les deux compères en effet appartenaient à la plus célèbre bande des annales judiciaires, que l’on nomma la bande tragique ou la bande à Bonnot du nom de son chef.

Ces anarchistes au grand cœur bénéficiaient de l’indulgence de l’opinion malgré le sang de leurs huit victimes, qui entachait leurs mains.

En réalité, seule la vision du nommé Dieudonné suscitait l’attention. Ce dernier venait de sauver sa tête car seul un recours lui avait permis d’échapper à la  »cravate à charlot  ».

Condamné à mort avec trois autres compagnons le 27 février 1913, il fut sauvé par le compère Callemin qui l’innocenta de tous crimes.

Peine de mort  qui fut commuée en  travaux forcés à vie. Beaucoup mieux que la mort mais lourde peine quand même pour quelqu’un qui s’avère  innocent

Deboé n’était qu’un comparse qui fut condamné à 10 ans de bagne pour recel et association de malfaiteur.

La foule était évidement partagée entre tenants de l’innocence de Dieudonné et entre partisans de son entière culpabilité et de sa participation aux meurtres de la bande tragique.

 

Le cortège de bagnards s’ébranla bientôt en direction du vieux port de La Rochelle, marchant sur la route pavée, encadré par la foule et les soldats et suivant les rails luisants du tramway pneumatique.

Les prisonniers n’eurent guère le loisir d’observer les boutiques, une pharmacie sur leur droite, la boutique de Cremieux le tailleur, le gantier, le magasin de mode et la boutique qui faisant angle avec la place de la Caille et qui proposait armes , munitions, articles de chasses et vélocipèdes.

Ils passèrent bientôt sous la vénérable grosse Horloge, autrefois entrée de la ville et pénétrèrent sur le vieux port.

La vision aurait pu être inoubliable pour eux si ces hommes privés de liberté n’eussent pas été condamnés à la déportation.

Des dizaines de bateaux alignés comme à la parade dansaient sur la mer calme du havre de la ville blanche. Des gréements aux couleurs chatoyantes apportaient un air de fête à l’endroit.

Le soleil semblait sortir d’entre les deux tours, celle de la Chaîne courte et ramassée et celle dite Saint Nicolas haute et crénelée, penchant vers la mer telle une tour de Pise.

Sur les quais partout des filets, des caisses à sardine et des marins qui s’affairent.

A la sortie de la Grosse Horloge, Dieudonné et consort aperçoivent la statue du grand amiral Duperré, hiératique et tournant le dos à la mer. A ses pieds des fiacres sont stationnés.

A droite de la tour un mur couvert de publicité,  » chocolat Meunier, Picon bière, bureau frère, cirque de passage  ». Le long du mur une vespasienne d’où sort précipitamment un notable richement vêtu, il se dépêche pour ne pas louper le spectacle.

La troupe aperçoit l’embarcadère et la cheminée du navire ,chargé du transport jusqu’à Saint Martin de Ré.

Certains bagnards relèvent la tête par défi pour fendre la foule qui grossit, d’autres humbles et honteux, accablés de misère marchent la tête basse .

A gauche le café moderne avec sa terrasse, en face la pharmacie moderne, les prisonniers ne prêtent pas attention au paysage, ils pensent à leur famille qu’ils laissent au pays et qu’ils ne reverront probablement pas.

Encadrés par la foule qui cancane, ils passent maintenant devant le café Français puis devant la ferblanterie de la marine. Le trajet est court, presque en face du café restaurant la  » Marine  » le bateau à roues et à vapeur attend ses passagers.

Les militaires se rangent en un cordon protecteur pour contenir la foule, Dieudonné et Deboé montent sur la passerelle regardent l’objectif puis passent sur le  » Coligny  ».

Le petit bateau appartient à la compagnie rhétaise  » île de Ré  », il est correspondance spéciale des chemins de fer de l’état, chargé des liaisons entre le continent et l’île et occasionnellement transportant les futurs reclus du bagne.

Tout le monde s’entasse à bord, le bateau s’éloigne, beaucoup ne reverront jamais le continent. Pour les Rochelais le spectacle est terminé, chacun se sépare et retourne à ses activités. Les pêcheurs s’en retournent ravauder leurs filets, les » sans sel » reprennent leur tournée, les bourgeois retournent à leur cabinet ou à leur commerce, les marins remontent sur le port de La Pallice accompagnés des belles de nuit et les chenapans du port se répandent en nouvelles aventures.

