L’ EXPLOSION DU CÉSAR OU LA MORT TRAGIQUE D’ ÉTIENNE DUHAMEL

Nuit du 12 avril 1782

 

Lorsque l’on se balade dans les vieux registres à la recherche de nos aïeuls, nous découvrons subrepticement des petites mentions qui nous renseignent sur un élément de vie.

En l’occurrence, cherchant une énième Marie dans les registres paroissiaux de Criquebeuf en Caux, province de Normandie, ma lecture en diagonale m’amène à repérer une information sur la mort d’un habitant du village.

Les renseignemenst sur les causes des décès ne sont déjà pas fréquents mais quand ils se rapportent à un événement historique ils sont à proprement rarissimes.

Je vous le dicte en entier et nous verrons ensuite à restituer le décor du drame.

 » Etienne Duhamel matelot de cette paroisse mort le 12 avril 1782 sur le vaisseau du Roy le César qui a sauté en l’air, suivant le certificat du commissaire des classes de la marine délivré à Fécamp le 2 juillet 1785. Sur le témoignage de deux matelots embarqués avec lui qui rapportent l’avoir laissé à bord lors de l’explosion du dit vaisseau.  »

Voila pour l’annotation, pénétrons plus avant dans les faits.

Etienne Duhamel lorsqu’il embarque à bord du  » César  » est un matelot de 43 ans, il laisse une femme et un petit garçon à terre. La jolie épouse se nomme Marie Anne Duhamel et n’est âgée que de 25 ans. Le petit garçon né avant mariage va bientôt avoir 6 ans.

Tous les hommes de la famille sont mariniers et les femmes sont habituées aux absence prolongées de leur compagnon.

L’embarquement est d’importance car le  » César  » est un vaisseau de  74 canons de la marine royale, long de 54 mètres, il possède 2 ponts et est armé de 28 canons de 36 livres, 30 de 18 livres et 16 de 8 livres.

Cet arsenal est mené par environ 740 hommes et mu par une surface de voilure de 2500 mètres carrés.

Sans le savoir Etienne Duhamel qui sous le commandement du commandant d’Espinouse quitte en mars 1781 le goulet de Brest pour se joindre à l’escadre du comte de Grasse dans les Antilles va participer à la guerre d’indépendance des États Unis.

C’est un événement majeur pour l’histoire du monde mais notre matelot Normand entassé à bord avec ses camarades et la viande sur pied ne s’intéresse guère à la guerre franco américano – Anglaise.

Dès le 28 avril 1781 c’est le combat de Fort Royal où De Grasse débloque la Martinique au détriment de la flotte de Hood.

Le 24 mai De Grasse couvre le débarquement de Tobago

Le 5 septembre le  » César  » participe avec la flotte à la célèbre bataille de la Chesapeake.

Le 25 et 26 janvier il participe enfin à la bataille de Saint Christophe.

Etienne et les autres ne souffrirent guère de ces différents engagements et c’est le cœur confiant que le 12 avril 1782 ils participèrent à leur ultime bataille.

Cette confrontation navale qui fut fatale à notre héros de Criquebeuf se nomme la bataille des Saintes. Du nom de petites îles qui sont situées entre la Guadeloupe et la Dominique.

On y retrouve le comte de Grasse et l’anglais Rodney et 35 navires Français escortant un convoi de 100 navires de transport poursuivit par une meute de 36 navires anglais bien plus rapides.

Les anglais aux coques cuivrées rattrapèrent les Français mais le premier affrontement permis au convoi de s’échapper.

Trois jours plus tard le 12 avril c’est l’ affrontement final, la tactique de Rodney et de Hood aidée par le vent s’avère fatale aux Français qui prennent une bonne dérouillée.

De Grasse avec son vaisseau amiral la  » Ville de Paris doit se rendre  » et 4 navires Français sont capturés. La flotte Française se retire en désordre sans être poursuivie sans que l’on sache pourquoi   par les British.

Quoi qu’il en soit le navire de Etienne Duhamel commandé par le capitaine Marigny fut saisi par le HMS Centaure et un équipage de prise monta à bord du  » César  ». Avec de nombreux morts et complètement démâté le fier 74 n’avait pu se sauver.

La perspective d’une longue captivité n’enchantait guère l’équipage, seuls les officiers étaient échangés ou libérés sous condition d’argent . Pour les pauvres hères c’était l’emprisonnement dans les geôles fétides des îles britannique.

