LES CURÉS D’AUTREFOIS

Une église Seine et Marnaise

 

Le curé de village dans la société paysanne occupait une position centrale dans la communauté.

Installé dans sa cure ou son presbytère à l’ombre de l’église il était le personnage phare, celui que tout le monde connaissait et saluait avec déférence.

Sa tenue le distinguait car il portait soutane noire, était normalement tonsuré et ne devait point porter perruque.

Il avait un niveau de culture bien supérieur à l’ensemble des paroissiens car rappelons le le temps des curés ignares était bien passé au 18ème siècle.

Il avait en général côtoyé une école secondaire puis le grand séminaire. Certain par goût , par capacité ou par moyen était même docteur en théologie et avait fréquenté les doctes universités.

Bien évidement il parlait couramment une deuxième langue à savoir le latin, cette dernière bien que chantante n’était point comprise par les paroissiens.

La plupart du temps il était de la région, ce qui était très utile pour en connaître le patois et les us et coutumes .

Il était rarement très jeune car pour être prêtre l’âge requis était de 25 ans, ensuite il fallait trouver une cure disponible et s’y faire nommer. Entre la sortie du séminaire et l’attribution d’une paroisse les années pouvaient être fort longues. Les non pourvus devenaient vicaire dans le meilleur des cas, c’est à dire remplaçant ou adjoint d’un curé en place.

Pour parvenir à la prêtrise il fallait de nombreuses années d’étude et en ce temps seule une situation professionnelle aisée des parents pouvait le permettre.

Les curés ne venaient donc que très rarement des milieux défavorisés.

Ce dernier était rétribué au moyen de la dîme, s’ il ne la percevait pas lui même il en recevait une partie que l’on nommait portion congrue.

Je m’explique:  il existait deux types de paroisse celle dite bénéficiaire et celle à portion congrue.

Dans le premier cas, le curé exploitait son temporel et sa dîme lui même, soit en exploitant sa terre lui même ou en la louant à un fermier. Il était de facto un propriétaire qui exploitait sa terre .

Le décimateur primitif ayant abandonné au profit du curé la perception de cet impôt.

Dans l’autre cas le décimateur versait une somme au curé que l’on nommait portion congrue, ce personnage était bien évidement un haut dignitaire, Évêque, Abbé, Chapitre et Chanoines.

Cet impôt appelé aussi la décime portait sur le dixième de la récolte, mais comme on peut s’en douter entre la théorie et la réalité le pas était immense. En vérité l’anarchie était totale , pas une province n’avait le même pourcentage, pas un diocèse n’utilisait les mêmes bases, aucune commune ne payait pareil et comble de l’iniquité les taux étaient variable pour une même paroisse.

Le curé avait-il les moyens de vivre de sa portion, il semblerait que oui car même si il devait en garder une part pour ses pauvres cette somme était largement supérieure à ce que pouvait gagner un laboureur.

Il n’avait pas charge de famille et en plus percevait le casuel qui si la paroisse était importante pouvait être un complément fort intéressant.

Le casuel était l’argent collecté aux offices, aux enterrement, aux baptêmes etc.

Un curé bénéficiaire était il plus riche que celui soumit à portion congrue ? cela était aussi très variable, mais il est avéré que cette portion congrue n’était pas si mince et que le curé qui la percevait n’était pas si pauvre.

De plus le curé pouvait posséder des biens en propre et les faire fructifier.

Pour conclure notre homme en noir se plaçait certainement parmi les notables du village.

Laissons maintenant ces contingences matérielles somme toute très variables et concentrons nous sur le quotidiens de ces acteurs de la vie villageoise.

On a vu qu’il habitait au presbytère quand le village en possédait un et  il avait une servante qui ne devait pas avoir moins de 50 ans.

Son activité maîtresse était évidement la célébration de la messe et il pouvait y en avoir une palanquée.

Au cours de ces messes il célébrait évidement l’eucharistie, mais prêchait la parole divine, tout cela dans un latin parfait et codifier par la haute autorité.

Une partie de la cérémonie s’adressait en la langue du village , le curé sermonnait ses ouailles, les sujets étaient variés, respect des coutumes, des lois, de l’autorité, de l’orthodoxie religieuse, mais aussi des bonnes mœurs. En bref il se mêlait de tout et était un rouage intermédiaire entre l’autorité royale et les villageois.

Au prône il lisait en effet les édits et les ordonnances royales

Le curé lançait aussi des monitoires qui étaient comme des appels à témoins pour des crimes ou des délits.

Notre bon prêtre ne chômait guère, entre les baptêmes, les relevailles, les mariages, l’extrême onction, les enterrements, les messes, les célébrations de fêtes religieuses, les jubilés, les visites pastorales.