Il faudra attendre une nouvelle fournée pour se délecter gratuitement de cette exposition humaine.

Les gibets, les échafauds, les exécutions, les promenades infamantes faisaient recette en ce début du siècle.

Puis viendra la grande guerre et sa seconde où le peuple pourra de nouveau se repaître.

Gageons que la mentalité n’a guère changé de nos jours et que les spectacles infamants sont toujours des mets de choix pour une humanité se piquant d’humanisme.

Eugène Dieudonné fut enfin gracié en 1927 par le président Poincaré, il s’était évadé l’année précédente, mais avait expié une faute non commise pendant 13 années. Libre et réhabilité, faisant figure d’erreur judiciaire il devint menuisier et mourut en 1944.

Jean Deboé s’évada également et revint en Belgique, il fut une figure du militantisme ouvrier et s’éteignit à l’age de 85 ans en 1974.

Nos deux de la bande à Bonnot ,virent- ils un jour les cartes postales éditées à l’occasion de leur translation ou ignorèrent -ils cette novatrice exploitation des fait divers ?

Certains des lieux décrits dans cette balade existent encore et les bagnards pourraient s’y reconnaître, la foule bien sur a changé, les touristes ayant succédés aux fourmis laborieuses du peuple ouvriers d’autrefois.

Les bagnards condamnés arrivaient par le train à la gare de La Rochelle, puis étaient acheminés en omnibus à la prison du centre de La Rochelle. Ils étaient donc ensuite  convoyés à bord du Coligny au port de Saint Martin de Ré.

Du port ils se rendaient à pieds à la citadelle.

Lorsqu’ils étaient en nombre suffisant un voyage était organisé jusqu’à Cayenne.

Du port, des bateaux plats  amenaient les détenus sur la   »Martinière ou la Loire »  bateaux prison qui faisaient la traversée.

           

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LA VIE DE CHARLES BEAUMONT – UNE FAMILLE FORMIDABLE ÉPISODE 2

Charles était un homme maintenant  il assurait avec son beau père le travail dans les vignes comme ses ancêtres avant lui, aucune autre alternative ne s’offrait à lui.

Des recruteurs étaient bien passés au village pour embobiner quelques journaliers et les emmener se faire tuer pour les guerres de fin de règne du grand Louis, mais collé à sa terre, à ses vallons et ses coteaux, les sirènes de l’aventure ne l’avaient pas entraîné au loin.

Ses plus grands déplacements il les avait effectués à Provins pour y livrer quelques barriques. La ville était impressionnante, ceinte de hauts murs, entourée de profonds fossés et percée de portes où il fallait montrer patte blanche. L’activité qui y régnait ,tranchait avec le calme de Saint Loup Naud. Charles restait muet face aux hautes façades des maisons à pans de bois, sa petite maison où il s’entassait avec sa fratrie n’était que de torchis et de paille comme la majeure partie de celles de son village.

La lourde et immense façade de Saint Quiriace ombrait la place où Charles et son beau père livraient leur récolte. Charles préférait le portique de l’église de Saint loup mais il éprouvait de la fascination pour ce vaste édifice.

Provins était donc la capitale des Beaumont et leur univers restreint se bornait à Lizine, Longueville , et Sainte Colombe.

Le long 17ème siècle prit fin  » en 1715  » à la mort de Louis XIV, le pays était exsangue, mais rayonnait d’un soleil qui mettra longtemps à s’éteindre .

Charles perdit sa mère en 1710, son beau père intrus sur les vignes des Beaumont allait quitter le village avec ses 3 marmots Chapotot. De fait il se remaria à la mode d’autrefois très rapidement, mais resta sur Saint Loup et croisa encore son beau fils pendant 2 ans avant de partir sur Sainte Colombe avec le statut de nouveau veuf.

Quoi qu’il en soit, Charles gérait maintenant ses terres et se devait de trouver femme pour l’aider et arrondir éventuellement son petit patrimoine.

Il se choisit pour femme la fille d’un vigneron se nommant Nicolas Cordier, il ne pouvait en être autrement, les laboureurs du village ne se mélangeaient que très rarement avec ceux du coteau.