Il eut mieux fallut l’internement, dans la nuit pour une raison inexpliquée une violente explosion secoua le  » César  ». Le feu prit dans la Sainte Barbe et enflamma les poudres stockées à proximité.

La déflagration fut terrible et le navire comme projeté en l’air, 400 hommes d’équipage et 50 anglais périrent dans cette tragédie.

Le  » César  » fit parti des vingt navires Français détruits pendant la guerre d’indépendance Américaine.

Si la lutte pour la liberté fut gagnée par les Américains, les Français y virent l’occasion de s’enfoncer encore plus dans la banqueroute .

La révolte des colons Américains n’est évidement pas la cause de la révolution Française, mais les dépenses de la guerre contre les Anglais accentuèrent la déroute financière du royaume et accéléra la chute de la monarchie.

Le décès du pauvre Etienne Duhamel est évidement sans importance, sa veuve se remariera et son fils grandira avec un beau père.

Anonyme parmi les anonymes la poussière de notre marin Normand saupoudre t ‘elle encore les belle plages Guadeloupéennes !!!!

Note : Étienne Duhamel né à Criquebeuf le 7 avril 1738 de Étienne et Marie Lenormand.

Marié le 15 février 1779 0 Criquebeuf en Caux avec Marie Anne Duhamel, ont un fils nommé Jacques Étienne le 30 octobre 1778, dont postérité.

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CACHEZ CES ROBERTS QUE JE NE SAURAIS VOIR

 

La multitude de vocables qui fleurit pour désigner Mesdames vos belles poitrines illustre fort l’intérêt que nous y portons. Qu’ils soient gros, petits, tombant, pointant, en forme de poire ,de pomme , d’orange ou de pastèque vos attributs attirent, nous les aimons.

Les noms fleurissent, certains mignons, d’autres un peu gras, injurieux et gentils, moqueurs où élogieux. La liste est longue ne jouons pas au dictionnaire, le propos n’est pas là. Pour illustrer le sujet amusons nous des plus beaux, doudounes, roploplo, rotoplos, nénés, nichons, mise en train, avant mains, avant scène, nibards et roberts. La liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut.

Le préambule ainsi posé, revenons au dernier terme et tentons d’en percer l’origine.

Au vrai je ne m étais jamais posé la question mais ce dimanche lors d’une conversation studieuse j’en appris la belle histoire.

Des petits mot désignant vos sublimes appâts , il ressort souvent soit une origine coquine, soit nourricière, ignorons les tristes nominations odieusement moqueuses.

Les Roberts sont dans la deuxième catégories, comme certainement lolos ou doudounes ou même nénés.

Comme vous êtes toutes trop jeunes pour en deviner le sens je vais donc vous livrer cette utile information pour briller en société.

Au 19ème siècle un inventeur génial œuvra Mesdames pour vous faciliter la vie. Que cela soit aux champs, à l’usine, au parc ou chez soi sortir ses opulentes mamelles pour rassasier le chef d’œuvre de votre vie n’était pas et n’est toujours pas très facile.

Certes la beauté d’une femme qui allaite n’a rien d’égale mais la société en pleine évolution autorisait moins le sublime déballage.

Les biberons ne sont pas invention du 19ème et les belles romaines l’utilisaient déjà, mais l’industrie en pleine essor permit la multiplication d’objet en verre. Un inventeur dijonnais à la fin des années 1860 créa un biberon en verre, au qu’elle il adjoint un  long tuyau de caoutchouc terminée par une tétine. Ce biberon à soupape car possédant un second trou pour réguler le débit permis à l’enfant de boire seul et de libérer sa maman.

Le succès fut fulgurant et en 1873 l’invention fut récompensée d’une médaille à l’exposition universelle.

Pendant un demi siècle cette entreprise va marquer l’histoire du biberon industriel, fabrication en série, publicités, innovations.

Notre génial inventeur, notre entreprenant industriel s’appelait Édouard Robert et donna bien involontairement son nom à vos poitrines.

L’invention somme toute n’était pas de lui mais de son père Jean Pierre Robert mais son génie fit que cette dernière ne resta point dans un carton.

Le procédé certes génial s’avéra être un nid à microbe et le biberon nommé le  tueur, fut interdit en  1910.

Le biberon Robert à Soupape munit d’un long tuyau agrémenté d’un second trou dit soupape a donc donné son nom à une rue de Paris et à vos seins.