Il avait aussi vocation à aider les pauvres, faire le catéchisme et aussi parfois l’exorciste . Il lui arrivait aussi à l’occasion d’être maître d’école.

Et puis évidement l’occupation qui nous intéresse le plus en tant que généalogiste est la tenue des registres de catholicité. En effet comme chacun le sait l’ordonnance royale de Villers-Cotterets en 1539 ordonnait au curé de tenir une sorte d’état civil, registre en 2 exemplaires, l’un au village, l’autre au greffe de la sénéchaussée ou au greffe du bailliage.

Il pouvait aussi à l’occasion recevoir le testament d’un moribond si le temps pressait ou qu’aucun notaire ne se trouvait disponible.

Nos bons curés attentifs à la bonne marche du village se mêlaient aussi de la vie privée de ses paroissiens qu’ils recevaient au confessionnal.

Les mères qui tardaient à faire abandonner le sein à leur marmot sous prétexte de retarder une nouvelle maternité, les demoiselles un peu légères, celles qui tardaient à avoir enfants recevaient une sévère algarade.

Nos curés éclairés diffusaient parfois des idées nouvelles en termes d’agriculture, de botanique ou d’alimentation.

Voila pour ce tableau certainement incomplet et sommaire des occupations de nos curés d’ancien régime.

Complètement intégrés, respectés et voir aimés par les paroissiens, ils furent des acteurs majeurs de la société d’autrefois.

Publicités
Publié dans LA VIE DE NOS ANCETRES | 1 commentaire

LES CURÉS D’AUTREFOIS ( SUITE )

Église d’Aulnay de Saintonge

 

Cet article est destiné à tous les chercheurs amateurs et passionnés que nous sommes.

La généalogie a pour source essentielle la lecture des registres paroissiaux puis d’état civil.

De la belle écriture de ses rédacteurs dépend notre compréhension et notre vitesse de déchiffrage.

Les choses sont, disons le, très simples après 1792, des officiers d’état civil, une forme standardisée de rédaction et une écriture somme toute à peu près correcte.

Mais intéressons nous à la période antérieure où les registres étaient tenus par des curés.

Qui étaient ces hommes et comment étaient ‘ils organisés ?

Bien entendu je vais résumer, car sinon il faudrait que j’écrive une œuvre en dix tomes. Le but de mon texte étant de s’y repérer un peu dans les fonctions et la hiérarchie ecclésiale.

CURÉ

A la base se trouve notre curé , il est à la tête d’une paroisse dont les diversités en nombre d’habitants et en étendues sont très nombreuses.

De quelques dizaines d’habitants à plusieurs milliers la charge n’est évidement pas la même.

ARCHIPRÉTRÉ

Regroupe plusieurs paroisses et est contrôlé par un archiprêtre.

Là aussi pas de règle, le nombre de paroisses formant un archiprêtré est très variable.

ARCHIDIACONÉ

Cette appellation concerne un regroupement de plusieurs archiprêtrés qui on s’en doute maintenant sont de tailles variables.

ÉVÊCHÉ

A la tête du diocèse se trouve évidement l’évêque qui commande l’ensemble.

Là aussi aucun diocèse Français n’est de taille équivalente il en est des petits et des grands , des riches et des pauvres. Ils ne correspondent pas à nos départements actuels et souvent ne correspondent pas à une province ou à une région.

Ces découpages un peu anarchiques venus du moyen age et pratiquement inchangés jusqu’à la révolution ne correspondent plus toujours à la répartition géographique du siècle des lumières.

Pour résumer le curé est le détenteur d’une cure, l’archiprêtre est à la tête d’un regroupement de paroisses et l’archidiacre est le responsable d’une subdivision du diocèse que l’on nomme archidiaconé.

Voilà pour quelques appellations que nous rencontrons souvent, nous allons en voir d’autres mais examinons un peu comment on arrivait à de tels postes.

Pour la période qui nous intéresse les prêtres étaient des lettrés ( évidement il y avait différents niveaux ), ils avaient donc fréquenté des écoles.

Petits séminaires qui correspondaient aux collèges et lycées et qui formaient des futurs séminaristes mais aussi des laïcs.

Puis venait le grand séminaire qui formait les prêtres.

Globalement petits et grands séminaires n’étaient pas gratuits et représentaient une charge importante pour les familles, ce qui éliminait le plus souvent les pauvres.

Les curés du siècle des lumières sont donc issus des classes sociales élevées ou moyennes mais rarement de la classe paysanne qui représente pourtant l’essentiel de la population Française.