La future s’appelait Anne, elle avait 22 ans, fière et belle, elle ferait à n’en point douter une bonne mère, une bonne travailleuse et éventuellement une bonne amante.

Tout fut réglé sans problème particulier, pas de consanguinité rapprochée, les consentements des familles respectives obtenus et une accordaille devant notaire sur la nature de la dote. Les Cordier n’étaient pas riches, elle ne fut guère importante.

Le mariage eut lieu l’hiver 1717 le mardi 26 janvier, Nicolas Chapotot le beau père était présent ainsi que Charles Cordier le père de la mariée, de Paquier Corne le beau frère du marié et de Charles Cordier le jeune frère de la mariée.

La noce fut gaie et copieusement arrosée de la piquette du cru.

Charles découvrit les charmes cachés de sa femme au cours de la nuit de noces, elle était vierge et inexpérimentée. Lui, fort de quelques joutes tarifées avec quelques gueuses Provinoises prit l’initiative. Sa fougue ne lui permit pas de s’éterniser, mais jeune et vigoureux, il reprit plusieurs fois le chemin de la béatitude.

La noce terminée chacun reprit sa vie de labeur, le couple baignait dans le bonheur des eaux vives du ru du dragon.

1717, le régent cousin du Roi avait fait casser le testament du feu grand monarque par le parlement de Paris.

Les bâtards ne pourront régner, mais le parlement prit la grosse tête et pour le malheur de la royauté se crut autorisé à sortir de son cadre.

A Saint Loup de Naud, rien ne venait perturber la vie de Charles et d’Anne si ce n’est l’arrivée du premier enfant. Tous espèrent qu’un garçon viendra agrandir la famille, manque de chance  une petite femelle que l’on nomma Anne comme sa marraine, le curé Pouget intronisa la petite dans la communauté chrétienne, elle pouvait mourir tranquille son âme n’irait pas vagabonder.

Sage précaution, car elle mourut rapidement, Charles refit un enfant à sa femme, pourvu mon dieu que cela soit un petit mâle, eh non pas de chance, encore une fille, on la nomma Anne comme sa marraine, bis repetita. Cette petite née en 1719 vivra et fera de nombreux petits  » Mignot  ».

Heureusement Anne était féconde et le premier garçon arriva en Janvier 1721, il prit le nom de Cyr, joli prénom voulant dire seigneur et que porte bon nombre de petits vignerons du village.

Charles était donc comblé et la liste de la progéniture s’agrandira, Anne lui donnera 10 enfants.

5 garçons dont 3 feront souches et deviendront vignerons et 5 filles dont 3 se marieront avec des vignerons. Les autres enfants participeront à la forte mortalité infantile de l’époque.

Anne Cordier sans doute un peu fatiguée par une vie de labeur avec un ventre gros, alliant grossesses, allaitements, travaux ménagers, travaux dans les vignes, soins aux animaux et devoirs conjugaux rendit son âme à dieu à l’age de 63 ans en cette année de 1758.

Charles trop vieux pour un remariage finira sa vie au milieu d’une nuée d’environ 16 petits Beaumont survivants.

Ses trois fils, Cyr, Nicolas et Jacques accompagneront sa dépouille mortelle le 6 mars 1775.

Il faut croire que la piquette Seine et Marnaise donnait des forces car l’ancêtre né sous le règne de louis XIV mourut sous celui de son arrière arrière petit fils le mal nommé Louis Capet.

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UNE SÉRIE DE MORTS INEXPLIQUÉES

UNE ÉPIDÉMIE EN VENDÉE

An de grâce 1778

Le bon roi Louis le seizième régnait depuis 4 ans sur ses sujets en son château de Versailles.

Pierre Ferré paysan vendéen, roi de son champs s’échinait qu’en à lui à retourner une pièce de terre dans un terrement de taillis en bordure du ruisseau de la Berthomelière. Il préférait réserver ses terres de labours à la culture du froment et planter des haricots dans cette terre gagnée aux friches.

