LA MORT DU MENDIANT QUI N’EN ÉTAIT PEUT ÊTRE PAS UN

Village de Cebazat d’où était originaire notre mendiant

En ce dimanche 7 décembre 1760, l’homme qui cheminait lentement sous la pluie se disait qu’il ferait bien de trouver un gîte pour la nuit. La nuit tombait rapidement en cette maudite saison. Il était trempé et couvert de boue.

Il venait de Paris et se rendait à Orléans, arrivé au bourg de Loury il était maintenant presque arrivé à son but. Comme la raison lui commandait de ne pas traverser la forêt d’Orléans en pleine nuit il s’était arrêté dans un cabaret du village pour y boire une chopine. Seulement voilà notre Barthélémy ne savait guère s’arrêter et le petit vin de Loire lui avait fait perdre la notion du raisonnable.

A sa question de savoir ou il pourrait dormir, le cabaretier lui donna conseil de se rendre à la ferme de la Houssay sur la route d’Orléans. Le fermier, un brave homme nommé Louis Paty se faisait gloire d’héberger les mendiants et les pèlerins de passage.

Loury et la ferme de la Housset

Il n’était pas à son avantage quand il pénétra dans la cour de la ferme, trempé, éméché et couvert de la boue sale des chemins royaux.

Il demanda le gîte et le couvert et Louis Paty le fit entrer dans l’écurie. Notre ivrogne se mit en devoir de nettoyer ses nippes, mais perdit l’équilibre et se retrouva par terre.

Louis toujours compatissant le conduisit alors dans la grange et lui indiqua l’endroit où il devait dormir.

Il lui prodigua les recommandations d’usage, pas de feu, ni de pipe et se retira pour continuer son labeur.

Le fils du fermier le petit Louis âgé de 5 ans se glissa alors dans la grange pour observer le curieux bonhomme. Assis dans l’avoine vêtu d’un vieil habit de soldat, d’une mauvaise veste grisâtre, d’un gilet et d’une mauvaise culotte.

Ses mollets étaient entourés de vieilles guêtres et sur sa tête un bonnet de laine couvert par un vieux chapeau. Il était effrayant mais l’enfant était attiré inexorablement par ce voyageur peu commun. Quel âge avait ce personnage ? Accoutré comme cela et couvert de crasse il était difficile de se prononcer.

Barthélémy grommela, il avait froid et la couche d’avoine ne lui semblait pas faire un si bon matelas.

A l’étage supérieur le lit serait sûrement de meilleur qualité car la couche d’avoine plus épaisse.

Il se leva et grimpa à l’échelle, arrivé presque en haut à environ 12 pieds, le petit Louis le vit basculer dans le vide et s’écraser au pied de l’échelle. Le gosse hurla et sortant de sa cachette se dirigea vers le mendiant. Celui ci ne bougeait pas et du sang lui sortait abondamment de la bouche.

Louis sortit en catastrophe et s’en alla prévenir son père.

Le fermier lâcha son labeur et fit diligence  pour constater que le voyageur ne bougeait plus et qu’il saignait de la bouche, il envoya quérir le curé pour que les sacrements lui soit administré. Il n’était pas médecin mais il se doutait que le pauvre diable était passé dans l’autre monde.

Au bout d’un long moment le prêtre arriva mais constata évidement qu’il ne servait plus à rien.

Les autorités arrivèrent rapidement  et vers 7 heures du soir le procureur fiscal et Louis Boys le bailli de haute , moyenne et basse justice accompagnés du greffier Petit  constataient le décès.

Mais qui était donc ce bonhomme sans âge couvert de ses oripeaux, comme le chemin royal de Paris 0rléans en fournissait quotidiennement ?

Mendiant, marchand, pèlerins, journalier, compagnon, une fouille s’imposait, le Bailli retourna les poches du mort et découvrit avec dégout une paire de mitaine usagée et un mauvais mouchoir.

Le bougre possédait également 10 liards, un couteau et une tabatière de fer blanc. Toujours rien sur son identité, restait le sac qui fut prestement vidé. On y trouva une vieille chemise, 2 mouchoirs, une boucle de fer et enfin un portefeuille où se trouvait un peigne d’ivoire.

Dans un autre portefeuille, le bailli trouva la solution, un certificat du curé de Cebazat dans le diocèse de Clermont Ferrand affirmait que le nommé Barthélémy Reddon était un honnête homme et un bon chrétien. Ce viatique était  daté du 3 novembre 1755. On trouvait aussi une lettre adressée à Paris au sieur Barthélémy Reddon par son épouse Marie Bannière du village de Cebazat.

Notre mendiant avait donc un domicile à Paris, était bon chrétien, donc inséré dans la communauté et de plus à une épouse qui visiblement en date du 29 octobre 1759 était encore en contact avec lui.

Nous n’étions  déjà plus sur le vagabond solitaire et sans attache. En outre en poursuivant on découvrit 4 quittances signées par un nommé Frary en paiement d’un loyer d’une maison.

Le mendiant n’était donc pas entièrement sans ressource, que faisait il sur cette route c’est un mystère qu’il emportât le 9 décembre 1760 dans sa tombe du cimetière du petit village de Loury.

J’ai continué un peu l’enquête dans son village de Cebazat et j’ai retrouvé la trace de son épouse Marie Bannière qui s’avère être décédée avant lui le 23 avril 1760.

Le 5 mai 1761 un fils de Barthélémy et de Marie s’est marié dans ce village d’Auvergne, il se nommait Michel Reddon et avait obtenu l’accord de son père qui demeurait à Paris pour cette union.

Le fils avait il obtenu l’accord paternel juste avant que ce dernier ne prenne la route qui lui sera fatale.

Autre petite observation le rapport établit que Barthélémy semblait avoir une quarantaine d’années, c’est peu probable car sa femme Marie est décédée à l’âge de 60 ans.

Barthélémy Reddon n’était certainement pas un mendiant comme nous l’entendons aujourd’hui mais sûrement un itinérant qui voyageait pour gagner son pain.

A l’époque en question tout étranger était facilement prénommé mendiant, et trouvait quand même de quoi se loger.

Essayer donc maintenant !!!!!

** Louis Paty le fermier qui hébergeait les vagabonds dans sa ferme est né en  1728 et est mort en  1784, il était marié à Marie Elisabeth Houdas.

L’enfant qui assista à la scène se nommait Louis comme son père et est né en  1755.

L’histoire de Barthélémy est relatée dans le registre paroissial du village de Loury.

 

 

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ROBERT PIERRE

Dans la nébuleuse céleste,dans le flou intemporel du rien s’élèvent des flammes, immense brasier rougeoyant au milieu du néant.

La chaleur est intense, les bras du feu montent, s’abattent, vivent et meurent sans cesse renouvelés par un combustible invisible.