Quoi que le terme se perd un peu,  lorsque un polisson vous parlera de vos « Roberts « ou vous demandera de les lui montrer, pensez quelques instants à ce monsieur qui participa à sa façon à l’émancipation et à l’amélioration de la condition féminine.

 

 

Source : voir histoire du biberon.com.

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LES DÉCLARATIONS DE NÈGRES ET DE NÉGRESSES AU SIÈCLE DES LUMIÈRES

 

Comme vous ne pouvez l’ignorer à la lecture de mon post précédent , il était de bon ton au 18ème siècle de posséder son bon sauvage.

Chaque officier, armateur, noble, bourgeois qui revenait des Îles ou des côtes africaines se mettait en peine de ramener la perle rare. Chaque bateau revenant à Lorient, Nantes, La Rochelle ou Bordeaux ramenait son noir, son négrillon, sa négresse, sa négrille ou son mulâtre.

Ces déracinés devenaient le plus souvent domestiques, perruquiers, cuisiniers, cuisinières, servantes et n’étaient nommés le plus souvent que par leur prénom.

Quand vint l’ordonnance royale de 1777 divers cas se présentèrent :

Le chevalier de Turpin officier de marine au port de Rochefort, représenté par un commis greffier Mr Avrard déclara deux domestiques à son service.

Un noir nommé André âgé de 22 ans natif de Saint Pierre de la Martinique venu en France sur le navire la ville de Renne commandé par le sieur Genevois en janvier 1777.

Une mulâtresse dite libre nommée Émilie âgée de 17 ans et native aussi de Saint Pierre.

Cette dernière est dite libre depuis l’age de 3 ans et a fait la traversée à bord d’une gabarre du roy amarinée à Brest.

La petite Émilie est baptisée et instruite de la religion apostolique et Romaine, c’est tant mieux pour elle.

Elle restera en métropole, André le noir sera renvoyé.

Étudions maintenant un autre cas

Monsieur Regnaud, conseiller du roi et son procureur en la Sénéchaussée déclare avoir en son service un noir nommé Hector arrivé de la côte d’Angola sur le navire le  » Guerrier  » de cette ville le 28 février 1773.

Il l’a fait baptiser et instruire comme de juste dans la religion apostolique et Romaine et même notre bon maître lui à fait faire sa communion. Puis bien sur il lui apprendra le métier de perruquier, à croire que tous les esclaves étaient bons dans ce service.

Notre bon conseiller précise que ce noir lui appartient et que cette déclaration lui permettra de le réclamer en cas d’évasion.

Vraiment un noir pouvait il s’échapper de chez son bon maître domicilié en les murs clos de La Rochelle, isolé, n’ayant vraiment rien de l’aspect d’un paysan Aunisien .

Ce jeune garçon qui en théorie devenait libre à son arrivée en métropole ne l’était certes pas, mieux loti que de travailler dans un champs de canne à sucre mais certainement moins bien que parmi les siens.

Continuons notre visite dans ces déclarations

Madame veuve Louis Ranson, bourgeoise déclare en cette fin de siècle ou brille de mille feux la culture française qu’elle a acheté de passage en la colonie de Louisiane deux esclaves féminins.

Le premier se nommant Louis et se trouvant être un mulâtre créole ( blanc avec noire ou l’inverse ) âgé de 26 ans et une créole nommée Magdeleine et native de Louisiane âgée de 36 ans.

Mais l’honneur est sauf puisqu’elle les fit baptiser et instruire dans la religion apostolique et Romaine.

Autre cas cocasse où le déclarant n’est autre que l’esclave lui même.

Antoine Monréal âgé de 72 ans déclare avoir été capturé sur les côtes de Guinée à l’age de 13 ans par un capitaine de navire dont il ne se rappelle pas le nom et qui faisait la traite des noirs.

A son arrivée il fut donné à Mr Pascault son armateur ancien député à la chambre de commerce, il resta à son service jusqu’à la mort de ce dernier.

Sa veuve voulut l’amener à Paris mais prétextant de sa vieillesse il désira rester à La Rochelle.

Elle le laissa libre et il vécut comme de bien entendu dans la religion apostolique et Romaine.

Je terminerai l’étude par la déclaration d’un autre esclave nommé Pierre Neptune 67 ans et capturé sur les cotes de Judas alors qu’il avait 14 ans par le capitaine Cadon commandant du navire Rochelais le  » Saint Philippe  ». Il servit son maître pendant 36 ans puis au décès de ce dernier passera aux héritiers.