La partie n’était pas gagnée d’avance, le rendement en serait sûrement très mauvais et en attendant un éventuel gain il fallait trimer encore et encore, nous étions au mois de mai et la chaleur était déjà suffocante, l’année s’annonçait comme très chaude aux dires des anciens. Le ruisseau qui coulait en cette partie de la commune de Poiroux était déjà presque tarie ce qui au mois de mai était annonciateur d’une sécheresse importante. Il posa sa houe un moment et alla rejoindre son fils aîné Jacques qui se désaltérait à même l’eau du ruisseau. L’eau était fraîche, bien qu’un peu trouble, un troupeau de vaches s’y baignait à quelques encablures.

Son fils âgé de 28 ans était un solide gaillard, né d’une première union, il n’avait pas une différence d’age énorme avec son père.

Marié à 14 ans pour régulariser une séduction juvénile, il devenait père à l’age de 15 ans. Veuf 16 ans plus tard à l’age ou d’autres prennent femme il se retrouvait seul responsable de 4 enfants.

La vie n’avait pas été facile pour lui, mais l’était elle pour les autres ?

Trois ans après son veuvage il s’était remarié avec une jeune femme de Poiroux nommée Marie Fouillaud, il avait quitté son village de Saint Avaugourd les Landes et avait élu domicile au hameau de la Berthomelière.

Il y possédait maintenant quelques ares et quelques têtes de bétail. Le hameau dépendant de la paroisse de Poiroux n’avait que quelques maisons, tout le monde se connaissait, les hommes s’entre aidaient, les femmes effectuaient leurs taches ensemble et les enfants, innombrables marmailles s’élevaient seuls au milieu des troupeaux qui paissaient sur les pâtures communes.

A vrai dire, chacun possédait très peu de terre et tous devaient se louer en plus pour subvenir aux besoins, même médiocre de leur nombreuse famille.

Ils vivaient tous ensemble en autarcie, n’allant au bourg que pour aller à l’église et aux fêtes paroissiales.

Il est vrai que ces dernières étaient nombreuses et il fallait évidement y rajouter les offices des morts , des baptêmes et des mariages.

Pierre vivait avec sa femme et la progéniture qu’elle lui avait donnée, à savoir 2 garçons et 3 filles.

Jacques 28 ans vivait également sous le même toit que son père et aidait à faire vivre le ménage.

La seconde fille de Pierre, Marie vivait avec son mari Jacques Genusson et ses deux enfants à proximité immédiate. Oncle et neveu usant leur fond de culotte ensemble.

Marie la femme de Pierre n’avait que 8 ans de plus que son fils aîné, elle l’aimait bien mais sa présence troublait souvent son intimité et elle avait hâte qu’il convole lui aussi .

La journée tirait maintenant à sa fin , plus de 14 heures de labeur Pierre était fourbu, accompagné de son fils, son gendre et de ses deux voisins Pierre Poiraudeau et René Brianceau il regagna sa demeure. Solide maison en granit, une petite extension pour les bêtes qu’il avait construite lui même avec son fils et la communauté villageoise du hameau de la Berthomelière. Un puits, un tas de fumier, quelques poules qui picorent, un chat qui se prélasse vision idyllique du monde paysan. Mais la maison n’ était en fait qu’une rude mansarde, aux rares ouvertures, glaciale et ruisselante d’humidité l’hiver. A l’intérieur une table en chêne,des bancs, un grand coffre et une maie. Un lit pour le couple, une paillasse pour Louise 2 ans et Marie 4 ans , une autre pour les deux garçons Pierre 8 ans et Louis 6 ans. La petite dernière Thérèse dormant encore dans un petit berceau confectionné en osier. Jacques quand à lui, avait élu domicile dans la grange avec les animaux, il s’y sentait plus tranquille et pouvait y trouver un peu d’intimité.

Marie attendait Pierre sur le pas de la porte, son visage reflétait l’inquiétude, ses yeux étaient creusés et quelques nouvelles mèches blanches dansaient dans la lumière tombante.

Pierre n’eut pas à poser de questions Marie lui montra le berceau de la petite, il se précipita, sa fille ne bougeait plus, ne pleurait plus, son visage apaisé rayonnait, le petit ange était parti.

Depuis deux jours, elle alternait les périodes d’apathie et les périodes de pleurs, elle refusait de se nourrir et vomissait, la diarrhée ne la quittait pas, Marie et les voisines additionnant leurs maigres connaissances n’avaient rien pu faire.