Âtre sans foyer, chaleur perdue, feu sans joie, crématorium sans fleur, brûlot sans bois, écobuage sans taillis nous sommes au purgatoire des âmes.

Sans cesse alimenté par les péchés humains, par nos vilenies, nos mauvaises pensées, nos traîtrises, meurtres,viols, concupiscence, gourmandises, convoitises, bassesses, mensonges cet immense incendie brûlent d’une éternelle incandescence.

Ce carburant immatériel brûle à merveille, il est inépuisable. A l’instant même, l’âme d’un paysan fanatisé par un iman fanatique et qui vient de se faire sauter sur un marché se consume en même temps que celle de quelques unes de ses victimes, un marchand qui a dénoncé un confrère pour avoir sa place, une femme au corps brûlant qui s’est donnée à un de ses amants, homme fruste qui a violé un enfant, un élu qui a détourné l’argent public, le choix est large l’arrivage incessant.

Noria purificatrice, chaque âme noire est lavée de toutes impuretés et renvoyée sur terre.

Cycle ressemblant à celui de l’eau, les mânes sont identiques depuis leur funeste création. Le créateur renvoie indistinctement l’âme des êtres purifiés. Mais le retour est aléatoire et d’humain l’on devient animaux et d’animaux l’on devient humain.

Mais certains n’expient jamais et auprès du créateur restent à demeure.

Maximilien déambulait nerveusement autour du brasier depuis un long moment, sentant qu’on l’observait, il se retourna vivement. Joseph Djougachvili dit Staline le regardait goguenard.

  •  » Salut maximilien tu vas bien
  • Je vous ai déjà dit de ne pas me tutoyer , nous n’avons pas élevé les cochons ensemble, nous n’avons aucun point commun et rien ne vous autorise à cette familiarité.
  • Mais bien sur que si l’incorruptible que nous avons des points communs et le principal est que nous soyons tous deux autour d’un feu à expier les mêmes sortes de fautes.
  • Et puis cesse de marcher en long et en large, nous ne sommes pas au comité.

Maximilien Robespierre réajusta sa cravate, expiation ou pas ,l’élégance chez lui devait rester de mise. Joseph dont la mise était moins raffiné se mit à rire.

  •  » Ta cicatrice thermidorienne te démange ou bien est -ce le coup habile du gendarme Merda ?.

Malgré son ancienne profession d’avocat, Maximilien n’avait guère de talent oratoire, il ne sut que répondre au fiel du père du peuple.

Joseph enfonça le clou et lui demanda si le froid de l’acier tombant sur sa nuque le gênait encore.

L’arrivée de son ami lui fit l’économie d’une réponse bafouillée, il ne faisait aucun doute que dans une joute oratoire, le georgien ne terrasse le précieux Arrassien .

Il n’en était pas de même de Saint Just, l’archange de la terreur au jeu des mots était redoutable et Staline ne le taquinait jamais car voulant garder le dessus, les réparties cinglantes du jeune apôtre l’en dissuadaient.

  • Viens avec moi Maximilien laissons cet assassin.

Joseph n’aimait pas qu’on le traite ainsi, plusieurs années de despotisme l’avaient habitué à une certaine veulerie de la part de ses semblables.

Il considérait de toute façon que la mort des quelques 40 millions d’êtres humains dont il était responsable était un mal nécessaire à l’élaboration d’un communisme international.

Il se dirigea en maugréant vers une autre partie du cercle. Un petit gros en redingote, assit sur un rocher regardait par delà les flammes , l’arrivée des nouveaux repentants

  • Toujours sur ton rocher Naboulione, toi aussi tu estimes que ta place n’est pas autour du feu

La réputation de polémiste de Joseph dissuada l’empereur déchu de toute réponse, il resta dans ses pensées refaisant le monde à son image. Cette fois ci le siège de Saint Jean d’Acre s’était déroulé à merveille et cet imbécile de Phillipeau avait trouvé la mort rapidement et rien n’arrêterai désormais sa marche triomphale dans les pas d’Alexandre.

Le tyran rouge ne trouvait personne avec qui se chamailler, le couple Ceaucescu qui pleurait sur leurs beaux manteaux troués par les balles vengeresses du peuple, menu fretin, dictateur de bas étage, sous produit de son empire à lui ne valait pas la peine de dépenser de la salive.

Plus loin Adolf et Benito réajustaient leurs uniformes.

  • Tu te prépares pour Nuremberg, je te rappelle qu’ici tu n’as pas de public, fini les défilés aux milliers de torches, les parades militaires grandioses, les bras tendus et les chemises grises.
  • Ta Riesenthale n’est plus là avec sa caméra.
  • Et toi Benito, ta Clara Petaci a t’ elle aimé le sort que lui ont fait subir les partisans.
  • Comme public vous n’avez plus que des tyrans, des assassins, des des fourbes, des lâches et des traîtres.

Les 2 ténors de la haine baissèrent la voix et regardèrent méchamment l’intrus.

  • Passes ton chemin, traître, vil inférieur, suppo de race impure.
  • Peut être qu’un jour nous aurons de nouveau du public
  • Vas tourmenter d’autres âmes.

Staline perplexe poursuivit son chemin, il n’aimait guère cet Autrichien qui lui rappelait sa propre vilenie face au peuple Polonais et sa complète responsabilité dans les meurtres de Katyn. Joseph était perplexe ou ces 2 fous avaient il bien pu prendre l’idée qu’un jour d’autres malheureux défileraient sous leur tribune.

Sa main valide derrière son dos il poursuivit sa patrouille haineuse. Un peu en retrait se tenait le grand timonier.

Les 2 hommes ne conversaient jamais ensemble, pourtant ces 2 déclencheurs de famines avaient de multiples points communs, le communisme, les purges sanglantes, les déplacements de population, l’industrialisation forcée, les millions de morts et un mépris commun pour l’âme d’autrui.

Mais rien ni faisait, Staline qui avait aidé Mao a créer son empire démoniaque ne supportait pas que le sien se soit écroulé et que celui du chinois perdure encore.

  • Alors TSÉ TOUNG tu viens de terminer ta longue marche .,,,

Mao qui ne parlait que son dialecte natal et qui de toute sa vie n’avait fait aucun effort pour apprendre une autre langue regarda le petit père du peuple sans rien comprendre.

Staline continua son chemin en ricanant et croisa POL POT qui regardait fixement les flammes.

Décidément en forme, Joseph lui lança.

  • Tu as reconnu quelqu’un mon pote.

Ce dernier jeu de mot ne s’entendait pas en Cambodgien mais seulement en Français, il ricana tout seul.

Son français ,notre bon Georgien le tenait d’un autre petit Adolphe, le nain au toupet ordonnateur du massacre des communards, politicien rusé, défenseur des bourgeois et pourfendeur des ouvriers révoltés qui était lui aussi passé par le doux foyer des âmes perdues.