Ne voulant pas s’encombrer d’un tel serviteur ou voulant le récompenser ils lui rendirent la liberté.

Contrat passé devant notaire le 7 mars 1749.

Pierre Neptune se maria le 1 mars 1756 avec Louise dite Lisette créole de la Martinique appartenant au sieur Valable négociant de la ville et arrivée en France en 1745. Le dit négociant lui ayant accordé la liberté.

Ils eurent 3 enfants maintenant décédés et vivent eux aussi mais c’est une condition sinéquanone en la religion apostolique et romaine.

La dite Lisette exerçant la profession de blanchisseuse et lui de tonnelier dans la paroisse Saint Nicolas (archive La Rochelle page 5/19 )

D’autre exemples se trouvent enfouis dans les registres de l’amirauté où chacun pourra puiser pour retrouver un de ses ancêtres, arrivés de façon un peu spécial dans notre beau pays.

 

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DÉCLARER SON NOIR OU SON MULÂTRE

 

En cette année 1777, le bon roi Louis XVI né au siècle des lumières n’en était guère éclairé.

Ce débonnaire serrurier, mauvais amant, mauvais roi édicta une ordonnance quelque peu ignominieuse.

Sous la pression des esclavagistes des colonies qui voyaient leur cheptel fondre et partir les meilleurs de leurs bons nègres au service des français qui rentraient à la métropole, il décida en date de 9 août 1777 de légiférer .

Ce décret raciste s’il en fut, interdisait l’entrée dans le royaume de tous nouveaux noirs, mulâtres ou autres gens de couleur.

« le nombre des noirs s’y est tellement multiplié, par la facilité de la communication de l’Amérique avec la France, qu’on enlève journellement aux colonies cette portion d’hommes la plus nécessaire pour la culture des terres, en même temps que leur séjour dans les villes de notre royaume, surtout dans la capitale, y cause les plus grands désordres ; et, lorsqu’ils retournent dans les colonies, ils y portent l’esprit d’indépendance et d’indocilité, et y deviennent plus nuisibles qu’utiles. »

Le 5 avril 1778 l’interdiction de mariage entre noirs, mulâtres ou autres gens de couleur avec une femme blanche ou vis versa compléta l’ignominie.

Si ce texte satisfaisait quelques planteurs et lobbyistes, il horrifia les encyclopédistes, les nobles aux idées avancées et plus simplement les maîtres possédants comme domestiques couturières des gens de couleur venant des îles .

Le chevalier de Garat capitaine au régiment de Cambresis possédait le sien, alors qu’il tenait garnison en l’Isle Maurice il prit à son service un jeune mulâtre de 13 ans nommé Pierre Monique et fils d’Antoine et de Marguerite Magneva. De mère Indienne  le jeune garçon devint domestique du chevalier.

Lors de son retour à la métropole il ramena l’enfant pour le servir à bord du vaisseau de la compagnie des Indes le  » Condé  » qui effectuait la traversée sous le commandement de Nicolas Grout de Bellesme. Nous étions en janvier 1764 lorsque le chevalier Garat et le petit Mulâtre accostèrent au port de Lorient.

Originaire de la Haute Vienne Garat s’installa en son château de Nedde . Noble éclairé il instruisit Pierre et le transforma en bon chrétien.

Il l’était sans doute déjà car baptisé en l’église de port Maurice.

Passée la première curiosité l’enfant grandit serein au service de son maître.

Bon domestique, bon chrétien, sachant lire et écrire, il devint bon mari le 30 janvier 1776 en épousant une jeune fille blanche nommé Gabrielle Gery.

Le curé ne se regimba pas car aucune interdiction canonique empêchait les mariages mixtes. La population du village fut quand même un peu surprise que le bon sauvage du chevalier obtint un si beau parti mais ils s’y firent .

Hors donc quand l’édit du roi tomba, tous furent embêtés et le chevalier bien plus que tous.

Ils n’étaient absolument pas question que Pierre Monique fut reconduit à l’île Maurice.

Il était parfaitement intégré et ne causait aucun trouble comme pouvait le laisser entendre le contenu de l’édit royal.

Il fallut toutefois se plier à la déclaration ce que fit le chevalier Garat au siège de l’Amirauté dont il dépendait à savoir celle de La Rochelle.

Le 12 septembre 1777 Pierre Monique Mulâtre de L’île Maurice fut donc déclaré par son maître au procureur du roi Pierre Etienne Louis Harouard. Le chevalier s’engageant devant notaire à donner à sa mort la belle somme de 2000 livres à son bon et loyal serviteur.