Pierre envoya son fils Jacques prévenir le curé, il revint à la nuit tombante avec ce dernier.

Après quelques paroles apaisantes ils convinrent d’inhumer la petite dès le lendemain, pour le curé et ces rudes paysans la mort d’un enfant de 11 mois n’était pas une affaire d’état.

Mais le curé, se renseigna sur les symptômes, une conclusion s’imposa après que Marie lui eut expliqué qu’elle avait sevré la petite car son lait s’était tari. Le passage entre le lait maternel et le lait de vache coupé d’eau avait été fatal au bébé.

La soirée fut lugubre, les familles avoisinantes se relayèrent mais il fallut néanmoins aller se coucher, les petits allèrent rejoindre leur grand frère dans la grange. Les deux parents se retrouvèrent finalement seuls avec leur petite. Malgré la dureté des temps et la rudesse des âmes Pierre et Marie avaient le cœur sombre.

Le jour à peine levé Pierre se rendit au cimetière avec son ami Phillipeau, journalier à la Berthomelière, ils creusèrent une petite fosse. Quand la chose fut faite, il retourna chez lui, sa femme et les voisines avaient préparé le petit corps, un simple petit drap fit affaire de linceul. Pierre prit l’enfant dans ses bras et sans un mot suivit par l’ensemble de la famille il descendit au cimetière, les cloches sonnèrent le glas, la cérémonie fut rapide. Chacun dans l’après midi avait retrouvé ses activités.

Thérese Ferré, 11 mois fut donc abandonnée à Dieu le 16 mai 1778.

Les travaux agricoles se poursuivirent, nous étions en mai et personne ne devait chômer. La chaleur restait anormalement haute, l’eau du puits baissait dangereusement et la couleur de l’eau  était peu  engageante mais en fin il fallait bien boire.

Le 18 mai la petite Louise, poupée gaie et enjouée vint se blottir le long de sa mère qui la repoussa car le labeur ne manquait pas, la petite s’éloigna mais Marie prit d’un mauvais pressentiment quitta son travail et alla s’occuper de sa fille. Fiévreuse, l’enfant fut prit des mêmes symptômes que sa petite sœur. Les prières redoublèrent, mais rien n’y fit, le 19 mai l’âme de la petite partait dans les limbes, le 20 mai sa dépouille charnelle vint reposer au cimetière à coté de sa sœur.

Il n’était plus question de transition entre les différentes alimentations, Louise mangeait comme tout à chacun. Les paysans commençaient à s’inquiéter et le bruit courait que les curés ne manquaient pas de travail dans les villages d’à coté.

Nous étions très proche des moissons qui s’annonçaient prometteuses lorsque Jacques Genusson le gendre et compagnon de labeur de Pierre se plaignit de mot de ventre et dut courir plus d’une fois derrière la haie. Ses compagnons se moquèrent de lui dans un premier temps puis s’inquiétèrent. Ils avaient raison, le 13 juin il se coucha pour ne plus se relever, le 14 juin le curé lui administra les derniers sacrements et entouré de son beau frère Jacques Ferré, de Pierre Poiraudeau et Louis Poitier il quitta le monde terrestre, Marie sa femme fut inconsolable et devenait veuve avec deux enfants, heureusement son père et son grand frère l’assisteraient pour les élever.

Cette fois ci aucun doute une épidémie commençait, de nombreuses morts survenaient avec des symptômes similaires dans toute la région. La cause en était ignorée, tout le monde priait mais la fatalité prenait le dessus.

La faucheuse n’était pas encore rassasiée et chaque foyer avait sa peine, Pierre et Marie n’avaient visiblement pas assez contribuer au terrible fléau le 25 septembre puis le 29 du même mois le malheur recommença. En 2 jours Louis solide gaillard de 6 ans fut emporté sa petite sœur Marie âgée de 4 ans ne tint pas plus de temps.

Les parents durs au mal furent pourtant touchés au plus profond de leurs âmes, la maison se vidait et il semblait que la mort n’en avait pas fini avec le hameau de la Berthomelière.

Le glas ne cessait de retentir dans le village, musique funèbre qui accompagnait de son chant triste le tracé des sillons.