Pol Pot nouvellement arrivé ,n’avait encore pas pris l’habitude des tournées pleines de fiel de Staline. Il ne fit donc que sourire et salua d’un mouvement de buste son ancien maître.

Un peu plus loin, une conversation animée l’attira, PHILIPPE II polémiquait avec un évêque en se demandant si les indiens avaient une âme et si la controverse de Valladoid fut une bonne chose.

Chacun y allait de ses théories, Joseph dont la seule idée maîtresse était l’asservissement des peuples à son profit ne comprenait guère cette idiotie. De toute manière, les esclaves amérindiens avaient été remplacés par des esclaves africains et pour lui c’était la moindre des choses.

Staline pensait que dans le pays des âmes il était le seul à être sensé. Il ne doutait de rien notre tyran.

Comme tous les jours il se dirigea vers le juge suprême pour lui faire son rapport sur les cancans du foyer et voir si le maître en récompense ne pouvait abréger sa rédemption.

  • Comment notre maître à tous se porte t ‘il ?
  • Bien bien Joseph, ta tournée s’est bien passée ?
  • Tu as tourmenté tout le monde je présume.
  • Non non juste se pédant d’avocat Français.
  • Tu es vraiment injuste avec lui, quelques parts tu lui dois un peu non.
  • Robespierre n’était pas communiste.
  • Oui je sais il était pour le respect de la propriété individuelle, mais la révolution française a ouvert la porte à d’autres révolutions y compris celle de Vladimir Ilicht.Le fait que le maître ne mentionne que Lénine et non lui comme fondateur de l’empire bolchevique le fit grincer des dents.
  • Aucun lien mon bon maître, entre la révolution populaire des soviets et la révolution bourgeoise des avocaillons du siècle des lumières.

Voyant qu’il ne pourrait convaincre Staline il changea le corps de la conversation.

  • Alors que racontes tu sur des compagnons de purgatoire.
  • Rien d’intéressant.
  • Mais si, mais si…
  • Adolf et Bénito répètent leur sketch.
  • Oui je sais le même depuis 60 ans
  • Bonaparte rêve
  • Mao rit jaune
  • Très mauvais, continue
  • L’espagnol radote des insanités sur les indiens
  • Encore, il faudra que je lui en parle sinon je vais le garder pendant des millénaires
  • Mais le plus intéressant ce sont les messes basses de Saint Just et de Robespierrre, ils complotent.
  • Que veux tu qu’ils mijotent, ils parlent de leur passé.
  • A propos de mon passé mon juge, il faudrait peut être penser à une révision de mon procès, je vous sers admirablement.
  • Quarante années et quelques ragots ne peuvent racheter 20 millions de morts, va et laisse moi.

Staline s’en fut en laissant le juge suprême s’interroger sur les discussions en catimini des 2 guillotinés de thermidor.

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LE CRECELLAGE

église saint Crespin de verdelot

En ce jeudi de pâques 1832, Joseph Perrin et son cousin Nicolas observent avec attention le clocher de l’église Saint Crépin . Ils sont descendus tous deux du hameau de Pilfroid où ils demeurent pour observer dans le bourg de Verdelot le départ des cloches pour la sainte ville de Rome.

Demain et pour la première fois accompagnés de leurs aînés, ils iront par les rues et les chemins annoncer au moyen de tartelloire , de crécelles et de tic toc maillet les différentes messes qui ponctueront les festivités Pascal.

Cette histoire de cloches, nos deux naïfs ni croient guère, mais ce genre de chose est plutôt à vérifier soit même. Joseph a interrogé sa mère sur le sujet et elle lui a certifié que toutes les cloches du royaume partaient pour être bénites par le pape, méfiant il demanda confirmation à son père Nicolas .

Le berger lui répondit goguenard que sa mère en matière de cloches s’y connaît mieux que lui et qu’il n’avait qu’à vérifier lui même.

Mais le temps passe et les babillardes ne bougent pas, il leurs faut rentrer car la nuit sera courte

Bon pour ceux et celles qui croient que les cloches partent vraiment à Rome, je me dois de les détromper. On bloquait simplement les cloches pour les empêcher de sonner, pour marquer le deuil de Jésus. Imaginez un peu le nombre de cloches à bénir, le bon Grégoire XVI n’aurait pu y pourvoir.

Plus sérieusement les cloches se taisaient après le Gloria de la messe de la sainte Cène et se faisaient entendre de nouveau le dimanche de Pâques pour fêter la résurrection.

Bien pendant que j’y suis, un petit rappel pour les mécréants ou pour ceux dont le catéchisme est loin.

Samedi après vêpres fin du grand carême et célébration du réveil entre les morts de Lazare qui préfigure la résurrection universelle.

Dimanche des rameaux, entrée de Jésus dans Jérusalem, son royaume sur terre est proclamé.

Jeudi saint, Jésus réunit les apôtres et leurs présente l’Eucharistie.

Vendredi saint, Jésus est arrêté, condamné et crucifié.

Dimanche, résurrection et apparition du Christ.

Évidement je simplifie à dessin.

Joseph ne trouve pas le sommeil facilement, tout est prêt pour le lendemain, son père lui à confectionné un tic toc maillet qui ne fait pas le même bruit qu’une crécelle mais qui produit une mélopée tout aussi énervante et bruyante. L’ instrument se compose d’une petite planche , percée en son milieu et dans lequel vient s’adapter un manche d’une vingtaine de centimètres, à l’extrémité supérieure, saillant légèrement au dessus de la planche s’adapte à l’aide d’une charnière un maillet de bois très court. Lorsqu’on agite l’instrument le maillet vient frapper la planchette et produit le bruit escompté.

C’est que Joseph est maintenant enfant de chœur, au grand bonheur de sa mère et au désespoir de son père qui ne croit pas aux bondieuseries et qui regrette pour cet aspect des choses la période révolutionnaire.

Il faut bien dire que Nicolas Perrin n’est pas très recommandable, ces bergers de Pilfroid sont tous un peu sorciers, heureusement Marie Louise Cré sa femme a une religiosité à toutes épreuves.

C’est donc avec fierté que sa mère le voit revêtir la robe blanche et avec raillerie que son père le regarde agiter l’ostensoir .

Mais peu importe c’est avec les premières lueurs du jour qu’il se dirige sur le village pour rejoindre la troupe de sonneurs.

Ils sont une dizaine à avoir bravé la fraîcheur matinale, il ne faut maintenant plus traîner et sous la direction d’un grand il commence leur parcours.

Le bruit devient vite effroyable dans les rues du bourg, les crécelles émettent leur son strident et les tartelloires leurs répondent, les tic toc maillet semblant faire la balance.

En ce vendredi Saint le but des jeunes  » crécelleurs  » est donc d’aviser la population des différents offices qui auront lieu pendant le triduum Pascal

Le triduum Pascal commence par la messe vespérale du Jeudi Saint qui commémore la Cène.