Pierre Monique resta à Nedde avec son épouse Gabrielle, il décéda le 16 octobre 1817 à l’age de 66 ans. Ils eurent de nombreux enfants qui firent souches à leur tour.

L’un des fils devint huissier à Nedde, peut être avec l’aide des 2000 livres du chevalier, belle promotion sociale pour un descendant d’esclave.

Le chevalier Garat de Villeneuve décéda à Nedde le 03 août 1804 il était devenu maire de sa commune.

Nota : Genanet mentionne que le nom Monique est originaire de Martinique et de la Réunion mais semble ignorer l’île Maurice. En outre il est mentionné que le nom de Monique devient nom de famille en 1848, je m’interroge sur ce fait car les registres d’état civil le mentionne bien avant cette date pour la famille de Pierre Monique

Sources  : Registres de l’amirauté de La Rochelle et archives départementales de la haute Vienne.

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LA GUERRE EN CARICATURE ( SUITE )

Comme la semaine dernière je vous soumets une autre caricature cinglante d’Albert Robida.

 

Un officier allemand au casque à pointe visé sur la tête, la croix de fer au jabot morigène un pilote sur le peu de civil qu’il a tué.

Le pilote lui rétorquant que ne trouvant pas de  » Lusitania  » dans les plaines picardes, il était obligé de tuer en détail.

Mais qu’est donc que ce  » Lusitania  » dont fait référence notre caricaturiste.

Ce nom fait référence au paquebot transatlantique britannique armé par la  » Cunard  » et coulé lâchement par un sous marin Allemand.

Ce fait tragique eut lieu au large de l’Irlande le 7 mai 1915. Ce crime contre un navire qui transportait 1200 passagers civils marque un tournant dans l’opinion pacifiste du peuple américain.

La présence à bord de 200 américains y fut évidement pour quelque chose et ce peuple éminemment nationaliste, fermé sur lui même et se moquant de la guerre entre Européens vit dans le martyr des siens matière à interrogation.

Bien entendu leur entrée en guerre contre les empires centraux se fit attendre jusqu’en 1917 mais la menace de leur implication guerrière calma un peu les entreprises navales de l’Allemagne.

Quoi qu’il en soit, le bilan fut lourd et 1200 victimes périrent dans les eaux froide de l’atlantique.

Pour se défendre l’amirauté allemande argua que le navire cachait en son sein des munitions et des canons. De fait la bateau explosa de façon étrange.

En la matière et ce fut prouvé bien longtemps après le premier lord de l’amirauté Winston Churchill, n’avait pas les fesses très propres car effectivement et en dépit des conventions ce cargo transportait des armes de la poudre et des munitions diverses.

Alors oui le crime est bien Allemand car aucune information en leur possession les avisait d’un tel transport mais les explosions de munitions empêchèrent la majeur partie des canots d’être mis à l’eau ce qui provoqua une effroyable tragédie.

Voyons maintenant un autre dessin, on y voit un soldat allemand s’acharnant sur une femme qui tient un drapeau.

 

Il est intitulé départ pour la guerre fraîche et joyeuse .

Une citation du grand Hindenburg vient ponctuer l’ensemble.

 » Plus une guerre est impitoyable , plus elle est humaine en réalité, car ça va beaucoup plus vite  »

Belle maxime en vérité, heureusement que ce grand soldat ne possédait pas la bombe atomique.

Impitoyable et rapide, voyons en quelques lignes qui est ce brave homme

Paul von Hindenburg est né en 1847 à Posen, dans une famille aristocratique. Il rejoint comme ses ancêtres la carrière militaire et participe à l’expansion Prussienne au sein de l’armée, Sadowa et la guerre de 1870 .

La guerre de 1914 le trouvera dans les sommets de l’institution militaire et sa victoire contre les russes à Tannenberg le fera entrer dans la légende.

Il prendra ensuite le commandement de l’armée Allemande et avec son compère Ludendorf . Il exercera de fait une dictature militaire.

La défaite Allemande n’entachera pas sa popularité et il sera élu président en 1925, fonction qu’il exercera jusqu’ à sa mort en 1934.

Il n’empêchera aucunement le développement de la peste brune et Hitler se coulera très facilement à sa place .

Bien entendu ce brave innocent tant sa gloire était grande ne fut nullement inquiété et sa notoriété nullement entachée.