La lugubre litanie ne fut pas interrompue par l’automne et l’hiver, les enfants du village disparaissaient à tour de rôle, leurs rires remplacés par les pleurs de leurs mères.

Le hameau de la Berthomelière fut particulièrement touché, pas un seul des voisins Ferré ne fut épargnés.

La fête de Noël fut morne, le curé lors des prêches s’évertuait à expliquer l’inexplicable, les gens continuaient à mourir sans qu’aucune intervention divine ne vienne modifier quoi que ce soit.

Le 10 Janvier 1779, Marie Fouillaud lors de la veillée se plaignit de nausée et de vertige, on la coucha, les symptômes étaient les mêmes que pour les autres trépassés. Pierre était résigné, le lendemain les saints sacrements lui furent administrés. Son dernier petit garçon lui tint la main pendant sa courte agonie. En soirée à l’ heure ou le jour cède au crépuscule, Marie alla rejoindre ses 4 enfants. Le lendemain Pierre accompagné de Louis Fouillaud, frère de Marie, Charles Briancean, Pierre Poitier ses voisins, de son fils aîné Jacques de sa fille Marie et du petit dernier Pierre inhuma sa femme au cimetière de Poiroux.

Pierre n’ était plus le même homme, prématurément vieilli, courbé il voyait défiler les jours avec résignation, attendant lui même la mort, hélas le sommeil du tombeau ne tomba pas sur lui mais sur le dernier fils de son union avec Marie. Le 22 juillet 1779 Pierre âgé de 9 ans attrapa le mal maudit et décéda le lendemain. Il fut inhumé le jour suivant .

Pierre Ferré avait donc perdu 5 enfants, sa femme et un gendre en 14 mois, lourd tribu à cette maladie que fut sans doute la dysenterie provoquée par l’altération des eaux dut aux fortes chaleurs de l’année 1778.

Pascal TRAMAUX

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ÊTRE ICI ET D’AILLEURS

 

Quand on vous demande d’où vous venez et qu’elles sont vos origines, vous répondez invariablement par l’endroit où vous êtes nés.

Ici moi à titre d’exemple je réponds je suis de Seine et Marne c’est un peu vrai, mais j’ai 56 ans et je ne vis plus en Seine et Marne depuis 40 ans.

Mes enfants se disent de La Rochelle alors qu’ils n’ont jamais vécu la bas, seule la maternité les y relie.

Puis si on leur demande quelle est l’origine de leur famille, il vous réponde Rochelaise quand est il réellement ?

Au niveau des parents rien de plus simple je suis né à Provins ( 77 ) et leur mère est née à La Rochelle ( 17 ).

Les 2 grands parents paternels sont né à Bailly Carroie ( 17 ) et Sablonnières ( 17 ) et les deux grands parents maternels à La Rochelle ( 17 ).

Pour l’instant c’est moitié moitié, mais voyons la suite avec leurs arrières grands parents.

Coté paternel Coté Maternel
Marolles en Brie ( 77 )

Saint Hilliers ( 77 )

Verdelot ( 77 )

Jouy sur Morin ( 77 )

La Rochelle ( 17 ).

Sable d’ Olonne ( 85 ).

sable d’ Olonne ( 85 ).

Saint George de Didonne ( 17 ).

A la 4ème génération, nous sommes donc à 50% d’origine Seine et Marnaise, 25% Rochelaise et 25 % vendéenne.

Progressons dans le temps avec la 5ème génération

Coté paternel Coté maternel
Coulommiers ( 77 )

Marolles en Brie ( 77 )

Sancy les Provins ( 77 )

Courchamp ( 77 )

Corroy ( 51)

Verdelot ( 77 )

Inconnu

Jouy Sur Morin ( 77 )

Ingouville ( 76 )

La Rochelle ( 17 )

Fécamp ( 76 )

Luçon ( 85 )

Fécamp ( 76 )

Luçon ( 85 )

Angoulins ( 17 )

Sangatte ( 62)

Pour résumer

37% Seine et marnais

6,25% Marnais

6,25% Origine inconnue

18,75% Seine Maritime

12,5% Charente Maritime

12,5% Vendée

6,5% Pas de Calais

Si on regarde bien seul un ancêtre est né à La Rochelle et forte proportion Seine et Marnaise

Remontons encore dans le siècle

Coté paternel Coté maternel
Andrezel ( 77 )