Il n’y a pas de messe le Vendredi Saint mais on célèbre la passion, la mort sur la croix , puis la on termine par la communion ( avec les hosties consacrées le jeudi Saint ).

Le samedi verra la veillée Pascal du début de la nuit jusqu’à l’aube du dimanche de Pâques

Le dimanche de Pâques sera consacré jusqu’aux Vêpres à la commémoration de la résurrection du Christ.

En plus seront chantées les différentes prières , première, seconde, ténèbre.

On le voit nos petits paysans ne vont pas chômer avec toutes ces prières et offices à annoncer.

Joseph et ses compagnons vont donc sonner toute la journée parcourant l’ensemble du territoire de la commune qui est fort étendu, rien n’échappe aux carillonneurs de Pâques, hameaux, moulins, fermes isolées. A peine terminé qu’il faut bientôt recommencer pour un autre office. Les jambes sont lourdes les tympans un peu fêlés mais quelle fierté. Il semble même à Joseph que certaines petites paysannes le regardent d’une tendre façon.

L’exercice se termine à minuit par une prière devant la porte principale de l’église , à genoux nos enfants de chœurs entonnent le Vexilla Régis. Mais l’épreuve ultime sera de répéter cette prière devant la croix du cimetière. Joseph est terrifié mais la chaleur du groupe lui fait surmonter ses craintes, aucun revenant, pas d’âme d’enfant en errance ni de feux follets s’élevant entre des vieilles pierres. Le périple s’achèvera aux pieds d’une croix sur le chemin menant à Montdauphin.

Après cette journée bien remplie, il ne restait à nos musiciens que d’aller chercher leur récompense.

Joseph épuisé mais heureux de cette aventure passe maintenant avec ses camarades dans toutes les maisons ou ils chantent  » o crux avé  », les propriétaires régalent les enfants de piécettes ou bien d’œufs et de farine.

Malgré la nuit avancée ils sont toujours bien reçus. Le lendemain matin marchant toujours ils continuent leur collecte dans les hameaux plus lointains.

En fin de journée les paniers et les poches sont pleins, la répartition est effectuée par les plus grands, sans souci d’équité, mais peu importe, Joseph sait qu’un jour son tour viendra de faire la répartition lui même.

Quelle journée de liberté absolue ou il a déambulé toute la journée et toute la nuit sans contrôle parental en faisant un tapage digne des plus grands charivaris, Joseph s’en souviendra toute sa vie et sourira quand il accordera l’autorisation de faire de même à ses enfants.

La collecte se faisant une partie de nuit les habitants préparaient les dons et les laissaient en évidence pour les petits sonneurs. Personne ne dérogeait à la tradition, même les froids huguenots peu adeptes de ce genre de billevesées.

Il y a lieu de s’étonner aussi de la liberté accordée à des jeunes enfants de se promener en pleine nuit pour collecter des œufs et de l’argent, autres temps autres mœurs.

Il est maintenant impensable de concevoir ce genre de chose et je ne parle évidement pas de la visite nocturne au cimetière.

O crux avé spé unica,  » salut o croix unique espérance  » est la sixième strophe du Vexilla régis.

Les œufs et la farine étaient souvent vendus et l’argent partagé.

Dans certains villages la recette était donnée au curé.

La tradition semble revivre dans quelques communes de France.

Le rituel décrit était celui de Seine et Marne et peu varier en fonction des régions.

 

Je me suis servi du livre de Jules Grenier  » la brie d’autrefois  » comme base de renseignements.

la Tartelloire et le tic toc maillet étaient utilisés au même titre que les crécelles, mais je n’ai malheureusement aucune photo

 

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LA FESSÉE DE THÉROIGNE


Théroigne de Méricourt approche de l’entrée de l’assemblée. Une détermination farouche se lit sur son visage. Une bande de tricoteuses, ignobles mégères, à l’haleine empestée de mauvais vin et aux mains calleuses barrent l’entrée.

Théroigne bien déterminée à pénétrer dans le saint lieu tente de forcer le passage.

Les hideuses poissardes la traitant de Brissotine forment un impénétrable barrage.

La raison aurait du prévaloir et l’amazone de la révolution faire volte face.

Elle en appelle à la garde et la fureur des femmes du peuple se porte à son comble.

Une gaillarde à la forte corpulence saisit à bras le corps la pauvre Théroigne. Chacun pour cette fessée patriotique y mit du cœur à l’ouvrage, la robe de Théroigne fut remontée et bloquée sur les cuisses d’une mégère le cul impudiquement dévoilé.

Un attroupement se forme aussitôt, les gardes concupiscents poussent par leurs cris les tricoteuses à accomplir leur méfait. Des badauds s’avancent excités et des femmes richement parées aux combles de l’ignominie encouragent par de fortes acclamations les horribles poissonnières.

Les coups s’abattent avec violence sur les blanches fesses, chacune armée de futaie lui cingle le postérieur.

La foule excitée par la correction se densifie, Théroigne hurle, les femmes la fessent, des députés pétrifiés où excités par le spectacle n’osent ou ne veulent intervenir.

Le martyr continue, le cul rouge sang, le visage noyé de larme, l’humiliation au cœur, Théroigne subit encore et encore. L’une des brutes veut la mettre entièrement nue pour que le reste de son intimité soit dévoilée à la foule concupiscente. Mais arrive maintenant l’idole des parisiennes, lui seul peut faire cesser cet honteux spectacle.

Marat par une intervention autoritaire fait arrêter la fessée.

Les folles à sa dévotion lâchent Théroigne. Le silence se fait, l’amazone de la révolution baisse sa robe et s’enfuit morte de honte.

Marat à peine rentré dans la chambre sacrée ,que la nouvelle croustillante se repend dans le tout Paris.

La belle et la fière Théroigne de Méricourt a reçu une fessée cul nu devant une attentive assemblée par les représentantes du peuple vengeur.

Théroigne 1788

Cette volée de futaies précipita la chute de cette première féministe et l’entraîna dans les abîmes de la folie.

Mais qui était réellement cette femme ?

Née à Marcourt dans l’actuelle Belgique en 1762 dans une famille de laboureurs son véritable nom est Anne Josephe Terwagne.

Son enfance est celle d’une fille de paysans jusqu’au décès de sa mère lorsqu’elle a 5 ans, placée dans différentes familles puis dans un couvent, elle reviendra chez son père à l’age de 12 ans. Cela ne se passa pas au mieux avec sa nouvelle belle mère et elle se sauva pour devenir vachère puis servante. On imagine la proie qu’elle devait être. A l’age de 17 ans la vie lui sourit en la personne de madame Colbert qui la prend comme demoiselle de compagnie et l’éduque. Elle apprend à lire et à écrire, à jouer de la musique et enfin à chanter.