Cette guerre aux 22 millions de morts n’eut donc aucun criminel, humaine et rapide, il avait donc raison notre brave hobereau prussien.

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L’HISTOIRE PAR LA CARICATURE

Alfred Robida  1848- 1926

Je viens d’acheter sur une brocante un livre édité en 1918, écrit et illustré par Alfred Robida ce document titre le  » Vautour de Prusse  »

Il traite de la montée hégémonique de la Prusse jusqu’à son effondrement en 1918.

Les illustrations sont féroces et pourraient trouver place dans Charlie Hebdo sans aucun problème.

Je ne résiste pas à vous en publier quelques unes avec un petit texte de mon cru pour en extraire modestement la quintessence historique.

Bien évidement avant de commencer, gloire à l’auteur maintenant oublié que je vous présente en quelques lignes.

Albert Robida est né à Compiègne en 1848, destiné au notariat il s’ennuie rapidement et dès 1866 il propose ses talents de dessinateur au  » Journal amusant  ». Son coups de crayon et sa plume font qu’il collabore rapidement dans plusieurs revues.

En 1879 il crée le personnage de Saturnin Farandol, précurseur de Tarzan.

En 1880 il fonde une revue nommée Caricature, prolixe il officie comme illustrateur dans des guides touristiques, des ouvrages historiques et même des classiques littéraires.

Il est en outre l’auteur d’une trilogie d’anticipation qui le place largement au niveau de Jules Verne.

Son œuvre est immense, 60 livres, 200 livres illustrés, participation à 70 revues de presse et environ 60000 dessins.

Il s’éteint en 1926 et repose au cimetière de Croissy sur Seine.

Passons maintenant à la première caricature que je trouve assez féroce.

 

On y voit un sous marin Allemand que nous appellerons U boot et au loin un navire hôpital.

Le capitaine du navire déclame à son équipage :  » Un navire hôpital ! Envoyez la torpille, vous aurez tous la croix de fer.

Cette caricature nous amène évidement à parler du comportement odieux et disons le ,criminel de l’armée Allemande pendant la grande guerre.

Même si ce ne sont pas les allemands qui ont inventé le crime de guerre, l’industrialisation de la violence, le développement des technologies, l’invention de moyens de destruction massive et disons le l’absence de tous scrupules font que les crimes perpétrés sont particulièrement odieux et meurtriers.

L’utilisation d’un nouveau engin de mort appelé « le sous marin » et en allemand » U boot » amena une série d’ignominies.

Ce navire inventé depuis un moment déjà ( 1624 ) a commencé sa carrière destructrice en 1864 pendant la guerre de sécession .

L’arrivée magnifique de ce joli conflit va lui permettre de se moderniser à une vitesse plus rapide que jamais.

Notre fier état major prussien possédait à l’entrée de la guerre 24 submersibles et proclama rapidement que la guerre sous marine serait totale .

Le terme n’est guère ambiguë, le bon Kaiser autorisant ses navires à couler bateaux civils comme bateaux militaires.

Nos zélés capitaines ne se le firent pas dire deux fois et les navires marchands furent rapidement passés par le fond.

Le comble fut rapidement atteint lorsque les U boot s’en prirent aux navires hôpitaux.

Théoriquement ces bateaux étaient protégés par la convention de Genève dont les Allemand avaient été signataires.

Cette convention de 1864 à l’initiative du suisse Henri Dunant préside à la création d’un droit international humanitaire et à la création de la  » Croix Rouge internationale  »

L’article premier stipulait que les ambulances et les hôpitaux militaires étaient reconnus comme neutres.

Article limpide, mais malheureusement dans la société humaine le droit semble être fait pour être bafoué.

Les Allemands s’en firent une spécialité au 20ème siècle et le 1er février 1915 le navire hôpital Anglais Asturia fit l’objet d’une première attaque du genre . Les torpilles le manquèrent cette fois là, mais qu’on se le dise pas de répit pour les navires marqués de la croix rouge.

De nombreux navires hôpitaux furent coulés pendant cette période et les Anglais pour faire face à cet ignoble comportement firent monter à bord de ces bateaux réputés neutres des officiers prussiens comme bouclier humain.

La guerre se termina le Kaiser et son nigaud de fils s’exilèrent sans pour autant être jugés comme criminels de guerre. Les capitaines de U boot ne furent guère inquiétés et beaucoup viendront rejoindre la dynamique équipe du bon Adolf.

La caricature parle d’elle même et le talent de Robida transparaît dans ces quelques traits.