Une fois le diplôme obtenu, la galère commençait car il fallait obtenir une cure. En utilisant les termes actuels, mieux valait avoir du piston, car l’attente pouvait être longue.

Trois méthodes existent pour se voir attribuer une cure.

La collation, la résignation et la primauté accordée aux prêtres gradués.

LA COLLATION

Pour faire simple, chaque paroisse possède un patron ou un collateur ( qui est censé descendre du fondateur de la cure ou en être son successeur )

Ce patron est très souvent l’évêque, mais est aussi abbés et religieux, chapitres et chanoines, abbesses et religieuses, prieurs et aussi quelques seigneurs laïcs .

Les patrons sont donc des hauts personnages qui placent des hommes liges. Le clientélisme, les endogamies familiales sont les règles de nomination par collation.

LA RESIGNATION

Le titulaire d’une cure se démet de son office devant notaire en échange d’une rente viagère.

Là aussi le clientélisme est la règle, les cures restent quelques fois fort longtemps dans des mêmes familles.

PRÊTRE GRADUÉ

Un prêtre gradué est le détenteur d’un diplôme universitaire. Il est en théorie prioritaire sur les cures urbaines.

Voila pour les nominations, le jeune curé âgé au minimum de 25 ans doit donc attendre une place vacante ce qui peut parfois prendre une dizaine d’années. Avec un tel système il n’y avait pas de règles bien précises, il fallait connaître du beau monde et se faire pistonner.

En attendant vous étiez vicaire, ( on voit souvent cette appellation sur les actes ), en quelque sorte un curé adjoint ou remplaçant. Mais là aussi, la chance et plus sûrement le soutien d’une connaissance étaient le gage de trouver un curé qui voulait ou pouvait partager sa cure et les bénéfices qui en découlaient.

En bref la mainmise sur une cure arrivait souvent à l’age moyen de 35 ans.

Voilà pour ce premier aperçu de l’organisation cléricale dans nos campagnes au 18ème siècle, un article fera suite et traitera  du rôle des curés dans un village.

Publié dans LA VIE DE NOS ANCETRES | Laisser un commentaire

PETIT REMERCIEMENT AUX LECTEURS DE MON BLOG

Mon havre de paix

 

 

Chers généamis et généacousins mon blog va avoir 3 ans et vous êtes de plus en plus nombreux à lire mes petits billets. Je tiens à vous en remercier chaleureusement.

Au départ dans mon esprit ce blog avait, je dirais vocation familiale et devait héberger des chroniques qui instruiraient mes enfants, petits enfants, neveux et nièces sur la vie de leurs ancêtres.

Puis grâce aux différents groupes généalogiques dont je remercie les administrateurs j’ai élargi ma base de lecteurs. J’ai la fierté d’avoir été visité presque 25 000 fois cette année. Ce qui est plus du double par rapport à l’année précédente.

Je traite maintenant de sujets variés en essayant toutefois de ne pas trop m’éloigner de la généalogie et de ma famille qui sont quand même le cœur du sujet.

J’ai publié 110 articles, certains vous ont beaucoup plus, d’autres moins, certains étaient bien écrits, d’autres beaucoup moins bien. Des textes que je considérais comme intéressants n’ont pas été lus et c’est pour cela que je me permettrai de vous en représenter quelques uns.

Cette année le palmarès des vues revient à mon article sur les Relevailles et sur une sinistre histoire de viol ( qui était déjà en tête en 2016) et mon texte sur le Maraichinage.

Je vous remets les liens de mon top cinq si vous voulez les découvrir ou les redécouvrir.

Je tiens aussi à remercier mon épouse pour la correction orthographique de mes textes, sans sa  revisite je vous  hérisserais de mes étourderies.

Je vous remercie donc encore une fois pour votre assiduité à me lire, je vais continuer à tenter de produire des récits de qualités  n’hésitez pas à commenter, à partager et à me contacter. J’espère que l’année 2018 vous sera fertile en découverte

Bonnes et joyeuses fêtes .

Pascal

 

https://pascaltramaux.wordpress.com/2017/04/07/les-relevailles-dautrefois-2/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2016/11/18/le-maraichinage-de-la-coutume-ancestrale-a-la-liberte-sexuelle/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2017/05/19/la-mort-du-mendiant-qui-nen-etait-peut-etre-pas-un/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2015/05/16/une-sinistre-histoire-de-viol-1797-dans-un-village-de-laisne/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2017/06/02/le-viol-dune-vie-ou-le-malheureuse-destin-de-marie-therese/

 

Publié dans NON CLASSÉS | Laisser un commentaire

UN VEUF CERTES , MAIS PAS POUR TRÈS LONGTEMPS

 

 

Vendredi 24 janvier 1749, les cloches de la petite paroisse de Ségrie en la province d’Anjou résonnent d’un son lugubre. Le glas annonciateur du malheur répand la nouvelle de la mort de la jeune Anne Maulny.