Elle s’émancipe bientôt et commence sa vie de femme. A Paris puis à Londres, elle tente une carrière de chanteuse. Séduite par un officier elle devient mère, sa carrière ne décolle pas et elle se retrouve en Italie ou elle vit à la façon d’une demie mondaine. De ses aventures multiples elle contracte la syphilis. Cette femme libre de son corps, sans attache ( sa fille est morte en 1788 ) est attirée par le chant des sirènes révolutionnaires.

Elle rejoint Versailles et se fait remarquée par sa présence assidue dans les tribunes dans la nouvelle assemblée nationale. Vêtue en amazone, entièrement de rouge , de blanc ou de noir on la surnomme déjà la bacchante révolutionnaire.

Elle se fait maintenant appelée Théroigne. Elle détonne  auprès de la gente féminine qui n’est guère préparée à une émancipation quelconque.

Cette femme qui s’habille en homme et parle de politique se prête à la moquerie ou à la haine. Les femmes de cette fin du 18ème siècle ne sont pas mures pour porter culottes et parler d’affaires.

Elle ne fait pas partie du cortège qui ramène la famille royale sur Paris. Elle rejoint alors la capitale et ouvre un salon rue du Bouloy.

Les révolutionnaires influents se pressent dans le sillage de celle qu’ils nomment la belle liégeoise. Siéyes l’inventeur du tiers état, Petion, Brissot, Fabre d’Eglantine, Romme fréquentent assidûment l’endroit.

La belle est la cible des contress révolutionnaires qui la couvrent d’ordures et d’ignominies dans leurs brochures. Ils lui font une réputation sulfureuse et elle devient la catin du peuple.

Pensez donc une femme qui porte culotte, assume sa sexualité, demande l’égalité homme femme est une personne un peu en avance sur son temps et forcément incomprise ( y compris par les femmes ).

N’ayant plus la cote et les finances au plus bas, elle rentre en Belgique fin 1790, mais manque de chance elle est arrêtée par les autrichiens. Soumise à interrogatoire et emprisonnée elle n’est libérée que 9 mois plus tard sur intervention de l’empereur d’Autriche.

La santé altérée par l’emprisonnement et la syphilis elle revient à Paris en fin d’année 1791.

Sa popularité est de nouveau au plus haut, elle fait son entrée au club des jacobins au coté de son ami Brissot chef de file des Girondins.

Elle est pour l’entrée en guerre et tente de créer une phalange d’amazones, elle milite pour l’égalité homme femme.

En août 1792 elle participe activement à la prise des tuileries, mais encore une fois la presse se déchaîne et elle est même accusée du meurtre d’un pamphlétaire royaliste.

Elle est rappelons le une amie de Brissot et est à ce titre considérée comme une girondine.

Brissot est  l’ un des chefs de file de cette mouvance politique et lutte avec opiniâtreté contre la faction des montagnards aux mains de  Marat, Robespierre et Danton ( pour simplifier ). La Gironde et la Montagne sont des factions Républicaines qui s’opposeront de  septembre 1792 à  juin  1793. La lutte sera fatale à la Gironde et une grande partie des députés périront sous  la pression de la terreur montagnarde.

Puis arrive en mai 1793 cette déconvenue qui lui sera fatale et qui l’entraînera avec sa neuro syphilis vers une aliénation mentale et un internement qui durera de 1794 à 1817 l’année de sa mort

Avec Olympe de Gouges, elle représente l’avant garde du féminisme. Olympes sera guillotinée et Théroigne deviendra folle, qu’elle triste fin pour 2″ grandes dames ».

Notons que Théroigne inspirera de nombreux auteurs dont le grand Baudelaire, elle inspirera également Eugène Delacroix dans son tableau la liberté guidant le peuple.

Décriée par les hommes pour ses positions avant-gardiste elle n’en fut pas moins outragée par des femmes. Mais gageons que les tricoteuses dispensatrices des fessées révolutionnaires péchaient par un manque d’éducation notoire qui les empêchaient de percevoir le travail d’opinion qu’effectuaient ces femmes d’un autre temps.

Théroigne en  1816

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LA NUIT DE NOCES

Charles et Anne s’éclipsent  dans la nuit, main dans la main ils s’éloignent des flonflons du bal.

Ils décident de prendre des chemins détournés pour perdre d’éventuels poursuivants, c’est un jeu mais la tranquillité de leur nuit de noces en dépend .

Seul le propriétaire de la maison où ils se rendent connaît leur destination, il n’est pas question de passer la première nuit en commun dans leur futur domicile.

Ils arrivent enfin à destination, jetant un dernier regard dehors, ils s’engouffrent dans la maison vide qui leurs a été prêtée, ils sont anxieux, c’est une première pour eux.

Le secret a t ‘il été bien gardé, des noceurs sont certainement à leur recherche.

Charles peut maintenant enlacer sa femme, elle lui appartient et peut en disposer.

Le terme disposer est certes fort, mais j’entends par cette expression que la femme qui était sous la tutelle juridique de son père est maintenant sous celle de son mari. Je n émets pas l’hypothèse que les femmes étaient systématiquement soumises à l’homme sexuellement.

La recherche des mariés par les convives est une tradition qui perdure encore

Cette nuit de noces ils en ont rêvé,Charles a 27 ans et cette abstinence lui pèse, elle a 22 ans et ses sens sont en alerte.

Charles vérifie le lit, il n’y a pas de poil à gratter, ni de grelots attachés au lit, personne n’a donc percé le lieu de leurs futures étreintes.

Nos  paysans sont un peu empruntés, vierges tous les deux, il leur faut se découvrir.

Tout habillés ils se couchent et s’enlacent, leurs lèvres se rejoignent et leur langue dans un duel sans merci s’affrontent en un combat délicieux.

Charles le paysan aux mains calleuses caresse doucement les jambes de son épouse, sa main s’aventure sous la robe et remonte vers le saint lieu.

Il est temps maintenant de se dévêtir, Charles emprunté, délace le tablier et la robe de sa femme, elle est maintenant en chemise, offerte et se glisse dans le lit.

La chandelle éclaire de sa faible lueur son homme qui se déshabille, ce n’est pas le premier homme qu’elle voit se dévêtir, mais ce n’est pas son père ni son frère qu’elle observait à la dérobée mais l’homme qui va bientôt la posséder.

Charles la rejoint dans le lit et reprend ses caresses. Il trousse maintenant sa belle et atteint rapidement l’humide toison. Anne se fait chatte et miaule de plaisir.

Il est temps que les amoureux se rejoignent.

 

L’âge tardif des mariages était dû simplement aux problèmes matériels que posaient une union, réunion d’une dote suffisante, possibilité de logement, morcellement des terres.

De plus les unions tardives retardaient d’autant les naissances, c’étaient en quelques sortes un moyen contraceptif.