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L’INFÂME ATTRACTION OU L’EMBARQUEMENT DES BAGNARDS

 

Aux pieds du palais de justice de la Rochelle piétinait depuis de longues minutes une foule impatiente. Des ouvriers en blouse, casquette visée sur le chef et des marins en uniforme bleu, bachis de travers et pompon rouge au vent devisaient .

Des bourgeois en paletot, portant chapeau melon courtisaient discrètement des jeunes femmes en crinoline. Des vendeuses de sans sel avaient posé quelques instants leurs carrioles et en leur patois bretonnant du quartier grec,commentaient chaudement les événements qui leur valaient cette pause dans leur tournée. Des marmots du quartier Saint Nicolas pieds nus et dépenaillés moquaient un garçonnet huguenot en tenue de marin. Des mères de bonne famille attirées par le spectacle tentaient de soustraire leurs petites filles aux propos salaces des sardinières et des soldats.

Un groupe de gendarmes en armes commençait à s’impatienter de l’attente.

Puis soudain une porte donnant sous les arcades de la rue du Palais s’ouvrit en grand fracas, le spectacle pouvait commencer.

Prison de la ville depuis 1625, l’endroit pouvait accueillir environ 150 détenus, 6 cellules voûtées leurs assuraient une grande promiscuité et une grande précarité. Outre les petits délinquants locaux, marins bagarreurs, filles de joies racoleuses et pochetrons, le lieu était un dépôt de transit pour le pénitencier de Saint Martin de Ré.

La foule en dehors n’attendait certes pas la sortie des donneuses de joie aux gueules fardées , ni celles des marins avinés, mais plutôt les bagnards en partance pour la Guyane ou la Nouvelle Calédonie via Saint Martin de Ré.

Attraction gratuite qui avait la certitude de faire son plein de spectateurs et qui cette fois était assurée d’une grande affluence.

Cette foule des grands jours n’était due qu’à la présence de deux hommes.

A la vue de la dizaine de prisonniers  qui sortait, le silence se fit, aucune animosité à leur égard, juste de la curiosité que personne ne s’avisait de trouver malsaine.

En pantalon et en veste de drap grossier, couverts d’un béret, chaussés de sabots de bois, portant un léger paquetage et les mains entravées de menottes, ils se rangèrent dociles entre une haie de gendarmes et de militaires.

Les vedettes du jour qui attiraient particulièrement les regards,  se nommaient Dieudonné Eugène et  Deboé Jean.

Eugène Dieudonné

 

C’était on peut le dire des sortes de gloire tant la couverture médiatique de ces années 1912 et 1913 avait valorisé leurs actions.

Les deux compères en effet appartenaient à la plus célèbre bande des annales judiciaires, que l’on nomma la bande tragique ou la bande à Bonnot du nom de son chef.

Ces anarchistes au grand cœur bénéficiaient de l’indulgence de l’opinion malgré le sang de leurs huit victimes, qui entachait leurs mains.

En réalité, seule la vision du nommé Dieudonné suscitait l’attention. Ce dernier venait de sauver sa tête car seul un recours lui avait permis d’échapper à la  »cravate à charlot  ».

Condamné à mort avec trois autres compagnons le 27 février 1913, il fut sauvé par le compère Callemin qui l’innocenta de tous crimes.

Peine de mort  qui fut commuée en  travaux forcés à vie. Beaucoup mieux que la mort mais lourde peine quand même pour quelqu’un qui s’avère  innocent

Deboé n’était qu’un comparse qui fut condamné à 10 ans de bagne pour recel et association de malfaiteur.

La foule était évidement partagée entre tenants de l’innocence de Dieudonné et entre partisans de son entière culpabilité et de sa participation aux meurtres de la bande tragique.

 

Le cortège de bagnards s’ébranla bientôt en direction du vieux port de La Rochelle, marchant sur la route pavée, encadré par la foule et les soldats et suivant les rails luisants du tramway pneumatique.

Les prisonniers n’eurent guère le loisir d’observer les boutiques, une pharmacie sur leur droite, la boutique de Cremieux le tailleur, le gantier, le magasin de mode et la boutique qui faisant angle avec la place de la Caille et qui proposait armes , munitions, articles de chasses et vélocipèdes.

Ils passèrent bientôt sous la vénérable grosse Horloge, autrefois entrée de la ville et pénétrèrent sur le vieux port.

La vision aurait pu être inoubliable pour eux si ces hommes privés de liberté n’eussent pas été condamnés à la déportation.