Âgée d’à peine 28 ans la jeune femme est l’épouse au Jacques Leloup un bordager du village, elle ne s’était point remise de son difficile accouchement du 20 novembre 1748. Deux mois d’une longue agonie où la fièvre alternait avec des moments trompeurs de rémission. La petite Anne fruit de cette douloureuse expérience n’avait survécu que 20 jours.

L’infortunée fut portée en terre et Jacques se retrouvait seul avec un drôle encore à la mamelle. Trop jeune pour être sevré le petit Jacques, momie emmaillotée fut confié à l’opulente poitrine de sa tante Catherine Fresnay.

Cela ne pouvait qu’être provisoire et cela le fut.

Jacques aidé par son frère François établirent une liste des filles épousables dans la paroisse et tombèrent vite d’accord sur Louise Lebreton une accorte jeune fille de bonne réputation . Notre veuf s’en fut sur le champs demander sa main. La mère de la jeune fille veuve également crut un instant que le jeune Jacques lui demanderait de partager sa vie. Elle en fut décontenancée quand on lui demanda sa fille. Le parti n’était point mauvais elle accepta et un contrat scella la réunion des deux êtres.

Louise la mère et Louise la fille trouvèrent bien un peu que le Jacques était pressé, mais ma foi un homme de cet age ne pouvait rester seul et qui plus est avec un si jeune marmot. Elles ne furent d’ailleurs pas les seules à s’interroger sur une telle précipitation et le père Bodereau curé de la paroisse faillit s’étrangler dans son surplis.

Le bon apôtre se laissa convaincre mais dût obtenir une dispense de bans pour pouvoir les unir devant Dieu.

Les trois bans obligatoires depuis le 13ème siècle étaient des annonces faites aux prônes des offices qui précédaient le mariage. Cette mesure est faite pour empêcher les mariages clandestins et lutter contre la consanguinité. Le père Bodereau connaissant ses ouailles était certain qu’aucun lien de sang n’unissait Jacques et Louise, il obtint dérogation de deux bans par Monseigneur l’illustrissime et révérendissime évêque du Mans.

Et c’est ainsi que le lundi 17 février 1749 Jacques Leloup et Louise Lebreton furent unis devant dieu et en présence de tous dans les liens sacrés du mariage.

Vingt quatre jours ne s’étaient point écoulés entre la mort d’Anne et le remariage de son époux survivant. Le corps de la malheureuse n’était encore retourné en poussière que Leloup dévorait une jeune vierge.

Neuf mois plus tard naquit le premier enfant d’une longue série et le petit Jacques put passer des seins de sa tante à ceux de sa belle mère.

Jacques fit 12 enfants à Louise Lebreton entre l’année 1749 et l’année 1771. Cette mère féconde s’éteignit en 1783 à l’age de 54 ans.

Notre bordager qui n’avait que 63 ans se sentait encore vert et chercha une nouvelle compagne. Cela prit un peu plus de temps, il était bien vieux. Mais il y parvint et 13 mois après avoir porté en terre sa seconde femme il épousa une petite gamine de 28 ans sa cadette. Et croyez vous ce qu’il advint, lui vaillant et elle féconde ? Une petite fille arriva en leur foyer ils la nommèrent Françoise, rien d’original me direz vous car Jacques avait déjà nommé 2 de ses filles ainsi.

Jacques dans un ultime élan fit un dernier enfant. Pour clôturer cette jolie série de 16 enfants il le nomma Jacques. La boucle était refermée il avait 72 ans.

Il s’éteignit le 14 janvier 1797 en sa borderie de la Rougerie dans la commune qu’il n’avait jamais quittée, dans l’unité territoriale que l’on nommait maintenant le département de la Sarthe. Des 16 enfants, 8 lui survécurent et firent souches.

Publié dans LA VIE DE NOS ANCETRES | 1 commentaire

OU ÉTAIENT ENTERRÉS NOS ANCÊTRES ? ÉTUDE SUR UN PETIT VILLAGE DE LA MANCHE AU 18EME SIÈCLE

 

 

Alors que je relisais l’ excellent livre de Philippe Ariès  » l’homme devant la mort  » mes recherches généalogiques m’avaient porté dans une petite localité du département de la Manche nommée Teurthéville le Bocage. Le chapitre qui s’ouvrait à mes yeux traitait des inhumations et il me vint l’idée de vérifier les dires de l’auteur en étudiant le village de Teurtheville.