Les paysans de l’époque se mettaient rarement nus, même pour l’amour et la toilette. Il faut bien s’imaginer que chaque maison était peuplée au maximum de ses possibilités,  plusieurs générations et le plus souvent dans des maisons à pièce unique. Les gens ne se baladaient donc pas tous nus chez eux et ne faisaient l’amour que sous couvert de leur alcôve.

Les paysans avaient une connaissance sexuelle très limitée dans l’aspect physiologique , ils savaient comment faire car les animaux leurs servaient d’exemple. La jouissance féminine n’était pas connue et les curés répétaient tout au long de leurs sermons que les rapprochements entre hommes et femmes ne servaient qu’à la reproduction. Mais ne doutons pas que certains couples devaient y prendre plaisir .

De plus certaines positions étaient, disons déconseillées par l’église ou simplement par la coutume. La position more canino ( levrette ) rappelait celle des animaux et la position d’andromaque était réputée pour empêcher la procréation ( la femme chevauche l’homme ).

Je ne sais évidement pas si les paysans suivaient ces préceptes, l’interdit comme maintenant donnait certainement une pimentation aux rapports

Charles aux combles de l’excitation,  déflore sa belle.

L’étreinte est rapide tant le désir est fort.

Au vrai ils attendaient ce moment depuis fort longtemps, car Anne était promise à Charles depuis presque 2 ans, ils avaient tous les deux résistés à la tentation, ayant simplement échangés des baisers langoureux et de fortes caresses.

Nos ancêtres arrivaient- ils vierges au mariage, l’examen des registres paroissiaux indique que cela n’était pas toujours le cas et que bon nombre de naissances arrivaient rapidement après l’union.

Mais le poids de l’église et des traditions faisaient qu’il n’était guère recommandé de passer à l’acte avant le mariage.

La virginité imposée à la femme jusqu’au mariage est le fait des sociétés patriarcales et de la dépendance ou elles sont tombées. Dans les sociétés matriarcales les femmes choisissaient librement leur partenaire.

Selon Saint Augustin, une femme violée ne perdait pas sa virginité, car pour la perdre le consentement devait être mutuel entre la femme et l’homme. On voit donc que la perte de l’hymen aux yeux des maitres de la pensée chrétienne passait au rang secondaire.

Comment faisaient ils pour résister à la tentation.

Chez les hommes qui ne couraient guère de risque, le recours à la prostitution était possible, mais  il était plus facile de rencontrer une prostituée en ville qu à la campagne et de toutes manières il fallait pouvoir la payer ce qui en ces temps de non circulation monétaire n’était pas facile.

Restait bien sur l’onanisme qui était gratuit mais aussi interdit par l’église.

Petit rappel l’onanisme est la masturbation et vient d’Onan fils de Juda qui ne voulait pas ensemencer la veuve de son frère Er comme la tradition les obligeait, il préféra donc jeter sa semence à terre ( ancien testament ).

Rappelons que l’église considérait comme masturbation toute éjaculation en dehors du vagin donc  » le coit interruptus  ».

La masturbation féminine entrait pour le moins dans l’interdit total.

Mais ne doutons guère que les jeux de séduction de nos ancêtres amenaient ce genre de pratique et que solitaire ou en couple à la faveur de l’obscurité ou dans l’isolement d’une grange nos grands parents succombaient à ces jeux sans risque.

Voir en Vendée le Maraichinage

Charles brisa l’hymen d’Anne et quelques gouttes de sang parsemèrent les draps immaculés, la réputation d’Anne Cordier serait intacte et la virilité de Charles Beaumont vérifiée. Il n’avait pas l’aiguillette nouée et aucun sort ne lui avait été jeté. Notre malin vigneron avait mis le pied sur la robe d’Anne pendant la lecture de l’évangile empêchant ainsi le malin de monter.

Ne pas pouvoir honorer sa femme était considéré comme un déshonneur et pouvait conduire à une annulation et à un charivari. Une femme non vierge pouvait également être répudiée.

Malheureusement la rupture de l’hymen ne prouve pas forcement la perte de la virginité et la rupture de celui ci ne conduit pas obligatoirement à des saignements, des embarras devaient donc se produire qu’en la preuve indubitable des saignements n’était pas fournie.

Charles et Anne heureux s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, ils savaient qu’une partie de la noce les cherchait et que le repos serait de courte durée.

En effet les premières lueurs de l’aube ne s’étaient pas encore levées qu’un joyeux tintamarre se produisit et qu’un groupe de noceurs, fort avinés ,pénétra dans la chambre nuptiale.

L’un d’eux tient un pot de chambre ou flotte une mixture nauséeuse. Les mariés en chemise se lèvent et sous les encouragements du groupe boivent le breuvage. Anne commence et Charles poursuit ainsi que l’ensemble des convives présents. Maintenant l’un des drôles soulève le drap sous les rires et les applaudissements pour vérifier l’accomplissement du devoir conjugal. Anne rougit et en est humiliée mais la tradition a ses lois. Le drap ne sera pas exposé à la fenêtre.

La tradition du pot de chambre viendrait de la région aveyronnaise et a comme symbolique le passage de l’enfance à l’age adulte et de la condition de célibataire à celui de personnes mariées.

Le couple est en ces époques le pivot de la société paysanne.

La recette du contenu du pot de chambre varie d’une région à une autre et a perduré jusqu’à nos jours. Tombée en désuétude cette tradition à tendance à revenir en force.

Dans la Brie la recette était faite de vin chaud et de pain trempé et s’appelait la  »rôtie  »

L’exposition du drap pour prouver la virginité et la consommation du mariage existe encore dans certaines sociétés. Elle n’était semble t ‘il que très peu pratiquée dans la Brie.

Après avoir fait ingurgiter la rôtie aux mariés, les noceurs allaient chez les différents convives boire le  » lait boullu  » puis allaient se reposer un peu avant de reprendre les agapes du 2ème jour.

Charles Beaumont et Anne Cordier eurent 9 enfants et je descends en droite ligne de ce couple de vignerons Briard.

Anne mourut épuisée par ses nombreuse grossesses et par la rude vie paysanne à l’age de 46 ans, mais Charles tel un vieux cep de vigne vécut jusqu’à l’age fort respectable pour l’époque de 85 ans.

Il porta même dans ses bras ses arrières petits enfants, chose assez rare au siècle des lumières.

Source : la Brie d’autrefois de jules Grenier

Pour se donner une idée des jeux de l’amour avant le mariage  lire mon précédent article :

https://pascaltramaux.wordpress.com/2016/11/18/le-maraichinage-de-la-coutume-ancestrale-a-la-liberte-sexuelle/

 

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UN MARIAGE D’AUTREFOIS

Église saint Sulpice dominant le village

Le jour n’était pas encore levé que déjà le cortège se mettait en branle. Pas une âme qui vive dans l’aube froide de ce matin d’hiver, le village est morne et silencieux.