Lizines ( 77 )

Marolles ( 77 )

Fretoy ( 77 )

Sancy les Provins ( 77 )

Escardes ( 51 )

Champcenest ( 77 )

Provins ( 77 )

Verdelot ( 77 )

Le Gault ( 51 )

Verdelot ( 77 )

Verdelot ( 77 )

Jouy Sur Morin ( 77 )

Saint Rémy La Vanne ( 77 )

Inconnu

inconnu

Le Havre ( 76)

Criqueboeuf en Caux ( 76 )

Saint Lyé la Fôret ( 45 )

La Rochelle ( 17 )

Fécamp ( 76 )

Fécamp ( 76 )

Péault ( 85 )

Angles ( 85)

Fécamp ( 76 )

Fécamp ( 76 )

Péault ( 85 )

Angles ( 85 )

Angoulins ( 17 )

Angoulins ( 17 )

Calais ( 62)

Arras ( 62)

résumons une dernière fois

37,5% Seine et Marne

6,25% Marne

6,25% Inconnu

18,75% Seine Maritime

3,1% Loiret

12,5% Vendée

6,25% Pas de Calais

9,3% Charente Maritime

Pour conclure cette étude à la 6ème génération une seule personne est né à la Rochelle et le petit pourcentage de Charentais Maritime est marquant.

Au niveau Régional la Brie ressort gagnante largement  avec 43,75 %, suivi par la Normandie 18,75% et la Vendée, pays de Loire 12,5%.

Au total on peut compter 6 régions différentes. Un joli meltingpot

Je pense que mes enfants ne pourrons plus revendiquer une origine Rochelaise mais plutôt Seine et Marnaise, teinté d’origine Normande.

Mais cela n’a aucune importance d’ici ou d’ailleurs l’important est d’ être bien où l’on est.

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LES » BEAUMONT » » UNE FAMILLE FORMIDABLE ( épisode 1, les origines )

LES « BEAUMONT » UNE FAMILLE FORMIDABLE

On a tous des Beaumont dans nos familles tant est courant ce patronyme. Il dit bien ce qu’il veut dire et étonnamment son étymologie ne prête pas à confusion .

Mes » Beaumont » à moi sont d’un petit village de la Brie Champenoise nommé Saint loup de Naud, tirent t’ ils leur nom des collines vineuses où le village s’est développé ou viennent t’ ils d’un autre paysage ?

C’est un mystère que l’on ne peut résoudre mais cette famille y puise ses racines au moins depuis le règne du bon roi Henri . C’est attesté ni revenons pas.

Avant de poursuivre cette quête familiale plantons le décor

Un petit village lové autour de son église au sommet d’une colline, 2 hameaux principaux nommés Courton le Haut et Courton le Bas.

Des bois composés d’ essences classiques à forte proportion d’ormes et de chênes, pointillés de bouleaux et de sapins. Des terres labourables sur le plateau avec ses divers bleds font vivre quelques dizaines de familles . Sur les coteaux une terre pauvre accueille des vignes où pisse une pauvre piquette.

De nombreuses fontaines et de nombreux rus qui se jettent dans la rivière Voulzie apportent une fraîcheur et une touche sauvage à l’endroit. Ces rus aux jolis noms, de ru du dragon , ru de Saint Loup et ru de Glatigny sont le cadre d’une implantation humaine forte ancienne et une occupation préhistorique est attestée par la découverte de pierres polies.

L’habitat historique sur l’éperon rocheux qui domine le ru du dragon semble dater du 6ème siècle.

Vers la fin du 10ème un prieuré Bénédictin s’implanta, le village grandit autour de cette protection, la belle église du village joyaux d’art roman est du 11ème et du 12ème siècle.

Les terres du village dépendirent très longtemps des seigneurs de Saint Phalle et la tour de la haute maison est une survivance de leur présence.

Le commerce est inexistant dans le village, le surplus des récoltes quant il y en a est vendu dans la grande ville de Provins toute proche. L’élevage est nul sauf pour la consommation personnelle. Quelques bœufs, des ânes, des chevaux servent de moyen de tractage ou de labours.

Voila pour notre décor, la vie de notre petit village respire la tranquillité lorsque dans la maison de Jacques Beaumont retentit le cri, déjà maintes et maintes fois entendu d’une délivrance prochaine.