La question posée était simple, où étaient enterrés les habitants du village au début du 18ème siècle ?

Si à notre époque le dilemme se pose entre l’inhumation et la crémation, au 18ème siècle, le choix se portait entre un enterrement dans l’église,où sous les bâtiments appelés » charnier, » qui jouxtaient encore les murs du Saint endroit où bien évidement au cimetière.

Choix cornélien, non pas !!!! L’enterrement dans l’église était réservé à ceux qui pouvaient se le payer et les prix croissaient en fonction de la distance qui les rapprochait du chœur de l’église .

Plus on s’éloignait de ce saint endroit plus les prix diminuaient, les charniers qui étaient en quelques sortes des endroits intermédiaires entre l’église et le cimetière avaient également une cote assez élevée.

Les plus pauvres qui finalement n’avaient guère le choix finissaient dans la fosse commune, car les tombes individuelles n’étaient encore que très peu répandues.

Le plus égalitaire des endroits était encore l’ossuaire, car le sous sol de l’église était régulièrement vidé des restes solides des chers défunts afin de libérer de la place pour les nouveaux arrivants. Comme on vidait régulièrement la fosse commune pour faire place nette, les os des pauvres comme ceux des riches se trouvaient mêlés.

Voila pour les sanctuaires, mais que l’on ne s’imagine pas les lieux comme ils le sont maintenant, tristes, silencieux, chargés d’une tension émotionnelle et où chacun se recueille.

Non les lieux bien que remplis de morts étaient bien vivants, le cimetière était lieu de commerces, de rassemblements, de discussions, voir de fêtes. La fosse commune ouverte à tout va, ne semblait gêner personne.

La mort n’était point honteuse et tout le monde vivait avec.

La situation dans l’église était la même et en plus des services religieux elle avait les mêmes fonctions de rassemblement que le cimetière. Endroit privilégié aux sépultures, le sous sol des églises n’était que lieu de repos et le dallage que pierre tombale.

Dans ce chaos de dalles soulevées les émanations méphitiques empêchaient souvent les desservants de poursuivre leur messe et aux villageois groupés sur leur banc de les suivre .

ÉTUDE SUR LA PAROISSE DE TEURTHEVILLE LE BOCAGE

PROVINCE DE NORMANDIE

ANNÉE 1701 1705

Pour cette paroisse on distingue un certain nombre d’endroits bien spécifiques.

En premier lieu le cimetière.

En second l’église ou plusieurs lieux ont la faveur des paroissiens.

  • La nef

  • l’allée du haut de la nef

  • l’allée du bas de la nef

  • le chœur

  • la chapelle Saint Jacques

  • la chapelle de la sainte Vierge

  • le portail.

Précisons que le Chœur est réservé à l’élite de la noblesse locale et que l’inhumation dans la chapelle de la sainte Vierge est soumise à l’autorisation des patrons de la paroisse.

Année 1701

28 décès

14 au cimetière

5 dans la nef

3 dans la chapelle saint Jacques

5 allée du bas

1 allée du haut

50% d’inhumation dans l’église

Année 1702

18 décès

9 au cimetière

4 dans la nef

1 allée du bas

1 chapelle saint Jacques

1 chapelle de la vierge

1 dans le chœur

1 église sans précision

50% d’inhumation dans l’église

Année 1703

25 décès

13 au cimetière

3 dans la nef

1 Allée chapelle saint Jean

5 allée du haut

2 allée du bas

1 chœur

48% d’inhumation dans l’église.

Année 1704

25 décès

15 au cimetière

3 dans la nef

2 chapelle saint Jacques

1 chapelle de la Vierge

1 allée du bas

3 allée du haut

40% dans l’église

Année 1705

47 décès

30 au cimetière

10 dans la nef

4 allée du bas

1 allée du haut

1 chapelle Saint Jacques

1 sous le portail

36% dans l’église

Comme on peut le voir dans cette énumération l’habitude d’enterrer ses morts à l’église est bien ancrer dans ce village et l’on peut en conclure que seuls les plus pauvres avaient le droit à la fosse commune du cimetière.

Les habitudes perdureront comme l’indique les chiffres suivants mais diminueront de décennie en décennie

Année 1720

52% dans l’église

Année 1730

29% dans l’église

Année 1740

28% dans l’église

Année 1750

5% dans l’église

Année 1760

15% dans l’église

Année 1770

20% dans l’église

Comme on peut le voir une nette diminution au milieu du siècle puis une remontée juste avant les ordonnances royales interdisant les enterrements dans les églises.

Les dernières inhumations dans l’église de Teurtheville auront lieu en 1777 et seront au nombre de 3.