Plus pour très longtemps, Charles donne le signale, aspirant au mariage , il se doit d’aller inviter les derniers convives de sa noce.

Le violoneux et le joueur de fifre ouvrent le chemin et font entendre leurs notes joyeuses au bourg de Saint-Loup-De-Naud. Ils remontent de Courton le bas jusqu’aux premières maisons blotties aux pieds de la vénérable église. Le groupe est conduit par le futur, d’une famille de vignerons implantée depuis des temps immémoriaux sur les collines du village , il a 27 ans et se nomme Charles Beaumont.

Sa promise se nomme Anne Cordier, elle a 22 ans et est issue d’une famille vigneronne. Tous deux de la paroisse, ils se connaissent depuis toujours.

Les mariages en cette époque relevaient le plus souvent d’un accord entre deux parties. Un contrat passé devant notaire tenait lieu de mariage civil et était aussi important que le mariage religieux.

Le mariage entre Charles Beaumont et Anne Cordier était doublement endogame. Endogamie régionale car de la même paroisse et endogamie professionnelle car les deux familles étaient vigneronnes.

Les vignerons Briards possédaient leurs propres parcelles, mais leur taille très réduite ne permettait pas le partage. Pour préserver le patrimoine familial et l’arrondir éventuellement il fallait donc que les jeunes se marient aux grès des intérêts de l’ensemble des fratries.

Dans un joyeux tintamarre, ils arrivent à leur première destination, les musiciens entament une aubade de circonstance et Charles pénètre à l’intérieur de la maison.

Le propriétaire des lieux n’est nullement surpris d’une telle intrusion matinale, il en est fort content et offre le coup à toute la troupe de joyeux drilles.

Il a été convié par Charles au déjeuner d’avant noces qui a lieu à 8 heures et à la noce elle même qui se déroulera à 11 heures.

En sortant Charles trace maladroitement sur la porte que l’aubade y a été donné. Le cortège continue sa route et frappe à la porte de nombreuses connaissances.

A ce rythme, chacun est fort énervé du vin briard.

Toute la noce n’était évidemment pas invitée de cette manière, la plupart étaient prévenus à l’avance.

Mais il ne fallait pas froisser les sensibilités et n’oublier personne, car le ressentiment en était très fort.

Au vin depuis l’aube les garçons arrivèrent fort échauffés à la maison, le barbier qui officiait depuis un bon moment déjà, les attendait dans un coin de la grange. Les femmes étaient déjà prêtes à servir le déjeuner.

Les noces paysannes se déroulaient sur 3 ou 4 jours. Le mariage avait lieu traditionnellement en Janvier ou Février ou après les travaux d’été. Il n’était jamais pratiqué en décembre pendant l’avent, ni en mars,  ni avril pendant carême.

Faire maigre pendant une noce et ne pouvoir goûter au fruit tant attendu ne pouvaient se concevoir.

Pendant l’été, les travaux des champs n’autorisaient guère de faire la noce pendant 4 jours.

Le choix du jour était aussi important, pas le vendredi, ni le samedi à cause de la passion du Christ.

Le dimanche était jour du seigneur. Il restait si l’on voulait faire une belle noce le lundi ou le mardi.

Les Beaumont et les Cordier se sont accordés pour le Mardi 27 janvier 1717, comme cela la fête se prolongera jusqu’au jeudi et les préparatifs se feront le lundi.

Toute la noce est maintenant arrivée , le déjeuner prélude au festivité a été préparé depuis la veille par les femmes de la maison et particulièrement par les sœurs des futurs, Marie Mauretour et Magdeleine Bodot, les mères respectives étant décédées.

Cette mise en bouche festive est composée d’abattis, c’est à dire de tous les restes des volailles qui seront servies lors des prochains repas. Les têtes, les cous, les ailes, gésiers, crêtes de poulet et testicules de poulet ( rognon blanc ), préparés en ragoût, mettent l’ensemble des convives dans le ravissement le plus complet.

Anne dans sa belle robe rouge se voit offrir par les jeunes filles du village des fleurs qui viennent agrémenter son joli bonnet, Charles qui est du village se voit offrir des fleurs rouges ornées de rubans multicolores.

Au 19ème siècle apparaîtront les fleurs d’oranger signe de la pureté virginale, au 18ème siècle les fleurs de ce type n’existaient pas dans la campagne Briarde. Les fleurs offertes représentaient plus la joie et l’honneur que la pureté.

Il faut signaler que le bouquet n’est offert à l’homme que si il est du village. Même si il ne vient pas de très loin, il est quand même un étranger qui vient ravir une épouse potentielle.

Il faut maintenant partir à l’église, le cortège se forme, il n y a pas long de Courton le Bas à la magnifique église de Saint Loup. Chacun a revêtu ses plus beaux atours et la musique en tête, la noce s’ébranle. Les habitants du village sont tous dehors et félicitent chaleureusement Charles et Anne. Bons nombres viendront ce soir danser avec les convives, un mariage en cette époque est affaire de tous.

Le curé Pouget les attend sous le porche à étages, ouvert sur trois faces par une grande arcature.

Devant les six statues qui encadrent la porte, le père invite la noce à pénétrer dans le sanctuaire.

Mariage de paysans dans une église de roi, l’endroit est magnifique, planté fièrement sur la colline depuis le 12ème siècle ce chef d’œuvre de l’art roman dédié à l’évêque de Sens Saint Loup forme un écrin idyllique à cette future union.

Les jeunes filles de la noce et la fille d’honneur offrent le bâton de la vierge à la mariée, tous de concert se portent jusqu’au chœur.

Le curé bénit l’union de Charles et d’Anne, le bâton lui est ensuite enlevé et le mari lui passe l’anneau nuptial.

Le sacrifice est consommé les deux époux s’agenouillent sous un drap tendu par les garçons de la noce.

Le prêtre bénit les des jeunes épousés sous cet abri.

Image un peu plus tardive mais qui donne une idée exacte d’un mariage sous le drap

Le bâton de la vierge est une bannière représentant la vierge, qui se portait aussi pendant les processions

L’usage de se faire bénir sous un drap s’appelait faire une cérémonie sous le poêle ( de pallium, pièce de tissu rectangulaire )

Pour les chrétiens il symbolise la nuée lumineuse, c’est-à-dire la manifestation de la protection glorieuse de Dieu et montre l’attachement entre les 2 mariés et leur appartenance réciproque.

Dans les débuts de la chrétienté  le mariage se faisait au domicile avec les parents, puis les 2 époux étaient conduits sous un voile devant un prêtre qui effectuait la bénédiction nuptiale.

Cette cérémonie a perduré jusqu’au 20ème siècle dans certaines régions et dans divers pays.

La cérémonie est maintenant terminée, Charles et Anne sortent de l’église, sous le porche la foule se presse, une grande partie du village se trouve réuni, les Beaumont et les Cordier sont apparentés à grand nombre de famille.