Marguerite Mauretour la femme de Jacques va mettre au monde son 5ème enfant, belle performance en 7 années de mariage.

La nature a doté Marguerite d’une forte constitution et d’une belle fécondité, le curé de la paroisse est ravi.

Nous sommes le 19 mars 1690, et dans la petite maison de Courton la sage femme du village et quelques femmes de la parentelle s’affairent.

La délivrance est rapide car comme dit la bonne mère le chemin est déjà fait et le petit Charles voit le jour. Comme le veut la tradition le prénom lui est donné par son parrain Charles Cordier, la marraine Colombe Grellier amène immédiatement l’enfant à l’église pour le baptême.

Le père Jacques a déjà 49 ans mais la maman est une toute jeune femme de 26 ans. Des quatre premiers enfants, deux ont rejoint le seigneur sans avoir dépassé l’age des langes . Rien de bien surprenant, les paysans habitués à cette mortalité infantile n’en font pas une affaire et poursuivre leur labeur. Cette résignation face à la mort ne les exemptent évidement pas de tristesse mais fatalité, Dieu rappelle la moitié de ceux qu’il a créés .

La famille Beaumont inonde de sa sueur depuis plusieurs génération les coteaux du village, ils sont vignerons et possèdent en propre quelques arpents.

Point riches, mais point pauvres, la possession de ces terres est le fruit d’une longue politique familiale de mariage entre vignerons. A vrai dire les Beaumont sont apparentés à la plupart des familles du village et lorsque Jacques croise un Chapotot, un Mignot , un Cordier , un Gou, un Corne, un Juin, un Cas il sait qu’ils ont quelques choses en commun.

Jacques n’est pas le chef de la fratrie Beaumont car son frère aîné Jean est encore dans la force de l’age. Ils ont tous deux hérité des terres de leur père Nicolas mort à l’age respectable de 80 ans en 1680.

Le tableau est dressé, petit Charles sera vigneron comme ses pères si Dieu lui prête vie.

Pour l’instant il n’est point question de vigne, sanglé dans des bandelettes le petit, baignant dans sa pisse et dans sa merde est accroché à une poutre sous la surveillance de quelques vieux. Il résistera à ce traitement et bientôt gambadera librement dans le petit hameau de Courton. Puis son univers s’agrandira,il découvrira Courton le haut, et le bourg principal. Mais sa plus jouissive promenade sera quand son père l’emmènera dans les vignes familiales, il en gardera un souvenir impérissable d’autant plus que ce dernier rendra son âme à Dieu prématurément en 1695 à l’age peu canonique de 54 ans.

Maintenant les voilà seuls avec la mère, 7 enfants sur les bras la pauvre se retrouve démunie.

Mais chez les Beaumont la solidarité exerce pleinement son rôle évitant à la jeune veuve de 31 ans et à sa progéniture de mendier un quignon de pain pour ne pas crever de faim.

La mortalité assez élevée laissait le loisir à bon nombre de paysans de se remarier, Marguerite était une solide femme encore jolie, travailleuse et bonne chrétienne et qui se laissa convaincre 5 mois après la mort de son mari de convoler de nouveau, faisant fi du délai de viduité

Le beau père de Charles, le nommé Nicolas Chapotot est bien sur un vigneron et c’est lui qui apprendra à son beau fils le noble travail.

Le mariage fut bien sur arrangé, Nicolas était âgé de 19 ans, il prit la veuve aux 7 enfants et en échange assura le travail des vignes de feu Jacques Beaumont. Jeune puceau inexpérimenté il profita de l’expérience de Marguerite. Comme les collines à vignes, le ventre de la mère de Charles était fertile et un petit Chapotot ne tarda guère à augmenter la maisonnée.

Ce fut donc une constance, Charles ne connu sa mère qu’avec un gros ventre, les enfants couraient partout et 4 marmots supplémentaires enrichirent la famille recomposée.

Le schéma est somme toute classique, beaucoup d’enfants, un père qui meurt jeune, une mère qui se remarie et fait de nouveaux enfants et une endogamie professionnelle pour préserver le patrimoine, nous retrouverons Charles Beaumont dans un épisode futur où sera abordé son adolescence et son mariage.

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