Le Seigneur du lieu sera enterré dans le chœur , une personne remarquable nommée Suzanne Peronelle sous le portail et un personnage dont l’action nous est inconnue  dans la nef.

Comme on peut s’imaginer le sol de cette église devait ressembler à un immense chantier où les odeurs nauséabondes devaient troubler les offices.

Certaines inhumations se faisaient dans des caveaux construits sous des chapelles particulières, mais la majorité n’avait le droit qu’à un espace clos de pierres plates, soit directement sur le sol recouvert par une stèle qui faisait office de dallage dans le saint Edifice.

Les emplacements ne portaient pratiquement jamais de nom et seule la mémoire familiale permettait de s’y retrouver. Les fossoyeurs sur les indications approximatives des parents tentaient des regroupements familiaux. Au vrai ils ne s’embarrassaient guère de scrupules, soulevaient la dalle avec un crochet, déterraient les ossements qui les gênaient, et les empilaient à l’ossuaire pour placer la nouvelle dépouille vêtue de son seul suaire.

On imagine à peine avec nos sensibilités modernes les dizaines de corps en décomposition à peine enfouis sous ces dallages séculaires, émanations, explosions de gaz, bruits, en bref un vrai film d’épouvante. Cela ne troublait guère tant l’enterrement ad sancto avait les faveurs.

Publié dans NON CLASSÉS | 2 commentaires

LE RÔLE D’ÉQUIPAGE DE LA  »BRETONNE  » OU LES NOUVEAUX CONVERTIS DE LA ROCHELLE

Le havre de La Rochelle

 

A l’abri dans le havre, les marin de la  » Bretonne  » s’affairaient au départ. Le travail était rude car le chargement de la cargaison était important, principalement de l’eau de vie de xaintonge mais aussi du sel . Ce dernier acheté au havre de Brouage avait été déchargé depuis la anse de chef de baie par des petites barques qui pénétraient plus aisément dans le vieux port de La Rochelle . La tendance naturelle à l’envasement avait été accentuée par la construction de la digue Richelieu et sa destruction imparfaite.

La  » Bretonne  » navire de taille moyenne attendrait une bonne marée pour s’extraire du chenal.

Si les matelot trimaient et suaient sang et eau le capitaine Abel Ruelle gueulait à pleins poumons pour faire accélérer ses hommes.

Malgré ses 28 ans, le jeune capitaine était fort expérimenté et très respecté dans le monde fermé des marins. Ayant commencé comme pilote dans les eaux pernicieuses des pertuis, il avait acquis un savoir qui lui permettait maintenant d’obtenir des commandements pour des voyages à travers l’Atlantique.

Abel vivait dans la paroisse Saint Sauveur avec sa femme Magdeleine Deloze, ce quartier tourné vers la mer abritait de nombreux marins .

Le capitaine attendait son second pour pouvoir aller rejoindre son épouse avant le grand départ. On ne pouvait laisser les matelots sans surveillance.

Justement Samuel Miot, 32 ans pilote et second du navire sortait de chez lui. Il n’avait guère de chemin à faire car le quartier Saint Jean du Perrot n’était qu’à une encablure du quai.

Ils se passèrent les consignes, Abel avait confiance en cet homme qui outre son professionnalisme sans faille était aussi son beau frère.

Capable aussi de diriger les manœuvres, Nicolas Texier contremaître, un vieux loup de mer de 56 ans originaire de La Tremblade, les cheveux noirs, le teint halé, le visage raviné par de nombreuses rides, il ressemblait à un pirate Maure . Chacun se méfiait dans les tavernes de sa poigne vigoureuse.

Devisant avec Jean Chevalier ils arrivaient de concert pour s’embarquer.

Jean était tonnelier, profession éminemment stratégique à bord où tout ce qui était périssable se transportait dans des tonneaux, il avait lui aussi de nombreuses années de navigation et ses 55 ans ne lui pesaient encore pas trop.

Lui aussi était de la paroisse Saint Jean du Perrot sa femme Anne Christoleau s’occupait de leur nombreuse progéniture . Très proche de la famille Ruelle, le frère du capitaine avait même été le parrain de sa fille Anne .

Samuel Bineau nouveau converti de la paroisse de Ruffec âgé de 20 ans et André Chevalier également fraîchement converti de La Tremblade et âgé de 37 ans chargeaient des barriques sur le navire.

Jean Depat matelot de 22 ans également nouveau converti était de la paroisse d’Esnandes de taille moyenne, il était en train de vérifier une voile.

Outre le fait qu’ils étaient tous les six habitués à naviguer ensemble, un point commun les rassemblait, ils avaient les mêmes convictions religieuses.