Sous les cris une cousine d’Anne s’approche avec une bassine remplit de bouillon épicé, Marie lui tend une cuillère crénelée et l’invite à boire le breuvage, le marié en fait bientôt autant et à la suite l’ensemble de la noce. L’atmosphère est joyeuse et chacun se réjouit de la journée festive qui s’annonce.

Ce breuvage s’appelle le bouillon de la mariée, but avec une cuillère délibérément coupante il symbolise les difficultés de la vie que la mariée déjouera avec adresse et sagacité.

La journée continue par les réjouissances mais un petit cérémonial est encore prévu, le cortège s’ébranle au son du violon et du fifre, Charles prend Anne par le bras.

La destination est la demeure paternelle de l’épouse. Arrivée sur place Anne se détache et frappe à la porte close.

  • Père ouvrez moi.
  • Non vous n’êtes plus de cette maison.
  • Je suis votre fille, laissez moi entrer.
  • Si vous voulez entrer, il vous faut alors chanter.

Anne s’exécute alors.

Je suis mariée,

vous le savez bien.

Si je suis trompée,

vous n’en saurez rien.

Ouvrez moi la porte,

je dînerai bien.

Ouvrez moi la porte,

Je vous aimerai bien

etc

La porte s’ouvre enfin et chacun y pénètre, pour se faire servir à boire.

Nicolas Cordier vigneron met en perce pour la circonstance un tonneau de sa production et devant la maison dans le pré les premiers pas de danses s’esquissent en attendant le dîner.

Petit intermède, qui vient rappeler que la jeune fille n’est plus sous la tutelle du père mais sous celle du mari.

Vers 2 heures de l’après midi, on passe à table, les mariés président entourés de la famille la plus proche.

Le repas est gai, mais les jeunes préfèrent la danse, pendant que les plus anciens échauffés par le vin entonnent des chansons paillardes.

Dans le pré, sous l’œil attentif mais compréhensif des aînés des premiers rapprochements se forment augurant de prochains mariages.

Certains plus délurés échappent aux regards et vont se bécoter dans la paille. Combien de petits vignerons Seine et Marnais seront issus de ces tendres enlacements ?

L’heure du souper arrive bientôt, l’appétit aiguisé par les airs endiablés du violon, la noce se met à table de bon cœur. A vrai dire certains ne l’ont pas quittée et sommeillent déjà sur leur chaise dans les bras de l’ivresse.

Charles revêt un tablier et se met à servir, c’est une obligation d’hospitalité, bien sur le service sera effectué par des jeunes garçons du village.

On donnait à ses serveurs le titre de Calvin, c’était une allusion blessante au grand réformateur. Le service dans une noce était considéré comme un ouvrage de chien et l’on attribuait volontiers au protestant l’épithète de  » chien de Huguenot  ». On appelait donc les jeunes qui effectuaient ce service de chien des Calvin.

Bien sur cette tradition n’existe plus et de toutes les noces ou j’ai participé en Seine et Marne jamais je n’ai entendu ce vocable.

Charles et ses Calvin font le service, les plats s’égrainent et le petit vin briard fait son effet.

Les couplets coquins s’enchaînent et tout le monde est fort joyeux.

Au milieu de la nuit un vacarme se fait entendre et une voix psalmodie

  • Ah ben l’bonsoir, la sainte hotée

  • Ah ben l’bonsoir, la sainte hotée

puis un chœur reprend

  • Que l’guillonneau nous soit donné dans vot’e maison

s’ensuit une chanson ou le chœur, puis les mariés reprennent des couplets, puis Charles laisse entrer la troupe chantante. Jeunes filles et garçons du village  ,ils ont revêtu les pires oripeaux et se sont fardés de farine et de suie.

L’un d’eux porte une hotte de vigneron et entame le tour de la table, les convives versent dans le panier les restes alimentaires du repas, agrémentés de bouteilles de vin cela va s’en dire.

Une fois chargée la troupe s’en va partager le repas ainsi constitué, Charles comme de coutume les invite à poursuivre le bal avec la noce.

Aucun paysan n’aurait refusé l’accès au Guillonneau, cette tradition bien ancrée faisait aussi référence à l’hospitalité.

Guillonneau est l’action de guillonner et dérive du mot guinauder qui veut dire mendier.

Puis vint le moment tant attendu de la vente de la mariée, tout le monde est surexcité, un garçon du village qui par ailleurs se serait bien marié avec Anne prend la tête des opérations. Une première enchère arrive, chacun maintenant se dispute la possession de la mariée, les anciens, les femmes et les jeunes garçons se livrent une bataille acharnée. Les commentaires grivois fusent et Anne est rouge de confusion. Charles n’est guère satisfait de la tournure prise, quelle tradition idiote, on se croirait à la foire aux bestiaux ou au marché aux esclaves.

La fin de la vente approche, il n’y a plus d’enchérisseur, un grand benêt de Colombe le village d’à coté, un peu cousin par la mère de la mariée obtient la femme convoitée.

Anne est maintenant prisonnière et Charles doit verser une rançon pour la délivrer, le groupe de turbulents fait monter la somme. Le marié commence à s’énerver et chacun comprend.

La somme demandée est récupérée puis donnée aux demoiselles d’honneur pour l’acquisition de dragées.

Charles a enfin récupéré sa femme et l’invite à danser.

La tradition de la vente de la mariée s’est perpétuée dans la vente de la jarretière. C’est un peu le même principe, des enchères orchestrées par un convive et une robe qui monte ou qui descend en fonction du sexe de l’enchérisseur. La jarretière est un élastique qui autrefois retenait les bas. Elle est placée très haut sur la cuisse et bien sur l’intérêt est que celle ci se dévoile. Si l’enchère finale est remportée par une femme la jarretière reste en place, si un homme gagne il doit enlever le galant élastique lui même.

Bien sur suivant le degré éthylique les propos deviennent un peu osés, cette tradition qui pour être gênante pour la mariée avait l’avantage de garnir la corbeille des mariés de quelques billets.

Bientôt tombée en désuétude et sous le coût des féministes qui trouvent avilissant cette remontée de robe et le dévoilement d’un carré de soie blanche.

Charles et Anne réussirent à s’éclipser, mais échappèrent -ils à l’œil vigilant des noceurs qui guettaient leur sortie.

La noce se poursuit généralement le lendemain, voir le surlendemain, toujours sous le même schéma, danses et ripailles. La noce se déplace également chez les invités des villages voisins où ces derniers sont tenus d’ offrir une tournée de vin Briard. Les convives s’en allaient traditionnellement au bourg pour offrir quelques ustensiles ou babioles. Les moyens financiers de chacun étaient fort réduits voir inexistants, mais c’était symbolique et tout le monde s’y prêtait.

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