Des dizaines de bateaux alignés comme à la parade dansaient sur la mer calme du havre de la ville blanche. Des gréements aux couleurs chatoyantes apportaient un air de fête à l’endroit.

Le soleil semblait sortir d’entre les deux tours, celle de la Chaîne courte et ramassée et celle dite Saint Nicolas haute et crénelée, penchant vers la mer telle une tour de Pise.

Sur les quais partout des filets, des caisses à sardine et des marins qui s’affairent.

A la sortie de la Grosse Horloge, Dieudonné et consort aperçoivent la statue du grand amiral Duperré, hiératique et tournant le dos à la mer. A ses pieds des fiacres sont stationnés.

A droite de la tour un mur couvert de publicité,  » chocolat Meunier, Picon bière, bureau frère, cirque de passage  ». Le long du mur une vespasienne d’où sort précipitamment un notable richement vêtu, il se dépêche pour ne pas louper le spectacle.

La troupe aperçoit l’embarcadère et la cheminée du navire ,chargé du transport jusqu’à Saint Martin de Ré.

Certains bagnards relèvent la tête par défi pour fendre la foule qui grossit, d’autres humbles et honteux, accablés de misère marchent la tête basse .

A gauche le café moderne avec sa terrasse, en face la pharmacie moderne, les prisonniers ne prêtent pas attention au paysage, ils pensent à leur famille qu’ils laissent au pays et qu’ils ne reverront probablement pas.

Encadrés par la foule qui cancane, ils passent maintenant devant le café Français puis devant la ferblanterie de la marine. Le trajet est court, presque en face du café restaurant la  » Marine  » le bateau à roues et à vapeur attend ses passagers.

Les militaires se rangent en un cordon protecteur pour contenir la foule, Dieudonné et Deboé montent sur la passerelle regardent l’objectif puis passent sur le  » Coligny  ».

Le petit bateau appartient à la compagnie rhétaise  » île de Ré  », il est correspondance spéciale des chemins de fer de l’état, chargé des liaisons entre le continent et l’île et occasionnellement transportant les futurs reclus du bagne.

Tout le monde s’entasse à bord, le bateau s’éloigne, beaucoup ne reverront jamais le continent. Pour les Rochelais le spectacle est terminé, chacun se sépare et retourne à ses activités. Les pêcheurs s’en retournent ravauder leurs filets, les » sans sel » reprennent leur tournée, les bourgeois retournent à leur cabinet ou à leur commerce, les marins remontent sur le port de La Pallice accompagnés des belles de nuit et les chenapans du port se répandent en nouvelles aventures.

Il faudra attendre une nouvelle fournée pour se délecter gratuitement de cette exposition humaine.

Les gibets, les échafauds, les exécutions, les promenades infamantes faisaient recette en ce début du siècle.

Puis viendra la grande guerre et sa seconde où le peuple pourra de nouveau se repaître.

Gageons que la mentalité n’a guère changé de nos jours et que les spectacles infamants sont toujours des mets de choix pour une humanité se piquant d’humanisme.

Eugène Dieudonné fut enfin gracié en 1927 par le président Poincaré, il s’était évadé l’année précédente, mais avait expié une faute non commise pendant 13 années. Libre et réhabilité, faisant figure d’erreur judiciaire il devint menuisier et mourut en 1944.

Jean Deboé s’évada également et revint en Belgique, il fut une figure du militantisme ouvrier et s’éteignit à l’age de 85 ans en 1974.

Nos deux de la bande à Bonnot ,virent- ils un jour les cartes postales éditées à l’occasion de leur translation ou ignorèrent -ils cette novatrice exploitation des fait divers ?

Certains des lieux décrits dans cette balade existent encore et les bagnards pourraient s’y reconnaître, la foule bien sur a changé, les touristes ayant succédés aux fourmis laborieuses du peuple ouvriers d’autrefois.

Les bagnards condamnés arrivaient par le train à la gare de La Rochelle, puis étaient acheminés en omnibus à la prison du centre de La Rochelle. Ils étaient donc ensuite  convoyés à bord du Coligny au port de Saint Martin de Ré.

Du port ils se rendaient à pieds à la citadelle.

Lorsqu’ils étaient en nombre suffisant un voyage était organisé jusqu’à Cayenne.

Du port, des bateaux plats  amenaient les détenus sur la   »Martinière ou la Loire »  bateaux prison qui faisaient la traversée.

           

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