Leurs croyances étaient jusqu’à très peu de temps celle des protestants, mais sous la pression du roi soleil et de ses sbires ils avaient abjuré et étaient devenus des nouveaux convertis.

Bien évidement leur foi était toujours la même mais ne pouvant fuir comme beaucoup ils avaient longtemps fait face et résisté aux persécutions multiples et variées.

Mais quand l’édit de Fontainebleau de 1685 avait annulé le fameux édit de Nantes il fut très difficile même en se cachant de résister à l’oppression.

Abel et les siens résistèrent courageusement mais vint le temps des dragonnades et tous abjurèrent pour que l’odieuse occupation de la soldatesque cesse enfin.

Les nouveaux catholiques se coulèrent dans le moule de la religion catholique apostolique et romaine poussant même le manichéisme à venir écouter les prêches du grand Fénelon. Ceci fait ils s’abstenaient de l’eucharistie et de toutes communions .

A bord entre soi il était en théorie plus facile de lire les psaumes mais le problème était de composer un équipage entièrement dévoué au calvinisme.

Malheureusement en ce mois de février 1687 ce n’était pas le cas car les autres membres de l’équipage étaient tous de foutus papistes.

Nicolas Téronneau le charpentier était un catholique ancien de La Rochelle, âgé de 23 ans, brun et petit il était bon dans son travail mais dans le quartier Nicolas sa réputation de curaillon le précédait il fallait donc s’en méfier.

François Cossaud de la paroisse de Saint Nicolas était un ancien catholique de La Rochelle, 35 ans surnommé le rouquin, il était peu connu par Abel, il faudrait par conséquent faire attention.

Jean Rossé, 22 ans petit le poil noir venait de Saint George d’ Oléron et se disait catholique de tout temps pour bien se démarquer des fraîchement convertis .

Le petit mousse de 16 ans nommé Pierre Gautre de la paroisse Saint Jean du Perrot et voisin de Samuel Miot était également un papiste de tous temps.

Il faut dire qu’à La Rochelle protestants et catholiques se côtoyaient journellement.

Le dernier membre d’équipage inconnu de tous et dont les convictions religieuses n’étaient point connues du capitaine était aussi d’Oléron mais de la paroisse de Saint Denis.

Le bateau avec ses membres d’équipages aux opinions bien divers fut bientôt près et appareilla pour Plaisance ( Terre Neuve ) . Les cales pleines de sel et d’eaux de vie, il reviendrai chargé des morues pêchées sur les bancs de terre neuve par une importante flottille de pêche.

 

Port de La Rochelle,  18ème siècle tableau Horace Vernet

Publié dans AU DÉTOUR DES ACTES | Laisser un commentaire

BABI YAR OU LE RAVIN DES BONNES FEMMES

Dans l’herbe

folle au ravin des bonnes femmes

Les arbres dirait-on profèrent des menaces

tels des juges.

De silence sont faits tous les cris de ce lieu

Je me découvre

et sens grisonner mes cheveux.

Je deviens à présent

cette plainte muette

qu’exhalent par milliers les morts inhumés là.

Je suis

chaque vieillard fusillé

sur ce tertre.

Je suis chaque bambin fusillé

sur ce tertre.

Longtemps j’aurai mémoire,

oh ! Longtemps de cela.

Eugène Evtouchenko

Magnifiquement triste que ce texte, mais qu’évoque t’ il ?

22 juin 1941 des millions d’hommes s’élancent, le loup hitlérien se jette sur l’ogre Russe.

Comparses en dépeçage les deux tyrans vont s’entre-tuer par l’intermédiaire de leur peuple. Jamais confrontation plus massive n’a eu lieu, le choc est terrible. Guerre sale, mais y’ en a t’ il eut des propres, tous se tuent avec application, les rouges plient et reculent.

Rapidement l’Ukraine est libérée du monstre bolchevique, pour être assujettie à la peste brune.

Hitler et ses sbires décrètent annihilation de l’ennemi  » Judéo Bolchévique  ». Il faut en finir, des groupes d’interventions  » Einsatzgruppen  » sont formés pour exterminer les juifs de l’union soviétique ainsi que les commissaires et partisans communistes .

Comme en Allemagne, comme en Pologne il faut en terminer avec cette « vermine »

L’avance est si rapide que la fuite est vaine, Kiev, capitale du pays tombe le 19 septembre 1941. Plus de 600 000 soldats russes sont faits prisonniers, futures victimes des Allemands et pour les survivants de leur propre camps ( mais cela est une autre histoire ).

Les russes en fuyant sabotent la ville et offrent la population en victime expiatoire à la fureur des nazis qui perdent des milliers d’hommes ensevelis sous les pièges du NKVD.

Les juifs qui de toute façon devaient périr, furent tenus responsables des attentats. Le 25 septembre la décision de détruire l’ensemble des juifs de Kiev et des environs est prise.

La grande action peut commencer et Paul Blobel chef du commando spécial 4 A passé maître en la matière peut avec l’aide de la Wehrmacht organiser son joli holocauste.

Ordre est donné pour que le 29 septembre jour du Yom Kippour la population Juive se réunisse en un point déterminé.

Le jour dit, une foule compacte se presse, chacun a appporté son argent, ses bijoux, ses vêtements d’hiver entassés dans des valises disparates. Inquiet, paniqué, ce troupeau pense transhumance et éloignement des zones de combats. Oui pourquoi pas, mais pourquoi seulement les juifs se demande t’ on .

Près de Kiev un ravin, 150 mètres de long , 30 de large, 15 de profondeur, on y conduit la foule, ignorante de sa destination.

Le nombre des moutons que l’on mène à l’abattoir est si grand qu’il annihile toute velléité de résistance, personne ne sait où il va et personne ne soupçonne l’ ignominie des événements qui va suivre.

Les maîtres d’œuvres sont les membres du sonderkommando de Blodel, aidés de SS, de membres de la Waffen SS et aussi de partisans Ukrainiens.

Tout est en place, nous avons notre lieu nommé le  » ravin de la bonne femme  »ou  » Babi Yar  » en Russe, nos soldats assassins, nos efficaces organisateurs, nos lâches collaborateurs locaux et plus de 30 000 juifs.

Au fil des arrivées, on demande à chacun de déposer ses bagages, les ordres fusent, les coups tombent, les chiens gueulent.

On s’exécute, mais pourquoi laisser ses bagages quand on a eu tant de mal à les trimbaler sous cette horrible chaleur.

Les SS deviennent hargneux et ordonnent aux futurs martyrs de se mettre nus. On résiste un peu, mais les matraques, les chiens qui mordent et les premiers coups de feux qui partent, ont raison de la pudeur.

Les enfants hurlent et pleurent, les femmes se lamentent en cachant pudiquement leur intimité. Les hommes têtes basses se résignent, des vieilles fripées aux  seins lourds courent apeurées en tous sens, des vieillards aux  jambes frêles le dos courbé  par les ans s’affaissent et s’effondrent sous les coups .

Les soudards s’amusent des nudités des femmes et les forcent à lever les bras pour bien voir leurs anatomies. Celles qui refusent sont battues, les matraques , les poings, les crosses s’abattent et fracassent les corps.

Des hommes se rebellent, et sont domptés d’une courte rafale, on les pousse dans le trou béant.

Mais le labeur n’attend pas, le troupeau s’entasse et l’on murmure.

Les Allemands font descendre les malheureux dans le ravin et les font allonger face contre terre.

Les mitrailleuses et les pistolets entrent en action.

La besogne et immense mais nos bourreaux sont efficaces le premier jour 22 000 juifs périssent.

Un bon repas, de l’alcool et quelques femmes forcées viennent redonner des forces à nos fiers soldats exténués. Au bout du 2ème jour les 33 000 juifs de Kiev sont exterminés.

Paul Blodel fier de sa besogne pourra s’enivrer à loisirs, l’ignominieux objectif est atteint

La tuerie sur le site se poursuivra pendant plusieurs mois et l’on estime à 100 000 le nombre des victimes.

Cette Shoah des balles n’eut pas que des juifs comme victimes mais également de nombreux Tziganes, Polonais et Ukrainiens.

La tombe de ces malheureux fut profanée en 1943 par les sbires du sale Blodel qui en un immense charnier tenta de faire disparaître les corps.

Staline lorsque ses troupes reprirent le pays fit peser une chape de plomb sur les événements de Bari Yar noyant les victimes de l’holocauste dans l’ensemble des pertes humaines soviétiques.

On en parla plus jusqu’aux beaux jours de la Perestroïka ou enfin quelques stèles vinrent honorer la mémoire de tant de victimes.

Hitler, Himmler, Borman ( peut être ), Goering se suicidèrent et Boldel fut condamné à mort et pendu en 1951.

Les simples exécutants qui ont survécu à la vengeance soviétique et aux tribunaux ont- ils eut des difficultés à dormir et à se regarder dignement dans une glace ou se réfugièrent ils derrière l’exécution d’un ordre donné ?

Ayons enfin une dernière pensée pour les victimes innocentes de la folie humaine.

Ps : Lire bien évidement sur le sujet les  » Bienveillantes  » de Jonathan Littell.

Publié dans DÉCOUVERTES | Laisser un commentaire